MARYLIN A 100 ANS

 

CULTURE



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Marilyn Monroe sur le tournage des Désaxés (John Huston).
Marilyn Monroe sur le tournage des Désaxés (John Huston). Eve Arnold Estate / Iconic Image

DÉCRYPTAGE - L’anniversaire de la naissance de l’actrice américaine offre l’occasion de retracer son incroyable parcours à grand renfort d’objets, d’affiches, de photos et de souvenirs.

Elle ne les fait pas. Marilyn Monroe aurait eu 100 ans. Les bougies se soufflent à la Cinémathèque. Les cadeaux sont déposés au cinquième étage de l’établissement. Il y a de quoi faire. L’exposition constitue une lettre d’amour à celle qui était tout sauf une blonde idiote. Le parcours est semé de cailloux du Petit Poucet. On suit la star pas à pas. Mannequin à 19 ans, elle débarque à Hollywood en 1946. Natasha Lytess lui sert de coach. Lotte Goslar lui enseigne la danse. C’est à elle que Norma Jean doit son inimitable déhanchement. Les fétichistes s’attarderont sur une nuisette rouge à dentelles que la Fox utilisa à des fins promotionnelles.

Sur les murs sont accrochées les couvertures auxquelles elle a eu droit. Vous n’avez pas lu Sir ! ou Foto Parade ? La voici en marraine du concours Miss America 1952. Il y a les affiches. Au départ (Love NestHome Town Story), son nom ne figure qu’en quatrième place. Un écran montre une séquence de La Pêche au trésor. Elle discute avec Groucho« Certains hommes me suivent. » Il lui répond, malicieux : « Je me demande pourquoi. » On la voit sur un canapé, submergée par les lettres de ses fans. Le studio avait bâti sa légende, prétendant qu’elle avait été une baby-sitter impeccable - épisode inventé de toutes pièces qu’on ne peut s’empêcher de comparer avec son rôle dans Troublez-moi ce soir, où elle martyrise une gamine. Vanter les mérites d’un shampooing liquide ne l’effrayait pas.

Exposition Marilyn - Montage. Stéphane Dabrowski/La cinémathèque française

On tombe sur les inévitables portraits colorés d’Andy Warhol. Tiens, son hermine, sa cape de soirée aux broderies un peu ternies. Des feuilles de route concernent ses essais de costumes. Une vitrine présente la robe rose et violette de Comment épouser un millionnaire (la scène sera coupée au montage). Le scénario des Hommes préfèrent les blondes est de la partie. On en retiendra cette réplique : « C’est ton cerveau qu’il faut utiliser, pas ton cœur. »

Exposition Marilyn 100 ans ! Stéphane Dabrowski/La cinémathèque française

Le public découvrira qu’elle soutenait Ella Fitzgerald à l’époque de la ségrégation. Sur des bandes d’actualité de 1954, elle se rend en Corée pour encourager les troupes stationnées là-bas, au grand dam de son époux, Joe DiMaggio, qu’elle planta à Tokyo pendant leur voyage de noces. Motion Picture Magazine publie un entretien : « On dit que je suis une fille facile. C’est peut-être vrai, mais je rencontre sans cesse des hommes qui ne s’en tiennent pas au sifflement. J’ai appris à tous les gérer. » Quelle sagesse ! Sur un cliché, elle s’arrête devant la sculpture de Degas, Petite danseuse de quatorze ans. Dans son regard, c’est comme si elle avait trouvé une sœur. Un pantalon et une blouse en soie proviennent de sa garde-robe personnelle.

La suite récapitule un mémo de Zanuck, l’affiche italienne de Rivière sans retour (La Magnifica Preda), la lettre de dissolution de son partenariat avec le photographe Milton Greene. Richard Avedon l’avait déguisée en Lana Turner et en Clara Bow. Une maquette annonce sa tenue d’Amanda Dell dans Le Milliardaire. Un exemplaire du scénario des Désaxés est annoté au stylo rouge par Paula Strasberg qui ne la lâchait pas d’une semelle sur le plateau. En 1960, Monroe déclare : « Malheureusement, j’ai une expérience suffisante du mâle. Qu’ils soient africains, français, anglais ou américains, je doute qu’il y ait une grande différence de l’approche. »

Exposition Marilyn 100 ans ! Stéphane Dabrowski/La cinémathèque française

En 1962, pour concurrencer Elizabeth Taylor qui tourne Cléopâtre, elle s’exhibe sans maillot dans une piscine devant l’objectif de Lawrence Schiller. Une réplique de la célèbre robe en lamé qui avait été cousue sur elle pour l’anniversaire de Kennedy signale que la boucle sera bientôt bouclée. Le spectateur attentif remarquera qu’un producteur s’appelait déjà Henry Weinstein. Décidément ! Sagement, l’institution nous a évité le flacon de Chanel N5 qui lui tenait lieu de vêtement la nuit. Il n’était peut-être pas indispensable de conclure par le clip de Madonna chantant Material Girl, ni d’enrôler malgré elle Marilyn dans la lutte LGBT. Qu’on se rassure, Monroe a les épaules assez solides pour supporter ce genre de détournement. « Je n’appartiens qu’au public et au monde », disait-elle. Elle oubliait l’éternité. Après, ce fut le tour de Brigitte Bardot. À quand une exposition ?

« Rétrospective Marilyn Monroe », jusqu’au 24 mai, à la Cinémathèque de Paris (12e).


Le public découvrira qu’elle soutenait Ella Fitzgerald à l’époque de la ségrégation. Sur des bandes d’actualité de 1954, elle se rend en Corée pour encourager les troupes stationnées là-bas, au grand dam de son époux, Joe DiMaggio, qu’elle planta à Tokyo pendant leur voyage de noces. Motion Picture Magazine publie un entretien : « On dit que je suis une fille facile. C’est peut-être vrai, mais je rencontre sans cesse des hommes qui ne s’en tiennent pas au sifflement. J’ai appris à tous les gérer. » Quelle sagesse ! Sur un cliché, elle s’arrête devant la sculpture de Degas, Petite danseuse de quatorze ans. Dans son regard, c’est comme si elle avait trouvé une sœur. Un pantalon et une blouse en soie proviennent de sa garde-robe personnelle.

La suite récapitule un mémo de Zanuck, l’affiche italienne de Rivière sans retour (La Magnifica Preda), la lettre de dissolution de son partenariat avec le photographe Milton Greene. Richard Avedon l’avait déguisée en Lana Turner et en Clara Bow. Une maquette annonce sa tenue d’Amanda Dell dans Le Milliardaire. Un exemplaire du scénario des Désaxés est annoté au stylo rouge par Paula Strasberg qui ne la lâchait pas d’une semelle sur le plateau. En 1960, Monroe déclare : « Malheureusement, j’ai une expérience suffisante du mâle. Qu’ils soient africains, français, anglais ou américains, je doute qu’il y ait une grande différence de l’approche. »

Exposition Marilyn 100 ans ! Stéphane Dabrowski/La cinémathèque française

En 1962, pour concurrencer Elizabeth Taylor qui tourne Cléopâtre, elle s’exhibe sans maillot dans une piscine devant l’objectif de Lawrence Schiller. Une réplique de la célèbre robe en lamé qui avait été cousue sur elle pour l’anniversaire de Kennedy signale que la boucle sera bientôt bouclée. Le spectateur attentif remarquera qu’un producteur s’appelait déjà Henry Weinstein. Décidément ! Sagement, l’institution nous a évité le flacon de Chanel N5 qui lui tenait lieu de vêtement la nuit. Il n’était peut-être pas indispensable de conclure par le clip de Madonna chantant Material Girl, ni d’enrôler malgré elle Marilyn dans la lutte LGBT. Qu’on se rassure, Monroe a les épaules assez solides pour supporter ce genre de détournement. « Je n’appartiens qu’au public et au monde », disait-elle. Elle oubliait l’éternité. Après, ce fut le tour de Brigitte Bardot. À quand une exposition ?

« Rétrospective Marilyn Monroe », jusqu’au 24 mai, à la Cinémathèque de Paris (12e).



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