Pêche aux crabes : la tradition se perpétue
À l'approche des fêtes de Pâques, tandis que les faitouts se préparent à chauffer, les crabes s'apprêtent à être les stars du menu. Bleus, violets ou bruns, ils sortent de leurs trous pour le plus grand plaisir des amateurs de matoutou. Fred Gestel, véritable passionné de pêche aux crabes, a accepté de nous livrer quelques petits secrets d'une tradition qui perdure tant bien que mal.
À l'aube du week-end pascal, l'heure des crabes de terre a sonné. Mais avant l'étape de la vente ou celle de la casserole, les pêcheurs se sont d'abord organisés pour leur capture. Parmi eux, Fred Gestel, un Robertin qui a appris à les connaître sur le bout des doigts. Coutelas dans une main, ratières dans l'autre, il nous emmène à la découverte d'une pratique ancrée dans la tradition martiniquaise.
Au cœur de la mangrove
C'est entre terre et mer, là où la mangrove résiste aux assauts de l'urbanisation, que des monticules de terre et des trous trahissent la présence des crustacés. Et si les pinces tardent à pointer à l'horizon, Fred ne se décourage pas. La pêche au crabe est d'abord un jeu de patience et il le sait. Véritable passionné, il a appris dès ses plus jeunes années à décortiquer les secrets de ces petites bêtes. « J'ai commencé il y a plus de trente ans et, depuis, je ne me suis jamais arrêté. » Capable de distinguer un mâle d'une femelle selon leur abdomen ou la forme de leurs excréments, il reste constamment à l'écoute de leur environnement.
Respirant grâce à des branchies qui doivent rester humides, le crabe de terre creuse dans les zones boueuses pour atteindre des nappes d'eau souterraines. C'est dans ces galeries profondes et fraîches, à l'abri des prédateurs, qu'il effectue ses mues et se dissimule généralement jusqu'au crépuscule. « Il est rare de voir un crabe à la surface lorsqu'il fait chaud », observe Fred. À la nuit tombée ou par temps de pluie, en quête de nourriture, il pointe alors le bout de ses pattes velues. Mais il se heurte parfois à un obstacle de taille : la ratière.
Les ratières de sortie
Du 15 février au 15 juillet, la saison est ouverte et les pêcheurs ressortent leur arsenal pour redonner vie à leurs crabiers. Parmi les indispensables : la ratière. Ce piège astucieux, traditionnellement fait de bois de récupération, repose sur un principe simple : un couvercle maintenu en tension par un fil relié à un appât, souvent un morceau de canne, de fruit mûr ou de végétal odorant.
Mais rien n'est jamais garanti. Certains spécimens, notamment les plus gros mâles, les fameux sokans, savent parfois déjouer les pièges. « Les crabes sont plus malins que ce que l'on ne pense. Il m'est déjà arrivé de laisser une ratière toute une saison sans jamais attraper celui qui vivait dessous. » Mais un piège vide peut aussi révéler le passage d'un autre pêcheur peu scrupuleux.
La purge
Une fois capturés, ils rejoignent les crabiers où commence une étape essentielle : la purge. « Les crabes peuvent être des charognards, il est important de les soigner. » Feuilles sèches de fruit à pain ou de bananiers d'abord, puis, à l'approche de la vente, pastèques, ananas ou bananes mûres. Un régime surveillé de près. « Pour reconnaître un crabe bien soigné, regardez les pattes. S'il reste des poils noirs, mieux vaut en choisir un autre », prévient Fred.
Une tradition fragile
Mais derrière l'image pittoresque, la pratique s'essouffle. Urbanisation, pressions sur la mangrove, évolution des modes de vie : les jeunes sont moins nombreux à apprendre à lire les traces dans la boue ou à fabriquer des ratières. Fred en est conscient : « Il faut respecter les saisons, ne pas capturer les petits crabes. Sinon demain, il n'y aura plus rien. »
Ce que dit la loi
Selon un arrêté préfectoral, la date de la campagne de capture du crabe de terre (Cardisoma guanhumi) de Martinique est fixée du 15 février au 15 juillet de chaque année et ne concerne que les individus de taille d'une largeur de carapace supérieure à 7 cm.
(Sources : La DEAL)





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