Alors que Londres avait signé un accord en mai 2025 pour restituer à l'île Maurice les îles Chagos tout en conservant un bail de 99 ans sur l'île principale Diego Garcia, abritant une base militaire anglo-américaine, le gouvernement britannique s'est finalement rétracté. Retour sur une bataille juridique qui dure depuis maintenant soixante ans.
Le Royaume-Uni rétropédale. Alors qu'un accord avait été signé par Londres en mai 2025 pour restituer à l'île Maurice les îles Chagos, dont l'île principale de Diego Garcia abrite une base militaire américano-britannique, le gouvernement britannique a annoncé ce samedi 11 avril, faire marche arrière.
La raison ? Le manque de «soutien» de la part des États-Unis dans ce projet. «Nous continuons de penser que cet accord est la meilleure façon de protéger l'avenir à long terme de la base militaire anglo-américaine de Diego Garcia, mais nous avons toujours dit que nous n'irions de l'avant que s'il bénéficie du soutien des États-Unis», a déclaré un porte-parole du Premier ministre, Keir Starmer.
Initialement salué par Washington, cet accord a ensuite vivement été critiqué par Donald Trump, le jugeant d'une «grande stupidité». Pour le Premier ministre britannique Keir Starmer, ce projet est le «seul moyen de maintenir la base à long terme».
Selon les termes de l'accord, le Royaume-Uni devait restituer à l'île Maurice l'archipel des Chagos mais conserver un bail de 99 ans sur l'île principale, Diego Garcia, afin de maintenir sa base militaire américano-britannique. Le tout moyennant le paiement annuel de 101 millions de livres (120 millions d'euros), soit 3,4 milliards de livres (plus de 4 milliards d'euros) au total.
2.000 Chagossiens expulsés
La souveraineté britannique sur ce territoire est contestée depuis son acquisition en 1965 par Londres pour trois millions de livres. À son arrivée, le gouvernement avait chassé des milliers de personnes.
Entre 1968 et 1973, 2.000 Chagossiens avaient été progressivement expulsés pour installer une base militaire à Diego Garcia. À cette même période, le Royaume-Uni signait un bail de 50 ans avec les États-Unis, les autorisant à utiliser cette base.
Cette action leur vaudra plusieurs décennies plus tard, d'être rendus coupables de crimes contre l'humanité par l'ONG Human Rights Watch, dénonçant le déplaçant des populations autochtones. Des accusations rejetées par Londres.
Une base stratégique
Si le Royaume-Uni et les États-Unis souhaitent garder cette base, c'est parce qu'elle a été très importante au cours de certains conflits alors que la chute de Saïgon en 1975 et la victoire des Khmers rouges au Cambodge ont amoindri les capacités militaires américaines en Asie du Sud-Est.
Cette base fut d'une importance stratégique considérable pour le Royaume-Uni et les États-Unis pendant la guerre froide et a joué un rôle majeur dans les deux guerres menées par les États-Unis en Irak (1990-1991, 2003-2011) et dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001.
Des années de batailles juridiques
La base de Diego Garcia étant un point très stratégique, sa possession a fait couler beaucoup d'encre. De nombreuses batailles juridiques s'enchaînent ainsi depuis des décennies. La première a commencé en 1975 et a abouti en 1982 au paiement de 4 millions de livres par le Royaume-Uni et à l'octroi de terres sur l'île Maurice d'une valeur d'un million de livres.
En 2007, une cour d'appel britannique a autorisé les Chagossiens à rentrer, une décision annulée par la Chambre des Lords l'année suivante. En novembre 2016, Londres a confirmé s'opposer à la réinstallation des Chagossiens, «pour des raisons de faisabilité, d'intérêt en matière de défense et de sécurité, et de coût pour les contribuables britanniques». Les Chagossiens et leurs descendants sont aujourd'hui près de 10.000, répartis à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni.
L'île Maurice estime de son côté, que le processus de décolonisation du Royaume-Uni a violé le droit international. Elle revendique sa souveraineté sur l'archipel des Chagos et le droit d'y réinstaller ses anciens habitants.
Le ministre mauricien des Affaires étrangères, Dhananjay Ramful, a promis ce samedi de «ne pas ménager» ses efforts pour récupérer l'archipel des Chagos.
Les autorités de Maurice doivent rencontrer le gouvernement britannique le 22 avril au sujet de l’accord sur les Chagos.


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