À quelques semaines de la Coupe du monde de foot, un documentaire fait un peu parler de lui. Le Bus : les bleus en grève, diffusé par Netflix, revient sur le fiasco de l'équipe de France en 2010 en Afrique du Sud. Les plus jeunes l'ignorent peut-être mais fut un temps où les Bleus n'étaient pas des monstres d'efficacité présentés comme les favoris de la mère de toutes les compétitions. Loin de là. En 2010 donc, les hommes emmenés par Raymond Domenech se vautrent lamentablement et participent à ce qui reste l'un des plus gros scandales du foot français : l'élimination dès la phase de poule après une grève des joueurs protestant contre l'éviction de Nicolas Anelka parce qu'il avait insulté son sélectionneur. Évidemment, les papas que nous sommes à Chez Pol enseigneront à leurs rejetons que non, on n'insulte pas son supérieur même si celui-ci est une catastrophe. Mais très honnêtement, la vision du documentaire nous rend bien plus compréhensifs qu'à l'époque des faits.
Ce retour en arrière a également un intérêt politique : on aurait tendance à l'oublier en écoutant certains médias mais le RN (ex-FN) est un parti raciste. Dans le Bus, plusieurs élus s'expriment sur le scandale de Knysna et, parmi eux, une certaine Marine Le Pen, députée européenne et candidate à la succession de son papa à la tête du parti d'extrême droite. Avant même le naufrage sud-africain, la n°2 du FN estimait que cette équipe ne représentait pas la France et fustigeait «le pognon qui dégouline de ces gens».
«Apartheid» en Afrique du Sud
Après la piteuse élimination, de nombreux politiques se sont insurgés, à commencer par Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé et des Sports et qui, à l'Assemblée, mitraillait les «caïds immatures» de l'équipe de France qui «commandent à des joueurs apeurés». Sous-entendu : la décision de faire grève aurait été imposée par certains joueurs à d'autres. Et Le Pen, dont le père préférait qu'elle grandisse avec ses sœurs en voyant des vaches plutôt que des Arabes, savait évidemment qui étaient les meneurs. «Il y a manifestement des clans ethniques, religieux, qui mettent en place quasiment une sorte d'apartheid», disait-elle le 21 juin 2010, quelques jours seulement après la grève. Et user du mot «apartheid» en pleine Coupe du monde en Afrique du Sud, il fallait oser.
La désunion de l'équipe de France n'était pas un secret. Mais pas pour les ressorts qu'avançait Le Pen. «Il semble bien qu'il y ait d'un côté les provinciaux, type Lloris, Toulalan, Gourcuff, mais aussi Govou, expliquait dans le Monde le journaliste Gérard Davet durant la compétition. Puis les gens issus des quartiers dits sensibles, type Ribéry, Anelka et autres. Et enfin les électrons libres comme Malouda, et les anciens, comme Henry ou Squillaci.» Mais pour l'obsédée Le Pen, la vérité était forcément ailleurs.
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