ENTRETIEN avec
Marie-Christine Barrault
formidable « Maman du bourreau » sur France 2 :
« Ce film est l’écho de la réalité »
La vie de Gabrielle de Miremont s’effondre lorsqu’elle découvre que son fils, le prêtre Pierre-Marie, est accusé d’actes de pédophilie commis sur un enfant de la paroisse. Marie-Christine Barrault incarne une mère formidable en quête de vérité dans le téléfilm « La maman du bourreau », diffusé ce mercredi 18 février 2026 sur France 2.
À 80 ans, Gabrielle de Miremont est une femme de haut rang respectée de tous. Sa plus grande fierté : son fils, Pierre-Marie, devenu un prêtre dévoué et admiré de sa paroisse. Mais un jour, un secret caché depuis de trop longues années éclate. L’homme est accusé d’actes de pédophilie commis sur un enfant du village il y a plusieurs décennies. Ancrée dans ses certitudes, Madame de Miremont refuse d’abord d’y croire, avant d’accepter de s’ouvrir à la dure réalité.
Dans La maman du bourreau, téléfilm adapté du livre de David Lelait-Helo et diffusé ce mercredi 18 février 2026 sur France 2 , Marie-Christine Barrault incarne cette mère dont la vie et la foi basculent. En cheminant vers une vérité que l’Église cherche à garder secrète, à ne pas ébruiter, elle perd ses repères mais s’attache, avec une grande empathie, à la rédemption. Un combat intime mais universel magnifiquement porté à l’écran, avec respect et pudeur. Pour Ouest-France, la comédienne est revenue sur ce rôle fort.
Comment décririez Gabrielle de Miremont ?
C’est une femme très bourgeoise, pleine de certitudes en début d'histoire, liées à sa foi religieuse et à la réussite de son fils, qui est devenu prêtre. Et tout le film montre à quel point la réalité va la casser. Ce qui est beau, c’est que, au lieu de se braquer, elle se laisse casser, elle se laisse mettre en morceaux. Elle éprouve une empathie incroyable pour la victime.
À quel moment Gabrielle de Miremont se rend-elle compte que son fils est vraiment coupable ?
Dans un premier temps, elle est outrée qu’on puisse attaquer l’Église. Puis quand elle comprend qu’il y a une victime et que cette dernière a eu sa vie complètement sabordée, elle essaie de comprendre. C’est là que le personnage est formidable : elle ne se braque pas, elle ne dit pas que ce sont les autres qui ont tort. Elle cherche à savoir. Et à partir du moment où elle rencontre la victime, elle comprend tout de suite qu’il ne ment pas.
On ne peut que s’en prendre à l’Église qui cache, qui s’est arrangée pendant des siècles pour qu’on n’en parle pas.
Les actions de son fils remettent-elles en question sa foi ?
Ce n’est pas sa foi en Dieu qui vacille, c’est sa foi en l’Église. Et il y a de quoi parce que ce film, malheureusement, est l’écho de la réalité. Et on ne peut que s’en prendre à l’Église qui cache, qui s’est arrangée pendant des siècles pour qu’on n’en parle pas. C’est seulement aujourd’hui qu’on commence un peu à ouvrir les fenêtres. Mais le nombre de choses qui ont été cachées alors que les membres de l’Église étaient au courant. On le voit bien dans le film ; l’évêque, à un moment donné, qui doit être au courant mais qui ne dit pas grand-chose, cherche simplement à envoyer ce prêtre loin de sa paroisse. C’est tout. S’il n’y avait pas l’histoire avec la mère, on n’en parlerait plus, il partirait continuer ses exactions à l’autre bout de la terre. Donc sa foi dans tout le système religieux vacille, mais pas en Dieu, parce qu’elle a tout de même cette volonté, ce désir que son fils se repente. Elle est pour la rédemption, elle voudrait qu’il demande pardon. Mais il ne le fait pas, et c’est ça le pire pour elle.
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Ressent-elle une forme de culpabilité ?
Je ne pense pas qu’elle ressente de la culpabilité. Elle se sent responsable dans la mesure où, face à cet événement épouvantable qu’elle n’aurait jamais pu imaginer, elle fonce. Parce que la culpabilité, souvent, c’est complètement passif. Mais elle ne se dit pas que c’est sa faute, elle se dit plutôt que puisqu’elle est sa mère, elle va le pousser dans ses retranchements pour qu’il demande pardon, pour avancer. Elle lui dit qu’il faut qu’il se fasse soigner, mais je pense qu’il n’y a pas de culpabilité. Ça me plaît beaucoup parce que pour moi, la culpabilité mène les hommes dans le mur et les empêche d’avancer. Et les gens autour de moi, dont Vadim (Roger Vadim, à qui elle fut mariée pendant dix ans, ndlr), avec qui je vivais de son vivant, me disait qu’il ne me ferait jamais sentir coupable. C’est un sentiment que je ne connais pas. Si j’ai fait ou dit quelque chose de méchant, je regrette. Mais la culpabilité qui empêche, qui paralyse, je ne la connais pas. Ça aurait été plus difficile pour moi de jouer le rôle si elle avait été chargée de cette culpabilité. Ce que je trouve beau là, c’est que c’est un vrai soldat. Elle a quand même abdiqué tout ce qui était son confort social, bourgeois et tout le monde qui la respecte, elle a perdu tout ça. Mais en même temps, elle avance.
Le jour où j’ai accouché de mon premier enfant, et ça s’est renouvelé au deuxième, j’ai compris que c’était un amour qui ne se reprendrait jamais.
Continue-t-on d’aimer un enfant coupable ?
J’ai eu cette conversation il n’y a pas longtemps : est-ce pire d’être la mère de la victime ou la mère de l’assassin ? Et, surtout, garde-t-on l’amour qu’on porte à son enfant même au-delà de ses exactions ? Moi, je dis que oui. Le jour où j’ai accouché de mon premier enfant, et ça s’est renouvelé au deuxième, j’ai compris que c’était un amour qui ne se reprendrait jamais. L’amour pour les parents est sujet à caution, l’amour amoureux peut changer du jour au lendemain… Toutes les formes d’amour sont changeantes. Mais l’amour pour un enfant, non. Je pense que même un enfant qui s’avère être un salaud absolu et un criminel, malheureusement, c’est un amour qui reste. Il est douloureux, mais il est là. Dès qu’on tient son enfant dans ses bras après l’accouchement, on le comprend instantanément.
Qu’avez-vous apprécié dans ce projet ?
Je venais de tourner avec Dominique Besnehard, l’un des producteurs du film, et il a acheté les droits du livre de David Lelait-Helo Je suis la maman du bourreau. Il m’a tout de suite confié qu’il pensait à moi pour le rôle. J’ai lu le livre et je lui ai dit que c’est moi qui devais faire ce film. C’est vraiment un rôle absolument magnifique et je trouve que, vu mon histoire, ce rôle est pour moi. J’ai eu une enfance et une éducation religieuses et j’ai toujours dit que j’avais la foi. Il y a quelque chose en moi dont on sait qu’il y a une cohérence avec cette femme.
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Vous êtes habituée à des rôles forts, mais pour celui-ci, vous avez reçu un prix d’interprétation - le Grand Prix d’interprétation féminine au festival Polar de Cognac 2025.Que représente ce rôle pour vous ?
Il représente surtout une chance extraordinaire, à mon âge, d’avoir des rôles encore comme celui-là. Continuer à travailler comme je travaille, à mon âge et avec la passion que je mets dans mes projets, c’est un miracle. Au théâtre, je viens de jouer Gisèle Halimi pendant un an et je joue en ce moment La découvreuse oubliée, l’histoire de Marthe Gauthier, qui a été évincée de ses découvertes scientifiques. J’ai l’impression que j’annule totalement l’âge et ce qui est inhérent à l’âge, c’est-à-dire ce mot affreux de retraite qui n’a pas beaucoup de sens dans mon métier.
À travers ce film, j’espère qu’il va y avoir des prises de conscience, même si ce n’est pas pour ça que je le fais.
Que recherchez-vous dans les rôles que vous incarnez aujourd’hui ?
J’ai vraiment l’impression qu’on est comme des maisons. Chaque rôle nous permet d’ouvrir des fenêtres et des portes, tout comme les grandes étapes de notre vie. C’est ça qui est merveilleux. Trouver ce dialogue entre mon métier et ma vie, c’est ce que j’ai toujours cherché. Et je crois l’avoir trouvé, parce qu’à chaque rôle, j’ai l’impression d’avancer aussi comme personne, pas seulement comme actrice.
Est-ce important pour vous de porter des sujets si forts et actuels dans vos rôles ?
Je ne suis pas très politique dans la vie, dans le sens où je ne vais pas dans des manifestations. Mais à travers la fiction et tous les films que j’ai faits, toutes les pièces que j’ai jouées, je raconte mes convictions profondes. Et dans le cas de La maman du bourreau, c’est un sujet qui me met très en colère. Je suis plus en colère encore contre l’Église qui cache tout ça. Et pour ceux qui font ça, c’est navrant de penser que quelqu’un qui est prêtre et qui devrait être appelé à la sainteté puisse arriver à des exactions pareilles. À travers ce film, j’espère qu’il va y avoir des prises de conscience, même si ce n’est pas pour ça que je le fais. Je le fais pour que ces histoires qui sont fortes rentrent dans le cœur des gens et que ça leur donne la force et l’envie de bouger.
France 2, 21 h 10.
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