Trump, Poutine…
dans le piège de la guerre
Que se passe-t-il en Russie ?
Fait rare, Vladimir Poutine a reconnu hier que l’économie russe est dans le rouge, sonne l'alarme et réclame des "mesures supplémentaires afin de relancer la croissance". Ce n’est pas anodin.
Depuis des mois, les sanctions, le coût de la guerre et l’isolement international pèsent lourd. Concrètement, cela se traduit par un fort ralentissement de l’économie russe, de l’inflation, et un déficit budgétaire qui dépasse déjà les prévisions pour l'année entière.
Les dépenses militaires colossales au profit de l'armée russe engagée dans le conflit en Ukraine ne suffisent plus à tirer l'économie. En 2025, le PIB russe avait augmenté de 1 %, un rythme de croissance bien plus lent qu'en 2024 (4,3%) et les recettes tirées des exportations d'hydrocarbures ont plongé de 45,4 % en janvier-mars par rapport à la même période de l'année précédente, selon les données du ministère russe des Finances publiées début avril. Moscou étant contraint de brader depuis des mois son or noir.
Et puis il y a le pari stratégique autour de la guerre en Iran.
Sur le papier, Moscou pouvait y voir une opportunité — détourner l’attention de l’Ukraine, rééquilibrer le rapport de force. Dans les faits, c’est plus compliqué. L’instabilité s’étend, les bénéfices sont pour l’instant limités, et la Russie doit s’adapter. Résultat : le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, s’active, multiplie les contacts. Il s’est rendu cette semaine à Pékin pour affirmer la proximité de la Russie et la Chine, et porter un message : la Russie est prête à "compenser" le déficit de ressources énergétiques que l’empire du Milieu subirait à cause du conflit. Parallèlement, Vladimir Poutine a proposé d’accueillir l’uranium enrichi iranien en Russie dans le cadre d’un éventuel accord de paix entre Washington et Téhéran qui pour l’instant semble encore loin d’être scellé. De retour d’Iran le ministre des Affaires étrangères du Pakistan a indiqué ce jeudi qu’aucune date n’avait été fixée pour la prochaine série de négociations.
Sur le terrain ukrainien, là aussi, pas de bascule. Les lignes bougent peu. Les avancées russes sont lentes, coûteuses. On est dans une guerre d’usure. Et à l’intérieur du pays, un autre signal : les coupures d’Internet. Elles se multiplient, officiellement pour des raisons de sécurité. Mais elles disent aussi quelque chose d’un pouvoir qui contrôle davantage, dans un contexte de tension durable.
En face, l’Ukraine s’inquiète du risque d’un manque d’armes, mais tient. Et même, innove. Notamment avec une nouvelle génération de drones, plus autonomes, plus précis, et des robots terrestres. Le président ukrainien a ainsi annoncé lundi 13 avril que "pour la première fois dans l'histoire de cette guerre, une position ennemie a été prise exclusivement par des véhicules terrestres sans équipage et des drones". C’est un point clé : la technologie devient un levier pour compenser un déséquilibre militaire.
Aux États-Unis, là aussi, la situation de Donald Trump se complique, notamment à cause de la guerre en Iran. Au départ, une démonstration de force. Aujourd’hui, des questions. Le blocus des États-Unis dans le détroit d'Ormuz est entré en vigueur.
. Mais pour combien de temps ?
. Pour quels objectifs ?
. Et avec quelles conséquences ?
Les critiques montent, y compris chez les vétérans et dans son propre camp. Certains républicains dénoncent une contradiction avec la doctrine « America First » et redoutent le coût politique d’un conflit prolongé à six mois des midterms. En 2024, Donald Trump avait formé une coalition aussi immense qu’hétéroclite. Mais un an plus tard, entre interventionnisme en Iran, choc protectionniste et outrances verbales, le vernis craque, et de plus en plus d’Américains mécontents se font entendre.
Autre signal politique, cette fois en Europe : la défaite de Viktor Orbán en Hongrie. Un revers important pour celui qui était considéré comme un allié de Moscou et un point d’appui pour l’administration Trump. Le vice-président états-unien J.D. Vance était d’ailleurs allé soutenir Viktor Orbán sur place la semaine dernière et Donald Trump lui-même s'était exprimé par téléphone lors d'un des meetings de sa campagne. Cette défaite affaiblit un relais politique clé au sein de l’Union européenne, et envoie un message plus large : les lignes peuvent bouger, y compris dans des pays où le pouvoir semblait solidement installé.
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