Iran : Donald Trump et le périlleux trophée des 440 kilos d'uranium enrichi
Moyen-Orient. Récupérer ce stock stratégique dans le programme nucléaire de Téhéran constituerait une victoire pour le président américain. Mais les risques d'une telle opération sont considérables.
Mais le locataire de la Maison-Blanche sait que, pour pouvoir revendiquer une victoire sans s’enliser pendant des semaines voire des mois en Iran, il lui faudra très probablement inscrire à son tableau de chasse une cible encore plus spectaculaire : les 440 kilos d’uranium enrichi à 60 %, capables d’atteindre rapidement 90 %, soit le seuil nécessaire pour fabriquer entre 10 et 11 armes nucléaires potentielles. Le sort de cette guerre pourrait donc dépendre de la vingtaine de petits conteneurs, à l’allure de bouteilles de plongée, protégeant les fameuses matières fissiles.
Si de nombreux objectifs de guerre demeurent encore flous, celui visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire reste de loin le plus fréquemment avancé par l’administration américaine. Et ce, même si l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ne pointe aucun danger imminent. "C’est ce qui a motivé la décision profonde de Donald Trump. Lorsqu’il dit qu’il y a plus important que le pétrole et le blocage du détroit d’Ormuz, il pense clairement au nucléaire. La victoire qu'il pourrait afficher serait d'avoir récupéré ou neutralisé ces fameux 440 kilos d'uranium enrichi à 60 %", estime David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, chercheur associé à l'EISMENA.
Troisième semaine de guerre et une cadence militaire qui ne faiblit pas. Depuis le lancement des opérations "Fureur épique" et "Rugissement du lion", au moins une dizaine de hauts commandants du régime ont été éliminés, dont Ali Larijani, le chef de la sécurité en Iran, Gholamreza Soleimani, le chef des bassidjis, la milice paramilitaire des Gardiens de la révolution ou bien encore le ministre du Renseignement, Esmaïl Khatib. Des trophées de guerre à porter au crédit de Benyamin Netanyahou et de Donald Trump, qui déploie les moyens stratosphériques du Pentagone - près d’un milliard de dollars dépensés quotidiennement selon les estimations du Congrès américain.
![epa03697291 United States 5th Fleet Combined Maritime Forces Commander, Vice Admiral John W. Miller, during a joint press conference with British Royal Navy Maritime Component Commander, Simon Ancona (not seen), at the headquarters of the US Navy 5th Fleet Command in the Bahraini capital of Manama, 12 May 2013. Miller said the coalition forces are carrying out mine countermeasure exercises in the Persian Gulf. EPA/MAZEN MAHDI (MaxPPP TagID: epaphotos855002.jpg) [Photo via MaxPPP]](https://www.lexpress.fr/resizer/v2/5TTPYCDQSBGDZLC2BQ3WKVLMMM.jpg?auth=b86f1750fda0f410c145a9bbe7e9ad1f60445bcb1a98f8f688807260190db824&width=1200&height=630&quality=85&focal=655%2C334)
Le vice-Amiral John W. Miller craint particulièrement le minage de la zone.
EPA
Il connaît les moindres recoins du détroit d'Ormuz. Pour avoir dirigé la cinquième flotte de l'US Navy, basée à Bahreïn, et avoir été le commandant des forces navales du Commandement central des Etats-Unis (NAVCENT), le vice-amiral John W. "Fozzie" Miller est un témoin privilégié de la bataille stratégique qui se joue au cœur de cet espace maritime qui relie le golfe Persique et le golfe d'Oman. Alors que la guerre fait rage - seize navires du régime de Téhéran auraient encore été frappés dans un port du Golfe selon les médias iraniens -, Donald Trump a laissé planer le doute sur l'envoi de soldats américains sur le terrain. "Je n'envoie de troupes nulle part. [Et] si c'était le cas, je ne vous le dirais certainement pas", a-t-il affirmé le 19 mars, dans le bureau Ovale, aux côtés de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. En parallèle, le Pentagone aurait largué le 17 mars des munitions à pénétration profonde de plus de deux tonnes sur des sites iraniens fortifiés le long du littoral, servant notamment à abriter des missiles de croisière antinavires, selon le Wall Street Journal. Pour tenter de désamorcer la crise dans le détroit d'Ormuz qui a paralysé le transport de 20 % du pétrole mondial et provoqué une flambée des prix de l'énergie, plusieurs pays occidentaux, dont la France, ont proposé le 19 mars leur aide pour sécuriser la zone.
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