VOLTAIRE

 

Le film sert surtout un portrait flatteur de Voltaire qui n’appuie que trop gentiment là où ça pique. France.tv


Par Youness Bousenna




Dès la Révolution, Voltaire devient un mythe républicain. Derrière le pseudonyme, un homme : François-Marie Arouet (1694-1778), parmi les plus célèbres esprits de l’Europe du XVIIIe siècle. Ce doc agréable et instructif retrace l’histoire mouvementée, entre prison, exil et proximité des puissants, de ce bourgeois qui triomphera grâce à son intelligence hors norme. Son principal legs sera d’avoir posé les prémices de la laïcité par une lutte contre l’obscurantisme résumée par sa formule « Écrasons l’infâme », inventée durant l’affaire Calas. Ambitieux, avide, arrogant : s’il n’oublie pas ses défauts, ce film sert surtout un portrait flatteur qui n’appuie que trop gentiment là où ça pique, comme le racisme, lui aussi infâme, de son Essai sur les mœurs (1756). Son antisémitisme est admis, sa haine de l’islam évacuée, sa bestialisation des non-Blancs même pas évoquée. Plutôt que de balayer ces critiques de racisme comme anachroniques, on aurait aimé voir questionné le mythe d’un penseur justement loué pour son avant-gardisme. Ou encore interroger la disproportion de sa postérité philosophique au regard d’une œuvre certes maligne, mais très inférieure à des contemporains comme Rousseau ou Leibniz. Dommage : ce film fait le choix de ripoliner la statue plutôt que celui d’examiner le vernis qui la fait encore tenir.


p Documentaire de Catherine Aventurier (France, 2025), 90 minutes, inédit.

Commentaires