Sur Fox, "ce n’est pas le moment de paniquer”

Le président comprend-il vraiment ce qu’il fait ? La question est posée sur Fox News, où le doute s’immisce à propos de la guerre.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Le président Trump vient de s’adresser à la nation car il ne veut pas laisser l’inquiétude fracturer le camp MAGA. Entre interventionnistes et isolationnistes, la guerre oblige chacun à choisir.
Le plus influent des faucons du Congrès, qui a entraîné Trump dans la guerre, est rattrapé par une polémique embarrassante, dans une scène ridicule où on l’aperçoit avec une baguette magique rose à Disney World, traqué par les informateurs du site de cancans TMZ, qui chasse désormais les élus comme des célébrités.
Plus sérieusement, je vais vous raconter comment Trump s’est pointé il y a quelques heures à une audience décisive de la Cour suprême. Une première pour un président, une provocation pour ceux qui s’inquiètent pour la séparation des pouvoirs et de la pression présidentielle sur les juges.
Je vous montrerai aussi les premières images de ses plans pour le monument qu’il veut faire bâtir à sa gloire dans le ciel de Miami.
Et je vous dirai quelques mots d’une affaire grotesque qui occupe les antennes et les unes des journaux depuis 24 heures, pour laquelle le président dit qu’il se sent “mal”. Il y est question de faux seins proéminents et de “bimbofication”.
🟨🟧 Sur Fox, "ce n’est pas le moment de paniquer”
Le président comprend-il vraiment ce qu’il fait ? La question est posée sur Fox News, où le doute s’immisce à propos de la guerre.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Le président Trump vient de s’adresser à la nation car il ne veut pas laisser l’inquiétude fracturer le camp MAGA. Entre interventionnistes et isolationnistes, la guerre oblige chacun à choisir.
Le plus influent des faucons du Congrès, qui a entraîné Trump dans la guerre, est rattrapé par une polémique embarrassante, dans une scène ridicule où on l’aperçoit avec une baguette magique rose à Disney World, traqué par les informateurs du site de cancans TMZ, qui chasse désormais les élus comme des célébrités.
Plus sérieusement, je vais vous raconter comment Trump s’est pointé il y a quelques heures à une audience décisive de la Cour suprême. Une première pour un président, une provocation pour ceux qui s’inquiètent pour la séparation des pouvoirs et de la pression présidentielle sur les juges.
Je vous montrerai aussi les premières images de ses plans pour le monument qu’il veut faire bâtir à sa gloire dans le ciel de Miami.
Et je vous dirai quelques mots d’une affaire grotesque qui occupe les antennes et les unes des journaux depuis 24 heures, pour laquelle le président dit qu’il se sent “mal”. Il y est question de faux seins proéminents et de “bimbofication”.
Bon, je ne vais pas m’appesantir sur l’allocution du président Trump cette nuit, à 21h heure de la côte Est, 18h heure du Pacifique, à l’heure où le plus d’Américains sont réunis au même moment devant la télévision.
Sa première depuis le début de la guerre. Le plus étonnant est qu’il n’en avait pas fait avant.
Qu’en retenir ? Rien.
Il n’a rien dit qu’il n’avait pas déjà dit les derniers jours.
Mais qu’a-t-il dit ? Rien.
Ou pas grand chose.
L’Iran n’est “plus une menace”.
L’opération est “en voie d’achèvement”.
Mais l’Iran doit être frappé encore “extrêmement durement” pendant deux à trois semaines.
J’ai consacré un chapitre entier de mon dernier livre Armes de distraction massive (Grasset) à cette échéance de deux semaines que Trump cite régulièrement.
“Pour les journalistes accrédités à la Maison-Blanche ou les conseillers de Trump, c’est le signal d’une promesse qui ne sera sans doute jamais tenue.
Deux semaines, c’est l’unité de temps qu’il applique pour renvoyer à plus tard de nombreux sujets. (…)
Deux semaines, c’est, selon lui, le temps que les Américains peuvent consacrer à se soucier de quoi que ce soit, une crise, un scandale, une tragédie, une polémique. Après cela, l’attention collective s’évapore comme une brume légère.”
Je ne suis pas là pour faire ma promo (encore que, le livre est toujours en vente dans les librairies), mais je veux juste vous avertir qu’il faut se méfier des échéances à deux semaines.
Non, ce qui m’a frappé, c’est qu’il peine autant à masquer qu’il est coincé. C’est cela la nouvelle de son allocution.
Il n’a rien dit de nouveau. C’était une tentative de rassembler son camp en agitant la promesse que la guerre sera bientôt terminée, et qu’il a déjà gagné.
Finalement, le discours qui restera, c’est peut-être celui qu’il a improvisé quelques heures plus tôt à l’occasion d’un déjeuner à la Maison Blanche pour la Semaine sainte.
“Ce soir, je vais faire un petit discours à 21 heures. Et en gros, je vais dire à tout le monde à quel point je suis formidable. Quel travail formidable j’ai fait. Quel travail phénoménal j’ai accompli.”
Il y a dit aussi une phrase que les candidats démocrates vont pouvoir découper et jouer ad nauseam dans leurs publicités télé pour les élections de mi-mandat en novembre.
“Nous ne pouvons pas nous occuper des crèches. Nous sommes un grand pays. (…) Nous faisons la guerre. Il n’est pas possible pour nous de nous occuper des crèches (…) Medicare, (NDLR : l’assurance-santé publique pour les seniors), Medicaid (NDLR : l’assurance-santé publique pour les plus modestes), toutes ces choses-là.”
Non, le plus intéressant sur cette allocution, c’est de se demander pourquoi le président a senti le besoin de prendre la parole solennellement maintenant s’il n’avait rien de nouveau à dire.
Parce qu’il comprend bien que le doute est en train de s’installer, même parmi ses fidèles soutiens.
Le mot “panic” est lâché dans son camp.
Je vous raconte.
🟨🟧 Sur Fox, "ce n’est pas le moment de paniquer”
Le président comprend-il vraiment ce qu’il fait ? La question est posée sur Fox News, où le doute s’immisce à propos de la guerre.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Le président Trump vient de s’adresser à la nation car il ne veut pas laisser l’inquiétude fracturer le camp MAGA. Entre interventionnistes et isolationnistes, la guerre oblige chacun à choisir.
Le plus influent des faucons du Congrès, qui a entraîné Trump dans la guerre, est rattrapé par une polémique embarrassante, dans une scène ridicule où on l’aperçoit avec une baguette magique rose à Disney World, traqué par les informateurs du site de cancans TMZ, qui chasse désormais les élus comme des célébrités.
Plus sérieusement, je vais vous raconter comment Trump s’est pointé il y a quelques heures à une audience décisive de la Cour suprême. Une première pour un président, une provocation pour ceux qui s’inquiètent pour la séparation des pouvoirs et de la pression présidentielle sur les juges.
Je vous montrerai aussi les premières images de ses plans pour le monument qu’il veut faire bâtir à sa gloire dans le ciel de Miami.
Et je vous dirai quelques mots d’une affaire grotesque qui occupe les antennes et les unes des journaux depuis 24 heures, pour laquelle le président dit qu’il se sent “mal”. Il y est question de faux seins proéminents et de “bimbofication”.
Bon, je ne vais pas m’appesantir sur l’allocution du président Trump cette nuit, à 21h heure de la côte Est, 18h heure du Pacifique, à l’heure où le plus d’Américains sont réunis au même moment devant la télévision.
Sa première depuis le début de la guerre. Le plus étonnant est qu’il n’en avait pas fait avant.
Qu’en retenir ? Rien.
Il n’a rien dit qu’il n’avait pas déjà dit les derniers jours.
Mais qu’a-t-il dit ? Rien.
Ou pas grand chose.
L’Iran n’est “plus une menace”.
L’opération est “en voie d’achèvement”.
Mais l’Iran doit être frappé encore “extrêmement durement” pendant deux à trois semaines.
J’ai consacré un chapitre entier de mon dernier livre Armes de distraction massive (Grasset) à cette échéance de deux semaines que Trump cite régulièrement.
“Pour les journalistes accrédités à la Maison-Blanche ou les conseillers de Trump, c’est le signal d’une promesse qui ne sera sans doute jamais tenue.
Deux semaines, c’est l’unité de temps qu’il applique pour renvoyer à plus tard de nombreux sujets. (…)
Deux semaines, c’est, selon lui, le temps que les Américains peuvent consacrer à se soucier de quoi que ce soit, une crise, un scandale, une tragédie, une polémique. Après cela, l’attention collective s’évapore comme une brume légère.”
Je ne suis pas là pour faire ma promo (encore que, le livre est toujours en vente dans les librairies), mais je veux juste vous avertir qu’il faut se méfier des échéances à deux semaines.
Non, ce qui m’a frappé, c’est qu’il peine autant à masquer qu’il est coincé. C’est cela la nouvelle de son allocution.
Il n’a rien dit de nouveau. C’était une tentative de rassembler son camp en agitant la promesse que la guerre sera bientôt terminée, et qu’il a déjà gagné.
Finalement, le discours qui restera, c’est peut-être celui qu’il a improvisé quelques heures plus tôt à l’occasion d’un déjeuner à la Maison Blanche pour la Semaine sainte.
“Ce soir, je vais faire un petit discours à 21 heures. Et en gros, je vais dire à tout le monde à quel point je suis formidable. Quel travail formidable j’ai fait. Quel travail phénoménal j’ai accompli.”
Il y a dit aussi une phrase que les candidats démocrates vont pouvoir découper et jouer ad nauseam dans leurs publicités télé pour les élections de mi-mandat en novembre.
“Nous ne pouvons pas nous occuper des crèches. Nous sommes un grand pays. (…) Nous faisons la guerre. Il n’est pas possible pour nous de nous occuper des crèches (…) Medicare, (NDLR : l’assurance-santé publique pour les seniors), Medicaid (NDLR : l’assurance-santé publique pour les plus modestes), toutes ces choses-là.”
Non, le plus intéressant sur cette allocution, c’est de se demander pourquoi le président a senti le besoin de prendre la parole solennellement maintenant s’il n’avait rien de nouveau à dire.
Parce qu’il comprend bien que le doute est en train de s’installer, même parmi ses fidèles soutiens.
Le mot “panic” est lâché dans son camp.
Je vous raconte.
Vingt-quatre heures avant l’allocution présidentielle, il était très intéressant d’écouter le monologue de Laura Ingraham, qui présente l’émission de 19h sur Fox News, heure de la côte Est. Elle est souvent un point d’équilibre entre les différentes factions du mouvement MAGA. On l’avait vu sur l’affaire Epstein.
Lisez son bandeau mardi soir : "Now it’s not the time to panic”. Ce n’est pas le moment de paniquer.
“Certains conservateurs s’inquiètent que nous ayons dévié de notre trajectoire. Ils s’alarment à propos de l’Iran. Ils se demandent ce qu’il est advenu de “America First”.
Les réseaux sociaux attisent les divisions chez les conservateurs — avec la crainte d’une débâcle aux élections de mi-mandat. Certains d’entre vous se demandent peut-être : à quoi tout cela a-t-il servi ?
Écoutez, je ne sous-estime pas vos inquiétudes. J’en partage certaines. Trump prend des risques importants, mais avec de grands risques viennent de grandes récompenses.
Nous verrons comment tout cela évolue. Pour l’instant, je choisis de ne pas paniquer.”
Mais Ingraham ajoute un passage intéressant. Elle évoque le président, l’homme le plus puissant du monde, comme s’il pouvait être facilement manipulé. Comme si, au fond, il manquait d’autonomie.
Ce n’est pas lui qui nous entraîne dans un bourbier, ce sont ceux qui l’entourent !
Quand on écoute sa démonstration mardi soir, elle cherche à limiter la responsabilité de Trump, en laissant entendre qu’il n’a peut-être pas totalement compris la complexité de la situation.
“Nous avons encore beaucoup de questions. Par exemple : le président a-t-il été pleinement informé des risques dès le départ ?
A-t-il été en mesure d’assimiler l’ensemble des éléments et de comprendre à quel point la situation pouvait devenir complexe, y compris les risques de pertes humaines ou d’autres dégâts ?
Ou bien lui a-t-on dit que ce serait relativement rapide, une opération éclair, aller-retour ?”
Tout cela dans la bouche d’une fidèle défenseuse du président.
Baguette magique au royaume enchanté
Devinez qui était sur Fox News pour commencer l’allocution du président ?
Le sénateur Lindsey Graham, le faucon du Capitole qui a beaucoup oeuvré pour le faire entrer en guerre contre l’Iran, qui a su habilement se faire le relais de Netanyahou. Je vous l’ai raconté à plusieurs reprises ces dernières semaines dans Zeitgeist.
Je vous ai déjà dit à quel point Graham est devenu la cible d’un certain nombre de commentateurs, podcasteurs, influenceurs MAGA anti-guerre, plus isolationnistes, qui s’agacent de sa place auprès du président.
Cette influence éminente qui lui est attribuée lui vaut aussi d’être plus que jamais scruté. Au point de se retrouver au centre d’une controverse un peu grotesque qui a beaucoup occupé le camp MAGA ces derniers jours.
Tout est parti d’une série de photos publiée par le site sur les célébrités TMZ.
Elle s’est répandue sur les réseaux sociaux en quelques heures. On y voit Lindsey Graham dans un décor qui détonne.
Nous sommes à Disney World, en Floride. Le Royaume enchanté. Le lieu le plus artificiel, le plus enfantin, le plus éloigné possible de la gravité du moment.
Sur une photo, Graham attend pour monter dans Space Mountain.
Sur une autre, il prend son petit-déjeuner dans un hôtel du parc.
Et sur une troisième, celle qui va faire le tour d’Internet, il tient dans la main une baguette magique à bulles, c’est un jouet pour enfants.
L’image est presque trop ridicule pour être crédible. Pas étonnant qu’elle ait autant circulé, digérée comme un mème, et qu’elle ait déclenché tant de commentaires. Parce qu’elle tombe au pire moment.
En pleine guerre dont Graham est l’un des promoteurs les plus actifs au Congrès et dans les médias. Il y a quelques jours encore, il défendait une ligne dure sur Fox News :
“We’re going to blow the hell out of these people.”
Comment vous traduire ça ? On va les pulvériser, on va les envoyer en enfer.
Dans le même temps, comme je vous l’ai raconté dans le dernier Zeitgeist, le pays traverse une crise politique interne. Le département de la Sécurité intérieure est partiellement à l’arrêt, faute d’accord budgétaire. Des milliers d’agents fédéraux travaillent sans salaire depuis des semaines. Les files d’attente s’allongent dans les aéroports. Le système donne des signes de fatigue.
Et le Congrès est en congés.
C’est dans ce contexte que TMZ a lancé un appel inhabituel. Il demande à ses lecteurs de photographier les élus en vacances pendant le shutdown. Montrer, dit le média, “ce qu’ils font à vos frais”. Et Graham a été la prise la plus spectaculaire.
La réaction aux photos dépasse largement le clivage habituel entre démocrates et républicains.
Sur les réseaux, on peut lire des choses du genre “Les Américains souffrent, et lui se promène à Disney.” Le gouverneur de Californie Gavin Newsom ironise :
“Les divas ont aussi besoin de vacances.”
Mais le plus intéressant n’est pas là. C’est que la contestation vient aussi, et peut-être surtout, de la droite.
Des figures conservatrices influentes. Des voix qui, en théorie, appartiennent au même camp que Graham, mais qui défendent une ligne plus isolationniste, plus America First, et profitent de cette scène ridicule pour affaiblir un proche du président dont ils jugent qu’il exerce une influence néfaste dans le déclenchement de cette guerre au Moyen-Orient.
Matt Walsh parle d’une image “qui devrait vivre dans l’infamie”. Tucker Carlson résume la scène d’une formule cruelle : “Israel First, Disney World second…”.
Un candidat républicain attaque frontalement. Un sénateur qui “joue à Disney pendant que des soldats américains meurent dans une guerre dont il est le visage”.
Et puis il y a Megyn Kelly. Je vous ai dit à quel point cette podcasteuse MAGA très influente, ex-vedette de Fox News, a fait de Graham sa tête de Turc. Le symbole de ceux qui, selon elle, trahissent l’esprit du trumpisme.
Elle ne se contente pas de dénoncer une image malvenue. Elle met en cause sa ligne politique, son rôle dans la guerre, son influence auprès de Trump.
Elle transforme cette mini-polémique en procès politique.
“Vous êtes allés chez Disney, alors que nos troupes sont sur le point d’être déployées, sont en train d’être déployées en ce moment même, parce que vous avez poussé notre président à le faire (…) Soyons honnêtes : Lindsey Graham a poussé plus que quiconque.
Et ensuite, avoir le culot d’aller faire des bulles à Disney pendant que nos troupes se mettent en danger parce qu’il l’a voulu. Je trouve cela tellement insensible, tellement complètement à côté de la plaque (…)
Je suis simplement en colère contre son influence sur le président Trump, et en colère de devoir regarder des photos de lui avec cette baguette à bulles.”
Et elle va encore plus loin. Très loin.
“Et je suis en colère de devoir faire semblant qu’il n’est pas gay. Alors que c’est très clair qu’il l’est. Pourquoi ne l’admet-il pas à ce stade de sa vie ? Il est une insulte pour les gays. Les gays ont tendance à être fabuleux. Pourquoi n’est-il pas plus fabuleux ? J’en ai assez de voir l’influence de cet homme sur notre politique nationale.”
Tout cela peut vous sembler secondaire, mais je vous l’ai déjà dit depuis le début du conflit, une ligne de tension traverse le mouvement MAGA. Une ligne ancienne, longtemps contenue, qui se creuse. D’un côté, les interventionnistes, ceux qui, comme Graham, défendent une posture militaire forte, héritée du Parti républicain traditionnel. De l’autre, une nouvelle génération de voix trumpistes, plus isolationnistes, plus méfiantes vis-à-vis des guerres étrangères, convaincues que “America First” doit conduire le président à se tenir prudemment en dehors de toute aventure militaire à l’étranger.
Pendant des années, Trump a réussi à faire cohabiter ces deux visions. À maintenir une forme d’ambiguïté. À parler de retrait tout en laissant agir les faucons.
La guerre rend cette ambiguïté intenable. Elle oblige chacun à choisir.
Le discours martial de Graham, sa constance sur l’Iran, son réflexe interventionniste, tout cela percute des voix MAGA qui doutent. Qui se méfient. Qui voient dans cette guerre non pas une nécessité, mais un piège.
Et c’est précisément pour cela que l’image de Disney fonctionne si bien, parce qu’elle condense ce décalage.
Un sénateur qui parle de guerre… en tenant une baguette magique dans un parc bâti sur la féérie.
Dézoom
Comme promis, j’ouvre une parenthèse. TMZ traite de plus en plus de politique, vient d’embaucher des journalistes politiques à Washington, et traite ces personnalités politiques comme des célébrités comme les autres.
Comme le titre le New York Times :
“TMZ lâche ses informateurs sur une nouvelle espèce de “méchants” célèbres : les membres du Congrès”
C’est la promesse de Harvey Levin, le patron de TMZ, et proche de Trump.
“Notre présence à Washington sera parfois amusante, parfois extrêmement sérieuse.”
Il a aussi appelé les lecteurs à envoyer leurs images. Vieille technique efficace de TMZ, payer ses informateurs.
“Peut-être qu’ils sont en croisière quelque part, ou à Hawaï ou dans un autre endroit de rêve. Nous voulons ces photos.”
Graham n’est pas la seule victime. TMZ a reçu et publié des photos d’élus républicains et démocrates, comme Robert Garcia, aperçu à un bar dans un casino de Las Vegas ce week-end.
TMZ n’est plus seulement un site de cancans, très bien renseigné par des sources bien rémunérées, souvent des policiers, des ambulanciers, des chauffeurs, des employés d’hôtel et de clubs à travers le pays.
TMZ a été racheté par Fox, et le fils de Rupert Murdoch y investit pour en faire un nouveau joyau de l’empire médiatique.
TMZ produit d’ailleurs depuis des années une émission quotidienne, TMZ on TV, diffusée sur les stations de la chaîne généraliste FOX, la grande sœur de Fox News.
Suprême
Ce qui restera de ce 1er avril 2026 dans l’histoire de la présidence américiane, c’est autre chose que cette allocution.
Donald Trump est le premier président à s’être rendu à la Cour suprême pour assister à une audience.
Restera donc dans les annales cette image silencieuse, presque banale et pourtant totalement inédite.
Le président des États-Unis, assis dans le public, à quelques mètres des juges de la Cour suprême. Les mains posées sur les genoux. Sans parler. Sans intervenir. En observation.
Pourquoi est-ce un événement ?
Car, aux États-Unis, la séparation des pouvoirs n’est pas seulement un principe juridique. C’est aussi une mise en scène. Une chorégraphie institutionnelle. Chacun à sa place. Le président à la Maison Blanche. Le Congrès au Capitole. Les juges dans leur temple de marbre.
Certains présidents ont déjà fréquenté la Cour suprême, mais en tant qu’avocats, avant ou après leur mandat. Jamais comme président, pour assister à l’examen d’une de leurs propres politiques.
Trump brise cette règle tacite. Et il ne le fait pas sur n’importe quel sujet.
Le dossier examiné par la Cour est central dans sa vision du pouvoir et de l’Amérique. Dès le premier jour de son mandat, quelques heures après son retour à la Maison Blanche, il a signé un décret exécutif pour remettre en cause le droit du sol, garanti par le 14e amendement depuis plus de 150 ans.
Il savait, en signant ce décret, qu’il serait contesté dès le jour même, et c’est ce qui s’est passé. Un juge fédéral a été saisi dès le premier jour du mandat. C’est exactement ce que cherchaient le nouveau président et ses équipes, porter ce combat jusqu’à la Cour suprême, engager un bras de fer juridique pour tester les limites du pouvoir présidentiel.
Et pas sur n’importe quel sujet, le droit du sol, un droit fondamental, qui, aux États-Unis, ne repose pas historiquement sur la question de l’immigration… mais sur celle de l’affranchissement des esclaves.
Car ce droit du sol est né juste après la guerre de Sécession, pour accorder la citoyenneté aux anciens esclaves. Depuis, il s’applique à toute personne née sur le sol américain.
Sauf de rares exceptions. Le président Trump veut en restreindre la portée.
Refuser la citoyenneté automatique aux enfants de migrants illégaux ou en situation temporaire.
Ce qui se joue en creux est assez vertigineux. Qu’est-ce qu’être américain ?
Ce n’est donc pas une réforme technique. C’est une offensive présidentielle pour redéfinir l’identité nationale.
Et c’est pour cela que sa présence dans la salle est aussi un geste politique. Sa présence physique inédite transforme une audience juridique en moment politique.
Certains y voient une démonstration de force. Une manière de fixer les juges. De les regarder décider. D’envoyer un message. Je suis là.
Ces derniers temps, Trump n’a cessé d’attaquer la Cour suprême. Il a insulté certains juges après des décisions défavorables, notamment sur les droits de douane. Il a remis en cause leur loyauté, leur intelligence, leur patriotisme. Notamment ceux qu’il avait nommés. Sur les 9 juges, 6 ont été nommés par des républicains, dont 3 par lui. Et sur ces 3 nommés pendant le premier mandat, deux lui ont fait défaut sur les droits de douane, la décision la plus marquante de la Cour ces derniers mois.
Dans ce contexte, venir s’asseoir face à eux à un moment décisif n’est pas un geste neutre.
C’est un prolongement de sa stratégie. Une mise sous tension.
Sa présence à la Cour suprême dit quelque chose de sa conception du pouvoir. Depuis le début de son second mandat, Trump cherche à repousser les limites du pouvoir exécutif. Il a limogé des inspecteurs indépendants, placé des fidèles à des postes clés, attaqué frontalement les juges qui s’opposent à lui.
Trump n’a jamais vraiment accepté l’idée de contre-pouvoir indépendant. Dans sa vision, les institutions doivent suivre. Les juges qu’il a nommés doivent soutenir son programme. Et lorsqu’ils s’en écartent, ils deviennent des adversaires.
Au bout d’environ une heure, Trump se lève et quitte la salle, en plein argument de la partie adverse. Sans attendre la fin. Comme s’il n’avait plus besoin d’écouter.
Comme si l’essentiel était d’être vu. D’affirmer sa présence.
À sa gloire
Le président Trump a beau mener une guerre au Moyen-Orient, il a dévoilé cette semaine les premières images de sa future bibliothèque présidentielle. L’un n’empêche pas l’autre et il est même possible que les images du second soient une manière de détourner (un peu) l’attention du premier.
Enfin, j’écris “bibliothèque”, c’est beaucoup dire.
Il a posté sur ses réseaux une vidéo de deux minutes. Une musique épique, presque hollywoodienne. Et une succession d’images qui ressemblent moins à un projet architectural qu’à une bande-annonce. Un gratte-ciel de verre qui domine Miami. Le nom TRUMP inscrit en lettres géantes au sommet. Une entrée encadrée d’un arc doré, frappé du sceau présidentiel.
Et à l’intérieur, un Air Force One exposé comme une relique, des escalators dorés, une salle de bal comme celle qu’il fait construire à la Maison-Blanche, une reproduction du Bureau ovale où les gens peuvent venir prendre un cocktail, et, au centre d’un auditorium, une statue monumentale du président, le poing levé, référence à son geste après la tentative d’assassinat de 2024.
On pourrait croire à une caricature. C’est pourtant très sérieux.
Aux États-Unis, la bibliothèque présidentielle est une tradition très établie. Depuis Herbert Hoover, chaque président a la sienne. Officiellement, il s’agit de mettre à la disposition du public des archives, des documents, des objets, une mémoire institutionnelle. Mais avec le temps, ces lieux sont devenus autre chose. Des musées, des centres culturels, des monuments à la gloire d’un mandat. J’ai visité celles de John Fitzgerald Kennedy à Boston et de Ronald Reagan près de Los Angeles, et ce sont des temples à la gloire d’un président, visités en famille par des touristes qui aiment aussi le côté personnel de ces mausolées.
Il y a d’ailleurs, à la Reagan Library de Simi Valley, dans les collines au nord de Los Angeles, un ancien Air Force One, et c’est devenu un lieu de ralliement pour de nombreux conservateurs du pays. Il s’y tient des colloques, des symposiums de toute sorte, et c’est là qu’avait eu lieu, en 2015, devant l’avion, l’un des débats républicains de la primaire 2016.
Celle de Barack Obama, en construction à Chicago, comprend un parc, des installations artistiques, un centre sportif. Chaque président raconte son histoire, choisit ses images, construit sa trace.
Et celle de Trump est à son image. Il ne se contente pas d’archiver son pouvoir. Il le prolonge.
C’est un gratte-ciel qu’il veut planter dans le ciel de Miami. Un objet vertical, dominant, visible de partout. Un projet pensé pour s’imposer dans le paysage, qui écrase les constructions alentour, y compris la Freedom Tower, symbole historique de l’accueil des réfugiés cubains.
Comme l’a dit le président Trump mardi dans le Bureau ovale :
“Je ne crois pas à l’idée de construire des bibliothèques ou des musées (…) On dit que c’est le meilleur emplacement de Miami. (…) Ce sera très probablement un hôtel, ce concept. Ça pourrait être des bureaux, mais ce sera très probablement un hôtel, avec un magnifique bâtiment en dessous et un 747 Air Force One dans le hall.”
Les travaux, qui ne commenceront qu’après son départ du pouvoir en janvier 2029, prévoient une reproduction du Bureau ovale, mais version Trump, avec ses dorures. Une “Walk of Fame” présidentielle, comme celle qu’il a aménagée à la Maison-Blanche. Et surtout, des choix qui relèvent moins de l’histoire que de sa légende personnelle, comme cet escalator doré, référence directe à la descente de son escalator en 2015 à la Trump Tower, en direct à la télévision au moment d’annoncer sa candidature.
C’est une bibliothèque qui ne raconte pas seulement une présidence. Elle rejoue une mythologie.
Le 747, c’est celui offert par le Qatar, et que Trump a déjà annoncé vouloir transférer dans sa future bibliothèque.
Trump n’a jamais séparé le pouvoir de sa mise en scène.
Dans la tradition américaine, la bibliothèque présidentielle est censée être un lieu de mémoire publique, financé par des fonds privés puis confié à l’État. Un espace d’archives, mais aussi d’éducation, ouvert à tous. Mais Donald Trump aborde ce chantier comme il le faisait dans les années 80 pour ses projets immobiliers à Manhattan.
Le terrain est un ancien parking, transféré à l’État puis à la fondation de Trump. Sa valeur est estimée à des dizaines de millions de dollars, voire davantage. Seule une partie du projet doit être consacrée à la bibliothèque. Le reste peut accueillir un hôtel, des commerces, des activités lucratives.
Les bibliothèques présidentielles ont toujours été des outils politiques, parfois des lieux de pouvoir informel. On trouve aussi parfois dans celles de ses prédécesseurs des répliques du Bureau ovale. Mais ici, la logique est poussée plus loin. Elle est assumée, revendiquée, comme son fils Eric Trump le revendique :
“Ce monument en bord de mer à Miami, en Floride, restera comme un témoignage durable d’un homme exceptionnel, d’un promoteur exceptionnel, et du plus grand président que notre nation ait jamais connu.”
Un monument. Un promoteur. Un président. Les trois mots sont sur le même plan. Et c’est peut-être cela, le plus frappant.
Le choix des images rendues publiques est aussi amusant. Les visiteurs sont en smoking, en robe de soirée. Ils circulent dans un décor. Ils assistent à un spectacle.
Un mélange des trois lieux emblématiques de la carrière de Trump. Des décors de la Maison-Blanche, une extension de Mar-a-Lago, une version muséale de la Trump Tower. Une fusion entre le politique, le commercial et le spectaculaire.
Bimbofication
Bon, je ne vais pas m’étaler sur une histoire sordide, mais sachez que la presse américaine s’excite depuis 24 heures sur un étrange scandale.
Qui fait dire à un journaliste de Fox News en direct, avant d’aborder le sujet :
“Même si nous sommes le 1er avril, ceci n’est pas une farce du 1er avril.”
Qui fait dire au président lui même “je me sens mal” pour la famille de Kristi Noem, la secrétaire à la Sécurité intérieure qu’il vient de limoger il y a quelques semaines. Je vous ai souvent parlé d’elle pour évoquer les opérations de l’ICE, la police de l’immigration, qui dépendait d’elle.
Noem a été limogée en même temps que son collaborateur Corey Lewandowski, ancien directeur de campagne de Trump. À peu près tout le monde avait deviné que Lewandowski n’était pas seulement son collaborateur mais aussi son amant.
On vient d’apprendre, dans des révélations du tabloid britannique Daily Mail (qui a aussi développé un site de cancans à succès aux États-Unis), que l’époux de l’ancienne gouverneure du Dakota du Sud mène une double vie.
Il semble très actif dans des groupes fétichistes adeptes de la “bimbofication”. Dans de nombreuses photos, on le voit apparaître avec de faux attributs féminins proéminents.
Selon le Daily Mail, il aurait également envoyé plusieurs dizaines de milliers de dollars à certaines interlocutrices.
Par la voix de ses représentants, Kristi Noem affirme être “dévastée”.
Et cette affaire alimente des spéculations sur de possibles vulnérabilités, des risques de chantage sur des personnalités de premier plan comme l’ancienne ministre du Department of Homeland Security.
Je vous invite quand même à lire un reportage presque touchant d’un journaliste du New York Times, qui couvre habituellement l’administration Trump et qui a été envoyé dans le village des Noem. Vocii quelques extraits.
“Dans le Dakota du Sud, les voisins éprouvent de la compassion pour le mari de Kristi Noem
Dans la petite ville de Castlewood, dans le Dakota du Sud, où tout le monde connaît les Noem, le sentiment dominant est que les habitants ne peuvent s’empêcher d’avoir de la peine pour Bryon Noem après la fuite de photos dans un tabloïd.
Castlewood se trouve non loin de la ferme familiale des Noem dans le Dakota du Sud.
Cela ne pouvait pas être lui… si ?
Ces seins démesurés, presque caricaturaux. Ce spandex rose. Ce regard suggestif.
« Ça doit être de l’IA », lâche Kevin Ruesink, un éleveur de bétail à la carrure imposante, en examinant les photos de son voisin Bryon Noem publiées par le Daily Mail mardi matin. L’homme joue au pinochle à l’arrière d’une supérette avec cinq autres habitants de cette petite ville, située à quelques kilomètres de la ferme des Noem.
Tous connaissent Bryon Noem comme un homme sympathique, grand, agent d’assurance, marié à Kristi Arnold, ancienne reine de beauté devenue gouverneure. Et voilà maintenant ces images.”
“L’éleveur les observe avec un mélange de scepticisme et de compassion. « J’ai grandi en jouant au ballon avec Bryon, dit-il. Je ne l’ai jamais connu mêlé à ce genre de choses. Je n’y crois pas du tout. » (…)
Alors que ces photos — montrant ce qui semble être des ballons gonflés sous un vêtement moulant — se répandaient sur Internet, devenant un objet de moquerie politique pour les nombreux adversaires de Kristi Noem, la réaction sur place était bien différente… plus empreinte de douceur.
Dans les échanges avec des habitants et des proches du couple, avant et après la publication, une idée revient sans cesse : les gens éprouvent de la peine pour Bryon Noem.
Leur mariage faisait déjà parler depuis longtemps dans la région.
Castlewood fait partie d’une communauté plus large avec Watertown, une ville plus importante située à une quinzaine de minutes. Beaucoup ici connaissent les Noem depuis le lycée, quand ils étaient amoureux adolescents. Ils se sont fiancés le 4 juillet 1991, sur un bateau, en regardant les feux d’artifice sur le lac Kampeska. Certains se souviennent encore de Kristi Arnold travaillant dans le café de sa mère. Beaucoup l’appellent encore — souvent avec ironie — la « Reine des neiges », en référence au concours de beauté qu’elle avait remporté.
Si Kristi Noem est devenue une figure controversée, son mari, lui, est resté apprécié. Il tient un petit bureau d’assurance à Watertown, fréquente l’église, et parle peu de politique en public.
Le couple a trois enfants adultes et plusieurs petits-enfants. Certains habitants disent les avoir vus régulièrement au restaurant ou lors d’anniversaires. (…)
À la station-service à la sortie de la ville — où l’on vend aussi des fusils AR-15 — un homme regarde les images et secoue la tête.
Il ne sait pas quoi croire.
Seulement une chose : il apprécie Bryon Noem.
« C’est un homme tellement gentil, dit-il. Ça me fait mal pour lui.”
Thank you and goodbye.
PhC



























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