ZEITGEIST

 Alors que nous sommes entrés dans la cinquième semaine de guerre au Moyen-Orient, ce sont trois mots dont on va beaucoup entendre parler dans les prochains jours.

Boots on the ground.

Des bottes au sol.

C’est l’expression habituelle aux États-Unis pour évoquer des troupes au sol dans une guerre.

Trump disait il y a quelques jours “je n’envoie pas de troupes nulle part”, avant d’ajouter aussitôt “et si je le faisais, je ne vous le dirais certainement pas.”

Une phrase purement trumpienne. Dire non, puis laisser entendre que ça pourrait être oui.

En coulisses, c’est le sujet du moment.


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🟨🟧 Le mage de Trump

Un animateur néoconservateur de Fox, qui a convaincu Trump de frapper l'Iran, l'appelle désormais à envoyer des troupes au sol. Il accuse Téhéran d'être lié à Al-Qaïda et au 11 Septembre.

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Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Le président s’apprête-t-il vraiment à envoyer des troupes au sol ? Les signaux se multiplient.

Trump dit non. Puis il dit peut-être. Puis il dit que, s’il le faisait, il ne nous le dirait pas.

Pendant ce temps, le Pentagone prépare. Des raids, des forces spéciales, pour récupérer l’uranium iranien. Sur le papier, quelques semaines. Dans la réalité, personne ne sait où cela nous mène.

Sur Fox, un autre animateur, amputé des deux jambes en Afghanistan, interpelle le président à l’antenne. Il s’inquiète qu’il soit entraîné dans une nouvelle guerre sans fin.

Dans ce numéro, il sera aussi question du fossé qui se creuse entre Washington et l’Europe, la fin de “l’agréable fiction” ; de la tête de Trump sur les dollars et de sa signature sur des billets, une première ; des divagations du président sur les colonnes corinthiennes de sa nouvelle salle de bal, entre deux réponses sur l’Iran ; des heures de queue dans les aéroports depuis des semaines, des fonctionnaires non payés en raison d’un blocage politique sur l’immigration. Et des mots de Bruce Springsteen, qui a pris part aux manifestations anti-Trump ce week-end.

Alors que nous sommes entrés dans la cinquième semaine de guerre au Moyen-Orient, ce sont trois mots dont on va beaucoup entendre parler dans les prochains jours.

Boots on the ground.

Des bottes au sol.

C’est l’expression habituelle aux États-Unis pour évoquer des troupes au sol dans une guerre.

Le président a eu la question cette nuit dans Air Force One.

Reporter : “Envisagez-vous toujours d’envoyer des boots on the ground, et le feriez-vous sans passer par le Congrès ? »

Trump : “J’ai beaucoup d’alternatives. Nous avons un nombre considérable de navires. Nous n’en avons même pas besoin de tous, vous savez, avec la puissance dont nous disposons. Un peu comme pour la salle de bal, nous sommes en avance sur le calendrier. Et avec l’Iran aussi, nous sommes en avance.”

La salle de bal ? Hein ? Je vais y revenir plus tard dans Zeitgeist, vous comprendrez.

Restons sur les boots on the ground.

Trump disait il y a quelques jours “je n’envoie pas de troupes nulle part”, avant d’ajouter aussitôt “et si je le faisais, je ne vous le dirais certainement pas.”

Une phrase purement trumpienne. Dire non, puis laisser entendre que ça pourrait être oui.

En coulisses, c’est le sujet du moment.

Le Wall Street Journal révèle ce matin que “Trump envisage une opération militaire pour récupérer l’uranium iranien”

“Le président Donald Trump envisage une opération militaire pour extraire près de 1000 livres (450 kilos) d’uranium d’Iran, selon des responsables américains, une mission complexe et risquée qui nécessiterait probablement la présence de forces américaines sur le terrain pendant plusieurs jours, voire davantage.”

Ces révélations du Wall Street Journal viennent après celles du Washington Post ce week-end, selon lesquelles le Pentagone prépare des opérations terrestres en Iran pouvant durer plusieurs semaines.

Il ne s’agirait pas d’une invasion massive, mais de raids menés par des forces spéciales et de l’infanterie. Ces missions pourraient viser des objectifs précis, comme des sites militaires ou des positions stratégiques dans le Golfe.

Aucune décision n’a encore été prise, insiste le WaPo, mais ces plans visent à offrir au président un maximum d’options militaires.

Des milliers de soldats américains ont été envoyés au Moyen-Orient ces derniers jours. Des Marines, des unités embarquées sur des navires amphibies comme l’USS Tripoli, des parachutistes de la 82e division aéroportée.

Le Pentagone prépare donc des scénarios.

Des boots on the ground.

Pour récupérer l’uranium iranien.

Sur la base de quelles informations Donald Trump va-t-il faire son choix, peut-être le plus lourd de sa présidence ?


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🟨🟧 Le mage de Trump

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Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Le président s’apprête-t-il vraiment à envoyer des troupes au sol ? Les signaux se multiplient.

Trump dit non. Puis il dit peut-être. Puis il dit que, s’il le faisait, il ne nous le dirait pas.

Pendant ce temps, le Pentagone prépare. Des raids, des forces spéciales, pour récupérer l’uranium iranien. Sur le papier, quelques semaines. Dans la réalité, personne ne sait où cela nous mène.

Sur Fox, un autre animateur, amputé des deux jambes en Afghanistan, interpelle le président à l’antenne. Il s’inquiète qu’il soit entraîné dans une nouvelle guerre sans fin.

Dans ce numéro, il sera aussi question du fossé qui se creuse entre Washington et l’Europe, la fin de “l’agréable fiction” ; de la tête de Trump sur les dollars et de sa signature sur des billets, une première ; des divagations du président sur les colonnes corinthiennes de sa nouvelle salle de bal, entre deux réponses sur l’Iran ; des heures de queue dans les aéroports depuis des semaines, des fonctionnaires non payés en raison d’un blocage politique sur l’immigration. Et des mots de Bruce Springsteen, qui a pris part aux manifestations anti-Trump ce week-end.

Les frappes aériennes ont détruit une partie des capacités iraniennes, mais elles ne peuvent pas atteindre tout. Les installations les plus sensibles sont enfouies profondément, parfois sous des montagnes. L’uranium hautement enrichi est toujours là. Il faut donc envoyer des boots on the ground.





🟨🟧 Le mage de Trump

Un animateur néoconservateur de Fox, qui a convaincu Trump de frapper l'Iran, l'appelle désormais à envoyer des troupes au sol. Il accuse Téhéran d'être lié à Al-Qaïda et au 11 Septembre.

Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Le président s’apprête-t-il vraiment à envoyer des troupes au sol ? Les signaux se multiplient.

Trump dit non. Puis il dit peut-être. Puis il dit que, s’il le faisait, il ne nous le dirait pas.

Pendant ce temps, le Pentagone prépare. Des raids, des forces spéciales, pour récupérer l’uranium iranien. Sur le papier, quelques semaines. Dans la réalité, personne ne sait où cela nous mène.

Sur Fox, un autre animateur, amputé des deux jambes en Afghanistan, interpelle le président à l’antenne. Il s’inquiète qu’il soit entraîné dans une nouvelle guerre sans fin.

Dans ce numéro, il sera aussi question du fossé qui se creuse entre Washington et l’Europe, la fin de “l’agréable fiction” ; de la tête de Trump sur les dollars et de sa signature sur des billets, une première ; des divagations du président sur les colonnes corinthiennes de sa nouvelle salle de bal, entre deux réponses sur l’Iran ; des heures de queue dans les aéroports depuis des semaines, des fonctionnaires non payés en raison d’un blocage politique sur l’immigration. Et des mots de Bruce Springsteen, qui a pris part aux manifestations anti-Trump ce week-end.

Alors que nous sommes entrés dans la cinquième semaine de guerre au Moyen-Orient, ce sont trois mots dont on va beaucoup entendre parler dans les prochains jours.

Boots on the ground.

Des bottes au sol.

C’est l’expression habituelle aux États-Unis pour évoquer des troupes au sol dans une guerre.

Le président a eu la question cette nuit dans Air Force One.

Reporter : “Envisagez-vous toujours d’envoyer des boots on the ground, et le feriez-vous sans passer par le Congrès ? »

Trump : “J’ai beaucoup d’alternatives. Nous avons un nombre considérable de navires. Nous n’en avons même pas besoin de tous, vous savez, avec la puissance dont nous disposons. Un peu comme pour la salle de bal, nous sommes en avance sur le calendrier. Et avec l’Iran aussi, nous sommes en avance.”

La salle de bal ? Hein ? Je vais y revenir plus tard dans Zeitgeist, vous comprendrez.

Restons sur les boots on the ground.

Trump disait il y a quelques jours “je n’envoie pas de troupes nulle part”, avant d’ajouter aussitôt “et si je le faisais, je ne vous le dirais certainement pas.”

Une phrase purement trumpienne. Dire non, puis laisser entendre que ça pourrait être oui.

En coulisses, c’est le sujet du moment.

Le Wall Street Journal révèle ce matin que “Trump envisage une opération militaire pour récupérer l’uranium iranien”

“Le président Donald Trump envisage une opération militaire pour extraire près de 1000 livres (450 kilos) d’uranium d’Iran, selon des responsables américains, une mission complexe et risquée qui nécessiterait probablement la présence de forces américaines sur le terrain pendant plusieurs jours, voire davantage.”

Ces révélations du Wall Street Journal viennent après celles du Washington Post ce week-end, selon lesquelles le Pentagone prépare des opérations terrestres en Iran pouvant durer plusieurs semaines.

Il ne s’agirait pas d’une invasion massive, mais de raids menés par des forces spéciales et de l’infanterie. Ces missions pourraient viser des objectifs précis, comme des sites militaires ou des positions stratégiques dans le Golfe.

Aucune décision n’a encore été prise, insiste le WaPo, mais ces plans visent à offrir au président un maximum d’options militaires.

Des milliers de soldats américains ont été envoyés au Moyen-Orient ces derniers jours. Des Marines, des unités embarquées sur des navires amphibies comme l’USS Tripoli, des parachutistes de la 82e division aéroportée.

Le Pentagone prépare donc des scénarios.

Des boots on the ground.

Pour récupérer l’uranium iranien.

Sur la base de quelles informations Donald Trump va-t-il faire son choix, peut-être le plus lourd de sa présidence ?

Je vous racontais dans le précédent Zeitgeist, après une enquête de NBC, que Trump visionne chaque jour un clip des frappes du jour lors des briefings de renseignement, qui le confortent dans l’idée que les Américains sont en train de gagner la guerre.

Et c’est là qu’il faut que je vous dise ce qui s’est passé ce week-end.

Samedi, dans un message Truth Social, il a appelé ses partisans à se brancher sur l’émission de Mark Levin ce soir-là sur Fox News.

“Il va discuter de l’importance de frapper l’Iran, HARD !!! Président DJT”

J’ai regardé l’émission de Mark Levin pour vous.

De quoi était-il question ?

De boots on the ground.

D’uranium.

De l’implication de l’Iran dans le 11-Septembre (l’Iran n’avait rien à voir avec le 11 septembre), et de cette guerre de Trump qui restera dans l’histoire comme “la plus grande campagne militaire” depuis la Révolution américaine.

Pour comprendre ce qui va se passer, il faut écouter Levin.

Je vous raconte.

Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de Mark Levin dans Zeitgeist depuis les préparatifs des frappes contre l’Iran.

Sa voix semble plus déterminante que jamais.

Ce n’est pas un commentateur conservateur comme les autres.

Cet ancien de l’administration Reagan (il était le directeur de cabinet du ministre de la Justice) a une émission de radio (le Mark Levin Show, diffusé sur des centaines de radios locales à travers le pays à l’heure du retour du travail) et une autre à la télévision, en soirée le week-end sur Fox News. Ses livres se vendent très bien.

C’est un néoconservateur. Trump ne l’a pas toujours suivi, mais dans cette séquence, son rôle est particulièrement visible.

Je vous avais raconté que quelques heures avant la frappe contre l’ayatollah Khamenei, qui allait marquer le début de la guerre, Mark Levin était apparu sur Fox News pour dire :

“Il y a un temps pour la négociation, il y a un temps pour la diplomatie, et je pense que le président a démontré qu’il s’est plié en quatre, que ce temps ne dure pas éternellement, que ce temps est écoulé !”

Samedi, quelques heures avant son émission sur Fox, Trump appelle explicitement à la regarder. Sur Truth Social, il promet à ses fidèles que Levin expliquera “l’importance de frapper l’Iran, HARD !!!”.

Le lien est assumé. La caisse de résonance est installée.

Puis Levin déroule.

D’abord, il pose le problème. Il dit entendre les critiques, les mises en garde contre des “boots on the ground”, le rappel des promesses de campagne de Trump contre toute aventure militaire au Moyen-Orient. Mais Levin balaie. “Je ne me souviens pas de ça”, dit-il en substance.

“Pourquoi aurions-nous besoin de troupes au sol ? … C’est cet uranium.”

“Nous devons récupérer cet uranium. S’il ne peut pas être détruit… nous devons aller le chercher.”

“L’Iran peut fabriquer des bombes sales. Vous devez récupérer l’uranium.”

Quand il dit vous, il s’adresse directement au président.

Le raisonnement de Levin est simple. Les frappes aériennes ont détruit une partie des capacités iraniennes, mais elles ne peuvent pas atteindre tout. Les installations les plus sensibles sont enfouies profondément, parfois sous des montagnes. L’uranium hautement enrichi est toujours là. Il faut donc envoyer des boots on the ground.

Oh, il ne parle pas d’invasion. Il prend soin d’écarter immédiatement le spectre irakien.

“Nous n’avons pas besoin de 300 000 hommes.”

Non, il suffira d’unités “spécialisées”. Des forces spéciales, des commandos, des soldats entraînés pour des missions très précises.

Il cite même les unités évoquées dans la presse, les 2 000 hommes de la 82e division aéroportée. Il convoque son expérience passée dans l’administration Reagan pour rappeler que ces unités existent, qu’elles sont formées “pour des moments comme celui-ci”.

Vous avez compris. Non seulement c’est nécessaire, mais c’est faisable.

Et alors là, il part sur autre chose. Il ne s’agit plus seulement de neutraliser l’uranium, mais d’éviter qu’il ne soit transféré. L’idée qu’il puisse tomber entre les mains d’acteurs comme Al-Qaïda est évoquée.

La menace devient globale, immédiate, existentielle.

Dans son message sur Truth Social, le président invitait notamment à écouter un invité de l’émission de Mark Levin.

Marc Thiessen, éditorialiste conservateur au Washington Post et sur Fox News, un ancien de l’équipe Bush fils à la Maison Blanche.

Que raconte Thiessen chez Levin ?

“Depuis le 11 septembre, une grande partie de la direction, y compris le fils de Ben Laden, s’est échappée d’Afghanistan vers l’Iran, où elle a été accueillie par le régime iranien, qui en a fait une base pour le terrorisme dans le monde. Al-Qaïda et l’Iran ont coopéré dans une série d’attentats contre nous. Les gens ne s’en rendent pas compte. (…)

Si nous ne récupérons pas cet uranium enrichi, et qu’ils veulent se venger de ce que nous avons fait, le moyen le plus simple serait de le donner à Al-Qaïda pour fabriquer des bombes sales. Nous devons récupérer ce que Donald Trump a justement appelé la “poussière nucléaire” avant la fin de cette opération.”

Vous avez compris ? Si vous ne faites rien, le pire est possible.

Habileté rhétorique. Il réduit une décision stratégique extrêmement lourde, envoyer des troupes au sol, à une sorte de nécessité technique.

Comme l’a dit le président, il faut écouter attentivement Levin.

Pour comprendre ce qui nous attend.

Dézoom

L’émission de Mark Levin n’est pas la seule qui s’adresse directement au président Trump.

Ce dimanche soir, un peu après 18 heures sur la côte Est, The Big Weekend Show. Longue tirade du coprésentateur du soir Johnny “Joey” Jones, un ancien Marine gravement blessé en Afghanistan, amputé des deux jambes.

Pas tout à fait le même son de cloche que Levin.

“Je suis très tiraillé là dessus. Complètement. Je suis personnellement tiraillé. J’ai été assis pendant des années à côté de Pete Hegseth sur le canapé de Fox & Friends. J’ai eu de nombreuses conversations avec lui avant qu’il ne soit confirmé comme secrétaire à la Guerre. Je sais ce qu’il a dans le cœur et dans son expérience.”

“J’observe aussi le président Trump depuis plus d’une décennie. Il a dit “pas de nouvelles guerres”, “pas de guerres sans fin”, et il l’a prouvé. Son bilan est là. Je ne pense pas qu’il ait changé, je ne pense pas qu’il soit sous l’influence de Netanyahou. Mais je pense qu’il y a des complexités.

Je vais dire ceci. Président Trump, Pete Hegseth, général Caine et le reste des généraux, si vous envoyez nos hommes et nos femmes dans ce pays pour tuer nos ennemis, pour verser leur sang parce qu’ils le méritent, je serai obligé d’être d’accord avec vous.”

“Mais s’il vous plaît, faites une chose. Ne cherchez pas à reconstruire une nation. N’essayez pas de gagner les cœurs et les esprits. Ne cherchez pas à diffuser la démocratie. Versez le sang sans que nos mains soient liées, sans campagne de communication, et sortez de là au plus vite. C’est tout ce que nous pouvons tolérer. C’est tout ce qui peut fonctionner.

Nous avons gagné toutes les batailles en Irak et en Afghanistan, mais nous avons perdu la guerre parce que nos responsables politiques n’ont pas eu de courage. Ne soyez pas ces gens-là.”

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La fin de “l’agréable fiction”

Avec la guerre au Moyen-Orient, les deux rives de l’Atlantique s’éloignent encore un peu plus. Le fossé se creuse entre les États-Unis de Donald Trump et les Européens.

On le voit tous les jours, mais c’était frappant lors du discours prononcé vendredi à Miami par le président Trump devant un parterre d’investisseurs réunis pour le sommet Future Investment Initiative Institute, soutenu par un fonds souverain saoudien.

Il ne parle pas seulement de la guerre en Iran. Il parle de l’Europe. Et, plus précisément, de ce qui ressemble de plus en plus à une rupture.

“L’OTAN n’était tout simplement pas là”.

L’Alliance n’a pas été au rendez-vous. Une “énorme erreur” des Européens. Puis cette phrase :

“Pourquoi serions-nous là pour eux s’ils ne sont pas là pour nous ?”

“C’est une breaking news”, ajoute-t-il lui-même.

C’est pour cela que ce moment est important. La guerre en Iran n’est pas seulement un conflit au Moyen-Orient. Elle accélère une dynamique à l’œuvre depuis des années. L’éloignement méthodique des États-Unis de leurs alliés européens.

Depuis le début du conflit, Donald Trump ne cesse de dénoncer l’inaction des pays de l’OTAN. Sur Truth Social, il martèle que les États-Unis “n’ont besoin de rien” de l’Alliance. En réunion de cabinet, il parle d’un “test”. Comprenez, que les Européens ont échoué.

À l’entendre, cette guerre sert aussi à mesurer la loyauté. Et, surtout, à justifier une prise de distance.

Ce n’est pas nouveau. Depuis une décennie, Trump cherche des prétextes pour remettre en cause l’Alliance atlantique. Il l’a qualifiée d’”obsolète”, a menacé à plusieurs reprises de s’en retirer, a exigé que les Européens paient davantage pour leur défense. Mais jusqu’ici, il reculait toujours plus ou moins au dernier moment, sous la pression de son entourage ou du Congrès.

Cette fois, le contexte a changé.

D’abord parce que les Européens, eux, ne suivent pas. La guerre contre l’Iran est contestée sur le continent. Les opinions publiques y sont largement hostiles. Les dirigeants avancent avec prudence, pris dans un étau politique. S’engager militairement aux côtés de Washington, ou subir les conséquences économiques d’un détroit d’Ormuz paralysé et de prix de l’énergie qui flambent.

Ensuite, Trump n’a plus (ou presque plus) de garde-fous. L’époque où ses conseillers publiaient des tribunes pour expliquer que “America First ne veut pas dire l’Amérique seule” est révolue. Ceux qui tentaient de tempérer ses instincts ont disparu.

Reste un président qui dit exactement ce qu’il pense. Et qui fait ce qu’il veut.

Dans ce contexte, ses attaques n’ont plus tout à fait le même sens. Quand il suggère que les États-Unis pourraient ne plus défendre leurs alliés, il ne s’agit plus seulement de rhétorique. C’est une hypothèse crédible. Une rupture stratégique.

La guerre en Iran ne fait qu’accélérer ce mouvement. Elle cristallise les tensions accumulées, des désaccords sur l’Ukraine aux menaces sur le Groenland, de la frustration américaine face aux dépenses militaires européennes à la méfiance croissante des Européens face à un président imprévisible.

Elle révèle aussi un paradoxe. Trump reproche à l’Europe de ne pas le suivre dans une guerre qu’il a lui-même déclenchée sans la consulter. Il exige une solidarité qu’il n’offre plus.

Ce n’est plus un fossé, c’est un gouffre.

Les Européens doutent de la fiabilité américaine. Les Américains, ou du moins leur président, remettent en cause l’utilité de leurs alliés. Et au milieu, une alliance de soixante-quinze ans vacille.

Ne vous arrêtez pas aux phrases improvisées et aux effets de scène lors du discours de Miami. Derrière ces turpitudes, quelque chose de plus profond s’exprime. C’est la place des États-Unis dans le monde qui s’ajuste de façon brutale.

Comme le rappelle Susan B. Glasser dans le New Yorker, nous sommes peut-être passés trop vite sur la phrase prononcée par le premier ministre canadien Mark Carney lors du forum de Davos en janvier, donc avant la guerre au Moyen-Orient.

“Aujourd’hui, je vais parler d’une rupture dans l’ordre mondial, de la fin d’une fiction agréable et du début d’une réalité brutale, où la géopolitique, où la grande puissance dominante, ne se soumet plus à aucune limite, à aucune contrainte.”

Oui, c’en est fini de cette “fiction agréable”, comme le dit le premier ministre du Canada, qui lui n’a jamais été aussi proche de l’Europe, la “fiction agréable” selon laquelle l’ordre international de la démocratie libérale serait encore piloté depuis Washington.

La guerre en Iran n’a pas créé cette rupture. Mais elle l’accélère. Peut-être jusqu’au point de non-retour.

Dézoom

Lors de ce discours au sommet Future Investment Initiative Institute, le président Trump a aussi dit ceci, alors qu’il dissertait sur le succès.

“J’aime toujours traîner avec des losers parce que ça me fait me sentir mieux. Je déteste les types qui ont beaucoup, beaucoup de succès dont il faut écouter les histoires de succès. J’aime les gens qui aiment écouter les miennes.”

Ses ministres et son entourage politique, qui le suivent souvent jusqu’à Mar-a-Lago le week-end, doivent apprécier.

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L’heure du bal

Cette nuit dans Air Force One, alors que les reporters à bord l’interrogeaient sur la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences sur le portefeuille des Américains, le président s’est interrompu pour brandir une image de la salle de bal qu’il fait construire à la Maison Blanche, à la place de l’aile Est qu’il a fait démolir il y a quelques mois.

“Attendez, je me suis dit que j’allais faire ça maintenant parce que c’est plus simple. Je suis tellement occupé que je n’ai pas le temps de m’en occuper, entre les guerres et le reste.

C’est très important, parce que cela va rester avec nous longtemps, et je pense que ce sera la plus grande salle de bal du monde. Du plus haut niveau.”

“Voici une vue des colonnes telles qu’elles vont être réalisées. Elles seront sculptées à la main et elles sont magnifiques. Du plus haut niveau. Elles seront corinthiennes, ce qui est considéré, de loin, comme le style le plus beau et le plus prestigieux.”

“L’armée est en train de construire un vaste complexe sous la salle de bal, et les travaux sont en cours. Tout se passe très bien, nous sommes en avance sur le calendrier.”

“Beaucoup de gens parlent de la beauté de la salle de bal. Beaucoup lui donnent de très bonnes critiques. Certains en donnent même sans l’avoir vue.”

Et entre deux présentations de maquettes, il revient sur l’Iran.

“La plupart des gens disent merci beaucoup pour ce que vous faites en ce moment.”

“Nous avons affaire à des individus très dérangés. Les démocrates sont malades. Il y a quelque chose qui ne va pas. Ils sont comme des terroristes. Nous devons protéger notre pays.”

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Monnaie monnaie monnaie

Donald Trump ne se contente pas d’exercer le pouvoir. Il le signe.

Je vous l’ai souvent raconté dans Zeitgeist depuis son retour à la Maison Blanche.

Son visage sur des bâtiments publics. Son nom gravé sur les murs de marbre du Kennedy Center à Washington. Du doré, du doré, du doré partout dans les salons de la Maison Blanche. Et désormais, une nouvelle étape, plus personnelle encore, presque tactile.

L’argent lui-même.

Le Trésor américain annonce que la signature du président apparaîtra bientôt sur les billets en dollars. C’est une première dans l’histoire du pays. Jusqu’ici, depuis le XIXe siècle, les billets portaient les signatures du secrétaire au Trésor et du trésorier des États-Unis. Désormais, celle du président s’y ajoutera et remplacera même celle du trésorier. Une rupture avec une tradition vieille de plus de 160 ans.

Les premières coupures, notamment les billets de 100 dollars, doivent être imprimées dans les prochains mois, à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Et ces billets circuleront tant qu’une future administration ne décidera pas de revenir en arrière.

Ce geste s’inscrit dans une logique plus large, presque obsessionnelle. Donald Trump, qui aura 80 ans en juin, veut laisser son empreinte. Depuis le début de son second mandat, il multiplie les initiatives pour inscrire son nom dans le paysage institutionnel américain. L’ajout de sa signature sur la monnaie n’est pas un détail. C’est un geste politique. Une manière de lier son identité personnelle à l’un des symboles les plus puissants de l’État.

La monnaie circule, se transmet, incarne une forme de permanence. Même si aujourd’hui le cash ne représente plus qu’une petite part des paiements, la valeur symbolique demeure. Chaque billet, chaque pièce, est un symbole.

Dans le communiqué officiel du Trésor, le ton est sans ambiguïté. On peut ainsi lire :

“À l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis d’Amérique, la signature du président Donald J. Trump apparaîtra sur les futurs billets en dollars américains aux côtés de celle du secrétaire au Trésor, marquant une première dans l’histoire pour un président en exercice.”

“Sous la direction du président Trump, nous sommes engagés sur la voie d’une croissance économique sans précédent, d’une domination durable du dollar et d’une solidité et stabilité budgétaires.”

“À l’approche du 250e anniversaire de notre grande nation, la monnaie américaine continuera de représenter un symbole de prospérité, de puissance et de l’esprit inébranlable du peuple américain sous la direction du président Trump.”

Cette signature doit marquer l’entrée des États-Unis dans un nouvel “âge d’or” économique, comme l’a promis le président lors de son discours d’investiture.

Mais ça ne s’arrête pas là.

En parallèle, une commission fédérale a validé la création d’une pièce commémorative en or 24 carats à l’effigie de Trump, également liée aux célébrations du 250e anniversaire. Le design a été approuvé par une commission… dont les membres ont été nommés par Trump lui-même. La pièce montre le président dans le Bureau ovale, dans une posture frontale, inhabituelle dans l’histoire monétaire américaine.

C’est une rupture. Et c’est ce qui ravit le président.

Depuis 250 ans, une règle tacite, puis inscrite dans la loi, a été d’éviter de représenter des figures politiques vivantes sur la monnaie, afin de ne pas transformer cet outil en instrument de propagande. Cette tradition était une manière de se démarquer des monarchies européennes, où les souverains faisaient frapper leur visage sur les pièces pour affirmer leur pouvoir.

Au moment où l’argent liquide disparaît des usages quotidiens, c’est un paradoxe, mais il devient plus que jamais un support de narration politique. Un objet rare, mais chargé de sens.

Et c’est ce qu’a compris Donald Trump. C’est tenter de rendre sa trace inévitable.




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