Chronique

  


On nous explique que le prix du gazole grimpe à cause de la guerre, du pétrole, de l’Iran, de l’Ukraine, des marchés, des tensions internationales… et probablement aussi de la marée, du sens du vent et des phases de la lune.


Tout cela n’est pas faux.


Mais ce n’est pas toute la vérité. 

Et loin s’en faut...!


Même sans être économiste — et je ne le suis pas — il suffit de regarder ce qui se passe ailleurs pour comprendre qu’il existe plusieurs façons de réagir à une hausse du pétrole.


Prenons un exemple simple : l’Espagne.


Face à la même hausse du prix du brut, le gouvernement espagnol a fait un choix clair : réduire temporairement une partie de la fiscalité sur les carburants, quitte à renoncer à une partie des recettes supplémentaires que la hausse des prix lui aurait mécaniquement rapportées.


Résultat : le prix à la pompe a moins augmenté qu’en France.


Car le point clé est là : le prix hors taxe évolue globalement de la même manière dans toute l’Europe

Le pétrole est le même pour tout le monde.!


La différence, elle, se fait sur les taxes.


En France, l’accise est fixe, mais la TVA, elle, est proportionnelle. Donc plus le prix augmente, plus l’État encaisse.


C’est mécanique.


Et c’est là qu’intervient le vrai sujet : non pas une contrainte, mais un choix.


Choix d’amortir la hausse, comme l’Espagne, au risque d’assumer un coût budgétaire réel.


Ou choix de ne pas intervenir, en laissant jouer la fiscalité existante, ce qui revient de fait à augmenter les recettes lorsque les prix montent.


La question mérite d’être posée simplement :


l’Espagne, en allégeant la fiscalité, perd-elle réellement à moyen terme, ou récupère-t-elle une partie via la consommation et l’activité économique ?


Et à l’inverse, la France, en laissant les prix grimper, ne privilégie-t-elle pas une recette fiscale immédiate, au détriment du pouvoir d’achat… et peut-être, à terme, de l’économie globale ?


Ce n’est pas une question de faute.


C’est une question d’arbitrage.


Encore faut-il avoir l’honnêteté de le présenter comme tel.


Car à force d’expliquer que “ce n’est pas nous, ce sont les autres” — la guerre, les marchés, les tensions — on finit par donner l’impression d’un discours de cour de maternelle : ce n’est pas ma faute, c’est celle du voisin.


Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’un jeu d’enfants.


Il s’agit de choix budgétaires bien réels, assumés — ou pas.


Et entre expliquer et assumer, il y a une différence.


Ce n’est pas une fatalité économique.


C’est un choix politique.


Un choix, ça s’assume. Sinon, ce n’est plus un choix, c’est une fois de plus une manière de se cacher.

Pierrick Chesnais

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