Pour commencer la journée…
Merci Pierrick !
Ce matin, je regarde les résultats d’une élection municipale. 😳
Quatre listes.
Et toujours le même parfum :
« Ensemble pour… »
« Oxygène pour… »
« Une équipe pour… »
« Une impulsion nouvelle… »
Pas une seule étiquette politique à l’horizon.
Rien.
Le grand effacement.
On ne vote plus pour une ligne, une vision, un camp.
On vote pour une ambiance.
Jusque-là, pourquoi pas. Après tout, les électeurs se méfient des partis, et les candidats s’adaptent. C’est de bonne guerre.
Mais le plus intéressant arrive après.
Une fois les résultats connus, miracle :
tout le monde a gagné.
Au niveau national, personne n’a perdu.
C’est une élection sans vaincu.
La liste victorieuse ?
Soutenue “discrètement” par untel… donc victoire pour lui.
La liste arrivée deuxième ?
“Ancrée dans les valeurs de…” donc succès aussi.
La troisième ?
“Porteuse d’une dynamique nouvelle” — autrement dit, prometteuse.
Et même les éliminés deviennent “le signe d’une attente forte des électeurs”.
Résultat :
de l’extrême droite à l’extrême gauche, chacun publie son communiqué triomphal.
Au niveau local, en revanche, c’est une autre musique.
Là, il y a des gagnants… et quelques belles gamelles. 😂😜
Des bastions annoncés qui basculent, des favoris qui trébuchent, et des certitudes qui finissent au tapis.
Mais ces défaites-là restent locales.
Elles remontent jusqu’aux états-majors… mais y sont soigneusement passées sous silence.
Le génie du système, c’est ça :
avant le vote, on efface les étiquettes pour ne pas faire fuir.
Après le vote, on les ressort pour revendiquer.
Discrétion à l’aller, récupération au retour.
Du marketing politique en circuit fermé.
Pour qui n’habite pas la commune, les résultats deviennent un exercice de devinette : impossible de savoir ce qu’il y a derrière ces intitulés pleins d’air pur et de bien être…
Pas simple.
Parce que derrière les mots “ensemble” ou “oxygène”, il y a forcément des choix.
Des budgets, des priorités, des arbitrages.
Bref, de la politique.
Mais ça, c’est écrit en tout petit.
Et pour s’y retrouver, il reste une solution :
regarder la télévision.
Là, au moins, tout devient clair.
Faute de pouvoir afficher clairement les partis, les chaînes ont trouvé la parade : passer par les couleurs.
Rouge, vert, bleu, bleu foncé…
Un nuancier électoral.
On ne lit plus des étiquettes, on interprète une palette.
C’est assez fascinant :
la politique s’est simplifiée au point de devenir un code couleur.
Et pour les cas les plus évidents, il reste un autre indicateur, imparable celui-là.
Le visage.
Quand les figures connues apparaissent à l’écran, nul besoin d’analyse.
Il suffit de regarder.
Un sourire un peu large, et la victoire n’est pas loin.
Un sourire crispé, et l’on comprend que la soirée va être longue.
Finalement, entre les couleurs et les expressions, tout devient lisible.
Sauf, peut-être… le fond.
Alors oui, tout le monde a gagné.
Ou presque.
On pourrait presque chercher un grand vainqueur malgré tout.
Il existe.
Ce ne sont ni les candidats, ni les partis.
Ce sont les cabinets de conseil en marketing politique.
Eux ont fait un sans-faute.
Même méthode, même vocabulaire, mêmes recettes… appliquées partout.
Résultat :
des listes différentes, mais des noms interchangeables.
Du prêt-à-penser électoral, décliné à l’infini.
Et le plus remarquable, c’est que tout le monde s’y est mis.
Du premier au dernier, chacun persuadé d’avoir trouvé la bonne formule.
À ce niveau-là, ce n’est plus une campagne.
C’est une stratégie industrielle.
Alors oui, il y a bien un grand gagnant dans cette élection.
Mais il n’était sur aucune affiche.
Pierrick Chesnais.
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