J'ai lu pour vous l’offensive papier glacé dans Vogue du gouverneur de Californie Gavin Newsom qui rêve de succéder à Trump.



Papier glacé

Je vous ai déjà raconté dans Zeitgeist l’été dernier mon agacement devant cette manie curieuse de plusieurs démocrates de premier plan.

J’ai du mal à comprendre pourquoi ces figures qui se préparent à une candidature à la Maison Blanche, qui prétendent sauver la démocratie américaine des griffes de Donald Trump, qui sont perçues, à tort ou à raison, comme des représentants d’une élite distante par un électorat populaire qui ne croit plus en eux, préparent leur entrée en campagne en se faisant prendre en photo par Annie Leibovitz pour Vogue.

Vraiment, ça me sidère.

Et pourtant, j’ai envie de vous parler de ce papier sur Gavin Newsom, le gouverneur de Californie, dans le nouveau Vogue.

Il est souvent question de lui dans Zeitgeist, et il le sera de plus en plus souvent, car comme je vous l’ai déjà expliqué, c’est celui qui, depuis le retour au pouvoir de Trump, apparaît comme le mieux préparé pour la prochaine primaire démocrate qui doit désigner le candidat du parti en 2028. Cela n’en fait pas un favori, on n’en est pas là, mais je vais souvent vous parler de Newsom, au moins dans les prochaines années.

Le papier s’appelle “Gavin Newsom Is Setting His Own Rules”, il est signé Maya Singer, et j’ai décidé d’en faire mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist.

Bon, à première vue, c’est du pur Vogue, qui écrit que Newsom est “embarrassingly handsome”“gênant de beauté”.

Mais le papier est plus intéressant qu’il n’y paraît. Il ne faut pas se laisser éblouir par l’éclat du papier glacé.

La journaliste le suit alors qu’il prononce son dernier discours sur l’état de l’État de Californie, dans la grande chambre de l’Assemblée à Sacramento, décor “auguste”. Ses mots sont sombres.

“À Washington, le président croit que la force fait le droit.”

Ses phrases visent moins une politique précise qu’une atmosphère de désordre et de peur, “police secrète”“entreprises perquisitionnées”“citoyens détenus”“citoyens abattus”“hommes masqués” qui “arrachent des gens” en plein jour.

La voix, note Vogue, reste “tempérée”, mais l’effet est celui d’un écho qui rebondit sur les boiseries institutionnelles.

“Rien de tout cela n’est normal.”

Ce que Vogue suggère, c’est que Newsom a compris une règle du jeu. La normalité est devenue un slogan d’opposition. Trump gagne en produisant de l’anormal. À l’opposant de le pointer, sans se dissoudre dans le commentaire. Vogue insiste sur la gestuelle et le ton. Newsom “secoue la tête”, semble “plus endeuillé que furieux”“oui, présidentiel”.

L’article s’amuse ensuite du contraste avec le président.

“Ça doit rendre Trump dingue.”

Pourquoi ? Parce que Newsom coche toutes les cases du rival de casting hollywoodien. Il est “svelte”“ardent”“énergique”, avec “une lueur d’optimisme” et un côté “kennedy-esque”. Il a “une femme superbe” et “quatre enfants adorables”. Il a aussi ce “pas” de patron, “la démarche” d’un “self-made millionaire” qui gouverne depuis sept ans un État “assez grand, complexe et riche pour être une nation”.

Mais Vogue n’en reste pas à l’emballage. Elle pointe ce que Newsom “fait”, et surtout ce que ça raconte de sa méthode. Obliger Trump à reculer sur la Garde nationale à Los Angeles. Riposter au “coup” de charcutage électoral au Texas avec un référendum en Californie pour compenser l’opération trumpiste et faire basculer davantage de sièges (je vous avais raconté en novembre que cette opération audacieuse et réussie par Newsom fait que c’est lui le grand gagnant national des élections locales de 2025, plus que Mamdani). Vogue raconte aussi, comme je l’avais fait ici, que Newsom s’amuse désormais à troller Trump sur les réseaux en le caricaturant, avec des posts écrits comme des pastiches, en capitales.

“THANK YOU FOR YOUR ATTENTION TO THIS MATTER.”

Vogue raconte comment Newsom est aussi un “maître des médias modernes”. Et comme Trump, il sait “jouer” dans le spectacle politique.

Singer écrit que Trump et Newsom sont de “bons doubles”, deux hommes “qui savent être les vedettes” du spectacle politique.

“Quoi que vous fassiez, gardez les gens en train d’en parler.”

Newsom sait “courtiser l’attention”, et que c’est “une part du pouvoir de Trump”.

Vogue évoque le livre de Newsom, Young Man in a Hurry. Comment le gouverneur fabrique son personnage en mettant en scène sa vulnérabilité, ses “fragilités” et ses “ratés”. Et par exemple le récit de sa dyslexie quand il était enfant :

“Quand les mots t’échappent, l’identité t’échappe aussi.”

“C’est OK d’être moyen. C’est OK d’être toi.”

Ouais, le gars est gouverneur de l’État le plus riche du pays le plus riche du monde, il pose dans Vogue, il veut devenir l’homme le plus puissant du monde, et il veut nous faire croire qu’il est “moyen”.

Vogue décrit Newsom comme quelqu’un de “gregarious and aloof”, convivial et distant. “Facile à vivre, difficile à connaître”“sensible

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