Madame de Sévigné (1626 - 1696)
De la jolie courtisane à la reine de l'art épistolaire
« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante… » Quand madame de Sévigné nous annonce un cancan, on sait que l'on va dévorer sa lettre ! Et pas seulement parce que la grande dame du XVIIe siècle savait bien comment retenir l'attention de ses destinataires, et en particulier de sa chère fille, mais aussi parce que sa plume noircissait les lignes avec un des plus beaux styles que le Grand Siècle pouvait nous offrir, d'une élégance rare.
Chaussez donc vos lunettes pour lire discrètement par-dessus son épaule et comprendre comment cette petite aristocrate s'est muée en icône de l'art de la correspondance...
Belle marquise...
Mais que faire de cette petite fille ? Héritière d'une très noble famille qui compte même une sainte, Marie de Rabutin Chantal, née le 3 février 1626, n'est pas aussi chanceuse qu'on pourrait le croire puisqu'elle se retrouve orpheline à 7 ans.
C'est décidé, c'est son oncle Coulanges qui l'élèvera. Et ce bourgeois bon vivant fait les choses bien puisqu'il offre à sa nièce une enfance heureuse au milieu d'une tribu de cousins avec lesquels elle acquiert une éducation aussi poussée que moderne : à bas le latin, vive le roman !
Notre jeune et bel esprit ne fait pas peur à Henri de Sévigné qui l'épouse en 1644 avant de lui faire mener une vie joyeuse, entre séjours au château de Vitré, en Bretagne, et fêtes parisiennes. « Plus belle mille fois qu'un satin blanc » selon le poète Marigny, la jeune femme sait aussi séduire par ses réparties.
Las ! En 1651, son impulsif de mari ne trouve rien de mieux que de se battre en duel pour l'honneur d'une maîtresse. La voici veuve, avec deux enfants en bas âge, Françoise et Charles. Elle se console vite : à 25 ans, elle est désormais libre de mener sa vie à sa guise.

L'art de rabutiner
Quelques mois plus tard, après une retraite de circonstance dans son domaine des Rochers à Vitré, le « bel ange en deuil » (Scarron) est de retour à Paris.
Avec son amie la comtesse de La Fayette, elle s'empresse de suivre les conseils du grammairien Gilles Ménage, expert en écriture comme en galanterie. Des conseils, elle en a besoin pour répondre aux compliments d'un Fouquet, d'un La Fontaine ou encore d'un duc de Rohan qui va jusqu'à se battre en duel sous ses fenêtres !
Mais le plus entreprenant est peut-être son propre cousin, le flamboyant Bussy-Rabutin, général, libertin et adepte de la plume. À celui qui lui parle « d'amour en riant », elle répond avec une finesse d'esprit qui enchante ce courtisan, peu vexé d'être ainsi éconduit.
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