Epstein : un affaire française
Le séisme Epstein n'en finit plus de produire ses répliques en France.
Lundi, des perquisitions ont été menées dans plusieurs lieux, dont l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris. Elles sont intervenues quelques jours après la démission de Jack Lang, président de l’institution depuis plusieurs années, dans le cadre de l’enquête visant à établir ses liens financiers présumés avec Jeffrey Epstein. Le Parquet national financier (PNF) a ouvert, le 6 février, une enquête pour soupçons de « blanchiment de fraude fiscale aggravée » contre l’ex-ministre et sa fille, Caroline Lang.
Parallèlement, la justice a désigné plusieurs magistrats référents pour repérer « d’éventuelles infractions liées à des ressortissants français » dans cette affaire tentaculaire Epstein. En pratique, ils vont passer au crible les millions de documents diffusés par la justice américaine mi-janvier, en coordination avec le PNF. Au-delà de ce travail sur ces archives, le parquet de Paris a été saisi de plusieurs autres affaires impliquant des ressortissants français.
D’abord, celle concernant le diplomate Fabrice Aidan, après un signalement du ministère des Affaires étrangères à la suite des révélations de Mediapart et Radio France. Celui qui était conseiller à la représentation permanente de la France à l’ONU avait été soupçonné, en 2013 – via une enquête du FBI – d’avoir consulté des fichiers pédopornographiques. Le diplomate avait alors dû quitter son poste à l’ONU et les États-Unis pour revenir en France, où il a poursuivi sa carrière.
La Cellule investigation de Radio France a révélé hier que le diplomate, dont le nom est cité à de nombreuses reprises dans les « Epstein Files », a par la suite fait l’objet d’une enquête classée sans suite en France pour d’autres faits à caractère pédocriminel.
Le parquet de Paris a également reçu une plainte, déposée par la Suédoise Ebba Karlson, à l’encontre de Daniel Siad, proche de Jeffrey Epstein, qu’elle accuse de viol en 1990. Elle a reconnu son agresseur présumé à l’occasion de la publication des documents du financier américain.
Une autre plainte, portant sur des faits de harcèlement sexuel qui auraient été commis en 2016, a été déposée à l’encontre du chef d’orchestre Frédéric Chaslin, également mentionné dans les « Epstein Files ». Cette procédure est en cours de réception et d’analyse par les magistrats.
Enfin, la justice française a décidé une « réanalyse intégrale » du dossier de l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel, qui s’est suicidé en prison en février 2022. Il était alors incarcéré depuis un peu plus d’un an, mis en examen pour viol à la suite d’une première plainte en 2019, lorsque le scandale Epstein a éclaté. Lors de l’enquête de police, dix femmes ont mis en cause Jean-Luc Brunel pour des faits de viol, notamment sur mineure. À sa mort, l’action publique s’était éteinte. L’une de ses victimes présumées, Thysia Huisman, a accepté de témoigner au micro de #cdanslair.
Aux États-Unis, point de départ de l’enquête, l’affaire Epstein continue également de provoquer des remous. L’ancien président Bill Clinton est assigné, avec son épouse, à comparaître devant le Congrès pour s’expliquer sur ses liens avec Jeffrey Epstein. Aucun acte répréhensible n’est recensé, mais il est établi que les deux hommes étaient très proches. Bill Clinton devrait comparaître le 27 février, à condition que cette audition de la Chambre des représentants soit publique afin d’éviter toute récupération politique. Son épouse devrait être entendue la veille. «Nous n’avons rien à cacher » a affirmé hier Hillary Clinton lors d’une interview sur la BBC, estimant que l’enquête menée par les républicains à son encontre et contre son mari vise à détourner l’attention de Donald Trump, également cité à plusieurs reprises dans les documents rendus publics. L’ancienne candidate à la présidence a également accusé d’administration Trump d’avoir orchestré une opération de «dissimulation» autour des dossiers liés au criminel sexuel. "Publiez ces dossiers. Ils traînent", a-t-elle lancé.
La procureure générale Pam Bondi a assuré avoir livré l’intégralité des dossiers relatifs à Jeffrey Epstein conformément à l’« Epstein Files Transparency Act ». Mais les critiques redoublent et elles ne viennent pas seulement des démocrates. Pour le représentant républicain Thomas Massie, coauteur de la loi, la version officielle ne tient pas. Selon lui, le ministère invoque le « privilège du processus délibératif » pour retenir des éléments clés : notes internes, courriels, arbitrages sur les poursuites. En bref, le cœur des décisions.
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