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L’histoire du grand-père espion de Raphaël Glucksmann révélée dans un documentaire


Dans «les Glucksmann, une histoire de famille», diffusé samedi 31 janvier sur Public Sénat, le journaliste Steve Jourdin raconte l’itinéraire romanesque de Ruben, aïeul de l’eurodéputé et agent de l’Union soviétique de l’entre-deux-guerres.

Retrouver une archive photo exploitable de Ruben Glucksmann s’avère une mission impossible, à tel point que le portrait est reconstitué par intelligence artificielle dans le documentaire.
Retrouver une archive photo exploitable de Ruben Glucksmann s’avère une mission impossible, à tel point que le portrait est reconstitué par intelligence artificielle dans le documentaire. (Prod Camera Subjective)

 
 
 
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L’histoire du grand-père espion de Raphaël Glucksmann révélée dans un documentaire

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Dans «les Glucksmann, une histoire de famille», diffusé samedi 31 janvier sur Public Sénat, le journaliste Steve Jourdin raconte l’itinéraire romanesque de Ruben, aïeul de l’eurodéputé et agent de l’Union soviétique de l’entre-deux-guerres.

Retrouver une archive photo exploitable de Ruben Glucksmann s’avère une mission impossible, à tel point que le portrait est reconstitué par intelligence artificielle dans le documentaire.
Retrouver une archive photo exploitable de Ruben Glucksmann s’avère une mission impossible, à tel point que le portrait est reconstitué par intelligence artificielle dans le documentaire. (Prod Camera Subjective)
Publié le 29/01/2026 à 10h28

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Il y aurait de quoi en tirer un roman. Dans le documentaire les Glucksmann, une histoire de famille, le journaliste Steve Jourdin retrace l’histoire d’une lignée très politique, en commençant par Ruben, le père d’André et le grand-père de Raphaël. Le film de cinquante-deux minutes, diffusé samedi 31 janvier sur Public Sénat, raconte la vie de cet espion au service de l’Union soviétique de Staline, quasi-inconnu de son petit-fils. «Savez-vous qui est Reouven Gidoni ?» lui demande-t-on en ouverture du court-métrage. Après des secondes d’hésitation, «euh… mon grand-père ? Ruben ?», suppose l’eurodéputé Place Publique.

C’est bien lui, ou plutôt l’un de ses alias. Si Raphaël Glucksmann précise savoir «qu’il était agent», son incertitude en dit long sur le personnage trouble qu’était son aïeul. «Tous les services de contre-espionnage se sont, eux aussi, cassé les dents sur la véritable identité de cet homme», expose la voix off. Même retrouver une archive photo exploitable s’avère une mission impossible, à tel point que son portrait est reconstitué par intelligence artificielle dans le documentaire. Mais un homme a réussi à percer son mystère : Sebastian Voigt. C’est grâce aux recherches de cet historien allemand, qui intervient tout au long de la première moitié du documentaire, que le fil de la vie de ce juif né en 1899 dans l’Empire austro-hongrois a pu être retracé.

Un grand-père au service des bolcheviques

«J’aimerais m’asseoir avec lui et écouter son histoire», confie son petit-fils. Ruben ne sera pas là, mais Raphaël va pouvoir en apprendre davantage. Séduit par le sionisme et le marxisme, l’ancêtre met le cap, comme de nombreux juifs de gauche, vers le Moyen-Orient, pour y fonder un Etat socialiste. Mais Ruben fait scission du mouvement sioniste et participe à la fondation du Parti communiste de Palestine. Venu d’Europe de l’Est, le militant fait partie des rares à savoir parler ukrainien, roumain, allemand et yiddish. «Parler autant de langues, ça aide pour devenir espion», introduit Sebastian Voigt. Et le voilà recruté par le Komintern, l’organisation internationale dont la vocation était de propager le communisme à travers le monde.

Au début des années 1930, la nouvelle recrue des bolcheviques devient «un bon petit soldat» de l’organisation et est envoyée «porter la révolution», selon l’historien Thierry Wolton, à Hambourg. Il se lance notamment dans le trafic d’armes pour soutenir les républicains espagnols et se fait passer pour un dirigeant d’une fausse entreprise de fourrure pour passer inaperçu dans l’Allemagne tombée aux mains du nazisme. Quelques années plus tard, il est envoyé au Royaume-Uni, «le principal ennemi de l’Union soviétique» du fait de sa politique anticommuniste, mais cette fois la couverture de Ruben ne suffit pas et l’espion est démasqué. Expulsé et déporté, il embarque sur un navire de prisonnier en partance pour le Canada, mais n’atteindra jamais les côtes américaines. Le bateau est torpillé en 1940 par les nazis et fait plusieurs orphelins, dont André Glucksmann, alors âgé de 3 ans.

Le fils, mort en 2015, ne parlera jamais de son père. «Il n’y a jamais eu de grandes discussions familiales», abonde le dernier survivant de la lignée. Communiste dès ses 13 ans, André «commence sa vie là où son père la termine». Mais il se détourne du PCF et sa trajectoire le mène aux premiers rangs de Mai-68, avant de devenir maoïste puis accusateur des crimes du régime soviétique. Figure de proue des «nouveaux philosophes», l’intellectuel défendra l’intervention américaine en Irak et rejoindra même Nicolas Sarkozy en 2007, certain que ce dernier rétablira les droits de l’Homme dans le monde une fois à l’Elysée. Mais son compagnon de route, le philosophe Pascal Bruckner, regrette que le nouveau président «se soit servi de lui» avant de devenir l’ami de Vladimir Poutine, pourtant combattu par Glucksmann père. Le fils en tire cette leçon : «C’est impossible de faire confiance à la classe politique existante.» Voilà peut-être pourquoi, comme le rappelle le documentaire, le leader de Place publique est «le premier Glucksmann à s’être présenté au suffrage des Français».

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