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CHEZ POL 15 AVRIL

 


#Lâcheté #Ridicule #Stupeur #Concert #Vadrouille
Chez Pol n°1703 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 15 avril et c'est le bon jour pour préparer sa sortie.

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Comme un air de fin de règne. Photo Yonhap. Reuters (2026)

AU COMPTOIR Braun-Pivet rembarre Retailleau sur le 1er mai ; en réunion de groupe Renaissance, les députés mettent cher au gouvernement ; et Wauquiez va voter blanc

VU DU PERCHOIR Vannier furieux contre le «sectarisme ridicule» d’Attal

LE MOT «Rassurant»

VU DE Figeac : l'entrisme démasqué du RN

BO BO BONUS De l'importance d'être précis

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Les dates de la présidentielle arrêtées

L'ADDITION Jouons avec Bagayoko

PLAN B COMME BANCAL • Le passage en force atteint définitivement ses limites. Alors que le gouvernement a décidé de ne pas convoquer de commission mixte paritaire sur le 1er mai pour laisser les partenaires sociaux s’emparer du sujet (et pour s’éviter un mouvement social voire une censure), les défenseurs du texte avaient encore un petit espoir. Outre le Premier ministre, les présidents des deux assemblées peuvent conjointement provoquer une CMP, selon l’article 45 de la Constitution. Ce que leur a notamment demandé de faire le patron de LR Bruno Retailleau hier. Et aussi certains macronistes. Mais de CMP il n’y aura point : selon Projet Arcadie, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet s’y oppose car le texte n’a pas été retravaillé et donc recentré dans une version plus acceptable. Comprendre : si la droite et le groupe de Gabriel Attal voulaient faire adopter le texte, ils n’avaient qu'à mieux le ficeler. Or, comme le rappelle le média parlementaire, sur les 234 amendements qui auraient dû être examinés, quasi tous provenaient de la gauche. À l’exception d’un amendement du groupe LIOT, de deux amendements du groupe EPR d’Attal et un amendement du groupe Droite Républicaine. Que les défenseurs du texte se rassurent : même si Gérard Larcher et Braun-Pivet avaient fait usage de leur droit, l'inscription de la lecture des conclusions de la CMP à l'ordre du jour dans les deux chambres relève du gouvernement... 

Quelles sont les chances qu'on convoque la CMP ? Photo Xavier Galiana. AFP (2025)

DÉFOULOIR • C’est donc plutôt vers Sébastien Lecornu que devraient se tourner les attaques des libéraux. Et ces derniers l’ont bien compris. En réunion de groupe, à laquelle a assisté le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, les députés Renaissance n’ont pas décoléré contre le gouvernement et l’ont fait savoir à leur invité du jour. Parfois en des termes fleuris, à l’instar de l’élu des Yvelines Karl Olive : «On nous pisse dessus», a-t-il balancé tout en sobriété, selon plusieurs médias. Ce dernier a d’ailleurs confirmé sur X avoir «partagé [sa] colère.» Et d’ajouter : «Ce n’était pas la Saint Farandou. Mais le ministre du Travail a eu le courage de se présenter devant le groupe.» Contrairement à l'hôte de Matignon. Comme Olive, le député des Deux-Sèvres Jean-Marie Fiévet s’en est aussi pris à l’exécutif en affirmant, selon Le Parisien : «C'est un manque de courage inadmissible ! Je me demande pourquoi je soutiens encore ce gouvernement.» Le groupe vit bien.

UN NOUVEL ESPOIR  «L’Assemblée a adopté le projet de loi dit de simplification de la vie économique. Derrière cet intitulé trompeur, c’est en réalité un texte de régression majeure qui a été voté, dans une alliance assumée entre la droite, l’extrême droite et une partie du bloc gouvernemental», a fulminé, hier, le groupe écolo après le vote d'un texte qui s'en prend aux ZFE et assouplit le ZAN. «Le projet de loi de destruction de l'environnement a été voté à l'Assemblée grâce à la lâcheté des macronistes. Ils pouvaient sauver leurs rares protections du vivant, ils ont préféré s'auto-saboter en votant avec la droite extrême et l'extrême droite. Funeste fin de règne», a renchéri Marine Tondelier. Car le projet de loi a bien été adopté par les voix du RN et des ciottistes, de LR, d'Horizons et d'une partie de Renaissance (25 pour, 30 contre et 19 abstentions). L'aile gauche de la macronie, aussi, l'a donc en travers de la gorge. «C’est un triste jour pour la santé des Français. Ce n’est pas une victoire pour le bloc central», a lancé Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique, qui mise maintenant sur le Conseil constitutionnel. Car le sort des ZFE n’est pas totalement scellé : le groupe socialiste, les écologistes et le MoDem ont annoncé un recours devant les Sages. Tout comme les parlementaires du camp gouvernemental, ils ont espoir que la mesure soit censurée en tant que cavalier législatif.

Quand tu t'en remets au ciel aux Sages. Photo Ian Langsdon. AFP (2026)

DES CRITIQUES AUX ACTES  Dimanche, Marc Fesneau laissait éclater son courroux contre Attal et «textes clivants» présentés par le groupe EPR «qui ont moins cherché à résoudre des problèmes concrets qu'à un jeu de posture en vue de 2027». Une nouvelle illustration des divergences qui parcourent le «bloc central». Hier, les députés Modem ont ainsi annoncé qu'ils ne voteraient pas la proposition de loi de la députée macroniste Caroline Yadan sur la lutte contre les «formes renouvelées» d'antisémitisme, examinée demain dans l'hémicycle. Une position qui rend son adoption plus incertaine, étant donné l'opposition farouche de la gauche contre ce texte qui, selon elle, «instrumentalise» la lutte contre l'antisémitisme. «Aujourd'hui, on a un clivage dans notre pays à propos de ce texte qui, à notre avis, dessert la cause qu'il compte défendre. C'est pourquoi, malgré notre fort engagement à lutter contre l'antisémitisme, nous ne voterons pas ce texte», a déclaré en conférence de presse la porte-parole du groupe bayrouiste Perrine Goulet. «Nous choisirons entre abstention et contre, en fonction des débats et des amendements qui pourraient être votés», a-t-elle précisé.

ET SINON ••• Il ne veut pas se mouiller : ce week-end, Laurent Wauquiez votera blanc lors de la consultation des adhérents LR sur leur stratégie présidentielle, annonce-t-il sur France Inter. Le patron des députés de droite n'optera donc ni pour une primaire fermée, ni pour une primaire ouverte, ni - ô surprise - pour une désignation automatique de Retailleau comme candidat de LR à la présidentielle.

Violette Spillebout et Paul Vannier. Photo Julien de Rosa. AFP (2025)

Vannier furieux contre le «sectarisme ridicule» d’Attal

Par S.T.

Ils ont mené les auditions de concert et se sont entendus sur les conclusions de leur commission d'enquête Bétharram, sur les violences en milieu scolaire. Du boulot effectué par les députés Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (LFI) a débouché une proposition de loi pour mettre en œuvre leurs solutions sur le sujet. Le texte devait dans un premier temps être inscrit à l'ordre du jour d'une semaine transpartisane de l'Assemblée, le sujet faisant plutôt consensus. Mais Attal s'est abstenu en conférence des présidents le 24 février et le calendrier est tombé à l'eau, les macronistes ne voulant pas être associés à un élu insoumis, même sur ce thème.

Hier, Attal et son groupe ont donc annoncé qu'ils présenteraient une nouvelle proposition de loi, similaire à la première mais signée uniquement par Spillebout. Ce qui a un peu fait enrager Vannier. «Sous la pression, Attal a cédé», peste-t-il auprès de Chez Pol, fâché contre son éviction de la liste des signataires. Il voit par ailleurs dans l'examen du texte dans la niche macroniste du 1er juin une «manœuvre pour tenter d'enterrer notre texte en le privant du temps nécessaire à son adoption». Mais Spillebout a tenu à «saluer» publiquement «le travail exigeant que nous menons depuis un an avec Vannier pour proposer des réponses concrètes aux défaillances de l’État et protéger les enfants de toute violence en milieu scolaire»«C’est une reconnaissance de l’utilité de nos travaux transpartisans et une marque de respect pour les victimes et les lanceurs d’alerte», a ajouté la députée lilloise. «150 députés issus de 9 groupes soutiennent notre texte. Mais vous n’avez qu’une obsession, évincer le rapporteur insoumis, signe de votre sectarisme ridicule», a répondu Vannier à Attal, qui se félicitait que le processus parlementaire se poursuive «grâce à [son] groupe]».

«L'enjeu, maintenant, est que le gouvernement s'engage à reprendre le texte et l'inscrive sur le temps gouvernemental pour permettre aux députés de légiférer», demande encore Vannier. Jugeant elle aussi «difficile de passer les onze articles» de la proposition de loi sur le temps parlementaire réservé à son groupe, Spillebout a souhaité un «engagement du gouvernement» à «poursuivre ce travail» si le texte n'aboutissait pas. Mais, peu importe dans quel cadre le texte est débattu, le mélenchoniste le soutiendra «étant l'un des deux rédacteurs»«Je ferai tout pour permettre l’adoption de notre proposition de loi. Contrairement à vous [Attal], je ne ferai jamais passer mon intérêt avant celui des enfants», a-t-il insisté. Et peu importe, aussi, si son nom n'est plus tout en haut de la liste des signataires de la PPL.

Une fois de plus, le déplacement d’Emmanuel Macron hier à Saint-Denis n’était pas ouvert à la presse. Personne n’a donc eu accès aux échanges entre le Président et le maire LFI de la ville Bally Bagayoko dans la foulée du concert auquel ils ont assisté à la maison d'éducation de la Légion d’honneur. Mais l’édile a toutefois rendu compte de leur rencontre auprès de l’AFP et remercié Macron de son soutien - qu'il a trouvé tardif - face aux attaques racistes dont il a été la cible. L’insoumis en a aussi profité pour lui remettre un courrier dénonçant les insuffisances de l'État. Toujours selon le maire, le Président s'est «voulu rassurant» à son endroit, indiquant «qu'il condamnait bien sûr les actes racistes et qu'il était intransigeant sur cette question». Sur RTL ce matin, Bagayoko a ajouté que «le Président [avait] été très chaleureux, [avait] bien précisé qu'il avait un soutien total face aux actes dont [il a] été victime et [qu'il pouvait] compter sur lui pour pouvoir agir sans relâche sur ces questions». Un élément non négligeable alors que le Dyonisien avait fustigé il y a 10 jours le silence «scandaleux» de Macron sur le sujet et dénoncé «un réflexe clanique»«Il était important que le Président précise sa pensée», a-t-il encore souligné. Le chef de l’État n’en est pas totalement excusé pour autant. «Dans une séquence particulière comme celle-ci, il aurait dû réagir. Cette réaction était attendue par la population. Je ne dis pas qu'il est raciste, je dis que son silence interroge», a maintenu Bagayoko. Faute présidentielle à moitié pardonnée, donc.

Figeac : l'entrisme démasqué du RN

Comme dirait Marine Le Pen lors de son douloureux débat d’entre-deux-tours en 2017 : «Regardez, ils sont là. Ils sont dans les campagnes, dans les villes. Ils sont sur les réseaux sociaux.» Les représentants de l’extrême droite sont en effet partout même s’ils tentent parfois de cacher leur appartenance. Le maire DVD de Figeac (Lot), Philippe Landrein, en a fait l’amère expérience, rapporte Ici Occitanie, lorsqu’il a découvert après les municipales que l’un de ses colistiers, devenu élu de sa majorité, était un militant du RN. «Lors d'une interview [après le scrutin, ndlr], une journaliste me demande si je suis au courant du soutien du RN», raconte-t-il en précisant que le parti à la flamme l’avait bien approché pendant la campagne avant que celui-ci décline la proposition des lepénistes de le soutenir officiellement ou de placer un de leurs membres sur sa liste. 

Intrigué, l’édile fait le tour de son équipe pour faire la lumière sur l’affaire. Stupeur : alors que Landrein avait toujours précisé que sa liste «était ouverte à tous sauf les extrêmes», un élu lui confirme son appartenance au RN. Ce dernier refusant de démissionner, le maire l’a exclu de sa majorité. «Je vois dans cette affaire une forme d'entrisme de l'extrême droite. Cela fait partie de la stratégie du RN pour se positionner», analyse-t-il après coup. Et le Lotois d’en profiter pour conseiller à ses homologues à la tête de listes citoyennes : «Il faut vraiment vérifier si les personnes qui vous entourent correspondent à votre sensibilité politique car avec la présidentielle dans un an, ces membres du RN, qui vivent cachés, ne tarderont pas à se dévoiler.»

Fact-checking

• Élysée, toute la journée On devrait enfin connaître les dates officielles de la prochaine présidentielle : un décret en ce sens doit être pris ce matin en conseil des ministres. Dans la foulée, Macron préside un nouveau conseil de défense sur la situation en Iran et au Proche-Orient, deux jours avant une réunion des pays «non belligérants». Ensuite, le Président français accueille pour une visite et un dîner d'État Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le Président de la Mauritanie.

• Sénat, après-midi Après les questions au gouvernement, les sénateurs vont à leur tour se prononcer sur les conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi de simplification de la vie économique qui, notamment, supprime les ZFE. Ensuite, la chambre basse se penchera sur le projet de loi-cadre sur le développement des transports.

• Et aussi Une première réunion avec des représentants d’Horizons (Béchu), de Renaissance (Riester) et du Modem (Fesneau) doit se tenir dans un lieu tenu secret, la première pierre d’un hypothétique «comité de liaison» afin d’organiser la primaire sauvage qui s’annonce entre les candidats du «bloc central». Sinon, Édouard Philippe est en vadrouille dans le Finistère ; Tondelier est à Londres et les écolos présentent à l'Assemblée leurs mesures pour lutter contre la hausse des prix de l'énergie.

On termine avec notre jeu du jour. Qu'a remis Bally Bagayoko à Macron lors de leur rencontre hier ?

• Le programme de LFI
• Un t-shirt Stop au racisme
• Un livre de Jean-Luc Mélenchon
• Un extrait des cahiers de doléances
• Un article sur l'appel de Macron à Zemmour
• Une invitation à un débat sur les discriminations

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 



Eh oui !

Bagayoko a annoncé à l'AFP avoir profité de sa rencontre avec Macron pour lui remettre "un T-shirt Stop au racisme, qui fait écho au rassemblement tenu début avril" à Saint-Denis, où plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées à son appel.

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Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, veut créer un marathon sur le périphérique. Et non une course d'aviron sur la Seine.

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

 

Chez Pol a été concoctée par 
Étienne Baldit, Sylvain ChazotArthur Louis et Sébastien Tronche

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