ZEITGEIST

 

Aujourd’hui c’est President’s Day, rare week-end prolongé pour beaucoup d’Américains.

President’s Day, c’est le jour où l’Amérique célèbre ses présidents tout en profitant de soldes géantes sur les matelas et les SUV.

Officiellement, on honore l’anniversaire de George Washington, le père fondateur au visage sévère gravé sur le billet d’un dollar. On y associe Abraham Lincoln, le géant mélancolique qui a tenu l’Union pendant la guerre civile. Mais au fond, President’s Day raconte autre chose, une sorte de fascination américaine pour la fonction suprême.

La présidence n’est pas seulement un poste. C’est un mythe, une marque, une projection. Chaque année, entre rhétorique patriotique et promotions commerciales, le pays se regarde dans le miroir de ses anciens commandants en chef et se demande, sans toujours l’avouer, à quoi ressemble le pouvoir lorsqu’il est incarné.

Et, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas par Donald Trump que je commence ce Zeitgeist, mais par l’un de ses prédécesseurs.

Barack Obama parle rarement hors campagnes. Et lorsqu’il parle, il choisit ses mots avec parcimonie, surtout lorsqu’il s’agit de son successeur, pour ne pas se laisser happer par le flot permanent des commentaires. Il veut que ses mots pèsent.

Ces dernières heures, pourtant, le 44è président est apparu à deux reprises, avec deux messages pour le 45è et 47è, Donald Trump.

Une image et des mots.




Plus tôt dans le week-end, Obama a pris la parole dans un podcast avec le YouTuber Brian Tyler Cohen. C’était la première fois qu’il s’exprimait publiquement depuis qu’un clip raciste partagé sur le compte Truth Social de Donald Trump l’avait représenté, lui et Michelle Obama, sous les traits de singes.

Le clip, intégré à la fin d’une vidéo qui relayait des accusations infondées de fraude électorale en 2020, a provoqué une indignation assez rare dans les rangs républicains. Le sénateur Tim Scott, seul sénateur noir du parti, l’a qualifié de “la chose la plus raciste que j’aie vue sortir de cette Maison Blanche”. La Maison Blanche a d’abord dénoncé une “fausse indignation”, avant de supprimer la publication et d’en attribuer la responsabilité à un membre du personnel. Donald Trump a refusé de s’excuser, parce que, selon lui, “je n’ai pas fait d’erreur”.

Obama, lui, n’a pas cité le nom. Mais il a parlé de l’Amérique de Trump.

“Cette sorte de clown show qui se joue sur les réseaux sociaux et à la télévision”.

“Il ne semble plus y avoir la moindre honte à cela chez des gens qui, autrefois, pensaient qu’il fallait respecter un certain décorum, un sens des convenances et du respect pour la fonction”.

“Cela s’est perdu.”

Il a insisté sur le fait que “la majorité des Américains trouvent ce comportement profondément troublant”, reconnaissant que ce type de contenu “attire l’attention” et constitue “une diversion”, mais affirmant que, sur le terrain, les Américains qu’il rencontre “croient toujours en la décence, la courtoisie et la bienveillance”.

Évidemment, tout cela a nourri ces dernières heures les bandeaux de Fox News, qui s’indignent qu’il traite la droite de “en colère” et “source de division”.

Cette fois, en plein week-end de President’s Day, alors que l’Amérique célèbre ses présidents et la fonction présidentielle, 44 a estimé nécessaire de rompre le silence sur 45/47.


Zeitgeist, par Philippe Corbé 




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