28 juin 1635

28 juin 1635 : la France débarque en Guadeloupe et donne naissance au créole  https://share.google/eeQLKKXYqVvwM3wc3




28 juin 1635 : la France débarque en Guadeloupe et donne naissance au créole

Quatre siècles plus tard, Jean-Luc Mélenchon veut rebaptiser notre français en « langue créole ».
Photo ISS Expedition 12 crew memberPhoto ISS Expedition 12 crew member

Le 28 juin 1635, la France prend officiellement possession de la Guadeloupe. Cette date marque l'un des premiers jalons de l'expansion coloniale française dans les Antilles. 


Près de quatre siècles plus tard, Jean-Luc Mélenchon a proposé de rebaptiser le français en « langue créole », non pas en référence au véritables créole, mais pour désigner un français métissé, traversé selon lui par les apports de l'immigration, notamment récente. Un glissement sémantique pour le moins hasardeux, porteur d'un message éclipsant toute une culture de l'outre-mer, la culture créole. De quel droit ?

Une conquête française

Le 28 juin 1635, une petite flottille française accoste sur la côte sud de la Guadeloupe, au lieu-dit Vieux-Fort, près de Basse-Terre. À bord de ces navires ont embarqué des centaines de colons, quelques missionnaires envoyés par la Compagnie des îles d'Amérique et dirigés par Charles de L'Olive ainsi que Jean du Plessis d'Ossonville. Leur mission est claire : fonder une colonie française dans les Antilles au nom du roi Louis XIII, sous l'impulsion du cardinal de Richelieu, désireux de concurrencer les puissances maritimes anglaise, hollandaise et espagnole. Lorsqu'ils foulèrent pour la première fois le sol de cette nouvelle terre, les « religieux y plantèrent la croix, au pied de laquelle nos capitaines appliquèrent les fleurs de lis ».

Un obstacle subsiste, cependant : la Guadeloupe, repérée dès 1493 par Christophe Colomb, est déjà occupée par un peuple autochtone, les Kalinagos, autrement appelés, par les Européens, les Caraïbes. Ces derniers avaient déjà résisté aux Espagnols et ne voyaient pas d'un bon œil l'arrivée de nouveaux envahisseurs français. Ainsi, sans surprise, des affrontements éclatent dès les premiers mois. En 1654, les indigènes, ne pouvant lutter contre les terribles armes à feu des Européens, sont décimés ou refoulés vers les îles voisines.

De la traite négrière au statut de département

Dès leur arrivée, les colons établissent une économie de plantation. Le tabac, d'abord, puis la canne à sucre à partir des années 1650. Ils deviennent les piliers de la richesse locale. Le climat tropical, le relief et les sols volcaniques s'y prêtent alors parfaitement, mais cette agriculture intensive demande une main-d'œuvre abondante. Pour répondre à ce besoin, les Français mettent rapidement en place la traite négrière. Ainsi, dès 1644, les premiers esclaves africains sont débarqués en Guadeloupe pour travailler de force dans les plantations. Ce commerce est ensuite codifié avec la promulgation du Code noir par Colbert et Louis XIV en 1685. Leurs descendants formeront alors la base d'une nouvelle culture qui donnera naissance à la langue créole, mêlant influences africaines, françaises et survivances amérindiennes.

Au XVIIIe siècle, la Guadeloupe est solidement intégrée à l'Empire colonial français, malgré plusieurs occupations anglaises. Elle revient définitivement à la France après le congrès de Vienne en 1815.

Il faut cependant attendre 1946 pour que la Guadeloupe, aux côtés de la Martinique, ne devienne enfin un département d'outre-mer. Elle est alors pleinement intégrée à la République, avec le français comme langue officielle. Pour autant, le créole ne disparaît pas et devient une caractéristique importante de l'identité locale.

Une nouvelle polémique à la Mélenchon

C'est pourquoi les propos de Jean-Luc Mélenchon, tenus le 23 juin 2025, ont surpris. Interrogé sur la place du français dans notre société, il déclare que « la langue française n'appartient plus à la France et aux Français depuis fort longtemps » et qu'elle est devenue une « langue créole » façonnée, selon lui, par des mots « arabes, russes, espagnols, hébreux ».

Cependant, le terme « langue créole », employé ici dans un sens idéologique plutôt que linguistique, ne désigne en rien les créoles antillais ou indiens, langues à part entière, structurées et riches d'une histoire spécifique, mais renvoie à un français métropolitain que Jean-Luc Mélenchon décrit comme métissé par les apports d'une immigration récente dans une tentative de flatter un électorat issu de la « diversité ». Ce glissement sémantique est problématique, car il instrumentalise et efface le véritable mot « créole », chargé d'un passé colonial douloureux et d'une histoire complexe, pour servir une certaine posture politique électorale.



Barbara    

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