Par V.B.
«Si j’ai envie de vendre des rillettes sur la place Rouge, je vendrai des rillettes sur la place Rouge.» Voilà comment François Fillon balayait ses liens avec le Kremlin, en mai 2023, auditionné par la commission d’enquête parlementaire sur les ingérences étrangères. 4 ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, sa russophilie continue d’interloquer. Sur X, la députée européenne Nathalie Loiseau a exhumé ce week-end une interview de l’ancien Premier ministre accordée à Valeurs actuelles en mai 2025. Fillon s'en prenait à Volodymyr Zelensky, l’accusant de refuser d'arrêter une guerre «qu'il ne peut pas gagner». Le Sarthois a répondu dimanche à l'ancienne ministre macroniste par une citation attribuée à Charles de Gaulle : «Entre la France et la Russie, il y a toujours eu une entente possible, parce que nos intérêts profonds ne sont pas opposés.»
Le hic ? Sur la plateforme d’Elon Musk, des contributeurs ont estimé que la citation était purement inventée... Piqué au vif, Fillon a republié 2 citations attribuées au Général. La première est tirée du 3e tome de ses Mémoires de guerre ; la 2de d'un discours prononcé devant l'Assemblée consultative provisoire, le 21 décembre 1944. La France et la Russie «unies par l’Histoire», «un impératif catégorique de la géographie, de l’expérience et du bon sens», une entente «facteur d’équilibre et de stabilité sur le continent»… La sélection fleure bon l’amitié entre les peuples ! L’ex-Premier ministre aurait aussi pu citer de Gaulle s’exprimant à Alger, le 13 octobre 1947 : «À peine repoussée, et à quel prix, la tentative de domination de Hitler, voici qu'une autre ambition, utilisant le sombre attrait et les facilités d'action du système totalitaire, semble vouloir à son tour s'étendre sur l'univers. La Russie soviétique, tirant parti des succès remportés en commun, a établi sa domination sur les deux tiers de l'Europe.»
Vieille russophilie
Ce recyclage gaulliste permet surtout à Fillon d’occulter sa vieille russophilie. En 2008, il avait été reçu à Sotchi dans la résidence d'été de Vladimir Poutine. Au menu : partie de billard et gros contrats pour les boîtes tricolores, alléchées par l’organisation des JO d’hiver 2014. Séché en 2017 après son échec à la présidentielle, Fillon n'a jamais perdu le chemin de Moscou. Mieux (ou pire, selon ses détracteurs) : il rejoint en 2021 les conseils d’administration de 2 sociétés russes, Zaroubejneft, détenue par l’État et spécialisée dans l’exploitation des gisements d’hydrocarbures ; et Sibur, détenue par un proche de Poutine.
6 jours avant l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022, le gouvernement russe publiait sur ses réseaux une photo d’une rencontre entre Fillon et Alexandre Novak, vice-président du gouvernement russe. Le jour de l’invasion, Fillon déplorait sur X «le refus des Occidentaux» de prendre en compte «les revendications russes sur l’expansion de l’Otan». Le lendemain, il annonçait quitter ses mandats dans les sociétés russes. Quant au récit, il n’a pas bougé d’un pouce. «La Russie a commis une faute en déclenchant ce conflit dans lequel elle est enlisée depuis trois ans», assurait-t-il en mars 2025 dans une interview à Valeurs, avant d’ajouter : «J’ai toujours dit que cette guerre aurait pu être évitée si les dirigeants occidentaux avaient cherché à en comprendre les causes plutôt que de se draper dans le camp du bien.»
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