le Dendrobate Doctor




 Aujourd'hui, c'est dimanche. Vous êtes donc bien sur Radio Vézère, je suis le Dendrobate Doctor et nous sommes ensemble pour faire l'état de la recherche sur l'épidémie de Covid-19 et le reste.

Si elle disparait, retrouvez la chronique sur le blog (https://www.the-dendrobate-doctor.fr/)

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FAKE DE LA SEMAINE

  


Alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions, Rémy Quirion, le scientifique en chef du Québec (est-ce que c’est pas le titre qui claque le plus au monde, sérieusement ?) se livre dans un entretien (à retrouver là https://www.journaldequebec.com/2026/04/03/cest-epouvantable-robert-f-kennedy-fils-ne-croit-rien-denonce-le-scientifique-en-chef-du-quebec) au Journal du Québec. Dans la foulée de ce que nombre des mes confrères disent déjà, il estime que le danger le plus grand qui pèse à l’heure actuelle sur la recherche, la science en général, et la société par voie de conséquence, ce n’est ni les budgets (pourtant franchement compliqués à gérer) ni la multiplication des urgences (même si ça va franchement pas nous aider), non, c’est un problème bien, bien plus insidieux que ça.


Prenant l’exemple de Bobby Goau’ld Kennedy, il explique que le problème le plus grave est, sans contexte, le désintérêt complet pour la vérité : on a des chiffres mais on s’en fout, on a des données mais on s’en fout, on a des réponses mais tant que ce ne sont pas celles qu’on veut entendre, on s’en fout.

Les fake news ne sont pas seulement graves parce qu’elles propagent du faux, mais parce qu’elles enlèvent toute importance à ce qui est vrai ou pas. Et j’avoue, je ne sais pas comment on revient de ce désintérêt-là…


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DECOUVERTE DE LA SEMAINE

  


Cette semaine, ce sont sans conteste les images incroyables de la face cachée de la Lune par la mission Artémis II qui sont au centre de l’attention. Il existait déjà des images de ce côté de notre satellite, mais aucune d’entre elles n’avait jamais été prise par un humain, et nous disposons désormais d’un atlas complet, réalisé à la fois par les sondes et par les membres de notre espèce qu’on décide de catapulter dans l’espace. Il est intéressant de noter que, dans la géographie de notre satellite, une part importante des reliefs sont nommés d’après des scientifiques sans aucun lien avec l’étude de la Lune (on trouve ainsi les cratères de Fermi, d’Ohm ou d’Oppenheimer), au lieu de figures mythologiques comme c’est le cas pour les planètes (comme du volcan-bouclier Maat sur Vénus, d’après la déesse égyptienne de la justice) ou au moins de figures liées à la planète concernée (comme le cratère Cassini, du nom de l’astronome italien).


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PISTE DE LA SEMAINE

  

  

Peut-on réparer les dégâts de l’épigénétique ? On en sait rien, mais on va essayer. Ces dernières années, les études montrant l’impact sur l’ensemble de la vie des traumatismes dans l’enfance ont levé une nouvelle piste : en soumettant les cellules d’un organisme en pleine croissance à un stress intense et parfois continu, les traumatismes précoces déclencheraient des mécanismes épigénétiques de survie qu’aucune thérapie actuelle, ni psychologique ni médicamenteuse, ne parvient à inverser, expliquant une part des conséquences délétères des années après les évènements. Mais une équipe vient de publier (ici https://www.eneuro.org/content/12/9/ENEURO.0172-25.2025/tab-article-info) une percée intéressante chez la souris. Ils ont montré qu’une part des comportements dépressifs au long cours pouvait être relié à un dysfonctionnement du circuit de la récompense, et qu’après un traitement à base d’antioxydants capables de passer la barrière hématoencéphalique (la protection qui isole le cerveau du système sanguin), les souris redevenaient capables d’éprouver du plaisir. Cela serait dû au fait que la molécule utilisée neutralise les radicaux libres (des éléments chimiques issus de la cassure des protéines) et permet aux mitochondries (les composants des cellules en charge de leur fournir de l’énergie) de se réparer, et donc d’alimenter normalement les cellules nerveuses.

La transposition sur l’humain n’est pas pour demain (notamment car il faut évaluer si l’intervention est possible à tous les âges de la vie), mais elle donne des raisons d’espérer.


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IMPASSE DE LA SEMAINE

  

  

Les procédures baillons continuent contre les médecins ayant défendu la vaccination contre le Covid (oui, il y a toujours des gars bloqués là-dessus). L’AP-HP a ainsi publié début avril un communiqué officiel affichant son soutien à 4 de ses médecins convoqués devant le Conseil de l’Ordre des Médecins. Karine Lacombe, Gilbert Deray, Bruno Mégarbane et André Grimaldi ont en effet été assignés devant la chambre disciplinaire par une seule et même association antivaxx qui vise à poursuivre les médecins ayant défendu la vaccination pendant la crise. L’AP-HP appelle à un changement de législation, permettant le rejet des plaintes manifestement abusives afin de prévenir l’intimidation envers les médecins, mais clairement on y est pas encore…


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MAUVAISE NOUVELLE DE LA SEMAINE

  

  

Je vous laisse le soin de choisir, manifestement y a des offres groupées sur ces trucs-là, en ce moment…


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BONNE NOUVELLE DE LA SEMAINE

  

  

Dans 2 semaines, nous sommes au REC avec le modérateur, à Toulouse. En plus de ma paisible et réconfortante conférence « Vous allez finir par vous aimer les uns les autres, bordel de merde », vous pourrez également me retrouver à la modération de la table ronde entre Karine Lacombe, Marine de Fantine et Hippocrate, et Stéphanie Lukasik « Un chercheur, un médecin et un vulgarisateur sont dans un (même) bateau » (oui, c’est encore un titre à moi, que voulez-vous), peut-être à la modération d’une autre table-ronde (et ce serait une belle surprise mais ça va dépendre d’un planning qui ne dépend pas de moi, donc pour l’instant, chut, je vous ai rien dit), en séance de dédicaces (plus d’infos à ce sujet la semaine prochaine, mais quand je promets des trucs, je les fais 😉 ) et peut-être d’autres surprises en préparation qui sait…


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« QU’EST-CE QUE PUTAIN DE QUOI ? »

  


Est-ce que vous saviez qu’il existe un site web entier dédié au fait de renseigner les gens sur si, dans le film qu’ils veulent aller voir, le chien meurt ou pas ? https://www.doesthedogdie.com/ est un symptôme du lien très délicat que nous entretenons avec la mort de nos animaux domestiques (même si aujourd’hui, le site recense également une gamme plus large de « triggers », comme par exemple les abus sur les enfants, le titre du site parle de lui-même en matière de premier focus). Pendant longtemps taxés de sensiblerie (voire de féminité, la honte), les propriétaires d’animaux décédés parlent de plus en plus ouvertement de leur chagrin, de leurs peurs, et du bouleversement qu’est, dans une vie humaine, la perte d’un compagnon d’une autre espèce. Aussi étrange évolutionnairement parlant qu’incompréhensible pour une partie de la société, le deuil animalier commence peu à peu à exister.

Certains d’entre vous le savent, je suis secrétaire générale d’une société savante, et à ce titre je participe à l’édition de livres spécialisés. Cette semaine, je voudrais mettre en avant notre dernière publication, qui est un peu particulière, et qui traite de ce sujet. Un Deuil Animalier (https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/un-deuil-animalier/82273) raconte ainsi l’histoire d’Eliott le fox-terrier, de son humain Jean-Marc et du séisme que le premier a crée dans la vie du second en la quittant. C’est pas un livre feel good, mais c’est une étape dans la reconnaissance du fait que notre chagrin ne s’arrête pas à la barrière de notre espèce (et sans doute que beaucoup, parmi vous, ont ou ont eu besoin de l’entendre).


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POINT METHODE DE LA SEMAINE – pourquoi les sciences humaines nous apprennent à quoi nous attendre

  


Pour faire une transition toute trouvée, je voudrais répondre aux gens qui, face à la dernière section, vont dire (ou se dire) que oui, bon, mais comment on faisait avant ? On faisait pas toute une montagne des animaux qui mourraient, vous imaginez un peu la déprime ?

Et à ça, je souhaite répondre : Dunhuang manuscript S.1477.


Dunhuang manuscript S.1477 est un manuscrit, aujourd’hui inscrit au catalogue de la British Library et retrouvé scellé dans une caverne en 1900 en Chine, à côté de milliers d’autres manuscrits. Il a été écrit sous la dynastie Tang, vers 800, par un savant inconnu, et comporte 3 pages de caractères, deux pages vierges et une page de sceau/couverture. Et il s’agit de l’éloge funèbre de cet homme pauvre pour son âne, à qui il n’a jamais pu offrir la vie de confort et de repos qu’il aurait voulu. Je vous invite à consulter (ici https://www.youtube.com/shorts/F7m5GC-7W9I) les morceaux choisis de ce texte particulièrement émouvant, qui, grâce au travail incroyable des historiens, archéologues, papyrologues et sinologues, nous apprend que le chagrin pour nos animaux ne s’arrête pas, non plus, à la période moderne de notre Histoire.


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En espérant avoir pu apporter un peu de lumière dans le chaos ambiant, je rends l'antenne, et on y retourne la semaine prochaine, car l'épidémie ne se termine pas avec l’arrivée du printemps (même si là, les gens éternuent surtout à cause des pollens). En attendant, prenez soin de vous et des chercheurs qui bossent dur, et, aimez la science, la vraie, et ceux qui la font. Bisous.


Crédits illustration : Kuper

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