François Hollande et Jérôme Guedj, deux élus du PS, divisés sur la conduite à tenir vis-à-vis de LFI.
François Hollande et Jérôme Guedj, deux élus du PS, divisés sur la conduite à tenir vis-à-vis de LFI.  AFP / THOMAS SAMSON
Chers abonnés,
Au lendemain des municipales décevantes, les états-majors de la gauche se livrent à un vaste règlement de comptes. Les socialistes reprochent à Jean-Luc Mélenchon d’être le «boulet de la gauche», lequel les accuse en retour d’avoir entraîné les Insoumis dans leur «chute». Notre directeur des rédactions Alexis Brézet résume les atermoiements socialistes en soulignant le parcours politique récent d’une figure socialiste : « François Hollande est le champion du monde de retournement de veste. Il se fait élire grâce à LFI aux législatives, puis il affirme que Mélenchon est un abominable antisémite, puis il appelle son copain à Tulle pour qu’il s’allie à LFI, pour terminer par déplorer ces alliances PS-LFI ». Éloquent.
À propos de figure du PS, le monde politique est endeuillé par le décès de Lionel Jospin, qui souligne tragiquement les illusions perdues de la « gauche plurielle ».
En Iran, alors que Donald Trump a repoussé son ultimatum et multiplie les déclarations contradictoires, les monarchies du Golfe persique ont la hantise d’être forcées à entrer en guerre. Sous l’effet des opérations, le coût de la dette française s’envole.
Pour finir, Renault sort une version électrique de la mythique Twingo 1. Est-elle à la hauteur de sa prédécesseur glorieuse à la bouille rieuse ?
Bonne journée !
Votre épistolier, Louis Lecomte.
À la Une
Le PS et les Verts se déchirent sur le cas Jean-Luc Mélenchon
À Toulouse, le candidat socialiste François Briançon (à gauche) s’est rangé derrière l’insoumis François Piquemal durant l’entre-deux tours des élections municipales.
À Toulouse, le candidat socialiste François Briançon (à gauche) s’est rangé derrière l’insoumis François Piquemal durant l’entre-deux tours des élections municipales.  LIONEL BONAVENTURE / AFP.
C’est le grand déballage à gauche. Olivier Faure a beau faire le dur depuis dimanche soir, ces alliances de circonstance sont bel et bien son œuvre. Peut-être réalise-t-il que les Insoumis ne veulent pas faire gagner la gauche, mais se servir de la gauche pour gagner eux-mêmes. «C’est fini, on ne se fera plus avoir» promet-il. Nul n’est forcé de le croire. Il aura peut-être constaté que les alliances avec LFI ont plus réveillé les électeurs de droite qu’elles n’ont dissuadé ceux de gauche.
Raphaël Glucksmann, pourfendeur de LFI, s’engouffre dans la brèche : « La tambouille, ça ne fonctionne pas. Vous ne pouvez pas dire : “Jean-Luc Mélenchon bafoue les principes républicains et tient des propos antisémites“ et quinze jours plus tard, vous alliez avec lui » a-t-il asséné sur France Inter. Marine Tondelier, dont le parti écologiste essuie une sacrée défaite, met dans le même sac tous «les partisans des gauches irréconciliables», mettant dos à dos les «propos inacceptables de Jean-Luc Mélenchon» ou ceux de «l’aile droite d’Olivier Faure» qui voulaient «raconter qu’on ne pourrait plus jamais travailler ensemble».
Yves Thréard.
Yves Thréard.  Le Figaro.
« Le bilan est globalement négatif dans la trentaine de villes concernées » analyse Yves Thréard dans son éditorial.
Jérôme Jaffré : « Le problème du bloc central, c’est qu’il n’est pas assez un “bloc” et pas assez “central ”»
Le politologue estime que « les Insoumis sont à la fois une formation trop forte et trop clivante ». Le rejet manifeste de ce parti observé par les électeurs toulousains à LFI est « comme une préfiguration d’un second tour de présidentielle où figurerait Jean-Luc Mélenchon ». Concernant le RN, il observe que le parti avance en même temps qu’il se « droitise » : il n’est jamais aussi fort que lorsqu’il absorbe des votes LR.
Surtout, il estime qu’ « entre les deux, il reste un vaste espace politique qui va potentiellement du centre gauche à la droite. Or, il n’a pas d’unité politique, pas de base sociologique large et au surplus il n’a pas - ou pas encore - de dynamique. C’est le triple défi à relever dans l’année qui vient pour ceux et celles qui ne veulent ni de LFI, ni du RN. Et l’on peut dire que le temps presse ! »
Décès de Lionel Jospin
Les illusions perdues de la « gauche plurielle »
Lionel Jospin, le 19 mai 1995, à Nantes, lors d’un meeting, pendant la campagne du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe.
Lionel Jospin, le 19 mai 1995, à Nantes, lors d’un meeting, pendant la campagne du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe.  Paul Delort / Le Figaro.
Lionel Jospin, premier ministre de cohabitation entre 1997 et 2002, deux fois candidat socialiste à l’élection présidentielle, est décédé à quatre-vingt-huit ans ce dimanche. Demeure dans sa carrière politique fort riche, l’écho infini de sa défaite du 21 avril 2002 face à Jean-Marie Le Pen.
Fils d’un adhérent de la SFIO rigoureux, il fit une hypokhâgne à Janson-de-Sailly et découvrit le lambertisme à Sciences-po. Ce courant du trotskisme, dans lequel nageaient Jean-Luc Mélenchon, Jean-Christophe Cambadélis ou l’historien Benjamin Stora, se spécialisait dans l’entrisme institutionnel. Repéré par François Mitterrand, ce haut fonctionnaire devint universitaire, puis député PS en 1981. Premier ministre de la troisième cohabitation, il restera comme l’un des chefs de gouvernement les plus populaires de la Ve République, profitant d’un contexte macroéconomique plus que clément.
Cependant, son œuvre discrète pèse terriblement lourd sur nos épaules. Les trente-cinq heures. L’AME (aide médicale de l’État). Le système social rendu encore plus « généreux », il fut l’homme de l’affaire du foulard de Creil qui fut faible face à l’islamisation, fit voter la loi SRU qui imposait un quart de logements sociaux, accéléré l’immigration, laissa Dominique Voynet (qui est toujours députée) saborder notre filière nucléaire. Au moins finit par reconnaître du bout des lèvres le ridicule du « petit théâtre antifasciste ».

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