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CHEZ POL 18 MAI


Quand on te juge un peu raide

#Meute #Vent #Tripes #Fiasco #Ennui
Chez Pol n°1722 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 18 mai et c'est le bon jour pour se faire voir.

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Gérald «le savez-vous, je m'appelle Moussa» Darmanin. Photo Albert Facelly. Libération (2025)

FAIT MAISON LR s'épargnera-t-il un drame en Haute-Savoie ?

AU COMPTOIR Même les amis de Philippe le trouvent trop intello, Caron oublie et pardonne tout à Mélenchon, et Coquerel espère que le Parlement bloquera le recasage de ce proche de Macron

PASSION ARCHIVES Le Pen, l'affolée du bus

L'OEIL DE LIBÉ Villepin 21 ans plus tard

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Darmanin en Algérie

L'ADDITION Jouons avec l'allemand

LE DRAME DE HAUTE-SAVOIE • Il n'a pas été exclu par la direction du parti. Il s'évite aussi le risque d'être sanctionné par les adhérents. Martial Saddier, président de la fédé LR de Haute-Savoie qui avait fait perdre un siège de député à son parti en soutenant un candidat de l'UDR d'Éric Ciotti, ne briguera pas sa succession lors des élections internes de début juin. La députée LR du cru qui réclamait son éviction, Virginie Duby-Muller, sera pour sa part bien en lice, comme le rapporte l’Opinion, et soutenue par Bruno Retailleau. Elle espère qu'à défaut de sanction officielle contre Saddier, ce scrutin sera «le moment de la clarification», estimant que celui qui est aussi président du département persiste dans son «problème avec la ligne du parti»... sans pour autant le quitter, puisqu'il «a toujours sa carte [et est donc à jour de cotisation] en 2026». La direction nationale de LR s'est-elle épargné un psychodrame en ne virant pas un patron de fédé trop proche de l'extrême droite tout en tablant sur le vote des militants pour s'en débarrasser ? Si c'est le plan, pas sûr qu'il se déroule sans accroc. Car Duby-Muller fera face à un autre candidat «poussé par certains qui veulent [la] bloquer», dit-elle pudiquement. Alexandre Richefort, élu dans les Yvelines jusqu'en 2023 avant de s'implanter à Annecy, s'est présenté aux municipales face au favori, l'ex-député et (très éphémère) ministre macroniste (sous Michel Barnier) Antoine Armand. «Les LR ne doivent pas être la béquille des macronistes à la dérive»disait alors Richefort, avant de se plier à l'accord signé localement entre LR et Armand, dont il est aujourd'hui... adjoint à la mairie d'Annecy. Sans compter un troisième candidat, «un jeune que personne ne connaît et qui a été candidat à tout», siffle Duby-Muller. Qui ne s'attend pas à une campagne apaisée : «J'ai entendu "il faut barrer la route à la blonde". Ils veulent régler leurs comptes au-delà de la ligne politique.» Mais si la musique a une petite chance d'adoucir les mœurs, concluons avec Francis Cabrel : «Lorsque demain ne m'apportera / Que les cris inhumains d'une meute aux abois / J'irai dormir chez la dame de Haute-Savoie.» E.B.

Virginie Duby-Muller. Photo Thibaud Moritz. AFP (2025)

DROIT DANS LEUR POTE • Édouard Philippe est-il son propre pire ennemi ? Entre son passé juppéiste, son passif de Premier ministre macroniste (certes devenu beaucoup plus «libre» que «loyal») et sa raideur intellectuelle, le maire du Havre offre des angles d'attaques à ses opposants de tous bords. Et cela inquiète même dans son camp en vue de la présidentielle. Certains philippistes en appellent donc à un changement de ton ou de braquet dans cette pré-campagne qui s'installe. «La rationalité ne marque plus suffisamment de points dans le débat politique», alerte ainsi Laurent Marcangeli, dans le Figaro. L'ex-ministre et cadre Horizons juge qu'«on ne peut pas parler qu’au cerveau des gens» et appelle donc Philippe à s'exprimer un peu plus avec ses tripes - qui ont, rappelons-le, un «goût d'eau salée». Faisant lambiner son copain qu'il devrait finir par rallier sauf tremblement de terre, Gérald Darmanin s'interroge aussi, en privé, sur le style oratoire de Philippe. Quand ce dernier parle, «il manque des moments "sujet, verbe, complément"», juge le ministre de la Justice, pointant aussi son image «un peu psychorigide». Mais juste un peu, hein.

Quand on te juge un peu raide. Photo Henrique Campos. Hans Lucas via AFP (2026)

LE CANDIDAT DE REV • Il y a deux mois à peine, LFI réalisait l'exploit de s'embrouiller avec l'un de ses rares alliés, la REV, le petit parti politique d'Aymeric Caron. Mais visiblement, tout est déjà oublié et pardonné. Samedi, l'ancien chroniqueur télé a annoncé que son mouvement s'engageait derrière Jean-Luc Mélenchon pour 2027, après que les adhérents de la REV ont décidé à «plus de 90%» de se ranger derrière le candidat insoumis. «On considère qu'il porte le meilleur programme et qu'il est la meilleure personne pour le porter», explique Caron, élu député apparenté LFI en 2022 après avoir déjà soutenu Mélenchon dans la course à l'Élysée. Il estime que les idées portées par son mouvement seront «le mieux représentées» avec le programme de l'insoumis. «On appelle donc tous les écologistes à rejoindre la dynamique et la campagne de Mélenchon», conclut Caron. Sans rancune.

CLAQUE DE FIN • Dans la série Macron recase les copains, on demande Emmanuel Moulin. Celui qui a été secrétaire général de l'Élysée pendant un an après avoir été dircab de Gabriel Attal à Matignon a été proposé par le chef de l'État pour prendre la tête de la Banque de France. Pas du tout un recasage, selon Roland Lescure. «Le Président a choisi le bon candidat», fayotait hier le ministre de l'Économie sur France 3. Mais avant sa nomination, Moulin doit passer l'épreuve du vote des commissions parlementaires sans se prendre un vent. Ce qui n'est pas gagné d'avance, la gauche étant farouchement contre cette nouvelle nomination d'un proche de l'exécutif. «Tu m’étonnes que pour Macron et les macronistes, c’est un bon candidat. Aussi bon et indépendant qu'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des Comptes»a raillé Éric Coquerel en référence au recasage critiqué de l'ancienne ministre du Budget. Et le président insoumis de la commission des Finances de l'Assemblée d'espérer que, le 20 mai, jour des auditions et votent sur cette promotion de Moulin, «le Parlement refusera cette nouvelle gifle à la démocratie».

Emmanuel Moulin. Photo Thomas Samson. AFP (2025)

Marine Le Pen en 2010. DR

Marine Le Pen ou l'affolée du bus

À quelques semaines de la Coupe du monde de foot, un documentaire fait un peu parler de lui. Le Bus : les bleus en grève, diffusé par Netflix, revient sur le fiasco de l'équipe de France en 2010 en Afrique du Sud. Les plus jeunes l'ignorent peut-être mais fut un temps où les Bleus n'étaient pas des monstres d'efficacité présentés comme les favoris de la mère de toutes les compétitions. Loin de là. En 2010 donc, les hommes emmenés par Raymond Domenech se vautrent lamentablement et participent à ce qui reste l'un des plus gros scandales du foot français : l'élimination dès la phase de poule après une grève des joueurs protestant contre l'éviction de Nicolas Anelka parce qu'il avait insulté son sélectionneur. Évidemment, les papas que nous sommes à Chez Pol enseigneront à leurs rejetons que non, on n'insulte pas son supérieur même si celui-ci est une catastrophe. Mais très honnêtement, la vision du documentaire nous rend bien plus compréhensifs qu'à l'époque des faits.

Ce retour en arrière a également un intérêt politique : on aurait tendance à l'oublier en écoutant certains médias mais le RN (ex-FN) est un parti raciste. Dans le Bus, plusieurs élus s'expriment sur le scandale de Knysna et, parmi eux, une certaine Marine Le Pen, députée européenne et candidate à la succession de son papa à la tête du parti d'extrême droite. Avant même le naufrage sud-africain, la n°2 du FN estimait que cette équipe ne représentait pas la France et fustigeait «le pognon qui dégouline de ces gens».

«Apartheid» en Afrique du Sud

Après la piteuse élimination, de nombreux politiques se sont insurgés, à commencer par Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé et des Sports et qui, à l'Assemblée, mitraillait les «caïds immatures» de l'équipe de France qui «commandent à des joueurs apeurés». Sous-entendu : la décision de faire grève aurait été imposée par certains joueurs à d'autres. Et Le Pen, dont le père préférait qu'elle grandisse avec ses sœurs en voyant des vaches plutôt que des Arabes, savait évidemment qui étaient les meneurs. «Il y a manifestement des clans ethniques, religieux, qui mettent en place quasiment une sorte d'apartheid», disait-elle le 21 juin 2010, quelques jours seulement après la grève. Et user du mot «apartheid» en pleine Coupe du monde en Afrique du Sud, il fallait oser.

La désunion de l'équipe de France n'était pas un secret. Mais pas pour les ressorts qu'avançait Le Pen. «Il semble bien qu'il y ait d'un côté les provinciaux, type Lloris, Toulalan, Gourcuff, mais aussi Govou, expliquait dans le Monde le journaliste Gérard Davet durant la compétition. Puis les gens issus des quartiers dits sensibles, type Ribéry, Anelka et autres. Et enfin les électrons libres comme Malouda, et les anciens, comme Henry ou Squillaci.» Mais pour l'obsédée Le Pen, la vérité était forcément ailleurs.

Texte et photo Pascal Bastien. Libération

La première fois que j’ai photographié Dominique de Villepin, c’était en février 2005. Il était ministre de l’Intérieur du gouvernement Raffarin III. Il venait voir des enfants qui suivaient une formation aux métiers de la sécurité civile, un programme appelé «les cadets de la République». Je découvrais le personnage, son port altier, bravant le froid alsacien en costume léger, surmonté d’une petite écharpe bleue. Je me rappelle surtout de son profond ennui devant une vingtaine de gamins qui déroulaient fièrement des tuyaux dans la cour d’une caserne. 21 ans plus tard, le revoilà parmi la jeunesse, tout hilare, avec des bons mots. Villepin est passé en mode grand frère, il donne presque l’impression aux étudiants qu’il veut se réinscrire à Sciences Po. Je suis le seul photographe avec celui de l’AFP. Pas de cohue avec les caméras TV , je profite de ce temps peu médiatisé pour capter l'énergie débordante de Villepin. Une situation qui révèle son état d'esprit dans la perspective d'une future campagne présidentielle.

• Algérie, toute la journée Nouvelle étape du réchauffement diplomatique ? Tout porte à le croire. Après la main tendue par Laurent Nuñez, c'est au tour de Darmanin de s'offrir un aller-retour express à Alger, avec pour mission de «rétablir les relations judiciaires» entre la France et l'Algérie. Au menu de cette visite éclair, trois dossiers brûlants : la lutte contre la «DZ mafia», le règlement épineux des «biens mal acquis» et le cas de Christophe Gleizes, le journaliste Français détenu en Algérie et dont la situation sera évoquée en marge des discussions.

• Assemblée, après-midi Dans l'hémicycle, les députés poursuivent l'examen de la loi actualisant la programmation militaire avant le vote solennel demain. En dehors de l'hémicycle, le Modem et son président de groupe, Marc Fesneau, organisent avec Élisabeth Borne un colloque sur l'État de droit, en présence notamment de Bernard Cazeneuve.

• Et aussi 

. Macron reçoit la Première ministre du Québec Christine Fréchette ; 

. Lescure préside une réunion des ministres des Finances du G7 ; 

. une session plénière du Parlement européen se tient à Strasbourg jusqu'à jeudi ; 

. et le gouvernement entame au Sénat une course parlementaire pour élargir cette semaine le corps électoral des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie.

On termine avec notre jeu du jour. Quelle phrase en allemand Aurore Bergé porte-t-elle tatouée sur son bras gauche, comme on a pu le voir lors de sa montée des marches du festival de Cannes ?

• Alles wird gut (Tout ira bien)
• Ich komme dir nach (Je te suis)
• Ich bin ein Berliner (Je suis une Berlinoise)
• 99 Luftballons Auf ihrem Weg zum Horizont (99 ballons sur leur chemin vers l'horizon)
• Alles hat ein Ende, nur die Wurst hat zwei (Tout a une fin, seule la saucisse en a deux)
• Was mich nicht umbringt, macht mich stärker (Ce qui ne me tue pas me rend plus forte)

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 

C'est bien ça !

Aurore Bergé a touté sur son bras gauche la phrase «Ich komme dir nach», qu'on peut traduire par «Je te suis», tirée d'un poème de Peter Handke, dont on vous laisse ici les premiers mots : 

«Spiele das Spiel. 

Gefährde die Arbeit noch mehr. 

Sei nicht die Hauptperson. 

Such die Gegenüberstellung. 

Aber sei absichtslos. 

Vermeide die Hintergedanken.»

 Pour retrouver les articles de Chez Pol, c'est juste ici 
 
 


Déterminée. Voilà l'adjectif qui semble le mieux définir Aurore Bergéélue présidente de Renaissance, le camp présidentiel à l'Assemblée nationale, le 22 juin dernier. Sur son bureau, l'inscription “Le chef c'est moi !” le confirme. Et il semblerait qu'elle en porte même la preuve sur son corps. Dans Paris Match , son intervieweuse décrit le tatouage que la trentenaire arbore fièrement sur son bras gauche : une phrase en allemand signifiant “Je te suis” et tirée d'une pièce de théâtre écrite par Peter Handke. La journaliste cite un autre passage de l'ouvrage, révélateur de l'admiration d'Aurore Bergé pour le dramaturge : “Ne décide qu'enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fais des détours”, écrit-il.

Et enfin, les résultats de notre jeu de mercredi. En effet, la mairie de Malemort (Corrèze) a bien décidé d'installer un faux radar. Et non un faux Master Poulet.

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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