06.02.24 – Cela se complexifie... et sur un bien entendu, ça pourrait marcher

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D'abord des bonnes nouvelles :

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- La Russie est dorénavant privée de Starlink sur le front. Les services d'Elon Musk ont décidé que les antennes officiant en Ukraine devaient avoir été enregistrées en Ukraine. Celles qui ne l'avaient pas été ne peuvent désormais plus utiliser le système. Et l'Ukraine, cela comprend les territoires occupés. Résultat des courses, tous les terminaux venant de Russie ou le plus souvent du monde entier et introduits en contrebande en Russie ou dans le Donbas ont cessé de fonctionner. Ce qui contraint les forces russes à utiliser d'anciennes méthodes de communication et de guidage des drones, moins efficaces et surtout perméables au renseignement ukrainien. Bingo : les attaques russes ont diminué de moitié ces derniers jours.

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-  L'économie russe est en panique, tous les indicateurs le disent et même les responsables du régime. Les jeunes « grand russes » ne veulent pas être mobilisés pour une guerre qui leur semble parfaitement inutile, ce que de plus en plus de gens reconnaissent sous le manteau et même, timidement encore, ouvertement. Ce genre de vague de fond est très difficile à arrêter et ça demande des moyens. Que la Russie n'a pas, parce que faire la guerre aux Ukrainiens, en perdant plus d'hommes qu'elle ne peut en recruter chaque mois, tenir l'intérieur par la force, protéger ses alliés en Iran, en Afrique ou en Amérique latine, et relancer la course aux armements nucléaires, c'est clairement au-dessus de ses forces.

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- Pour tout arranger, les vaisseaux de sa flotte fantôme se font arraisonner ou sont victimes d'attentats mystérieux sur toutes les mers du monde. Même dans l'espace, ses satellites espions sont détruits, on ne sait pas trop comment... Donc les revenus baissent, de manière sensible, les coûts augmentent, de manière drastique, ce n'est pas tenable. Avec en plus la Chine qui soutient comme la corde le pendu, prenant lentement mais sûrement le relais, aussi bien le long de la route de la Soie qu'au Sahel, sans parler de la Sibérie... Les élites russes ne sont pas dupes, et le constat est unanime : le délire expansionniste de Poutine mène le pays à la catastrophe. Et la perspective d'une holocauste nucléaire comme seule défense ultime ne réjouit personne. Exit, donc Poutine. La seule question est quand ?

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Tout se complique. Le délire de Poutine et du despotisme, c'est d'enrégimenter le monde, ou en tout cas leur société dans des paramètres simples, verticaux. Je commande, vous obéissez et pour une fois, je ne suis pas d'accord avec Zelinsky quand il dit que la démocratie ne peut pas vaincre Poutine. M'étant intéressé depuis des années aux actions souterraines des services, je comprends très bien ce qu'il veut dire, et j'en maîtrise parfaitement les tenants et les aboutissants : il y a un moment où il faut ôter les gants et mettre les mains dans le cambouis. Je suis d'accord avec ça. Mais contrairement à ce que pense un Poutine ou un Trump, la dictature et la décision venue d'en haut ne sont pas les méthodes les plus efficaces. Le fourmillement et la créativité d'une société démocratique leur sont bien supérieurs et l'Ukraine le montre tous les jours dans sa guerre. Alors perso, je dirais plutôt que « la démocratie, seule, ne peut pas vaincre Poutine ». Il lui faut l'aide de quelques décisions et agissements peu démocratiques, secrets et souterrains, prêts à tout. La démocratie + l'invisibilité. Qui détruit par exemple les satellites espions et les cargos fantômes.  

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La complexité, c'est aussi quand un apprenti dictateur comme Trump accumule les revers et les échecs. Quand dans un championnat de catch (de catch, qu'est-ce qu'il peut bien y avoir de plus MAGA que le catch?), à la télévision, la foule des spectateurs se met à scander « fuck Ice ». Sans compter que le capitalisme peut faire de l'argent sur la guerre, mais qu'il préférera toujours la stabilité, qui lui permet de se déployer et d'engranger de manière bien plus efficace et prévisible. Or le régime Trump et ses tarifs déments sont l'inverse de la stabilité. 

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En Chine itou, quand les chefs de l'armée réprouvent l'idée d'envahir Taïwan et mettent les pieds au mur au point que le pouvoir éprouve le besoin de les virer tous, ça complique les choses. Et si les deux malabars de la cour de récré commencent à devoir gérer des problèmes existentiels internes, cela retarde forcément le moment où il vont commencer à se taper dessus... en laissant le temps aux autres de s'organiser, pour inventer un moyen de les tenir à l'écart. La complexité, les Européens et la démocratie en général en ont l'habitude, c'est quasiment dans leurs gènes, gravé dans leur constitution. Et inscrit au coeur de la complexité, il y a le compromis. 

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Le compromis, ce n'est pas la compromission, mais ce concept qui fait qu'au lieu de chercher le blanc ou le noir, imposé par le fort sur le faible, on trouve ensemble une solution, certes un peu grise, mais qui permet d'avancer plus loin ensemble, en ménageant les intérêts de tout le monde. En politique, la Suisse est très douée pour ça et ça s'appelle d'ailleurs le compromis helvétique. Un concept qui oblige à tenir compte, peu ou prou, des intérêts de tout le monde, ou en tout cas du maximum de gens. Ce qui va bien au-delà d'une simple majorité, même si régulièrement, les Suisses sont appelés à trancher, par oui ou par non et alors à la majorité. L'immense majorité des décisions sont prises en amont, après consultation, et sur le mode du consensus. L'Europe s'est inspirée de la Suisse, pour ses institutions, bien plus qu'on l'imagine quand on ne connaît pas le fonctionnement des institutions suisses et européennes, mais pas encore assez.

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Où est-ce que je veux en venir ? Les Ukrainiens ont laissé entendre que les négociations avançaient avec les Russes sur un point clé : comment ça allait se passer après le cessez-le-feu. Parce que le principe d'un cessez-le-feu est acquis et forcément, il sera sur la ligne de front. Comment ça se passera après, sachant que l'exigence russe, maximaliste, d'une cession de territoires non conquis est juste invraisemblable. S'il veut survivre, Poutine va devoir mettre de la complexité dans sa verticalité. Il a un besoin vital d'argent frais, de levée des sanctions. Il a besoin d'une pause, même si c'est pour mieux repartir ensuite. Il a déjà fait le coup plusieurs fois, la dernière et la plus spectaculaire étant le retrait unilatéral de la plupart des territoires pris par surprise il y a 4 ans, parce qu'il devenait évident que ce qu'il restait de son armée, trop loin de ses bases, allait se faire massacrer sur place. Le temps de tout réorganiser, de mettre la Russie en économie de guerre et de repartir à l'assaut. 

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Reculer pour mieux sauter, ça peut faire boum... l'Europe prend un risque en appuyant la paix maintenant, mais ce sont les Ukrainiens qui meurent et donc qui décident, et l'Europe y gagne l'opportunité de renforcer sa défense et d'y inclure entièrement l'Ukraine, à défaut, pour le moment, de l'Ukraine entière.  A nous d'imaginer la suite et d'être un peu moins naïfs à l'avenir.

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