« Barbara » : Nina Hoss

 

« Barbara » : Nina Hoss face à la Stasi dans la RDA des années 1980

Critique  Mutée dans une clinique de province après avoir demandé un visa pour partir, une chirurgienne vit sous surveillance. Christian Petzold signe un drame tendu et lumineux. Ce soir à 22h15 sur Ciné+ Festival et disponible à la demande sur myCANAL.

Par  Sophie Grassin

Nina Hoss dans « Barbara » de Christian Petzold

Nina Hoss dans « Barbara » de Christian Petzold  LES FILMS DU LOSANGE/CHRISTIAN SCHULZ


Quand on aime les personnages de femmes à la Douglas Sirk, il faut voir « Barbara », de Christian Petzold, figure majeure du cinéma allemand. Ce dernier a confié à Nina Hoss, sa comédienne fétiche (cinq longs-métrages ensemble), le soin de l’interpréter et c’est peu dire que l’actrice, élevée aux films de Greta Garbo et de Bette Davis, crève l’écran. 1980 : le mur de Berlin tient toujours debout et, en RDA, la Stasi fait régner la terreur. Barbara, Berlinoise de l’Est et chirurgienne, demande un visa pour quitter le pays. Aussitôt soupçonnée de vouloir passer de l’autre côté du rideau de fer, la voilà mutée dans une clinique de province et placée sous la surveillance de la police politique d’Erich Honecker.

Une tension palpable

Comme l’Allemagne, Barbara est coupée en deux. D’un côté, Jörg, l’amant ouest-allemand qu’elle rejoint en douce dans une forêt, échafaude des plans d’évasion. De l’autre, André, médecin chef, n’a d’yeux que pour elle. En apparence glacée, Barbara se défie de ceux qu’elle croise, potentiellement tous membres de la Stasi - et d’abord d’André -, soulève un pan de rideau pour épier le moindre bruit, joue le Nocturne n °6 de Chopin chaque nuit.

Christian Petzold filme son refus de s’intégrer, sa suffocation mentale et sociale, sa raideur lors des fouilles au corps, son sentiment de danger permanent. Puis il lui jette dans les pattes Stella, une adolescente, elle aussi victime de la répression, pour mieux la confronter à un dilemme : délivrée de toute attache, Barbara pourra fuir. Liée à Stella et à André, elle devra abandonner son rêve de liberté. Quel choix cette guerrière, qui symbolise à elle seule l’enfer traversé par tout un peuple, fera-t-elle ?

Dans ce beau film à la tension palpable, ancré dans une géographie de frontières et de plages venteuses menant vers le salut (la côte danoise si loin, si proche), Christian Petzold reste fidèle à un seul but : montrer l’enfermement intérieur de Barbara, vacillant comme elle le peut de ses fantasmes d’ailleurs à la réalité du système. Se cognant sans répit aux parois de ces murs que l’on érige entre soi et soi.

◗ Lundi 9 mars à 22h15 sur Ciné+ Festival. Drame allemand de Christian Petzold (2012). Avec Nina Hoss, Mark Waschke. 1h40. (Disponible à la demande sur myCANAL).




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