Tchernobyl 1986

 

Cette photographie diffusée par les services d’urgence ukrainiens le 14 février 2025 montre l’enceinte de confinement qui protège les vestiges du réacteur 4 de l’ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl après une attaque de drone.
Cette photographie diffusée par les services d’urgence ukrainiens le 14 février 2025 montre l’enceinte de confinement qui protège les vestiges du réacteur 4 de l’ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl après une attaque de drone.
HANDOUT / AFP


Surnommés les « bio-robots » - car même les robots télécommandés n’y avaient pas accès - les liquidateurs de Tchernobyl retirent des débris radioactifs projetés par l’explosion du réacteur 4, au péril de leur vie. Photo Igor Kobrin's Chernobyl Archive


Par Isabelle Poitte


Ceux qui s’expriment d’abord dans ce film n’étaient pas à Tchernobyl, le 26 avril 1986, lorsque le réacteur n° 4 a explosé, libérant un immense nuage radioactif. En Suède, des niveaux de radioactivité anormalement élevés affolent les capteurs, tandis que les scientifiques tentent de comprendre, face au silence des autorités soviétiques. Au matin, les habitants de Prypiat, à 3 kilomètres de la centrale, reprennent leurs activités. Ils ne seront évacués que le lendemain.


Quarante ans plus tard, tout semble avoir été dit sur le pire accident nucléaire de l’histoire : son déroulement, la dissimulation d’un système soviétique à bout de souffle, le sacrifice des liquidateurs, ses causes réelles… Et pourtant, des survivants n’avaient jamais raconté leur « Tchernobyl ». Cette parole inédite fait la force de cette série documentaire. Elle explore une mémoire traumatique mais résiliente et transmet l’expérience intime d’un enfer sans précédent. Celle d’un pompier qui raconte avoir vu ses collègues tomber un à un, irradiés. Des liquidateurs, un mineur venus freiner la contamination sans véritable conscience des risques encourus.


On regrette toutefois que l’analyse, malgré la puissance des récits, reste partielle : elle n’explore pas suffisamment la dimension idéologique du système soviétique, pourtant essentielle pour comprendre le sacrifice de milliers d’hommes. Tchernobyl demeure un point de bascule de l’histoire auquel il faut sans cesse revenir. La série résonne ainsi dans notre présent, évoquant — de façon un peu lapidaire — la guerre d’agression contre l’Ukraine, et s’achève comme un plaidoyer pour la vérité.


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