Chronique
Le 1er mai est un jour absolument remarquable.
Un jour où certains travaillent… pour s’assurer que d’autres ne travaillent pas.
C’est déjà, en soi, une petite merveille d’organisation.
Prenons un fleuriste.
S’il ouvre sa boutique avec ses salariés pour vendre du muguet, il est en infraction.
Mais s’il ferme, alors là, miracle : n’importe qui peut venir s’installer devant chez lui pour vendre du muguet.
Y compris, pourquoi pas, ses propres salariés… à condition que ce ne soit pas pour le magasin.
Le commerce est interdit. La débrouille est autorisée.
On ferme la caisse, on ouvre le trottoir.
Et là, autre subtilité.
Dans la boutique, chaque brin vendu est soumis à la TVA, aux charges, à toute la mécanique parfaitement organisée du commerce.
Sur le trottoir, le même brin de muguet échappe largement à tout ça, au nom d’une tradition tolérée.
Le même produit, le même jour, le même client… mais deux mondes.
Côté boulangerie, c’est tout aussi élégant.
Le patron peut travailler. Lui, il a le droit.
Mais ses salariés doivent rester chez eux.
Résultat : le client découvre qu’il est parfaitement libre… de ne rien trouver d’ouvert.
Enfin… presque.
Le vendeur de muguet sur son trottoir pourra toujours aller se réchauffer au bistrot du coin…
peut-être même avec les employés de la boulangerie, exceptionnellement disponibles ce jour-là.
Mais sans pain frais, sans croissant.
Ce jour-là, ils ne peuvent être ni au four ni au moulin… ni au four ni au bistrot.
Et pendant ce temps-là, des agents de l’État travaillent pour vérifier que personne n’emploie personne.
Ce qui, reconnaissons-le, demande un certain sens du sacrifice.
Mais le plus intéressant reste ailleurs.
On voit aussi, ce jour-là, des représentants syndicaux multiplier les interviews, courir d’un micro à l’autre, enchaîner les plateaux pour rappeler avec force qu’il ne faut pas travailler le 1er mai.
C’est d’ailleurs une des rares journées où ils ne chôment pas.
Imaginons un instant que, ce jour-là, les médias décident eux aussi de respecter le principe.
Pas de journalistes. Pas de caméras. Pas de reportages.
Un 1er mai sans images.
On peut raisonnablement penser que certains trouveraient cela profondément scandaleux.
Voire attentatoire à la liberté d’expression.
Comme quoi, même les plus fervents défenseurs du repos tiennent beaucoup à ce que d’autres travaillent… au moins pour les regarder.
Et surtout pour les montrer.
Parce qu’un 1er mai sans caméras, sans directs, sans commentaires…
ce serait peut-être enfin une journée de repos complète.
Mais étrangement, celle-là, personne ne la réclame.
P.S. je suis simplement étonnée des différents traitements qu’il y a entre commerces ! Dans les stations de sports d’hiver les commerces de location de ski ne peuvent pas ouvrir mais les remontées mécaniques considérées comme transports en commun fonctionnent 😜 les snacks peuvent ouvrir avec du personnel mais pas les boulangeries 😂 le club de plongée ne peut pas fonctionner puisque le personnel ne peut pas travailler 😂 mais ils pourront travailler en semaine lorsqu’il n’y aura personne puisque les plongeurs seront au boulot … etc



Commentaires
Enregistrer un commentaire