Dati s'invite chez les Macron, Retailleau fait le ménage, Attal perd son calme…
INDISCRÉTIONSCoordonnée par Bruno Dive et Charlotte Cieslinski
Mais aussi : 2027 ? Ça n'en-Guedj que lui, Castex y croit, Hollande reporte à demain… Chaque semaine, « Le Canard »se glisse dans les coulisses de la vie politique.
Emmanuel Macron avait promis de proposer un référendum aux Français avant la fin de son second quinquennat. Or le thème dudit référendum pourrait bien s’imposer à lui ! En effet, une proposition de loi des écolos visant à accorder le droit de vote aux étrangers non européens aux élections municipales vient d’être adoptée en commission des Lois, avec le soutien de quelques macronistes, comme Guillaume Gouffier Valente ou Stéphane Mazars.
« Qu’est-ce qu’ils sont cons ! » s’est étouffé un très proche de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, pas franchement favorable à cette mesure. Un vote en séance jeudi 12 février signifierait l’adoption définitive de la loi. « Macron ne serait pas obligé de convoquer un référendum, mais il serait dans un drôle d’embarras », déplore un cadre macroniste du Palais-Bourbon.
A tout le moins.
En réunion de groupe, mardi 10 février, Gabriel Attal ne s’est guère fait prier pour incendier Violette Spillebout, coupable à ses yeux d’avoir déposé une proposition de loi contre les violences en milieu scolaire avec le député LFI Paul Vannier. Tous deux avaient conduit une commission d’enquête sur le sujet, qui s’était, entre autres, penchée sur le scandale de Bétharram.
Furieux, Attal a férocement lancé : « Je vous rappelle que nous avions fixé comme ligne de ne pas signer de propositions de loi avec les extrêmes, à savoir le Rassemblement national et La France insoumise. »
Il ne fallait donc pas donner suite aux travaux de la commission d’enquête ?
La candidature surprise de Jérôme Guedj à l’élection présidentielle de 2027 n’a pas suscité un fol enthousiasme au Parti socialiste. Elle n’a même rien suscité du tout. Sur la boucle WhatsApp des députés PS, aucun élu n’y a fait la moindre allusion. « C’est passé complètement inaperçu », s’amuse un parlementaire socialiste. Dans les couloirs du Palais-Bourbon, beaucoup ont raillé la grandiloquence du député de l’Essonne au moment d’annoncer sa candidature, allant jusqu’à l’imiter. Ça n’en-Guedj personne.
Et François Hollande a enfoncé le clou, en petit comité : « Si vous dites que vous n’êtes pas candidat, qui va vous inviter sur BFM ou LCI, même à 23 heures ? Tous, Guedj, Breton, Borloo, etc., ont intérêt à entretenir la flamme. »
Et pas lui ?
Hors micro, François Hollande le reconnaît : « C’est très difficile de justifier de vouloir être président après l’avoir été. Les gens n’ont pas envie de revenir en arrière. Il faut raconter une autre histoire, ne pas vouloir faire la même chose en mieux ». Message transmis à Macron.
Et de poursuivre : « Proposer quelque chose de nouveau. Trump est revenu différemment de son premier mandat. Lui s’est radicalisé. Un ancien président ne vient pas faire un coup d’essai. Il faut deux choses. Qu’il soit appelé parce qu’on pense qu’il est dans une démarche sacrificielle et qu’il offre une solution ; ce n’est pas le cas pour moi aujourd’hui. Et puis qu’il puisse gagner ! Glucksmann et Faure peuvent dire qu’ils feront mieux la fois d’après. Moi, je ne peux pas faire ça. »
Tout s’explique.
Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, persiste et signe : selon lui, la primaire réunissant une partie de la gauche le 11 octobre s’impose, pour éviter le risque d’« ouvrir la porte à l’extrême droite ».
Mais François Hollande, lui, n’y voit que des inconvénients. « Comme tous les trucs mort-nés, ça peut mettre du temps à mourir, estime l’ex. Si le PS y va, ce qui est loin d’être acquis, et que ce n’est pas un socialiste qui est désigné, ce qui devrait arriver, vous pensez que les électeurs PS vont aller soutenir Ruffin ou Tondelier ? Ruffin, quand il parle d’une trahison des élites depuis quarante ans, il veut dire que Mitterrand, Jospin et moi avons trahi ? Ça ne peut pas être une candidature d’union. »
La primaire avait pourtant réussi à Hollande, avant sa victoire en 2012.
En Haute-Savoie, où les Républicains viennent de perdre la 3e circonscription – détenue par la droite depuis 1958 ! –, le patron local du parti, Martial Saddier, s’est laissé photographier avec Antoine Valentin, le nouveau député ciottiste du coin.
Deux sénatrices LR s’en sont émues auprès de Bruno Retailleau, dans les couloirs du Sénat, avant la séance des questions au gouvernement du 4 février. « C’est pas possible, Bruno ! Il faut exclure Saddier, sinon on va tous se faire bouffer ! » râle la première, Agnès Evren, la patronne de la fédération LR de Paris. « Il faut le virer, envoyer un signal fort », renchérit l’autre. Acculé, Retailleau leur répond : « Oui, je sais. Michel Barnier m’a envoyé un SMS ce matin à ce sujet. »
Un ancien sarkozyste, aujourd’hui élu RN, ne se fait pas prier pour commenter : « C’est la grande évasion. Ils ne savent plus comment colmater les fuites avant les municipales, puis les prochaines sénatoriales ! »
C’est tellement compliqué à droite qu’on dirait la gauche.
Rififi au Palais-Bourbon ! Voulant dévoiler à quelques invités les nouveaux bureaux de l’Assemblée, après les derniers travaux de rénovation, Yaël Braun-Pivet a fait visiter celui du coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. « C’était involontaire », jure-t-elle dans « Le Figaro » (6/2). Mais les Insoumis n’y croient guère. Certains pensent même qu’elle est entrée à dessein dans le bureau de son opposant LFI, pour voir ce que ce dernier pouvait apercevoir de sa fenêtre donnant sur… l’Hôtel de Lassay et donc, possiblement, sur son bureau à elle.
Le patron du groupe MoDem, Marc Fesneau, a lui aussi hérité d’un tout nouveau bureau. Il peut y observer les allées et venues des ministres dans la cour d’honneur, et même tout ce qu’il se passe chez ses alliés des Républicains.
Il ne devrait pas s’ennuyer.
« Bien sûr que j’y pense. Bien sûr que je suis prêt », a récemment confié Jean Castex à un interlocuteur qui l’interrogeait sur sa volonté d’être candidat à la présidentielle de 2027. Avant d’ajouter : « Mais il faudrait que Philippe, Attal et consorts se mettent dans cette perspective… » Pas gagné ! A d’autres qui le pressent de se lancer, il réplique, agacé : « Tu m’emmerdes ! » Va comprendre… D’ailleurs, ajoute un ancien conseiller, « il est très heureux à la SNCF ». Même après s’être mis tous les parents de France à dos en lançant la classe Optimum, des espaces interdits aux enfants ? Le chef de l’Etat, lui, verrait d’un très bon œil cette candidature, d’après l’un de ses intimes : « Certes, il faut que Castex rentre dans les sondages. Mais il parle à la France, il est costaud et il est courageux. C’est le favori de Macron ! »
Ce qui ne constitue pas nécessairement un atout.
Avant de quitter le ministère de la Culture, Rachida Dati rêve d’un dernier dîner au Château en compagnie du couple Macron. Pour ce faire, elle a demandé à la réalisatrice (et ancienne ministre de François Hollande) Yamina Benguigui, régulièrement invitée à l’Elysée, d’intercéder en sa faveur auprès de la première dame. Laquelle se garde, ces derniers temps, d’apparaître auprès de la candidate à la Mairie de Paris, car, rapporte une proche de Benguigui, « elle sait que, dans quelques mois, Dati sera foutue à cause de ses affaires judiciaires ».
Brigitte Macron ne voudrait tout de même pas la « foutre dehors », comme les « sales connes » ?
Malgré les tensions qui agitent le comité d’organisation des JO d’hiver 2030, qui auront lieu dans les Alpes françaises, et la volonté de son président, Edgar Grospiron, d’en dire le moins possible sur cette crise qui enfle chaque jour, Renaud Muselier, le président de la région Sud, reste bavard.
Le 5 février à l’Hotel Palazzo Delle Stelline, à Milan, lors d’une soirée Business France organisée en marge des Jeux d’hiver italiens, le patron de région n’a cessé de répéter aux dirigeants présents (les patrons de Loxam, Artelia, TechnoAlpin ou GL Events) qu’il était inutile de s’inquiéter des « remous » et de la « démission », la semaine dernière, de l’ancien président du groupe Canal+ Bertrand Méheut, qui dirigeait le comité des rémunérations. « Il n’y a aucune inquiétude à avoir ! Tout est en route à la Solideo (la Société de livraison des ouvrages olympiques), que je préside, avec un budget de 1 milliard d’euros pour construire et rénover. » Circulez !
Muselier s’est toutefois autorisé un tacle aux équipes des JO de Paris 2024 : « Nous sommes à Milan, profitons-en et observons pour les Alpes. Enlevez vos mocassins et adaptez-vous aux territoires de montagne ! »
Des mocassins en peau de phoque ?
Lors des européennes du 9 juin 2024, la liste des Républicains, emmenée par François-Xavier Bellamy, avait récolté 7,25 % des voix. Un score qui permettait d’envoyer six représentants au Parlement européen pour la mandature 2024-2029. En dehors de Bellamy, on trouvait sur cette liste Céline Imart, Isabelle Le Callennec, Nadine Morano, Laurent Castillo ou l’ex-général Christophe Gomart.
Vingt mois plus tard, le groupe LR, intégré au sein du Parti populaire européen (PPE), est réduit à la portion congrue. Castillo, un professeur de médecine niçois proche de Ciotti, vient d’annoncer qu’il quittait le PPE pour rejoindre le groupe Les Patriotes pour l’Europe, où siègent les eurodéputés RN. Quant à Gomart, après être allé soutenir le candidat ciottiste Antoine Valentin à la législative de la 3e circonscription de Haute-Savoie, remportée contre le candidat LR, il a apporté son soutien à Ciotti contre Estrosi aux municipales à Nice. Mais, pour l’heure, l’exclusion de Gomart de LR, réclamée par Xavier Bertrand, Michèle Tabarot et quelques autres, ne semble pas d’actualité.
Au nom de l’union des droites ?
Le 4 mars dernier, dans un discours prononcé au Sénat devenu viral aux Etats-Unis, le sénateur Horizons Claude Malhuret avait sorti la sulfateuse contre Donald Trump. « Washington est devenu la cour de Néron, avait-il dit, un empereur incendiaire, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine (Elon Musk) chargé de l’épuration de la fonction publique ! »
Il a remis le couvert ce lundi 9 février devant quelques journalistes : « Je pense qu’aujourd’hui on est, aux Etats-Unis, dans une situation où l’hypothèse du fascisme n’est pas du tout exclue. En Europe, un président qui aurait diffusé, comme Trump l’a fait, des vidéos d’Obama et de sa femme déguisés en singes, serait soit démissionné soit avec un problème majeur. »
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