Guerre en Iran : un embrasement hors de contrôle...
L’Iran et maintenant le Liban. Au troisième jour de l’opération militaire américano-israélienne contre le régime des mollahs, l’armée israélienne continue de mener, ce lundi, des frappes « à grande échelle » sur Téhéran et vise également le Hezbollah libanais, qui, pour la première fois dans le conflit, a tiré sur Israël, en représailles à l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. Des bombardements ont eu lieu sur la capitale ainsi qu’en périphérie sud, alors que le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé ce lundi que le chef du Hezbollah finirait « au fin fond de l’enfer ».
En Iran, où les attaques de missiles se poursuivent et ont frappé des immeubles d’habitation, le régime des mollahs, même affaibli, riposte : Abou Dhabi, Doha, Dubaï, Chypre, Bahreïn, Koweït… L'Iran mène des frappes multiples dans la région, et notamment en Israël, où les villes de Tel-Aviv, Jérusalem-Est et Haïfa ont été prises pour cible. La République islamique d’Iran est certes décapitée, mais pas renversée. Le président iranien a promis qu’un nouveau guide serait rapidement désigné. En attendant, le pays est de nouveau coupé du monde, alors que l’embrasement est régional.
Aux États-Unis, Donald Trump justifie l’intervention militaire et prévient qu’elle va durer. Dans une interview donnée au New York Times, dimanche, le président américain évoque une opération de « quatre à cinq semaines » et prépare les Américains à des pertes. Quatre militaires américains ont été tués depuis le déclenchement de la guerre. « Malheureusement, il y en aura probablement d’autres avant la fin. C’est comme ça », a déclaré le président américain dans une vidéo publiée sur sa plateforme Truth Social, après l’annonce de ces morts. Il a affirmé, dans une courte allocution au ton solennel : « L’Amérique va venger ses morts et porter le coup le plus sévère aux terroristes qui ont déclaré la guerre contre, fondamentalement, la civilisation. »
« Les opérations militaires vont continuer à pleine puissance pour le moment et elles se poursuivront jusqu’à ce que tous nos objectifs soient atteints », a-t-il déclaré depuis sa résidence de Mar-a-Lago, tout en restant flou sur ce qu’il envisage pour la suite. Ainsi, tout en disant qu’il reviendrait au peuple iranien de renverser le pouvoir, il a vanté l’opération américaine du début d’année au Venezuela. « Ce que nous avons fait au Venezuela, je pense, est le scénario parfait, le scénario parfait », a-t-il déclaré.
En France, le chef de l’État prépare le rapatriement des ressortissants français au Moyen-Orient. Le président de la République a également promis dimanche de « rehausser notre posture défensive », ce qui laisse entendre un ajustement du dispositif militaire dans la région, après que la base des forces françaises d’Abou Dhabi a été touchée par un drone iranien. Le pays, avec ses alliés allemands et britanniques, s’est dit prêt « à des actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source ».
Depuis l’île Longue à Brest, où sont stationnés les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français, le président de la République a également estimé ce lundi que la France doit « renforcer sa dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces » et a annoncé une augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises. « Nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté. Avec la mise en place progressive de ce que j’appellerai une dissuasion avancée » a-t-il également expliqué.
. Alors, quelle est la situation au Moyen-Orient ?
. Quels sont les « objectifs » de Trump et Netanyahu ?
. Quel futur pour l’Iran et la région ?
. Quels sont les scénarios envisageables ?
. La France peut-elle se retrouver, malgré elle, partie prenante du conflit ?
Nous en parlerons ce soir dans #cdanslair à partir de 17h45 sur France 5. Posez-nous dès maintenant toutes vos questions sur Twitter avec le hashtag #cdanslair ou sur notre site : http://bit.ly/EmissionCdanslair.
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Commentaire
Chronique d’un vieux con lucide (ou qui essaye de l’être)
On me dit que personne ne comprend plus rien aux bombardements entre l’Iran, Israël, les États-Unis, les pays du Golfe, le Yémen, et tous les autres qui passent par là au moment où cela explose.
Rassurez-vous.
Étant expert autoproclamé en géopolitique, prêt à donner un avis éclairé sur toutes les chaînes de télévision, en parfait con lucide, je vais vous expliquer ça très simplement.
D’un côté, il y a l’Iran, qui soutient le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, et parfois le Hamas à Gaza, lequel n’est pas du tout du même courant religieux. Mais ce n’est pas grave parce que, quand on a un ennemi commun, on partage le café — ce qui pose déjà un problème stratégique majeur puisque certains, en face, préfèrent le thé. Et dans ces régions, on sait qu’une divergence sur la boisson chaude peut dégénérer plus vite qu’un sommet diplomatique.
En face, il y a Israël, allié des États-Unis, lesquels ont des bases chez les pays du Golfe, lesquels se méfient de l’Iran, tout en discutant parfois avec lui, tout en soutenant la cause palestinienne, tout en achetant des armes américaines pour se protéger de l’Iran, qui soutient des groupes qui tirent sur Israël, lequel frappe parfois ailleurs pour empêcher l’Iran d’armer des groupes qui tirent sur lui.
Simple.
Ajoutons que le Hamas est sunnite, que le Hezbollah est chiite, que les Houthis relèvent d’une branche du chiisme, que l’Arabie saoudite est sunnite, que le Qatar parle à tout le monde, que les Émirats achètent des avions, que les Américains négocient parfois avec certains qu’ils bombardent ailleurs, et que tout le monde affirme ne vouloir que la paix, sous réserve qu’elle corresponde exactement à ses intérêts stratégiques.
Pendant ce temps, la Russie soutient l’Iran quand cela l’arrange, la Chine achète du pétrole à peu près à tout le monde, l’Ukraine observe que certains drones lui disent vaguement quelque chose, et Boko Haram continue sa vie au Nigeria sans demander l’avis de personne.
Et au milieu de tout cela, chaque camp explique qu’il ne fait que répondre à une provocation du camp d’en face, lequel répond qu’il ne fait que répondre à une provocation du camp précédent, lequel rappelle qu’historiquement tout a commencé en 632, en 1948, en 1979 ou mardi dernier, selon les sensibilités.
En résumé :
L’Iran combat Israël.
Israël combat l’Iran.
Les États-Unis soutiennent Israël.
Les États-Unis négocient parfois avec l’Iran.
Les pays du Golfe craignent l’Iran.
Certains pays du Golfe discutent avec l’Iran.
Le Hamas combat Israël.
L’Iran soutient le Hamas.
Le Hamas n’est pas chiite.
Mais ce n’est pas le sujet.
Le Hezbollah est chiite.
Les Houthis aussi, mais pas exactement pareil.
Tout le monde a un ennemi principal.
Et un ennemi secondaire.
Et un allié tactique.
Et un allié provisoire.
Et un allié qu’on dément publiquement.
Voilà.
Maintenant que je vous ai expliqué tout cela d’une manière parfaitement limpide, je pense que la situation vous paraît beaucoup plus claire.
Sinon, je peux vous faire un schéma.
Il faudra simplement une nappe en papier grand format, quelques feutres de couleurs et deux heures devant nous.
Ensuite, nous irons boire quelque chose pour détendre l’atmosphère :
un café pour ceux qui pensent que tout est une question d’alliances tactiques,
un thé pour ceux qui estiment que tout est d’abord une affaire de nuances,
et une tisane pour ceux qui ont définitivement renoncé à comprendre.
Dans tous les cas, rassurez-vous :
pendant que nous discuterons de la boisson, quelqu’un, quelque part, aura déjà changé d’allié.
Et je précise que je ne propose aucune boisson alcoolisée :
ce serait irresponsable.
Avec un verre en plus, on finirait par comprendre la situation.
Je vous laisse à votre réflexion…
Pierrick Chesnais



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