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 Dans la tête du tireur, Epstein et l'Iran

Numéro spécial. Trump explose de colère quand CBS l'interroge sur le manifeste du tireur : "Je ne suis plus disposé à permettre à un pédophile, violeur et traître de couvrir mes mains de ses crimes"

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Hi everyone, c’est un Zeitgeist spécial après les tirs en marge du diner des correspondants à la Maison Blanche.

Je vais vous raconter en détail ce que révèle le manifeste du tireur, qui voulait s’en prendre à Trump et à son entourage. Il y est question d’Epstein, des “crimes” commis selon lui par Trump en Iran, au Venezuela, et des violences dans des centres de détention pour migrants.

Vous allez découvrir ce qu’en dit Donald Trump quand CBS l’interroge sur ce manifeste. Il est furieux.

Je vous raconterai aussi ce qui s’est passé dans la salle du Washington Hilton, à travers le récit de Weijia Jiang, assise à la gauche du président quand les coups de feu ont retenti.

On verra pourquoi la sécurité pose de vraies questions.

Et puis, à peine les tirs entendus, une autre explosion a commencé en ligne. Théories complotistes, récits alternatifs, accusations de mise en scène. Donald Trump devient la cible des mécanismes qu’il a lui-même contribué à installer.

Mais d’abord cette photo, diffusée il y a quelques heures par un proche du président.

Elle montre Donald Trump de retour dans le bureau Ovale à 22h15 samedi soir, un peu plus d’une heure après l’attaque, découvrant sur un téléphone les premières images du suspect.

Il est entouré de certains de ses plus proches collaborateurs et des membres de son administration, le vice-président, le secrétaire d’État, le secrétaire à la Défense, le ministre de la Justice par intérim, le directeur adjoint de cabinet, le directeur du renseignement, jusqu’à Dan Scavino, à gauche, fidèle collaborateur depuis l’époque où il gérait l’un de ses clubs de golf, avant son entrée en politique. C’est lui poste ce cliché pour l’Histoire.

Je vais vous faire lire dans un instant in extenso le manifeste du tireur.

Une lettre décousue de 1052 mots obtenue par le New York Post, signée “Cole “coldForce” “Friendly Federal Assassin” Allen”. Il y détaille ses “règles d’engagement” pour la fusillade et indique qu’il était de son devoir moral de viser des responsables de l’administration.

Il y fait référence à des accusations de crimes de guerre commis par les États-Unis, le bombardement d’une école primaire en Iran, des frappes meurtrières contre des embarcations en mer des Caraïbes et dans le Pacifique, avant l’assaut contre Maduro cet hiver. Et à des accusations d’abus dans des centres de détention pour migrants.

Mais la phrase qui me frappe le plus dans cette missive incohérente, c’est une référence à l’affaire Epstein.

“Je ne suis plus disposé à permettre à un pédophile, violeur et traître de couvrir mes mains de ses crimes.”

Vous allez voir dans un instant ce que répond Trump cette nuit à ces mots de “pédophile, violeur et traître” écrits par le tireur du Washington Hilton.

Car le président a accordé un entretien à 60 Minutes de CBS, l’émission d’information la plus regardée de la télévision américaine. L’enregistrement a eu lieu dans l’après-midi, et a été diffusé, comme chaque dimanche, à 19h sur la côte Est.

J’ai regardé pour vous, et voici quelques extraits.

Norah O’Donnell l’interroge sur le manifeste envoyé par le tireur présumé à sa famille quelques minutes avant l’attaque. Il y écrivait donc qu’il visait des membres de l’administration Trump.

“Norah O’Donnell : Monsieur le Président, savez-vous si vous étiez la cible du tireur ?

Donald Trump : Je ne sais pas. C’est ce que ça m’a semblé. J’ai lu un manifeste, qui est… il est radicalisé. C’était un croyant chrétien, puis il est devenu anti-chrétien, et il a beaucoup changé. (…) C’était probablement quelqu’un d’assez malade.

Norah O’Donnell : J’étais dans la salle, pas loin de vous. On entendait ce qui ressemblait à des coups de feu ou à du tumulte. Les gens pouvaient sentir la poudre. Tout le monde s’est jeté au sol. À quel point étiez-vous inquiet qu’il y ait des blessés ?

Donald Trump : Je n’étais pas inquiet. Je comprends la vie. On vit dans un monde fou.”

Norah O’Donnell l’interroge sur la sécurité (je vais y revenir plus bas, car la polémique monte). Le fait qu’ils aient d’abord attrapé le vice-président, puis dix secondes pour encercler le président, vingt secondes pour l’évacuer.

“Donald Trump : Ce qui s’est passé, c’est que je voulais voir ce qui se passait, et je ne leur rendais pas les choses faciles. Je voulais voir. Et à ce moment-là, on a commencé à comprendre que c’était un problème sérieux, différent du bruit habituel d’une salle de bal. J’étais entouré de gens formidables. Et j’ai probablement fait qu’ils ont agi un peu plus lentement. Je disais : “Attendez une minute, laissez-moi voir.”

Norah O’Donnell : À ce moment où l’on vous voit vous baisser, vous leur disiez d’attendre ?

Donald Trump : Non, ensuite j’ai commencé à marcher avec eux. Je me suis retourné, j’ai commencé à sortir, et ils ont dit : “S’il vous plaît, descendez au sol.” Alors je me suis couché, et la Première dame aussi. On nous a demandé de nous baisser pendant que je marchais.

Norah O’Donnell : Ils voulaient presque que vous rampiez…

Donald Trump : J’étais debout, en grande partie. Puis je me suis retourné et j’ai commencé à marcher en sortant, assez droit, un peu penché parce que… vous savez, je ne voulais pas être trop exposé. J’étais à peu près à mi-chemin quand ils ont dit : “S’il vous plaît, descendez au sol.” Alors je me suis couché, la Première dame aussi.

Norah O’Donnell : Qu’avez-vous pensé à ce moment-là ?

Donald Trump : Je me suis dit : “J’ai déjà vécu ça plusieurs fois.” (…)

Norah O’Donnell : Vous avez voulu retourner dans la salle.

Donald Trump : Oui. Vraiment.

Norah O’Donnell : On voit le tireur courir à travers les détecteurs.

Donald Trump : Oui. Sa vitesse était assez incroyable. (…)

Norah O’Donnell : Comment a-t-il pu s’approcher autant ?

Donald Trump : Je suis un grand défenseur des forces de l’ordre. Certains de ces gens peuvent être fous, mais pas stupides. Ils comprennent des choses. Il a couru 45 yards, ils disent, et il a foncé” (référence au football américain). “Je pense que la NFL devrait le recruter. Il était rapide. Mais dès qu’ils l’ont vu, ils ont dégainé leurs armes. Très professionnels. Ils l’ont neutralisé immédiatement.”

Le président raconte aussi son retour à la Maison Blanche et sa conférence de presse improvisée au milieu de la nuit.

“Donald Trump : J’ai vu une salle totalement unie. D’une certaine manière, c’était très beau.

Norah O’Donnell : Pensez-vous que cela va changer votre relation avec la presse ?

Donald Trump : Nous ne sommes pas d’accord sur beaucoup de sujets. (…) La presse et les démocrates, c’est presque la même chose. C’est incroyable. (…)”

Mais le moment le plus intéressant est à mon avis le suivant, quand Norah O’Donnell lit ceci :

“Le manifeste est troublant. Il écrit que des responsables de l’administration sont des cibles. Et aussi : je ne suis plus disposé à permettre à un pédophile, violeur et traître de couvrir mes mains de ses crimes”

Je vous raconte la réaction du président à cette question, quelques heures après avoir échappé à une nouvelle tentative d’assassinat.

Il est furieux.

“Donald Trump : Je savais que vous alliez lire ça. Vous êtes des gens horribles. Je ne suis pas un violeur. Je n’ai violé personne. Je ne suis pas un pédophile. Vous devriez avoir honte de lire ça.

Norah O’Donnell : Ce sont les mots du tireur…

Donald Trump : Vous êtes une honte. Mais continuez.

Tous ceux qui imaginaient que cet événement, qui a rassemblé le président, ses proches, et une salle pleine de journalistes face à une menace commune, allait permettre de rapprocher (un petit peu) Donald Trump des journalistes, sont bien naïfs… J’y reviens plus bas.

Norah O’Donnell : Il écrit aussi qu’il a étudié la sécurité de l’hôtel et qu’elle était insuffisante.

Donald Trump : Il était aussi assez incompétent, puisqu’il s’est fait attraper facilement. Les agents ont fait du très bon travail.

Norah O’Donnell : Il avait des positions anti-Trump et anti-chrétiennes.

Donald Trump : Pourquoi ne lisez-vous pas tout ce qui est anti-Trump ?

Norah O’Donnell : Que vous ont dit les services sur son mobile ?

Donald Trump : Vous avez des gens qui font des choses comme “No Kings”. (c’est le nom des rassemblements anti-Trump dans les grandes villes du pays) “Je ne suis pas un roi. Si j’étais un roi, je ne serais pas en train de parler avec vous.

Norah O’Donnell : La violence politique touche beaucoup de monde. Que peut-on faire ?

Donald Trump : Ça a toujours existé. 20 ans, 100 ans, 500 ans. Je ne suis pas sûr que ce soit plus aujourd’hui. Mais le discours de haine des démocrates est très dangereux.”

Dézoom

Voici donc le manifeste de Cole Allen, tel qu’il a été publié par le New York Post.

“Bonjour à tous,

J’ai peut-être surpris beaucoup de monde aujourd’hui. Permettez-moi de commencer par présenter mes excuses à tous ceux dont j’ai trahi la confiance.

Je m’excuse auprès de mes parents pour leur avoir dit que j’avais un entretien sans préciser que c’était pour “Most Wanted”.

(Référence à une série de CBS, FBI : Most Wanted)

“Je m’excuse auprès de mes collègues et de mes élèves pour leur avoir dit que j’avais une urgence personnelle (au moment où quelqu’un lira ceci, j’aurai très probablement effectivement besoin d’aller aux urgences, mais on ne peut pas vraiment dire que ce ne soit pas de mon fait).

Je m’excuse auprès de toutes les personnes à côté desquelles j’ai voyagé, de tous les employés qui ont manipulé mes bagages, et de toutes les autres personnes non visées à l’hôtel que j’ai mises en danger simplement en étant à proximité.

Je m’excuse auprès de toutes les personnes qui ont été maltraitées et/ou tuées avant cela, de toutes celles qui ont souffert avant que je puisse tenter ceci, de toutes celles qui pourraient encore souffrir après, que je réussisse ou échoue.

Je ne m’attends pas à être pardonné, mais si j’avais vu un autre moyen de me rapprocher autant, je l’aurais pris. Encore une fois, mes sincères excuses.

Passons maintenant à la raison pour laquelle j’ai fait tout cela :

Je suis un citoyen des États-Unis d’Amérique.

Ce que font mes représentants rejaillit sur moi.

Et je ne suis plus disposé à permettre à un pédophile, violeur et traître de couvrir mes mains de ses crimes.

(Pour être tout à fait honnête, je n’étais déjà plus disposé à le faire depuis longtemps, mais c’est la première véritable occasion que j’ai eue d’agir.)

Pendant que j’y suis, je vais aussi exposer les règles d’engagement que j’ai prévues (probablement dans un format terrible, mais je ne suis pas militaire, tant pis).

Responsables de l’administration (à l’exception de M. Patel) : ce sont des cibles, par ordre de priorité du plus haut rang au plus bas

Secret Service : ce sont des cibles uniquement si nécessaire, et à neutraliser de manière non létale si possible (autrement dit, j’espère qu’ils portent des gilets pare-balles, car tirer au centre du corps avec un fusil à pompe fait des dégâts chez ceux qui n’en portent pas)

Sécurité de l’hôtel : pas des cibles si possible (sauf s’ils tirent sur moi)

Police du Capitole : même chose que la sécurité de l’hôtel

Garde nationale : même chose que la sécurité de l’hôtel

Employés de l’hôtel : pas des cibles du tout

Invités : pas des cibles du tout

Afin de limiter les pertes, j’utiliserai de la chevrotine plutôt que des balles pleines (moins de pénétration à travers les murs)

Je passerai quand même à travers la plupart des gens ici pour atteindre mes cibles si c’était absolument nécessaire (au motif que la plupart des gens ont choisi d’assister à un discours d’un pédophile, violeur et traître, et sont donc complices), mais j’espère vraiment que cela n’en arrivera pas là.

Réponses aux objections :

Objection 1 : en tant que chrétien, vous devriez tendre l’autre joue.

Réponse : tendre l’autre joue, c’est pour quand vous êtes vous-même opprimé. Je ne suis pas la personne violée dans un centre de détention. Je ne suis pas le pêcheur exécuté sans procès. Je ne suis pas un écolier bombardé, ni un enfant affamé, ni une adolescente maltraitée par les nombreux criminels de cette administration.

Tendre l’autre joue quand quelqu’un d’autre est opprimé n’est pas un comportement chrétien. C’est de la complicité avec les crimes de l’oppresseur.

À quoi fait-il ici référence ?

À des accusations d’abus dans des centres de détention pour migrants. À des frappes meurtrières contre des embarcations en mer des Caraïbes et dans le Pacifique. Et au bombardement d’une école primaire en Iran.

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Personne ne peut vous préparer à ça.”

Vous avez tous vu les images, en boucle, sur TikTok, Instagram ou à la télévision.

Alors laissez-moi vous raconter cette soirée à travers le récit de la voisine de table à gauche du président.

Pas la première dame à sa droite. Non, celle qui était à sa gauche, l’excellente Weijia Jiang, correspondante de CBS à la Maison Blanche, et présidente de l’association des correspondants à la Maison Blanche. C’était donc elle la maîtresse de cérémonie.

Elle avait convié son mari et sa fille de 7 ans, ainsi que ses parents, deux immigrants partis de Chine, où elle est née.

Elle n’imaginait pas que quelques heures plus tard, elle serait au premier rang de la salle de presse de la Maison Blanche, dans le fauteuil attribué à CBS, en robe du soir, à interroger le président en smoking.

Et encore moins qu’il la féliciterait. Pour une fois.

“Madame la présidente, dit-il, je veux simplement dire que vous avez fait un travail formidable. Quelle belle soirée.”

Je me souviens, quand j’étais correspondant aux États-Unis, d’une conférence de presse tendue que le président Trump avait interrompue après un échange très vif avec Weijia Jiang.

Trump se vantait de tester beaucoup plus de gens que n’importe quel pays dans le monde.

Weijia Jiang lui avait demandé “pourquoi cela a-t-il de l’importance, si chaque jour des Américains continuent de perdre la vie et que le nombre de cas augmente encore ?”

Trump : “Eh bien, des gens perdent la vie partout dans le monde, et peut-être que c’est une question que vous devriez poser à la Chine.”

Weijia Jiang baissa alors son masque pour lui répondre.

“Monsieur, pourquoi dites-vous cela à moi, en particulier ?”

Je referme ce souvenir de 2020 pour revenir à cette soirée.

J’ai reconstitué le récit à partir des déclarations de Weijia Jiang depuis samedi soir, sur scène après l’événement, au téléphone, puis à la Maison Blanche en direct dans l’édition spéciale de CBS présentée par Tony Dokoupil, qui n’a pas eu le temps de changer son smoking après avoir accouru au studio. Elle l’a aussi raconté hier dans l’émission politique, sur le site de CBS. Et à nouveau hier soir depuis le journal télévisé, le CBS Evening News, en direct depuis les jardins de la Maison Blanche.

Ce dîner devait être un moment de normalité.

Comme je vous l’avais raconté dans le dernier Zeitgeist, c’est la première fois que Donald Trump y assiste comme président. C’était le souhait de Weijia Jiang, et elle a tenu bon face aux critiques sèches de nombreux confrères, y compris Dan Rather, ancienne légende de sa chaîne CBS, qui contestait qu’il soit possible de célébrer la liberté de la presse avec un président qui la piétine.

Mais Jiang espérait “rétablir une forme de normalité entre l’administration Trump et la presse”, comme elle l’écrivait il y a quelques heures sur le site de CBS News.

“Peut-être que j’étais naïve, mais je voulais que ce soit une salle qu’on ne voit pas assez à Washington : une salle bipartisane. Et c’était le cas.”

Plus de 2 500 invités. Des journalistes, des responsables politiques, des chefs d’entreprise, des ambassadeurs. Et surtout, Donald Trump, qui a renoncé à son boycott.

Il est de bonne humeur. Sur scène, à la table d’honneur, il discute avec Jiang d’un précédent dîner auquel il avait assisté, sous Barack Obama. “Tout le monde pense que j’étais vexé par ses blagues. Mais je ne l’étais pas”, lui dit-il.

À quelques centimètres d’eux, le spectacle a commencé. Le mentaliste Oz Pearlman fait un tour pour la porte-parole Karoline Leavitt. Il prétend deviner le prénom de son bébé à naître. Jiang observe. Elle regarde le visage de Leavitt se transformer, “entre choc et joie”. Une image qu’elle dit désormais “figée dans sa mémoire”.

Parce que c’est la dernière chose qu’elle voit avant que tout bascule.

Un bruit. D’abord incompréhensible. Elle pense à un perturbateur dans la salle. Puis les agents arrivent. Down, down, down, crient-ils. Ils encerclent la scène. Jiang se lève, suit Trump, qui se jette au sol. Elle aussi. “Je me suis retrouvée à quatre pattes”, raconte-t-elle. Elle découvrira plus tard un hématome au genou.

Ils rampent. Sont évacués derrière la scène.

Et là, soudain, la journaliste disparaît derrière la présidente. Ou plutôt l’inverse.

Dans la salle, il n’y a pas seulement des confrères. Comme je vous l’ai dit, il y a sa famille. Son père de 82 ans, sa mère, tous deux avec des difficultés à se déplacer. Son mari. Sa fille de 7 ans.

“Je voulais savoir : où sont leurs fauteuils roulants ? Qui va les sortir de là ? Est-ce qu’elle a peur ? Est-ce qu’elle pleure ?”

Elle regarde les écrans de contrôle, tremblante, cherchant leurs visages. Que s’est-il passé ? Est-ce que quelqu’un est blessé ?

Elle a couvert des fusillades, des massacres, notamment Sandy Hook.

“Mais c’était la première fois que j’étais de l’autre côté. Personne ne peut vous préparer à ça.”

Les informations sont floues. Des rumeurs circulent. Une certitude, elle le répète, le président veut que la soirée continue. “Il ne voulait pas être dissuadé.”

À un moment, Jiang retourne sur scène. Elle prend la parole. Elle rassure. Elle annonce que le programme va reprendre. Applaudissements dans la salle. Attente. Puis un message. Le président veut lui parler.

Dans une pièce à part, elle retrouve le cercle rapproché. Melania Trump lui sourit. “Est-ce que ça va ?”

Le vice-président JD Vance pose la même question. On lui dit “Nous allons à la Maison Blanche.”

Mais Trump hésite. Il veut remonter sur scène. Puis se ravise. Son discours, dit-il, serait désormais “totalement inapproprié”.

Il avait prévu de nombreuses piques acérées contre la presse sous la forme de blagues. C’est la tradition de la soirée.

La décision est prise. Conférence de presse dans trente minutes à la Maison Blanche.

Jiang retourne face à la salle. Elle annonce la nouvelle. La salle rit. Elle insiste. Ce n’est pas une blague.

Et elle ajoute, dans ce moment suspendu :

“Le journalisme est un service public, parce que quand il y a une urgence, nous courons vers la crise, pas à l’opposé. Et en une soirée où nous célébrons les libertés du Premier Amendement, nous devons aussi penser à leur fragilité.”

Puis tout s’accélère.

Elle monte dans le cortège présidentiel. Beaucoup d’autres journalistes courent en talons jusqu’à la Maison Blanche. Dans la salle de presse, elle attend. Toujours en robe de soirée. Toujours dans la nuit.

Le président arrive. Grave. Il fait un point sur la situation. Puis appelle Jiang pour la première question. Un geste inhabituel.

“Madame la présidente, dit-il, je veux simplement dire que vous avez fait un travail formidable.”

Elle le remercie.


Elle le remercie.

Puis elle fait son travail, elle pose sa question. Que pensiez-vous au moment des tirs ?

Trump raconte le bruit, qu’il a d’abord pris pour un plateau. Puis ajoute quelque chose qui la marque : la fusillade a, selon lui, “unifié” la salle.

“J’ai vu une salle totalement unie.”

“Unité”, écrit Jiang. Un mot qu’on entend peu aujourd’hui. “Mais c’est aussi ce que j’ai ressenti.”

Quelques heures plus tôt, elle organisait un dîner. Maintenant, elle couvre une tentative d’attaque contre le président. Elle enchaîne. Conférence de presse, direct, interviews. Et elle glisse une phrase, presque anodine, mais révélatrice :

“Mon mari, ma fille, mes parents étaient là. Ça a été un immense retour à la réalité.”

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Ce que la sécurité n’a pas empêché

Après ce qui s’est passé samedi soir, et à quelques heures de l’arrivée du Roi d’Angleterre, les services de sécurité sont sous le feu des projecteurs.

Dans l’entretien à CBS, le président minimise ce qui apparaît comme des failles.

Comment un homme armé a-t-il pu s’approcher aussi près du président des États-Unis ?

Pourquoi le Secret Service a-t-il d’abord évacué le vice-président, et mis plus de temps à mettre le président en sécurité ?

Du côté des autorités, le message est clair. “Le système a fonctionné”, rassure Todd Blanche, le ministre de la Justice par intérim (et ancien avocat de Trump), qui a fait le tour des émissions politiques ce dimanche, de NBC à Fox.

Le suspect a été stoppé avant d’entrer dans la salle de bal. Il n’a jamais atteint le président ni les 2 500 invités. Pour l’administration Trump, c’est donc la preuve que le dispositif a fonctionné comme prévu.

Même lecture chez certains anciens du Secret Service. “Cela aurait pu être un massacre,” explique Paul Eckloff au New York Times“La question n’est pas de savoir comment il a pu s’approcher. La question est de savoir pourquoi tout le monde est encore en vie.” Autrement dit, ce qui compte, ce n’est pas la brèche, mais le fait qu’elle ait été contenue.

Le dispositif reposait sur plusieurs couches de sécurité. Des détecteurs de métaux en première ligne. Des agents positionnés juste après pour filtrer l’accès. À l’intérieur, des équipes d’intervention prêtes à agir immédiatement, certaines en civil, voire déguisées en serveurs. Quand le suspect surgit, il est neutralisé en quelques secondes. Pour les défenseurs du système, c’est exactement ce qui était prévu.

Wall Street Journal

Mais cette version est contestée.

Car les faits sont têtus. Un homme armé d’un fusil à pompe, d’un pistolet et de couteaux a réussi à courir plusieurs dizaines de mètres et à franchir un point de contrôle avant d’être stoppé.

Pour certains experts, c’est déjà une alerte majeure.

“Cela n’a fonctionné que par chance,” tranche Bill Gage, ancien agent du Secret Service, cité par la chaîne MS Now.

Selon lui, si l’assaillant avait gagné quelques secondes, il aurait pu entrer dans la salle et tirer. Le dispositif n’a pas tant empêché l’attaque qu’il ne l’a arrêtée à la dernière seconde.

À la lecture des enquêtes de la presse, trois failles principales émergent.

La première concerne le point de contrôle. Les agents présents au dernier checkpoint, situé à quelques mètres de la salle, ont été pris de court. Le dîner avait commencé, ils ne s’attendaient plus à voir arriver de nouveaux entrants. Certains regardaient ailleurs lorsque le suspect a surgi. Une faille de vigilance, au pire moment.

La deuxième concerne l’évacuation. Le Washington Post décrit une scène chaotique, des agents obligés d’enjamber des tables, de contourner des invités cachés sous leurs chaises, dans une salle bondée de plus de mille personnes. Le vice-président est évacué avant le président, ce qui interroge certains observateurs, même si les autorités évoquent des logiques opérationnelles distinctes.

La troisième concerne le lieu lui-même.

Le Washington Hilton est un casse-tête sécuritaire. Un hôtel ouvert, avec plus de mille chambres, des clients qui circulent librement, des espaces publics impossibles à verrouiller totalement. Le suspect avait d’ailleurs réservé une chambre la veille, ce qui lui a permis d’explorer les lieux.

Washington Post

“Il n’a pas déjoué le dispositif de sécurité le soir du dîner. Il l’a déjoué le jour où il a fait sa réservation,” résume un ancien responsable du FBI dans le Wall Street Journal.

Autre élément clé, le niveau de sécurité.

Contrairement à une investiture ou à un discours sur l’état de l’Union, le dîner n’était pas classé comme un National Special Security Event. Le Washington Post souligne que cette classification déclenche normalement une mobilisation maximale des ressources fédérales. Ce n’était pas le cas ici, malgré la présence du président, du vice-président et de plusieurs membres du gouvernement.

Résultat, un périmètre de sécurité plus limité, et une responsabilité fragmentée entre plusieurs agences fédérales.

Depuis la tentative d’assassinat de 2024 à Butler, où un tireur avait réussi à atteindre Donald Trump, le Secret Service est sous pression. À l’époque, les experts parlaient déjà d’une “faille” dans la préparation.

Alors, la sécurité a-t-elle failli ?

Pas totalement. Le suspect a été arrêté. Personne n’a été tué. Le président est sain et sauf.

Mais le simple fait de poser la question suffit à montrer qu’il y avait une brèche dans la sécurité. Ce qui est inquiétant quand on sait que Donald Trump a déjà été à plusieurs reprises la cible de tentatives d’assassinat.

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“Staged”

Dans la version de l’entretien de Trump à 60 minutes qui n’a pas été diffusée dans l’émission, il y a un passage intéressant que CBS a mis en ligne sur ses réseaux.

Le président Trump balaie les théories du complot sur l’attaque et dit que les personnes qui les propagent sont “plus malades qu’elles ne sont escrocs”.

“D’habitude, cela prend un peu plus de temps.”

À quoi le président fait-il référence ?

Au fait qu’à peine les coups de feu entendus au dîner des correspondants de la Maison Blanche, une autre détonation a envahi Internet. Un mot, répété à l’infini :

“Staged”.

Mis en scène.

En quelques minutes, sur X, Bluesky, Instagram ou TikTok, des milliers de messages ont affirmé, sans preuve, que l’attaque était mise en scène. Ce graphique du New York Times montre à quel point ce mot a été utilisé sur les réseaux dans les heures suivantes.

Des influenceurs, des militants, de gauche comme de droite, des comptes anonymes ont construit, en temps réel, un récit alternatif. Et totalement fallacieux. Le suspect n’était pas encore clairement identifié, ses motivations inconnues, mais déjà, pour beaucoup, l’histoire officielle ne tenait pas.

Le phénomène est désormais classique. Il n’y a plus de temps mort entre un événement et sa contestation. L’information et la suspicion naissent ensemble. Samedi soir, alors que cet homme armé venait à peine de forcer un point de sécurité et d’échanger des tirs avec les forces de l’ordre, alors que le président venait à peine d’être évacué, une autre bataille commençait déjà, sur les écrans.

Des théories complètement dingues.

La première lie l’attaque à un projet de Trump de bâtir une salle de bal à la Maison Blanche. Le président en parle sans cesse, malgré les controverses, et a évoqué ce projet à nouveau après l’attaque. Pour les conspirationnistes, l’événement visait à faire taire les critiques sur son projet. Absurde.

Associated Press

Une autre théorie repose sur une séquence télévisée. Sur Fox News, une journaliste raconte que, juste avant les tirs, le mari de la porte-parole de la Maison Blanche lui aurait dit : “Il faut vraiment que tu sois très prudente.” La connexion coupe. Immédiatement, certains internautes y voient la preuve d’un scénario anticipé. Bon, la journaliste expliquera ensuite que la coupure est due à un problème de réseau et que cette formule “be safe” est très courante dans les conversations. Trop tard. Le doute est installé.

Même logique autour de la porte-parole, justement, Karoline Leavitt.

Getty Images

Avant le dîner, elle évoque à un micro le discours que le président a prévu pour la presse. Elle a utilisé devant la caméra l’expression “Shots will be fired”, des coups de feu vont être tirés, une manière de dire que les salves du président allaient détoner. Mais après la fusillade dans l’hôtel, la phrase est isolée, sortie de son contexte, poussée sur les réseaux et présentée comme une étrange prémonition. Un simple jeu de mots glisse vers un indice supposé.

La mécanique est toujours la même. Des éléments banals, des coïncidences, des fragments de discours remontés et réassemblés pour produire un récit parallèle et fantasque. Et le paradoxe, c’est que ces éléments publics et vérifiables renforcent la crédibilité du récit alternatif. Tout est là, visible, mais réinterprété.

Tout cela se répand dans un contexte politique propice.

J’ai raconté dans mon dernier livre Armes de distraction massive comment Donald Trump sait mieux que quiconque attirer et détourner notre attention. Certains spéculent donc que l’attaque aurait été orchestrée pour détourner l’attention de la baisse de popularité de Trump, qui atteint des niveaux historiquement bas à six mois des élections de mi-mandat.

L’ancienne élue trumpiste au Congrès Marjorie Taylor Greene revient à ses premiers amours conspirationnistes en disant qu’il y a encore “de nombreuses questions” sur le suspect. Ce qui est vrai, mais ne fait qu’alimenter la spéculation dans une base MAGA où Donald Trump a laissé les théories conspirationnistes prospérer.

Même les figures les plus connues de la sphère complotiste hésitent. Alex Jones est passé en quelques heures du doute à la conviction que ce n’était pas “staged”. Dans cette bataille des récits, tout est très volatil.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la rapidité de diffusion de ces théories, c’est qu’elles ne sont plus l’apanage d’un camp politique. Elles circulent simultanément dans des écosystèmes idéologiques opposés, chacun y projetant ses propres soupçons. Pour les uns, il s’agit de renforcer Trump. Pour les autres, de manipuler l’opinion ou de détourner l’attention. Le même événement, la même scène, mais des lectures radicalement différentes. Et parfois toutes fausses.

Dans l’économie de l’attention actuelle, l’absence d’informations précises est un vide que les récits bricolés à partir du sable viennent immédiatement combler. Le doute n’attend pas. Il se fabrique en direct, à partir de fragments, d’intuitions, de méfiances accumulées.

Le dîner des correspondants de la Maison Blanche est censé célébrer la liberté de la presse. Mais ce qui s’y est passé est une illustration presque parfaite de la manière dont la réalité elle-même est désormais contestée, reconfigurée, disputée.

Dézoom

Cet événement se déroule alors que, ces dernières semaines, des théories complotistes émergent à nouveau à propos de la tentative d’assassinat de Butler en juillet 2024, quand Donald Trump avait été blessé à l’oreille par un tir.

AP/Evan Vucci

Il y avait eu à l’époque des théories conspirationnistes en ligne. À l’époque, elles venaient surtout des marges, souvent hostiles à Trump. Mais ces dernières semaines, elles remontent à la surface… alimentées par son propre camp. C’est désormais dans la sphère MAGA que reprend cette théorie.

Depuis plusieurs semaines, des figures influentes de cet écosystème laissent entendre que la tentative d’assassinat de Butler pourrait ne pas être ce qu’elle semble.

“Je crois que c’était peut-être une mise en scène”, dit le comédien et podcasteur Tim Dillon, ancien soutien de Trump. Dans un épisode récent, il a suggéré que l’opération aurait pu servir à renforcer la mobilisation électorale en 2024.

D’autres adoptent une stratégie plus indirecte. Comme Marjorie Taylor Greene, qui écrit qu’elle ne veut pas parler de “canular”, mais qu’il existe “beaucoup de questions” qui méritent des réponses publiques.

Même logique chez Joe Kent, l’ancien responsable du contre-terrorisme nommé par Trump à son retour au pouvoir, mais qui a démissionné pour protester après le début de la guerre contre l’Iran. Il évoque des zones d’ombre et suggère, sans preuve, que l’enquête aurait été freinée. Trump est convaincu que c’est l’Iran qui a tenté de l’abattre.

C’est une méthode très trumpienne. Diffuser une suspicion sans jamais l’assumer pleinement. C’est exactement celle que Trump lui-même a utilisée pendant des années pour installer ses propres récits alternatifs.

La mécanique est désormais retournée contre lui.

Certains vont plus loin encore. Tucker Carlson, dont je vous parlais dans un récent Zeitgeist, insinue dans son balado que des forces extérieures pourraient avoir influencé les événements ou leur interprétation. D’autres relient Butler à des théories plus larges sur l’influence d’Israël ou de “l’État profond”. Dans ces récits, Trump n’est plus seulement la victime d’un système. Il devient soit manipulé, soit complice.

Si je vous en parle, c’est que tout cela marque une rupture dans la relation entre Trump et une partie de sa base.

Car ces théories ne naissent pas dans le vide. Si elles émergent aujourd’hui à droite, c’est qu’elles s’inscrivent dans un moment politique particulier. La guerre en Iran, l’affaire Epstein, les tensions internes, la baisse de popularité du président, tout cela alimente une forme de désillusion. Et si Trump n’était pas celui qu’il promettait d’être ?

Dans un univers où la méfiance est devenue réflexe, il est plus facile de croire à une conspiration que d’accepter que le leader a déçu.

Ce qu’on a observé ces dernières semaines sur la tentative d’assassinat de Butler en 2024 devrait être encore alimenté par les nouvelles théories fantasques qui pullulent depuis samedi soir.

Dans l’économie de l’attention, c’est-à-dire le monde dans lequel nous vivons, ce qui compte, ce n’est pas toujours ce qui est le plus plausible, mais la capacité d’un récit à circuler.

C’est bien un héritage direct du trumpisme. Pendant des années, Trump a contribué à banaliser ce type de raisonnement, à installer l’idée que derrière chaque événement se cache une manipulation. Aujourd’hui, cette grille de lecture s’applique à lui.

Le monstre qu’il a nourri commence à lui échapper.

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Avant de refermer ce numéro spécial

Dans les centaines de choses que j’ai pu voir ou lire depuis 24 heures (une salle pleine de journalistes, autant de comptes rendus de l’événement), je voudrais vous proposer un petit pas de côté avec le regard de Dylan Byers, un ancien du New Yorker, de CNN, de NBC, qui écrit désormais une infolettre pour Puck et présente un balado que je vous recommande, The Grill Room.

J’ai lu son récit sur X, et j’ai décidé d’en faire mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist.

Je vous encourage à le suivre car c’est vraiment un journaliste intéressant, comme le prouve ce texte où il analyse de facon décalée non pas l’événement lui même, mais son écho, la manière dont il peut être observé, j’allais dire consommé, dans un monde médiatique chamboulé par le bouleversement des usages et dans une Amérique fracturée.

“Une petite observation socioculturelle après ce qui s’est passé hier soir…

Peu après avoir quitté le Hilton, où un homme armé a tenté d’entrer dans la salle où le président, le vice-président, plusieurs membres du gouvernement, des élus du Congrès, des dignitaires, des dirigeants d’entreprise et des centaines de journalistes parmi les plus influents du pays étaient réunis, je suis allé dans un bar avec quelques collègues pour faire le point, reprendre nos esprits et, idéalement, regarder la couverture en direct.

Quand je vivais à Washington il y a une dizaine d’années, les bars comme celui-ci avaient généralement au moins une télévision branchée sur CNN ou Fox News. Là, les écrans diffusaient un match de hockey, et personne dans le bar ne semblait au courant de ce qui venait de se produire à quelques pâtés de maisons. Nous avons demandé au barman de mettre CNN pour pouvoir suivre l’allocution du président avec des sous-titres, ce qu’il a fait. Mais quelques minutes plus tard, il nous a dit que le responsable lui avait rappelé que l’établissement avait pour règle de ne pas diffuser de contenu politique, et qu’il devait donc revenir au sport.

J’ai essayé d’imaginer à quoi aurait ressemblé ce bar le 30 mars 1981, une heure environ après que John Hinckley a tiré sur Ronald Reagan dans ce même hôtel. J’imagine que toutes les télévisions auraient été réglées sur CNN ou sur les éditions spéciales en continu des grandes chaînes, et que des passants seraient entrés pour regarder.

Les médias couvrent cet événement comme il se doit. Mais il est troublant de voir à quel point tant de gens se sont désensibilisés aux fusillades, évidemment, mais aussi à la violence politique et à l’anormalité de la situation.

Peut-être que je me trompe, peut-être que nous avons simplement choisi le mauvais bar. Mais j’en doute. Le Pew Research Center a récemment montré que l’attention portée à l’actualité aux États-Unis a diminué dans toutes les tranches d’âge depuis 2016, et que les jeunes adultes (18-29 ans) sont systématiquement les moins attentifs. Alors même que l’actualité s’intensifie, en politique, en géopolitique, en technologie, de plus en plus de gens semblent s’en détourner.

Et c’est ainsi que l’on se retrouve, dans un bar de la capitale fédérale, une heure après s’être accroupi derrière une chaise pendant que des agents du Secret Service évacuent le président des États-Unis, à se faire dire qu’il faudra regarder Penguins contre Flyers.”

Thank you and goodbye.

Merci à tous les nouveaux abonnés à Zeitgeist. Vous voyez, il s’y passe toujours quelque chose.

PhC


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