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CHEZ POL 23 AVRIL 1945

 

Tu vois la sortie ? 

#JulesEtJim #Ligue2 #KendrickLamar #Toupie #Danse
Chez Pol n°1709 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 23 avril et c'est le bon jour pour ne pas insulter l'avenir.

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Surtout ne pas se planter, ne pas se planter, ne pas se planter. Photo Alexis Jocard. AFP (2025)

AU COMPTOIR Attal et Philippe se mettent d'accord pour s'unir l'an prochain ; le mépris de Bardella envers la Ligue 2 ; et non, Rosalia et Emma Watson n'ont pas lu le livre de cet ancien Premier ministre

VOST Retailleau hésite à castagner son ancien pote de droite

LE MOT «Contaminer»

LE MASQUE ET LA POL La «danse du ventre» de Ciotti pour entrer au gouvernement

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI 7 ans plus tard, Lecornu revient sur la Canebière

L'ADDITION Jouons avec Bruno Le Maire

EN JANVIER CE SERA BIEN • Commençons ce numéro avec un rappel : la politique, c'est comme Jules et Jim mais en un peu moins chantant. On se perd de vue puis on se retrouve, c'est comme ça. Le tout est de le savoir. Édouard Philippe et Gabriel Attal le savent bien, merci pour eux. En témoigne cet échange raconté par l'Express ce matin. La scène se passe le 10 février, juste après le meeting du candidat à la mairie de Paris que les deux anciens Premiers ministres soutenaient, Pierre-Yves Bournazel. Les deux hommes dînent ensemble et finissent évidemment par parler de leur ambition professionnelle partagée, à savoir devenir le Président de tous les Français. Attal et Philippe sont d'accord : ça ne sert à rien d'y aller chacun de son côté et l'un d'eux devra rejoindre l'autre le moment venu. OK mais quand ? «Plutôt février que janvier», propose Philippe. Ce qui laissera trois mois au ticket pour préparer le premier tour. C'est bien assez.  

Tu vois la sortie ? Photo Daniel Perron.  Hans Lucas via AFP (2026)

C'EST LA CHAMPION'S LEAGUE • Puisqu'on parle de la présidentielle, évoquons le favori des sondages - dont on connaît la valeur prédictive à un an de l'élection. Jordan Bardella devrait être candidat si Marine Le Pen est à nouveau condamnée en appel dans l'affaire des assistant parlementaires FN. Et il s'y croit. Cité par le Figaro ce matin, l'ex-cancre de la Sorbonne s'est livré à un petit prono devant des journalistes en Italie, le week-end dernier. «Mélenchon, Hollande ou Philippe peuvent être candidats et atteindre le 2d tour, a-t-il annoncé. Mais, en septembre, on verra la Ligue 2 entrer sur le terrain avec les candidatures de Castex, Braun-Pivet ou Darmanin.» Les exemples de candidats auxquels personne ne croyait finalement élus sont pourtant légion. La semaine passée, le Monde rappelait fort à propos que depuis 1995, à peine la moitié des 24 principaux candidats à la présidentielle avait récolté «un score cohérent avec leurs sondages un an avant l’élection». Pire : sur les 6 dernières élections présidentielles, les favoris des sondages à un an du vote ne l’ont emporté que dans la moitié des cas. Comme on peut le lire dans la Bible, l'arrogance précède la ruine. Et l'orgueil précède la chute. 

HOMOPHOBE PAS GÊNANTE • Le même Bardella a trouvé bon de s’afficher aux côtés d’une eurodéputée polonaise anti-IVG, qui parle de la lutte pour les droits des personnes LGBT+ comme de la «terreur de la minorité arc-en-ciel». À croire comme on l'évoquait hier, que l'extrême droite a un souci avec les droits LGBT+... Nathalie Loiseau, eurodéputée Horizons, n’a pas manqué de relever le cliché posté sur X : «Homophobe, anti-IVG, europhobe, antivax, hostile à l’aide à l’Ukraine» égrène-t-elle à propos de l’élue polonaise, «membre d’un parti accusé de racisme et d’antisémitisme». Il faut dire que le président du RN et l’ex-directrice de l’ENA se rendent coup pour coup ces derniers jours, s’accusant l’un et l’autre de relayer fake news et mensonges. À propos du post de sa collègue eurodéputée terrorisée par les personnes LGBT+, Bardella n’a toutefois pas répondu. Victoire par KO technique ?

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GRATIN ARTIFICIEL • Kendrick Lamar qui lit Gabriel Attal, ce n’était pas dans notre bingo de 2026. Ça tombe bien, ça n’est pas vraiment arrivé. À défaut d’avoir de vraies stars qui lisent le bouquin du boss de Renaissance, son parti a partagé des visuels générés par IA sur ses réseaux sociaux pour en faire la promo. On pouvait y voir Emma Watson, Cristiano Ronaldo ou Rosalia lisant l’ouvrage attentivement, et laissant de prétendus «avis» dithyrambiques. Mais si on en parle au passé, c’est que les publications ont été retirées, face à la grogne des réseaux sociaux, qui dénonçait une pratique potentiellement illicite. Renaissance plaide l’erreur : contacté par le Huffpost, le parti raconte que «des jeunes militants ont envoyé des visuels parodiques sur le livre et l’équipe web du parti a voulu les partager». Demain, on vous partagera les gribouillages de nos enfants au lieu de faire notre taf.

Retailleau n'insulte pas l'avenir philippiste

Hey, Gringe ? Tu vois quand dans les films, y a plus personne qui peut sauver l'monde et ils sont obligés d'réunir une équipe d'experts ? Photo Lou Benoist. AFP (2025)

À droite comme à gauche, les ambitieux ne manquent pas. Bruno Retailleau fait partie de ceux qui rêvent de prendre l'Élysée l'an prochain. Mais le sénateur LR  sait qu'une élection ne se gagne pas seul. Voilà pourquoi le Vendéen est plutôt sympa avec d'autres impétrants. Parmi les cibles délaissées par Retailleau, il y a Philippe. Longtemps, les deux hommes ont appartenu à la même famille politique, même si, en 2017, le premier soutenait à mort François Fillon quand l'autre défendait son mentor Alain Juppé. L'ancien ministre de l'Intérieur est sur une ligne de crête : il veut tout à la fois critiquer le macronisme mais ne pas se mettre à dos certains de ses acteurs.

Si, dans une tribune publiée par le Figaro, il assure porter «un projet singulier qui n'est pas soluble dans le macronisme», il n'insulte pas l'avenir philippiste. Le patron des députés MoDem, Marc Fesneau, lui a d'ailleurs conseillé de ne pas faire «d’anti-centrisme», rapporte l'Express ce matin. Son ancien - et fugace - n+1 Michel Barnier, lui a donné le même conseil. D'autres en revanche, à l'image de Brice Hortefeux, lui conseillent de castagner plus durement son adversaire de droite, façon Chirac en 1995 face à Balladur.

Retailleau semble hésiter. Il apprécie Philippe. «On ne s'est jamais trop tapé dessus, même si aucun gentlemen's agreement n'a été verbalisé, assure-t-il à l'Express. Il y a toujours une forme d’élégance de sa part.» Mais cela veut-il pour autant dire qu'il pourrait y avoir une alliance future entre les deux ? La question lui a été posée dans le Parisien ce matin. «Vous ne vous rallierez jamais à Philippe ?», demande-t-on? Et voici la réponse : «9 Français sur 10 estiment que le bilan de Macron est un échec. Avant de demander le programme, les électeurs demanderont des comptes aux artisans du "en même temps". Après 10 ans, une page doit être tournée et une autre doit s’écrire. À travers un projet courageux mais sérieux. Car la rupture ne peut pas être un saut dans le vide. La France joue son destin. Nous devons être à la hauteur du moment.» 

Vous aurez noté que Retailleau ne répond pas à la question posée.

Les annonces du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez de régulariser près de 500 000 sans-papiers rendent marteau la droite et l'extrême droite française. Retailleau est ainsi en toupie depuis lundi sur le sujet. Le candidat que LR s'est choisi pour 2027 a même été jusqu'à promettre que, lui Président, il mettrait l'Espagne «au ban des nations européennes». Mardi soir sur LCI, son ancien copain Éric Ciotti s'est lui aussi insurgé. «Le Premier ministre espagnol a une politique qui est dangereuse pour l'Europe, a jugé le maire UDR de Nice et allié du RN. On ne peut pas laisser un pays seul contaminer toute l'Europe parce que c'est une porte ouverte à l'immigration, légale ou illégale. Désormais l'immigration illégale va être régularisée par Sanchez et elle va pouvoir se diffuser partout en France.» Contaminer, diffuser… Un champ lexical très médical qui tend à faire passer les immigrés pour des maladies. Et le même Ciotti d'affirmer qu'il devrait exister des clauses permettant à la France de refuser cette politique. Voilà qui serait intéressant en matière de souveraineté espagnole, en effet. On notera que tout ce beau monde avait été bien plus discret lorsque Giorgia Meloni avait lancé un plan sur 3 ans pour délivrer 452 000 titres de séjours en Italie. Allez comprendre… 

La «danse du ventre» de Ciotti pour entrer au gouvernement

Pas Shakira. Photo Valery Hache. AFP (2026)

Par V. B.

Restons un peu avec le Trump de la Riviera. Entre deux confessions intimes et des pelletées de phrases assez banales, les 300 pages du bouquin d'Attal - que Libé a lu pour vous - regorgent de piques bien senties à l’égard du personnel politique. Si Macron en prend pour son grade, il en est un autre que l’ex-Premier ministre ne rate pas : Ciotti. Dans le chapitre sur le coup de tonnerre de la dissolution, Attal consacre quelques lignes au ralliement du Niçois au RN. Il rappelle d’abord que Ciotti a été «à la manœuvre» pour aider Élisabeth Borne, sa prédécesseure à Matignon, à faire passer la réforme des retraites. À l’époque, écrit Attal, le député des Alpes-Maritimes n’a alors «qu’une seule envie» : entrer au gouvernement. Avant ses fiançailles avec Jordan Bardella et Marine Le Pen, Ciotti a fait «une danse du ventre éhontée» auprès de l’Élysée pour tenter de chiper une place au sein de l’exécutif. Chez LR comme chez Renaissance, ils sont nombreux à avoir rapporté, en off, ce desiderata du Niçois. Attal, lui, le couche sur le papier. Et ajoute : «En échange d’un ministère, Ciotti promettait alors un accord de coalition et de la stabilité jusqu’à la fin du mandat.» Quand l’on sait que Ciotti n'a embarqué qu’une seule députée de son groupe au moment de rejoindre le RN, il est permis de douter de ses capacités de négociateur. 

Une aubaine. À Lyon, la présidente LR de la Métropole, Véronique Sarselli, s’est augmentée de 700 € par mois, en allant chercher le maximum légal pour un président d’interco de cette taille-là. Étonnant pour la membre d’un parti qui prêche pour la maîtrise des dépenses publiques, «alors qu’il [...] était parfaitement possible de rester au même niveau», soulignait l’élu écolo Matthieu Vieira lors du conseil métropolitain hier, d’après Actu Lyon. Le conseiller d’opposition, qui assure que le prédécesseur vert de Sarselli, Bruno Bernard, avait fait le choix de rester en deçà de ce montant, l’a également attaquée sur les dépenses prévues pour le nouveau cabinet. «Vous proposez de porter son effectif à 19 collaborateurs» contre «14 ou 15» auparavant, s’est-il étonné, avant de pointer la présence aux côtés de la présidente de Jean-Michel Aulas, 1er vice-président de la métropole. «Ôtez-moi d’un doute : serait-ce le même M. Aulas qui, il y a quelques mois encore, proposait de mettre sur le banc de touche le cabinet du maire de Lyon, en le supprimant purement et simplement ?». «Je suis très étonnée puisque rien n’a changé, s’est défendu Sarselli. Le maximum légal est à 20. Il était fixé à 19 en 2020 [...] Je vous invite à attendre la constitution du cabinet avant de faire ce genre de remarque». Sans compter que le conseil métropolitain a aussi voté pour le retour des voitures de fonction, notamment pour les 9 directeurs généraux adjoints. Ils doivent déjà être nostalgique, les écolos.

• Montauban, 11h30 Une cérémonie d'hommage national va saluer la mémoire du sergent-chef Florian Montorio, casque bleu de 40 ans, tué dans une embuscade dans le sud du Liban. La cérémonie sera présidée par la ministre des Armées, Catherine Vautrin, et le chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill. Hier, le président Macron a annoncé qu'un 2e soldat français, le caporal-chef Anicet Girardin, 31 ans, avait succombé à ses blessures, touché dans la même embuscade.

• Medef, 12h Après Bardella lundi, c'est au tour de l'écolo Tondelier de déjeuner avec les huiles du syndicat des patrons. Un repas toujours organisé dans le cadre de la pré-campagne présidentielle - et à laquelle la boss des verts pensent quand elle n'est pas à Bollaert.

• Marseille, 14h30 Cela faisait 7 ans qu'il n'y avait pas mis les pieds dans le cadre d'un déplacement officiel mais ça y est : Sébastien Lecornu est à Marseille bébé, jusqu'à demain - ce qui ne lui laissera pas le temps d'assister au choc de dimanche entre l'OM et l'OGC Nice, c'est ballot. Cet après-midi, le PM participe au Comité de pilotage national du logement.

• Chypre, soirée Macron retrouve les dirigeants européens en Méditerranée. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky y est également attendu afin de saluer le déblocage d'un prêt de 90 milliards € à l'Ukraine, quasiment validé après plusieurs mois de blocage. Mais après la défaite d'Orban aux législatives, les Hongrois ont levé leur veto à ce prêt.

On termine avec notre jeu du jour. «C'est un homme d'instinct. Il sent les choses et les hommes comme personne. Il ne juge pas, il flaire. Il a fait de l'imprévisibilité une méthode de gouvernement. On ne doit jamais savoir où il est, ce qu'il va dire ou décider.» Mais de qui parle Bruno Le Maire ? 

• Gabriel Attal
• Donald Trump
• Vincent Bolloré
• Édouard Philippe
• François Hollande
• Didier Deschamps

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 

C'est ce que le Maire raconte à l'Express.

 Pour retrouver les articles de Chez Pol, c'est juste ici 
 
 



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, le titre du livre d'Attal, En homme libre, rappelle quand même furieusement le titre d'un livre de Maurice Barrès, Un homme libre. Oupsy.

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

 

Chez Pol a été concoctée par 
Etienne Baldit, Sylvain ChazotEliott Lerat et Sébastien Tronche
Avec la participation de Victor Boiteau


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