| | LE BAH NON DE BERGER • Laurent Berger est comme un saumon : il nage à contre-courant. Alors que chaque jour révèle son lot de nouveaux prétendants à l'Élysée, lui, pourtant sollicité par une gauche en plein marasme, dit niet. Invité de France Inter ce matin, l'ancien boss de la CFDT, qui répète à l'infini être favorable à une culture du «compromis», ne veut pas se compromettre dans la compétition électorale suprême. «Il faut qu'on arrête de penser qu'il y aura un homme ou une femme providentiel(le)», assène-t-il, estimant que «le fait du prince, le fait majoritaire, c'est fini». Et lui ne sera donc pas le «recours» attendu par certains dans le camp réformiste. «Je n'ai pas changé d'avis : j'ai toujours dit que je ne ferais pas de politique, insiste-t-il. Il faut qu'on sorte de cette idée que l'utilité se résumerait à se présenter à une élection politique. Non, je ne veux pas être candidat à la présidence car les conditions qui seraient nécessaires ne sont pas là, s'il y avait une envie chez moi.» Et visiblement, s'il veut être «utile» et «prendre la parole», il n'a pas forcément envie d'avoir envie d'en découdre personnellement. | | C'était la réponse de Berger. Photo Didier Allard. Ina via AFP (2023) | ET SI CE N'ÉTAIT PAS LUI ? • Bien mais pas top : Gabriel Attal fait partie de ces candidats officiellement investis par leur camp - certains n'ont pas ce luxe, coucou la gauche «non-mélenchoniste» - mais aussi de ces candidats qui ne font pas l'unanimité dans leur propre camp - coucou Bruno Retailleau. Le sujet est particulièrement prégnant dans le parti dont il est le chef, Renaissance : sa frange la plus droitière regarde plutôt vers Édouard Philippe, Gérald Darmanin et compagnie. Exemple avec Mathieu Lefèvre. Le ministre délégué chargé de la Transition écologique et ex-député macroniste est aussi (surtout ?) un proche de Darmanin. Et sur France 3 hier, il n'a pas voulu dire qu'Attal, «le président de [son] parti» comme il le précise lui-même, était le bon candidat de son camp, ou «le mieux placé» pour la présidentielle : «On verra, moi ce que je souhaite, c'est qu'on travaille les idées, et on verra quel candidat émerge. […] Mais il me semble qu'il est encore trop tôt pour être capables de nous définir.» Motivé, motivé... Car Lefèvre, comme de nombreux autres dans le «socle commun», plaide pour que la droite et le centre aient «un seul candidat». Et peut-être pas Attal, donc. | EUX C'EST EUX ET NOUS C'EST NOUS • Si le PS va dire ce soir «on est chez Noûs», les insoumis ont crié hier, lors du grand meeting de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis, «On est chez nous». Un slogan que l'on retrouve d'ordinaire, et depuis longtemps, plutôt du côté de l'extrême droite. Une manière pour LFI de se positionner en miroir du RN ? Pas du tout, répond Manuel Bompard ce matin. «Ça veut dire qu'il y a eu une tentative de capter certains symboles, certains slogans», évacue d'abord le coordinateur du mouvement mélenchoniste. Il assume par ailleurs cette «nécessité de combattre et de reprendre les symboles que l'extrême droite a essayé de confisquer». Surtout, précise Bompard, la signification de ce cri de ralliement est radicalement opposée à celle, raciste et xénophobe, des troupes lepénistes. «Quand ils disent ça, c'est pour exclure. Quand le peuple hier l'a dit, c'est pour dire : non, on est tous chez nous», poursuit Bompard, expliquant la réappropriation de ces mots par «la nouvelle France» que Mélenchon met en avant dans cette campagne. Et l'insoumis de conclure : «C'est une réponse politique, et pas du tout un miroir.» | | La réunion de Saint-Denis. Photo Stéphane de Sakutin. AFP (2026) | JE RESTE • Pris en étau entre la gauche qui l’appelle à partir et la droite qui crie haro sur les magistrats, Gérald Darmanin n'a aucune intention de démissionner malgré le scandale de l'affaire Lyhanna. «Je ne partirai pas en vacances» et «il n'y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances» tant qu'il n'aura pas reçu «un par un les procureurs généraux» pour faire le bilan, a prévenu le ministre de la Justice sur LCI hier. Bien décidé, donc, à rester en poste comme à chaque polémique - et il y en a eu... - jalonnant son parcours ministériel. «Il y a eu des défaillances graves» dans l'affaire Lyhanna, a reconnu Darmanin, assurant qu'il rendrait public le rapport de l'inspection qui «dira qui sont les responsables de ces défaillances». On vous rassure tout de suite : ce ne sera pas lui. | MACHO MACHO MAN • Les hommages unanimes se sont multipliés depuis la mort, samedi, de Bernadette Chirac. Saluer la mémoire de l'ancienne Première dame n'a donc pas grand-chose de notable. Surtout à droite. Sauf si cela se fait en égratignant dans le même temps le mythe de son mari Jacques. Surtout à droite. Eh bien c'est ce qu'a fait Florence Portelli sur France 3 hier. La vice-présidente de LR, habituée aux positions iconoclastes au sein de son parti, a d'abord expliqué, de manière générale : «L'histoire de Bernadette Chirac, c'est quand même que dans un monde assez macho, on va pas se mentir, très rétrograde sur la vision de la femme, au bout d'un moment elle en a eu ras le bol. Et en plus elle avait souvent raison quand eux avaient tort. C'est un peu la leçon de tout ça. Elle n’était pas née pour être féministe, elle ne venait pas de ce milieu-là, et au final, elle l'est quand même devenue un peu.» Un peu plus tard, la maire de Taverny s'est faite plus explicite en ciblant directement l'ex-chef de l'État, à la carrière duquel «Bernie» a consacré une bonne partie de sa vie tout en devant tolérer ses nombreuses infidélités : «Elle était quand même mariée à quelqu'un qui, pendant très longtemps, l'a regardée de haut et qui était entouré de gens qui la regardaient de haut. Donc ça fait plaisir de voir que sa révolte intérieure a payé.» | | Jaques et Bernadette Chirac. Photo Patrick Kovarick. AFP (2022) | C'EST CONCEPT • Dominique de Villepin est-il de droite ou de gauche ? La question semble tarauder nombre d’observateurs. Toute sa carrière dit clairement «droite». Mais certaines de ses positions récentes (sur Gaza et la nécessité d’un Premier ministre NFP après la dissolution, notamment), disent «gauche». Toujours pas officiellement candidat à la présidentielle mais c'est tout comme, l’intéressé refuse soigneusement de répondre à la question, conscient qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Encore interrogé à ce sujet hier sur BFMTV, l’ex-Premier ministre s'en sort par des pirouettes : «Je suis défenseur de la justice sociale, classez-le à gauche si vous voulez. Je suis défenseur de l'ordre républicain [plutôt un axe de campagne de droite, ndlr]. Et je suis un défenseur du progrès économique et écologique, éco-gaulliste, comme quoi à 72 ans on peut faire beaucoup de révolutions.» Mais qui imagine le général de Gaulle militant climatique ? | |
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