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Ce que redoute Melania TrumpLe fait que la First Lady prenne la parole est en soi un petit événement. Jeudi, l’évanescente Melania Trump, qu’on aperçoit si rarement, apparaît dans le Grand Foyer (en français dans le texte) de la Maison Blanche où elle a convoqué la presse accréditée, alors plus occupée par le fragile cessez-le-feu avec l’Iran. La discrète épouse du président lit une déclaration soigneusement préparée. Six minutes à peine. Pas de questions. Puis disparaît, comme un spectre. Elle voulait en finir avec les rumeurs sur Jeffrey Epstein. Elle n’a fait en réalité que remettre Epstein au cœur des conversations, dont il avait disparu depuis près de deux mois.
S’il y a des photos de Maxwell et Epstein avec les Trump, c’est parce qu’ils avaient des “cercles sociaux qui se chevauchaient” à Palm Beach et à Manhattan. Melania apparaît dans le dossier Epstein dans des emails avec Ghislaine Maxwell, qu’elle appelle “G” et à qui elle demande de l’appeler quand elle sera de retour à New York. Elle signe “Love, Melania”. “Ma réponse polie à son email ne correspond à rien de plus qu’un message anodin”, précise aujourd’hui la Première dame.
Grande confusion. Plusieurs conseillers sont pris de court. Le président lui-même sait-il qu’elle allait prendre la parole ? Oui, dit-il finalement au New York Times, il savait qu’elle voulait parler, mais ne savait pas ce qu’elle allait dire. Une conversation de “deux minutes”. Peut-être qu’il ne l’aurait pas fait comme ça.
La guerre avec l’Iran cède un peu de temps d’antenne sur les écrans. Les réseaux sociaux s’enflamment. Les photos anciennes ressurgissent. Les théories prolifèrent. La question la plus intéressante (et la raison pour laquelle j’y reviens ce matin dans Zeitgeist), c’est celle ci. Pourquoi maintenant ? Personne ne sait. Et c’est précisément là que le récit devient intéressant. Car tout, dans cette scène, semble contredire la stratégie habituelle du clan Trump. Depuis la fin du printemps dernier, Donald Trump tente d’enterrer l’affaire Epstein. Minimiser. Détourner l’attention ailleurs. J’y ai consacré un chapitre dans mon livre Armes de distraction massive. Seule la guerre en Iran a vraiment relégué l’affaire Epstein au second plan. Et soudain, c’est sa propre femme qui rallume l’incendie. Pourquoi diable ramener l’attention sur le sujet même que son mari veut faire disparaître ? À première vue, on peut imaginer qu’elle en avait assez. On peut la comprendre. Enough is enough. Mais cela ne lui ressemble tellement pas ! Elle se tient tant à distance de la presse, évite autant que possible les prises de parole publiques. Elle sait aussi que son fort accent déclenche les moqueries. Sans surprise, elle a offert sur un plateau aux auteurs de Saturday Night Live sur NBC un sketch d’ouverture. Le (faux) président reçoit un coup de fil.
La fausse Melania lui annonce qu’elle veut parler devant la presse pour nier avec force tout lien avec Jeffrey Epstein.
Jimmy Kimmel, sur ABC, s’est aussi moqué de cette prise de parole inattendue.
Même Michael Wolff, le journaliste qui a publié de nombreuses révélations sur Epstein et le clan Trump, ne parvient pas à expliquer cette sortie publique.
Michael Wolff a affirmé il y a plusieurs mois que Melania Trump avait été en contact avec Jeffrey Epstein, une accusation farouchement contestée par les avocats de la First lady. Après avoir été menacé d’une action en justice pour lui réclamer jusqu’à un milliard de dollars de dommages et intérêts, Wolff a pris les devants en poursuivant lui-même la Première dame l’automne dernier. Pour Wolff, cependant, il existe une clé. Cette prise de parole n’est pas un accident. C’est un réflexe, raconte-t-il dans le dernier épisode de son podcast Inside Trump’s Head publié il y a 24 heures.
Melania Trump, explique-t-il, est obsédée par la maîtrise de son récit personnel. Une obsession d’autant plus frappante qu’elle occupe “l’une des positions les plus publiques au monde”.
Dans cette lecture de Michael Wolff, la déclaration de la Maison Blanche n’est pas une réponse aux spéculations sur Epstein. C’est une tentative de reprendre le contrôle, comme avec cette menace de procès d’un milliard de dollars. Il y voit une stratégie d’intimidation :
Et il rappelle que ce n’est pas nouveau. Melania Trump a déjà poursuivi le Daily Mail, obtenant un règlement de 2,9 millions de dollars.
Mais cette fois, quelque chose déraille. Car au lieu d’éteindre les questions, elle les multiplie. En intervenant, selon lui, Melania Trump crée exactement ce qu’elle voulait éviter.
Et même plus que cela : En intervenant, selon lui, Melania Trump crée exactement ce qu’elle voulait éviter.
Et même plus que cela :
Sans cette prise de parole, le sujet serait resté secondaire. Avec elle, il devient central. C’est un cas presque pur d’effet Streisand politique. presque pur d’effet Streisand politique. Mais Wolff va plus loin.
Relancer Epstein, c’est relancer une histoire qui le fragilise directement. D’où cette hypothèse explosive de Wolff (et peut-être totalement fantasque) :
La Première dame est-elle vraiment si cynique ? Mais cette hypothèse ne suffit pas à tout expliquer. Car cette initiative reste totalement incohérente. Melania Trump se présente comme distante, insaisissable. Une stratégie de silence, longtemps efficace.
Des détails parfois contredits. Des dates qui fluctuent. Des éléments qui relancent l’enquête. Elle ouvre elle-même la boîte. Autre piste, avancée par Maureen Dowd, la chroniqueuse du New York Times, qui l’a surnommée “le Sphinx” :
Le sphinx pense que quelque chose ne tourne pas rond. Dowd rappelle au détour de son billet une révélation de son journal en mars. La Première dame a-t-elle pris la parole car elle redoute en fait la vengeance de l’ex de Paolo Zampolli ? Il faut déjà que je vous raconte qui est le sulfureux Zampolli. Asseyez-vous, et sortez le popcorn. Zampolli est un homme d’affaires italien qui a émigré aux États-Unis. Le New York Times avait révélé en 2016 que c’est cet ancien agent de mannequins qui a obtenu le visa américain de Melania Trump après l’avoir rencontrée lors d’un casting à Milan. Il se vante aussi de l’avoir présentée à Donald Trump lors d’une fête qu’il organisait en 1998 au Kit Kat Club à New York.
L’ancien patron d’agence de mannequins fanfaronne aussi en racontant avoir pris l’avion avec les Trump pour assister à leur mariage à Mar-a-Lago en 2005. Sur son compte Instagram, on peut lire :
L’an passé, le président lui a donné un titre assez flou de United States Special Representative for Global Partnerships, envoyé spécial à Dieu sait quoi. Il est surtout connu à Manhattan, Washington et Palm Beach pour faire valoir en permanence ses relations avec Trump pour ses affaires. Il affiche ses connexions dès qu’il le peut. Il accompagnait d’ailleurs JD Vance la semaine dernière quand il est allé faire campagne pour Orban en Hongrie. Son nom apparaît aussi dans l’orbite de Jeffrey Epstein, qui se méfiait de lui et écrivait dans un courriel à un homme d’affaires émirati en 2011 :
Le mois dernier, le New York Times révélait donc que “un ami de Trump a demandé à l’ICE de placer en détention la mère de son enfant”. L’histoire est folle. Paolo Zampolli et Amanda Ungaro se sont rencontrés au début des années 2000. C’est Epstein qui avait fait venir dans son jet depuis Paris cette jeune mannequin brésilienne qui n’avait que 17 ans. La relation avec Zampolli dure deux décennies. Ils fréquentent les cercles mondains. Les voici avec les Trump lors d’occasions festives, dont le Nouvel An 2022.
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En 2023, Ungaro quitte Zampolli et entame une bataille judiciaire pour la garde de leur fils Giovanni.
En juin dernier, elle est arrêtée pour fraude en Floride, après une dénonciation anonyme à la police.
Or Amanda Ungaro est en situation irrégulière. Son visa a expiré depuis 2019. C’est à ce moment, selon les révélations du New York Times, que Zampolli intervient en coulisses auprès de l’ICE, la police de l’immigration, et évoque le fait que si Ungaro était expulsée, cela l’aiderait à obtenir la garde de son fils.
Zampolli a dit au New York Times qu’il ne réclamait pas de faveur et qu’il ne se souvenait pas avoir évoqué ses liens avec les Trump.
Mais Ungaro est placée en détention puis expulsée.
Giovanni vit désormais aux États-Unis avec Zampolli
Hier c’est dans le journal espagnol El Pais qu’elle parlait.
“Paolo me disait : “Attends que Trump gagne l’élection [en 2024], et on réglera tes papiers, il te donnera un passeport américain.””
“Je vivais à la merci d’un psychopathe malade qui m’a maltraitée psychologiquement, sexuellement et physiquement.”
“Maintenant, c’est la guerre. On verra qui gagne.”
“Dix policiers ont fait irruption chez nous, m’ont arrêtée et ont emmené mon fils au commissariat.”
“Avec des meurtriers d’enfants !”
“C’était une salle avec plus de 120 personnes, le sol était mouillé, il n’y avait pas de fenêtres, quatre jours sans voir le soleil… Je suis sortie infestée de poux.”
“J’ai passé un mois déprimée dans une pièce.”
“Je me suis portée volontaire pour nettoyer les sols à six heures du matin pour ne pas devenir folle.”
Sur Epstein, elle raconte son voyage dans son jet pour venir pour la première fois aux États-Unis :
“On part avec quelques amis, un avion privé rien que pour nous.”
“Il y avait environ 30 très jeunes filles, 14, 15, 16 ans. J’ai dit : ‘Qu’est-ce que c’est ?’ Et il a répondu : ‘Ne t’inquiète pas.’”
“Il s’est approché et m’a demandé : ‘D’où viens-tu ? Quel âge as-tu ? Pour quelle agence de mannequins travailles-tu ?’ Et il m’a présentée à Ghislaine.”
Outre ces entretiens dans la presse, des messages beaucoup moins cordiaux sont apparus sur les réseaux sociaux ces derniers jours, d’un compte @AmandaUngaroA adressés au compte @flotus45 que la Première dame utilisait pendant le premier mandat. Sans qu’il ait été possible de confirmer qu’ils sont bien signés de Amanda Ungaro elle-même.
Des messages souvent menaçants et parfois vulgaires.
Mais voici quelques exemples :
“Je détruirai votre système corrompu, même si c’est la dernière chose que je fais de ma vie.”
“Je n’ai plus rien à perdre dans ma vie. Je détruirai tout le système. Fais attention à moi, bitch.”

















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