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CHEZ POL 30 AVRIL

 

Vous prendrez la prochaine à l'extrême droite


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Presque Tom Cruise. Photo Mads Claus Rasmussen. Ritzau Scanpix. AFP (2025)





#Jambe #Traquenard #Poutre #Farfelu #Képi
Chez Pol n°1714 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 30 avril et c'est le bon jour pour monter en intensité.


FAIT MAISON Vu d'Horizons, Retailleau a déjà un orteil au RN

AU COMPTOIR La gauche n'a pas de pétrole mais elle a des idées (divergentes), la justice est moins laxiste que Retailleau et Cazeneuve et Bayrou vont vous faire rêver plus grand

YOUPOL Chez Bardella, la justice n'est que «tolérée»

LE CHIFFRE 125 000

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Macron à l'armée

L'ADDITION Jouons avec Borne

SA ROUTE EST ÉTROITE • Certes, Bruno Retailleau a été investi par LR pour être candidat à la présidentielle, avec un score soviétique. Mais beaucoup doutent de sa capacité à aller au bout de sa tentative élyséenne et une petite musique monte déjà sur un éventuel ralliement à Édouard Philippe, voire un «ticket» entre les deux hommes. Sauf que dans le camp philippiste, l’extrême droitisation du boss de LR fait tiquer presqu’autant qu’en macronie. «Je ne suis pas certain qu’il souhaite être la jambe droite d’une majorité plus au centre mais une jambe d’un pouvoir RN», flingue un cadre d’Horizons qui voit d’un mauvais œil le début de campagne tapageur de l’ancien ministre de l’Intérieur. Un Retailleau qui joue aux liaisons dangereuses avec l’extrême droite tant sur le fond que sur la stratégie, bien qu’il répète à qui veut bien l’entendre que jamais il ne s’alliera au parti lepéniste. «Il serait bon pour le pays et la démocratie que le RN ait le pouvoir un jour, nous confiait même il y a quelques mois un proche du sénateur vendéen. Tous nos problèmes viennent de là, le malaise démocratique : il y a une espèce d’anomalie qu’on nourrit avec le front républicain et qui fait du RN le parti de toutes les solutions.» «Il fait une campagne qui correspond à ce qu’il a toujours montré. Très à droite et aussi très étroite», ajoute notre élu philippiste qui regrette les attaques frontales de Retailleau contre Emmanuel Macron et le macronisme alors qu’il «en a été solidaire pendant un an»Chez Pol.

Vous prendrez la prochaine à l'extrême droite. Photo Lou Benoist. AFP (2025)

CHERCHE ET TROUVE • «Cherchez la femme», dit l’expression un poil datée selon laquelle, quand il y a un enjeu, c’est qu’il y a souvent une main féminine derrière. Avec Alice Cordier, patronne du groupuscule identitaire Nemesis, il faut plutôt chercher le bras tendu. Parce que là où elle va, il y en a presque toujours un ou deux qui traînent dans un coin. Chez ses copains des Zouaves, qui ont longtemps fait le service d’ordre de ses happenings d’agit-prop. Ou chez ses potes néonazis lyonnais avec lesquels les filles de Nemesis trament des traquenards pour attirer et taper des militants antifas. Samedi, Cordier va participer à Paris, aux côtés de l’influenceur britannique Tommy Robinson, à une conférence organisée par le très peu connu Patriots Network. Cherchez le bras tendu ? Trouvé ! Le président fondateur de cette structure n’est autre qu’Enzo Alias, un ancien militant du RN marseillais, proche de la députée Gisèle Lelouis, jusqu’à ce que sorte opportunément une photo de lui… en train de tendre le bras. C’était en 2022, dans un contexte de règlement de comptes entre RN et militants Reconquête. Alias avait hurlé au photomontage, évidemment, et menacé de porter plainte contre quiconque relaierait le cliché. Ce qu’il n’avait pas fait, selon les infos de Libé. Ce n’est pas Cordier qui le lui reprocherait. N.M.

PAS DE PÉTROLE MAIS DES IDÉES • Depuis deux mois, les groupes de gauche s’échinent à trouver des propositions pour répondre à la crise du carburant. Et avancent avec des stratégies divergentes. LFI a choisi la radicalité, en présentant une proposition de loi visant à nationaliser l’industrie pétrolière, dont des raffineries détenues par Total et des pipelines. Une fois n’est pas coutume, au sein même du PS, les lignes divergent. La position officielle prévoit la taxation des superprofits des compagnies pétrolières et la redistribution des excédents de recettes. Mais Philippe Brun regrette que son groupe ne propose pas une baisse de la TVA (que porte aussi le RN) et des taxes à la consommation sur l’énergie, qui représentent environ 60% du prix à la pompe. «Le PS risque de passer à côté de la crise du carburant comme il est passé à côté de la crise des Gilets jaunes», s’inquiète l’élu d’un territoire à l’électorat très populaire et gros rouleur, auprès de l’Opinion«On ne peut pas se contenter de suivre la politique des petits chèques du gouvernement, expliquait-il mardi en réunion de groupe. Baisser la fiscalité sur les carburants, on l’a fait sous Lionel Jospin. Si on ne revendique pas ce que les socialistes ont fait de bien, personne ne le fera à notre place.» Avant d’adopter la ligne officielle, plus tard, lors des QAG, et d’annoncer le dépôt d’une proposition de loi prévoyant la taxation des bénéfices exceptionnels liés aux crises.

C'est quoi notre ligne déjà ? Photo Telmo Pinto. NurPhoto via AFP (2026)

RATTRAPÉ PAR LA PATROUILLE • Retailleau n'avait pas jugé utile de sanctionner Yves Foulon, le maire LR d'Arcachon, filmé en train de menacer et d'insulter son opposant écolo Vital Baude. La justice n'a pas la même vision de l'affaire et a, elle, jugé bon de juger l'édile après l'ouverture d'une enquête pour menace, injure non publique et violences. Sud Ouest révèle ainsi que Foulon, interrogé hier à l’hôtel de police de Bordeaux par la Division de la criminalité organisée et spécialisée, devra passer devant le tribunal correctionnel le 1er juillet. «Je vais tout faire pour vous baiser et je vais trouver quelque chose. […] Je vais trouver dans votre vie personnelle... si je pouvais vous enculer je le ferais ! [...] Vous allez voir, 6 ans, ça va être terrible pour vous et votre famille», avait balancé le maire arcachonnais à Baude dans une vidéo publiée le 17 mars par le média en ligne Vakita. S'il avait jugé les propos de Foulon «inacceptables», Retailleau avait préféré les replacer dans leur «contexte» et simplement demandé à l'intéressé de s'excuser. Ce qu'il avait fait le lendemain des faits, reconnaissant «un comportement inappropri黫Foulon a très vite condamné ses propos et présenté des excuses publiques et totales à tous ceux qu’il a pu heurter et blesser», rappellent ses avocats à Sud Ouest, précisant qu'ils ont, eux aussi, porté plainte pour violation de la vie privée.

DREAM TEAM • La poutre travaille tellement qu’elle pourrait reconfigurer la politique française d’une manière inattendue. Alors que va se refermer la parenthèse macroniste après 10 ans au pouvoir, que feront en 2027 ceux qui ont cheminé avec Emmanuel Macron ? Game changer de la victoire de l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande en 2017, François Bayrou pourrait-il ne pas soutenir un compagnon de route de cette décennie ? C’est en tout cas le rêve caressé par des partisans de Bernard Cazeneuve, qui aimeraient bien voir l’éphémère Premier ministre centriste rallier l’éphémère Premier ministre socialiste. Et ce malgré sa forte démonétisation après son passage raté à Matignon et sa défaite municipale à Pau. «J’espère qu’il le fera. Je le vois mal soutenir un autre candidat que Cazeneuve», confie l’ex-député rose David Habid, désormais porte-parole de la Convention, la petite boutique cazeneuvienne, à la Tribune dimanche. L’hebdo dominical a également interrogé directement le toujours président du Modem sur cette hypothèse. Réponse sibylline de l’intéressé en deux émojis : un sourire et un clin d’œil.

Et si c'étaient eux ? Photo Fred Tanneau. AFP (2024)

DURA LEX SED LEX • L’amateurisme au RN, décidément, ne se dément pas. Le député de Côte-d’Or René Lioret en offre une nouvelle illustration. Hier, à l’ouverture de l’assemblée plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, le président PS Jérôme Durain a acté la fin du mandat de conseiller régional du lepéniste. La raison ? Un député ne peut cumuler plus d’un mandat local non exécutif en plus de son siège parlementaire, une incompatibilité stricte posée par la loi sur le non-cumul. Or Lioret a été élu en mars conseiller municipal de Beaune. Un mandat de trop. Faute d’avoir démissionné à temps de son poste à la mairie, c’est son mandat le plus ancien - celui de conseiller régional - qui a été automatiquement supprimé. Lioret n’est donc plus, désormais, que député. «Je ne m’étais pas renseigné avant, je pensais que ça ne concernait que les mandats avec des responsabilités comme les adjoints», a réagi l’élu d’extrême droite auprès du Bien Public. Et d’ajouter, fataliste : «C’est une loi un peu curieuse, mais c’est comme ça…»

ET SINON ••• Ancien macroniste passé chez les écolos, Cédric Villani va présider le comité scientifique de la campagne de Marine Tondelier, a annoncé hier la patronne des écolos et candidate déclarée à la primaire de la gauche hors LFI. Le mathématicien, lauréat de la médaille Fields en 2010, avait échoué en 2022 à conserver son fauteuil de député qu'il briguait alors sous l'étiquette Nupes.

La bonne et la mauvaise justice

Certains remettent en cause la Justice après avoir quitté l'Élysée, d'autres s'y attaquent avant même d'y entrer. À l'instar de Nicolas Sarkozy qu'il présente désormais comme une sorte de lointain mentor, Jordan Bardella n'est ainsi pas très fan de l'institution judiciaire. Sur BFMTV hier soir, il est demandé au président du RN s'il a «confiance en la justice française». Celui qui sera peut-être candidat à la présidentielle marque sa lassitude ou son désintérêt pour la question, inspire profondément, souffle puis lâche : «Ça dépend... ça dépend...» Un aspirant chef de l'État, et donc garant des institutions au titre de la Constitution, devrait-t-il dire cela ? RIP l'indépendance de la Justice et la séparation des pouvoirs. La suite de la réponse de Bardella repose sur une double dénonciation : celle d'un supposé laxisme judiciaire qui «remet en liberté» des «types qui sont passés 10 fois par la case prison, par la garde à vue» (non, cette fois, il ne parle pas de Sarkozy), mais surtout celle des juges qui «font de la politique». Référence, évidemment, aux condamnations de nombreux cadres RN, dont Marine Le Pen, dans l'affaire des assistants parlementaires européens du parti d'extrême droite. Car on sent bien la dimension plus personnelle et partisane que philosophique de cette méfiance de Bardella envers l'institution judiciaire, même s'il essaye de se rattraper plus tard en affirmant qu'il a «évidemment confiance dans les institutions de notre pays». Dans cette interview réalisée au Parlement européen où il était pour une fois de passage, l'eurodéputé d'extrême droite déclare aussi : «Vous savez, moi, y'a des décisions de justice que je comprends, que j'accepte, que je tolère. Et puis y'a d'autres décisions de justice qui à titre personnel et comme citoyen, me révoltent.» Mais alors, que ferait le «citoyen» Bardella de ces décisions de justice qu'il ne «tolère» pas s'il accédait au pouvoir ? Et puis tout de même : c'est peut-être ~grâce à~ une condamnation définitive de Le Pen que le n°2 qu'il est pourrait dès l'an prochain candidater à la magistrature suprême. On a envie de dire : quelle ingratitude.

Dominique de Villepin va-t-il tomber des mêmes mains que celles qui ont contribué à tuer la campagne de Fillon en 2017 ? L’ex-Premier ministre, qui prépare une candidature à la présidentielle 2027, a reçu des cadeaux valant plusieurs dizaines de milliers d'euros lorsqu'il était au quai d’Orsay, selon Complément d’enquête. Le lobbyiste et dinosaure de la Françafrique Robert Bourgi affirme avoir fait parvenir à Villepin deux statuettes de Napoléon, dont l'une offerte en 2002 par Blaise Compaoré, alors président du Burkina Faso, l'autre par l'homme d'affaires italien Gian Angelo Perrucci, pour une valeur totale de 125 000€. L’entourage de Villepin dénonce à l'AFP un «écran de fumée» propagé par un «fidèle relais de Sarkozy», connu pour ses «récits changeants et ses coups tordus». Et ajoute que «personne n'est dupe des manœuvres d'un clan au bord de l'effondrement judiciaire et politique», alors que le procès en appel sur les accusations de financement libyen de la campagne de Sarkozy en 2007 bat son plein. Le destinataire des statuettes assure qu'il s'agit de cadeaux payés par Bourgi, qu'il n'aurait «jamais» acceptés s'il avait connu «leur provenance». L'avocat franco-libanais assure de son côté que Sarkozy n'a rien à voir avec ces nouvelles révélations. Mais affirme néanmoins en vouloir à Villepin en raison de propos tenus au moment de l'incarcération de l’ancien Président l'an dernier, et assume vouloir tout faire pour «l'empêcher d'aller à l'Élysée»Bourgi est associé à l'affaire des costumes de luxe, qui avait participé à couler Fillon. Il lui avait offert pour 13 000€ de costumes, éveillant des soupçons de trafic d'influence qui ont finalement débouché sur un non lieu. Le Franco-libanais avait aussi assuré en 2011 avoir apporté à Jacques Chirac et Villepin des valises de billets en provenance de pays africains entre 1997 et 2005. Un récit «parfaitement farfelu», œuvre d'un «merveilleux conteur», répond ce dernier, dans le Complément d’enquête diffusé ce soir.

• Mailly-le-camp, dès 12h45 Macron enfile son képi de chef des armées en se rendant dans l'Aube pour participer à l'exercice de préparation des armées à la haute intensité «ORION 26».

• Paris, 15h30 Pendant ce temps, Lecornu fait des trucs de Premier ministre. Le matin, il organise à Matignon un colloque de la simplification en présence du président LR du Sénat, Gérard Larcher. Et l'après-midi, l'Eurois se déplace à l'Agence nationale des titres sécurisés qui gère l'immatriculation, le permis de conduire et les titres d'identité.

• Et aussi ce week-end Vendredi, pour le 1er Mai, le RN organise un meeting avec Le Pen et Bardella à Mâcon pendant que la gauche sera dans les cortèges un peu partout en France ; et dimanche, Macron file en Arménie pour le Sommet de la Communauté politique européenne ; LFI organise une marche contre le racisme à Paris et on fêtera les 90 ans de la victoire du Front populaire aux législatives de 1936.

On termine avec notre jeu du jour. Quel est le nom du parti politique qu’Élisabeth Borne veut lancer ?

• Nous, ensemble
• Bâtissons ensemble
• Ensemble, c’est tout
• Ensemble, tout devient possible
• Tous ensemble, tous ensemble, hey hey
• Les sous ensembles dans les grands ensembles s'assemblent

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


C'est ce qu'on a appris dans l'Opinion cette semaine.

 Pour retrouver les articles de Chez Pol, c'est juste ici 
 
 

Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. C'est bien Wauquiez que Philippe a «vu pendant une heure en tête à tête pour la première fois depuis des années», preuve selon lui de sa «bonne volonté». Et non, il ne parlait pas de Macron.

Sur ce, bonne journée et bon week-end prolongé👋. Et à lundi sur les routes de l'info.

 

Chez Pol a été concoctée par 
Etienne Baldit, Sylvain ChazotEliott Lerat et Sébastien Tronche
Avec la participation de Nicolas Massol


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