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CHEZ POL 13 AVRIL


#Couteaux #Fractures #Yeux #Plaisir #Remake
Chez Pol n°1701 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 13 avril et c'est le bon jour pour péter la (ré)forme.

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Gérald Darmanin. Photo Julien de Rosa. AFP (2026)

AU COMPTOIR Retailleau promet de «faire pleurer dans les chaumières» et parie sur «un croisement des courbes» avec Philippe à l'automne ; Kasbarian lance son parti libertarien ; et la gauche se réjouit de la défaite d'Orban mais...

LE CHIFFRE 150 000

LE MOT «Censure»

L'OEIL DE LIBÉ Entente surjouée à la réunion des gauches

BO BO BONUS Les petites annonces d'Estrosi

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI La réforme de la justice criminelle arrive au Sénat

L'ADDITION Jouons avec les cadeaux

NOSTRADAMUS • Dans une semaine, Bruno Retailleau sera fixé. Les adhérents de LR, moins nombreux qu'il y a un an pour sa victoire contre Laurent Wauquiez, doivent trancher entre une primaire (ouverte ou fermée) et une intronisation directe de leur chef de parti. L'ex-ministre de l'Intérieur compte sur ce vote pour lui servir de rampe de lancement vers l'Élysée. Surtout, ça doit lui permettre de tuer le match, veut-il croire, avec les autres prétendants de droite. «À l’automne, vous verrez, nos courbes se croiseront avec Philippe», assure Retailleau au Figaro. Pour parvenir au croisement des courbes, le Vendéen compte sur son «projet de rupture» qu'il dévoilera prochainement. Avec notamment des réformes constitutionnelles qui promettent de faire parler. «Ça va faire pleurer dans les chaumières», prévient celui qui a plusieurs remis en cause l'État de droit, s'attirant les foudres des macronistes. Mais s'il ne plie pas le game, Retailleau se dit prêt à «passer par une confrontation» via une primaire «à condition que Philippe joue le jeu». «Mais Philippe acceptera-t-il une primaire qui inclut Sarah Knafo ?», interroge-t-il, ne souhaitant pas participer à une compétition «de seconds couteaux».

Le V de victoire. Photo Julien de Rosa. AFP (2026)

CONFLIT FAMILIAL • Divergence au sein du bloc central, qui ne faisait déjà plus très bloc. Mais la séquence parlementaire actuelle révèle les fractures existantes entre les alliés du camp présidentiel. Hier, le président du groupe MoDem à l'Assemblée, Marc Fesneau, a fustigé un agenda parlementaire fait de «textes clivants (...) qui ont moins cherché à résoudre des problèmes concrets qu'à un jeu de posture en vue de 2027». Dans le viseur de l'ancien ministre bayrouiste, selon son entourage à l'AFP : Gabriel Attal et les propositions de loi du groupe EPR, comme sur l'Alsace, le 1er mai ou encore la PPL Yadan sur la lutte contre les «formes renouvelées» d'antisémitisme. Les deux premières ont donné lieu à des débats chaotiques cette semaine, et la troisième - dont le MoDem a demandé le retrait au moins temporaire de l'agenda - doit être débattue en fin de semaine. Conséquence de cet ordre du jour provocateur, «les débats ont été rendus impossibles par l'obstruction et les procédures détournées du règlement, chacun renvoyant à l'autre la responsabilité du désordre», poursuit Fesneau qui rêve peut-être d'un autre monde mais surtout «que les prochaines semaines parlementaires soient envisagées de manière radicalement différente» afin que «le Parlement cesse d'être l'otage des ambitions de chacun».

INDÉPENDANT CE TEMPS  Et encore un nouveau parti en France. Le petit dernier s'appelle le Parti de la liberté, lancé ce week-end par le très libertarien ex-ministre macroniste Guillaume Kasbarian. Et ce proche d'Attal d'assurer, dans le Parisien, qu'il reste bien parallèlement à Renaissance même s'il affirme que son mouvement, destiné à «porter un sursaut libéral», est «un parti indépendant, sans tabou, qui n'a pas froid aux yeux». Or, selon les statuts du parti présidentiel, «l’adhésion est exclusive de toute autre adhésion à un autre parti politique». Bénéficie-t-il d'une dérogation exceptionnelle ? Contactés, ni l'entourage d'Attal ni Kasbarian ne nous ont répondu.

Rock the Kasba. Photo Daniel Perron. Hans Lucas via AFP (2025)

MI-FIDESZ MI-RAISIN  Mis à part le RN, qui, gêné aux entournures, a fait le service minimum avec un tweet de Jordan Bardella, la défaite de Viktor Orban et du Fidesz en Hongrie a réjoui tout le monde. De la droite à la gauche. Surtout la gauche d’ailleurs, qui y a vu la preuve qu’il était possible de battre l’extrême droite populiste. «Ce soir, l’extrême droite française perd son allié autoritaire et corrompu, son modèle en matière de xénophobie d’État et de soumission à Poutine et Trump. C’est un triste jour pour Le Pen et Bardella. Et une belle soirée pour la France et l’Europe», s’est félicité Raphaël Glucksmann, à l’unisson d’Olivier Faure - pour une fois. «Ne boudons pas notre plaisir, a lancé le patron du PS. Orban, soutenu par Trump, Poutine et Le Pen a perdu en Hongrie. Non, la victoire de l’extrême droite n’est inéluctable nulle part. Il n’y a de fatalité que dans la résignation.» S’il reconnaît que la défaite d’Orban est «une bonne nouvelle», Alexis Corbière temporise un peu la joie de ses camarades : «Sans grande illusion sur Péter Magyar, idéologiquement proche du pouvoir sortant, libéral conservateur lui aussi…»

TOUCHÉ MAIS PAS COULÉ  Il n'est pas resté longtemps en rade. L’ancien maire de Brest François Cuillandre a été largement battu au 2d tour des municipales dans la ville qu’il dirigeait depuis 2001 mais le socialiste a de la ressource. Le Télégramme a en effet révélé que l’ex-édile allait de nouveau être candidat à un scrutin communal : celui organisé le 17 mai prochain à Molène, à 35 kilomètres de Brest. Alors que l’élection municipale n’a pas pu se tenir sur l’île (où Cuillandre possède une maison de vacances), faute de candidats, une liste a finalement pu se monter pour que les 176 Molénais puissent élire un conseil municipal. Le socialiste en fera partie mais n’en prendra pas la tête, il a simplement proposé ses services à celui qui devrait devenir maire, Bruno Corolleur. «Ça va nous aider. Il a de l'expérience, sur certains dossiers il aura plus de facilité ou pour contacter certaines personnes, détaille ce dernier à ICI Breizh IzelNous, la plupart, nous sommes novices.» Ce qui est loin d’être le cas de Cuillandre qui a été maire et président de la métropole de Brest pendant 25 ans.

Quand tu te trouves une nouvelle terre d'élection. Photo Fred Tanneau. AFP (2025)

ET SINON ••• Après Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann (et on en oublie sûrement)… François Hollande aussi a pris la plume. Le nouveau bouquin de l'ancien Président doit paraître à la fin de l'année, rapporte le Parisien.

Les années passent mais rien ne change. Comme en 2022 (et en 2012, puis 2017), Jean-Luc Mélenchon devrait bien être candidat à l’élection présidentielle, faute d’avoir trouvé, ou cherché, la personne capable de «faire mieux» dans ses rangs. Comme en 2022 également, et selon la feuille de route présentée à l’Assemblée représentative de LFI hier, le nom du candidat insoumis pour 2027 sera proposé par la direction du mouvement. Laquelle direction porte un nom au sein de la formation très verticale : Mélenchon. Comme en 2022 toujours, la personne désignée devra recevoir 150 000 parrainages citoyens pour faire valider sa candidature. Mais qui pourra bien être ce candidat ? Seule différence avec 2022 : le calendrier. La dernière fois, le chef insoumis avait «proposé» sa candidature et demandé ses parrainages dès novembre 2020, soit bien plus d’un an avant le scrutin. Dans la foulée de cette annonce, ses équipes avaient lancé un site visant à récolter lesdits parrainages et sur lequel seules quelques informations comme le nom, prénom, le code postal et une adresse mail suffisaient pour que la signature soit validée. 24h après cette demande de soutien populaire lors d’une interview au 20h de TF1, le compteur avait atteint les 100 000 parrainages, soit deux tiers de l'objectif. Trois jours avaient ensuite suffit pour récolter les 50 000 signatures manquantes synonymes d'officialisation de la candidature. Voilà qui donne au moins un peu de suspense dans ce remake : Mélenchon va-t-il «faire mieux» en passant sous la barre des quatre jours ?

Après la cadence infernale à laquelle les motions de censures ont été déposées ces dernières années, les quelques mois qui viennent de s’écouler sans en entendre parler paraissent une éternité. Mais cette longue période de trêve est interrompue depuis que les macronistes se sont mis en tête d’attaquer un nouvel acquis social : le 1er mai. Pour rappel, le groupe d'Attal dans l’hémicycle avait déposé une proposition de loi pour permettre aux patrons de faire travailler leurs employés ce jour férié. Face à la menace d’obstruction, une motion de rejet avait été adoptée pour éviter le débat à l'Assemblée et faire passer le texte en commission mixte paritaire où la droite est en position de force. Ce qui a révolté le président du groupe communiste Stéphane Peu qui a menacé dans la foulée de déposer une motion de censure aujourd’hui si la CMP était convoquée demain comme prévu. Le projet du député de Seine-Saint-Denis étant soutenu par les insoumis et les écolos, il ne manque que les socialistes à gauche pour donner le feu vert à cette initiative. Or, le patron du PS Olivier Faure a déclaré hier sur France Inter : «Si on n’est pas entendu, si le dialogue social ne trouve pas sa place, effectivement, il peut y avoir une censure.» De quoi donner quelques sueurs froides à Sébastien Lecornu. Le Premier ministre s’est donc fendu d’une communication hier assurant qu’il ne comptait pas «passer en force». Ce qui pourrait signifier l’ajournement de la CMP. Un bon signal pour Peu qui maintient la pression. «La motion sera déposée à l’issue de la réunion avec les syndicats, pour laisser au gouvernement la possibilité de retirer cette loi en ne convoquant pas cette CMP», assure-t-il à Chez Pol. Matignon est prévenu.

Photo et texte par Denis Allard

À Montreuil samedi, il faut trouver un esprit de synthèse. Yannick Jadot et Johanna Rolland (la maire de Nantes) discutent assis sur des marches, Glucksmann est au bar et Emmanuel Grégoire vient de finir sa table ronde et file rapidement sur un autre évènement. Ronan Dantec, l’organisateur, crée du lien avec les journalistes et veut qu’on parle de fond (à juste titre) alors qu’on aperçoit Faure qui arrive. Boris Vallaud n’est pas loin. Les uns et les autres saluent les proches. Les attitudes sont-elles naturelles ? Les regards scrutent. Que faire de son corps ? Que faire de ses mains ? Qui saluer comme si c’était la personne la plus importante du monde, avant d’en voir une autre derrière son épaule ? On surjoue la grande entente, l’amitié de 30 ans, la convergence des idées. Alors on fait des photos de groupe toujours inutiles. On se fait des bises du bout des lèvres. On débat de grands sujets en 3 minutes chrono, et on fait l’illusion que tout se passe bien. Et puis vient la conclusion des débats et Léa Balage El Mariky qui dit un peu tout haut ce que tout le monde pense tout bas, et les sourires se figent encore plus. Il faut créer l’évidence avant la présidentielle, et c’est un exercice compliqué.

À louer

• Assemblée, dès 16h Des décennies après les premiers appels à rendre à leurs pays d'origine des œuvres d'art, les députés s'emparent d'un projet de loi très attendu en Afrique pour faciliter les restitutions par la France d'œuvres pillées durant la colonisation. Annoncé de longue date et plusieurs fois repoussé, ce texte promis par Macron en 2017, lors d'un discours à la jeunesse africaine à Ouagadougou, a déjà été adopté à l'unanimité au Sénat fin janvier.

• Paris, 18h Alors que plane la menace d'une nouvelle motion de censure, Matignon a exclu hier tout «passage en force» sur la proposition de loi permettant d'étendre le travail le 1er mai, à la veille d'une réunion entre le ministre du Travail et les syndicats dont l'opposition frontale à la réforme est appuyée par la gauche. La réunion avec Jean-Pierre Farandou, prévue à 18h, a pour but de travailler à «un périmètre très précis des commerces concernés par une ouverture au travail le 1er mai».

• Sénat, soirée La réforme de la justice criminelle portée par Gérald Darmanin arrive dans l'hémicycle du Palais du Luxembourg accompagnée d'une forte mobilisation des avocats, vent debout contre l'instauration d'une nouvelle procédure de «plaider-coupable»

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.


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