| PLAN B COMME BANCAL • Le passage en force atteint définitivement ses limites. Alors que le gouvernement a décidé de ne pas convoquer de commission mixte paritaire sur le 1er mai pour laisser les partenaires sociaux s’emparer du sujet (et pour s’éviter un mouvement social voire une censure), les défenseurs du texte avaient encore un petit espoir. Outre le Premier ministre, les présidents des deux assemblées peuvent conjointement provoquer une CMP, selon l’article 45 de la Constitution. Ce que leur a notamment demandé de faire le patron de LR Bruno Retailleau hier. Et aussi certains macronistes. Mais de CMP il n’y aura point : selon Projet Arcadie, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet s’y oppose car le texte n’a pas été retravaillé et donc recentré dans une version plus acceptable. Comprendre : si la droite et le groupe de Gabriel Attal voulaient faire adopter le texte, ils n’avaient qu'à mieux le ficeler. Or, comme le rappelle le média parlementaire, sur les 234 amendements qui auraient dû être examinés, quasi tous provenaient de la gauche. À l’exception d’un amendement du groupe LIOT, de deux amendements du groupe EPR d’Attal et un amendement du groupe Droite Républicaine. Que les défenseurs du texte se rassurent : même si Gérard Larcher et Braun-Pivet avaient fait usage de leur droit, l'inscription de la lecture des conclusions de la CMP à l'ordre du jour dans les deux chambres relève du gouvernement... | | Quelles sont les chances qu'on convoque la CMP ? Photo Xavier Galiana. AFP (2025) | DÉFOULOIR • C’est donc plutôt vers Sébastien Lecornu que devraient se tourner les attaques des libéraux. Et ces derniers l’ont bien compris. En réunion de groupe, à laquelle a assisté le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, les députés Renaissance n’ont pas décoléré contre le gouvernement et l’ont fait savoir à leur invité du jour. Parfois en des termes fleuris, à l’instar de l’élu des Yvelines Karl Olive : «On nous pisse dessus», a-t-il balancé tout en sobriété, selon plusieurs médias. Ce dernier a d’ailleurs confirmé sur X avoir «partagé [sa] colère.» Et d’ajouter : «Ce n’était pas la Saint Farandou. Mais le ministre du Travail a eu le courage de se présenter devant le groupe.» Contrairement à l'hôte de Matignon. Comme Olive, le député des Deux-Sèvres Jean-Marie Fiévet s’en est aussi pris à l’exécutif en affirmant, selon Le Parisien : «C'est un manque de courage inadmissible ! Je me demande pourquoi je soutiens encore ce gouvernement.» Le groupe vit bien. | UN NOUVEL ESPOIR • «L’Assemblée a adopté le projet de loi dit de simplification de la vie économique. Derrière cet intitulé trompeur, c’est en réalité un texte de régression majeure qui a été voté, dans une alliance assumée entre la droite, l’extrême droite et une partie du bloc gouvernemental», a fulminé, hier, le groupe écolo après le vote d'un texte qui s'en prend aux ZFE et assouplit le ZAN. «Le projet de loi de destruction de l'environnement a été voté à l'Assemblée grâce à la lâcheté des macronistes. Ils pouvaient sauver leurs rares protections du vivant, ils ont préféré s'auto-saboter en votant avec la droite extrême et l'extrême droite. Funeste fin de règne», a renchéri Marine Tondelier. Car le projet de loi a bien été adopté par les voix du RN et des ciottistes, de LR, d'Horizons et d'une partie de Renaissance (25 pour, 30 contre et 19 abstentions). L'aile gauche de la macronie, aussi, l'a donc en travers de la gorge. «C’est un triste jour pour la santé des Français. Ce n’est pas une victoire pour le bloc central», a lancé Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique, qui mise maintenant sur le Conseil constitutionnel. Car le sort des ZFE n’est pas totalement scellé : le groupe socialiste, les écologistes et le MoDem ont annoncé un recours devant les Sages. Tout comme les parlementaires du camp gouvernemental, ils ont espoir que la mesure soit censurée en tant que cavalier législatif. | | Quand tu t'en remets au ciel aux Sages. Photo Ian Langsdon. AFP (2026) | DES CRITIQUES AUX ACTES • Dimanche, Marc Fesneau laissait éclater son courroux contre Attal et «textes clivants» présentés par le groupe EPR «qui ont moins cherché à résoudre des problèmes concrets qu'à un jeu de posture en vue de 2027». Une nouvelle illustration des divergences qui parcourent le «bloc central». Hier, les députés Modem ont ainsi annoncé qu'ils ne voteraient pas la proposition de loi de la députée macroniste Caroline Yadan sur la lutte contre les «formes renouvelées» d'antisémitisme, examinée demain dans l'hémicycle. Une position qui rend son adoption plus incertaine, étant donné l'opposition farouche de la gauche contre ce texte qui, selon elle, «instrumentalise» la lutte contre l'antisémitisme. «Aujourd'hui, on a un clivage dans notre pays à propos de ce texte qui, à notre avis, dessert la cause qu'il compte défendre. C'est pourquoi, malgré notre fort engagement à lutter contre l'antisémitisme, nous ne voterons pas ce texte», a déclaré en conférence de presse la porte-parole du groupe bayrouiste Perrine Goulet. «Nous choisirons entre abstention et contre, en fonction des débats et des amendements qui pourraient être votés», a-t-elle précisé. | ET SINON ••• Il ne veut pas se mouiller : ce week-end, Laurent Wauquiez votera blanc lors de la consultation des adhérents LR sur leur stratégie présidentielle, annonce-t-il sur France Inter. Le patron des députés de droite n'optera donc ni pour une primaire fermée, ni pour une primaire ouverte, ni - ô surprise - pour une désignation automatique de Retailleau comme candidat de LR à la présidentielle. | |
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