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CHEZ POL 18 MAI

 

 


#Proche #Parrain #Pompe #Panique #Panthéon
Chez Pol n°1723 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 19 mai et c'est le bon jour pour taper au portefeuille.

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Emmanuel Macron. Photo Xose Bouzas. Hans Lucas (2025)

FAIT MAISON Bergé justifie d'avoir décoré le chanteur Amir

AU COMPTOIR La ministre Barbut en a marre d'être le bouc émissaire de tout le monde, les sénateurs ne veulent pas sacrifier leurs vacances d'été et Paty bientôt au Panthéon ?

CHIFFRE 28

LE MOT «Arbitres»

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Macron veut terroriser les terroristes

L'ADDITION Jouons avec les déclarations

DANS LA LIGNE D'AMIR • Voici venu le temps des décorations. Vendredi, plusieurs décrets ont été publiés au Journal officiel portant promotion et nomination de plusieurs personnalités dans l’ordre national du Mérite. Parmi celles-ci, on note la présence du chanteur franco-israélien Amir, décoré sous le contingent de la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes - notez bien cet intitulé, c’est important - Aurore Bergé. L’artiste fait depuis des mois l’objet d’appels au boycott de la part de militants lui reprochant son soutien à l’État hébreu dans la guerre menée à Gaza. Bergé, elle, justifie son choix auprès de Chez Pol, expliquant que, «depuis plus de 20 ans, Amir s’est engagé au service de causes qui nous rassemblent : paix entre les peuples, lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de haine». «Il a utilisé sa notoriété pour défendre les valeurs universalistes», ajoute-t-elle. Un léger détail vient toutefois écorner ce portrait laudatif. Amir a comme coach vocal un certain Pierre-Yves Duchesne, dont il est proche. Ce nom évoquera peut-être quelque chose aux lecteurs attentifs de Libé. Nous avions révélé en 2022 que Duchesne, alors directeur d’une école de comédie musicale, était accusé par plusieurs dizaines d’élèves d’agression sexuelle et de harcèlement. Amir n’est évidemment pas comptable des actes de son ami/coach mais il n’a jamais réagi, apporté son soutien aux victimes ou même commenté cette affaire. En 2024, deux ans après nos révélations, les deux hommes s’affichaient encore tout sourire sur les réseaux sociaux. La nomination du chanteur, sous le contingent de la ministre chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, peut-elle dès lors être perçue comme problématique ? Pas du tout, rétorque Bergé. «Il n’a en aucun cas à répondre des actes d’un tiers, assure-t-elle. Je ne tolérerai pas qu’une telle confusion puisse s’installer et encore moins qu’elle vienne remettre en question son engagement.» Sy. C.

Aurore Bergé. Photo Ian Langsdon. AFP (2026)

OH LA BARBE • C'est la période qui veut ça : quand on ne parle pas de Budget ni de censure ou de prix de l'essence, c'est qu'on est occupés par une loi ou une crise agricole, la première répondant à la seconde. L'Assemblée entame donc aujourd'hui l'examen du projet de loi d'urgence agricole et devrait nous fournir des heures de débats fleuris autour des questions du stockage de l'eau, des pesticides ou encore de l'élevage. Et un nouveau moment pas forcément facile pour Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, alors que la fin de règne macroniste aura été émaillée de nombreux reculs en matière environnementale. «À au moins deux reprises, l'experte des négociations internationales a voulu claquer la porte» du gouvernement ces derniers mois, écrit l'Opinion ce matin : avant les municipales puis, fin avril, «déçue des retombées médiatiques d'un G7 environnement organisé par la France», malade et ciblée médiatiquement pour son portefeuille d'actions pas très écolo. Mais pour le moment, elle reste. Prise d'un petit syndrome Nicolas Hulot, Barbut explique : «Tout ce que je peux faire pour empêcher les reculs écologiques, je fais, et le jour où je ne sers plus à rien, j'arrête. […] Quand je travaille sur des sujets stratégiques, sur un vrai boulot de fond […], je me dis que ça a de la gueule et que c'est vrai que j'ai un peu de pouvoir pour faire avancer les choses. Je suis utile là où je suis. Mais ce qui m'use et ne me plaît pas, c'est d'être seule. Pour la droite dure, je suis l'horrible écolo, et pour la gauche LFI, je ne sers à rien.» En résumé, Barbut en a marre de servir de bouc émissaire.

Presque Nicolas Hulot. Photo Quentin de Groeve. Hans Lucas. AFP (2026)

LE CHOIX DU SOPHISME • Sans transition, parlons de Bernard Cazeneuve. Invité de France Inter ce matin, l'ancien Premier ministre de François Hollande a une nouvelle fois exprimé son désir d'être candidat à la présidentielle - sans toutefois s'engager totalement. Un feuilleton rébarbatif et épuisant mais que Cazeneuve étend pourtant plus que de raison. Signe toutefois que l'homme politique le plus classe de Normandie y pense tout le temps, ses arguments contre LFI sont prêts. Sans qu'on le lui demande, Cazeneuve a tenu à critiquer la volonté des insoumis de bloquer les prix de l'essence. «Ça a déjà été essayé au Venezuela et à Cuba, ça a conduit à une pénurie considérable, résume-t-il avec un sens du sophisme assez élevé. Si nous mettions en place cette mesure, ceux qui nous vendent du pétrole n'auraient plus de raison de nous en vendre.» Un argument qui doit cependant être nuancé. Le blocage des prix au Venezuela ou à Cuba est permanent quand les mesures proposées dans certains autres pays sont temporaires. En Croatie par exemple, le gouvernement a introduit début mars 2026 des prix maximums à la pompe. La Grèce a, elle, décidé de plafonner les marges des distributeurs. En Corée du Sud, le gouvernement a instauré un plafonnement des produits pétroliers… Des pays pas franchement soviétiques.  

DROIT À LA PARESSE • Depuis la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, l'exécutif a engagé un bras de fer régulier avec le Sénat. Et la question de la pause estivale risque de raviver le conflit. Car le Premier ministre aimerait beaucoup ne pas trop glander cet été en ouvrant une session extraordinaire du Parlement jusqu'au 21 juillet, notamment pour faire passer le texte sur l'aide à mourir, dans un calendrier surchargé par une avalanche de projets de loi annoncés après le Budget. Mais le parrain de la chambre haute, Gérard Larcher, ne l'entend pas de cette oreille. Le président LR du Sénat plaide pour qu'un éventuel rab parlementaire ne dépasse pas le 14 juillet, rapporte le Parisien. Et quand Larcher dit non, il est conseillé de l'écouter. «En général, mieux vaut ne pas trop le fâcher», sourit auprès du quotidien un président de groupe au Sénat. Si les sénateurs ne veulent pas bosser après la fête nationale, ce n'est pas uniquement pour aller se dorer la pilule au bord d'une plage méditerranéenne mais pour préparer les sénatoriales. Un tiers des sièges sont en effet remis en jeu en septembre et les candidats préfèrent sillonner le terrain plutôt que les travées du Palais du Luxembourg.

Quand on te dit que tu vas bosser cet été. Photo Daniel Perron. Hans Lucas via AFP (2026)

ENTRE ICI • La mémoire de Samuel Paty est au cœur de l'actualité. Après le procès en appel de son assassinat, le film L'abandon, présenté hors compétition au Festival de Cannes, s'est attaqué à la difficile tâche de raconter les événements qui ont mené à la mort du professeur d’histoire-géographie, entre enjeux de fidélité à son sujet et risque d’instrumentalisation. Le député LR Jean-Louis Thiériot profite de cette actualité chargée pour déposer une proposition de résolution «invitant le gouvernement à soutenir l'entrée au Panthéon de Samuel Paty». Celui qui a été un très éphémère ministre délégué auprès du ministre des Armées sous Michel Barnier peut s'appuyer sur une pétition pour la panthéonisation du professeur assassiné, soutenue notamment par la famille Paty et de nombreux politiques actifs ou retraités (Bartolone, Cazeneuve, Lisnard, Valls, Vallaud-Belkacem…) et qui dépasse désormais les 54 000 signataires.

C'est, selon une estimation du Monde, le nombre de fuites de données personnelles visant le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Car comme tout le monde ou presque, les membres du gouvernement sont aussi touchés par ce fléau de notre époque. Barrot semble décidément être une cible bien facile : son imprudence avait causé le piratage de son téléphone personnel et provoqué une «panique des services de sécurité de l’État», avait révélé Mediapart fin 2024. Mais il est loin d'être seul au sein de l'exécutif, rappelle cette fois le quotidien du soir : «Tous les ministres régaliens ont été touchés ces dernières années.» Nos confrères évoquent 18 fuites pour Catherine Vautrin (Armées), 15 pour Gérald Darmanin (Justice), 10 pour Roland Lescure (Économie), 3 pour Laurent Nuñez (Intérieur) et même 9 pour Sébastien Lecornu, dont l'adresse personnelle a été publiée en ligne en avril 2024, alors qu'il était ministre des Armées. L'actuel Premier ministre aurait été touché notamment via «un site e-commerce grand public», précise le Monde, qui prévient que ses propres chiffres sont sans doute «une estimation très basse». Pour ses calculs, il s'est en effet basé sur des «outils [qui] agrègent uniquement des fuites publiées en ligne (beaucoup ne le sont pas), recensent seulement les fuites d’ampleur et ont un fort tropisme anglo-saxon». Le nombre de failles de sécurité touchant les membres du gouvernement, y compris les plus importants, est donc sans doute encore plus élevé. Rassurant...

En politique comme en foot, l'arbitre a-t-il toujours le mauvais rôle ? Vous avez 4 heures. Patrick Kanner, lui, n'a pas eu besoin d'autant de temps ce matin sur Public Sénat pour rappeler tout le mal qu'il pense d'une primaire à gauche. La faute, selon lui, à un problème d'«arbitre». Le patron des sénateurs PS redoute qu'un duel entre socialistes et «le groupe des verts» ne tourne au noyautage insoumis. «Cette primaire n'a aucun sens avec en arbitres suprêmes les électeurs de Mélenchon qui viendraient voter pour choisir celui que Mélenchon voudrait avoir face à lui au 1er tour», poursuit-il. Kanner soutient Construire 2027, l'initiative lancée par Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot et Boris Vallaud et dont le manifeste peine à dépasser les 20 000 signataires. Un détail qui ne plaide pas vraiment pour un élan populaire irrésistible. Surtout, le sénateur semble avoir la mémoire qui flanche. La primaire PS de 2017 devait être faussée par des électeurs de droite préférant Manuel Valls à Benoît Hamon. Celle de la droite en 2016 devait voir les électeurs de gauche affluer en masse pour adouber Alain Juppé et repousser le retour de Nicolas Sarkozy. Au coup de sifflet final, Hamon l'a emporté d'un côté, Fillon de l'autre, sans qu'aucune influence extérieure ne vienne troubler le scrutin.

• Assemblée, dès 15h Après les questions au gouvernement et avant de se pencher sur l'examen du projet de loi d'urgence agricole, les députés vont solennellement se prononcer sur la loi actualisant la programmation militaire. Parallèlement, la commission d’enquête «relative à l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics» auditionne Éric Lombard (16h30) puis Amélie de Montchalin (18h).

• Paris, 18h35 Macron participe à la 5e conférence ministérielle No Money For Terror, organisée dans le cadre de la présidence française du G7 pour lutter contre le financement du terrorisme. Dans la matinée, le Président se rend d'abord à l'exposition REuse Economy lors de laquelle il doit présider un conseil de planification écologique délocalisé depuis la Porte de Versailles.

• Et aussi Le Sénat poursuit l'examen du projet de loi Ripost ; une session ordinaire du Conseil de Paris s'ouvre pour la semaine avec un hommage prévu à Lionel Jospin ; Ciotti reçoit à Nice l'ambassadeur américain en France, le trumpiste Charles Kushner, pour évoquer le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis ; Retailleau est en Pologne, Tondelier en Espagne et Bompard à Londres ; et Attal participe à 19h à Colmar à un grand rassemblement en faveur du retour de la région Alsace.

On termine avec notre jeu du jour. Qu'est-ce que Bruno Le Maire dit avoir «l'intention de déclarer» avant cet été ?

• Rien
• Ses impôts
• Sa flamme à la France
• Sa flamme à sa femme
• Sa flamme à la littérature
• Sa candidature à la présidentielle

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


Absolument !

Démentant formellement auprès du Parisien toute déclaration de candidature à la présidentielle présentée par certains comme imminente, l'ex-ministre de l'Économie l'assure dans un trait d'humour fascinant : «La seule déclaration que j’ai l’intention de faire avant l’été est ma déclaration d’impôts ! Tout le reste est pure invention.»

 Pour retrouver les articles de Chez Pol, c'est juste ici 
 
 

Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, Aurore Bergé arbore bien un tatouage avec la phrase en Allemand «Ich komme dir nach», qu'on peut traduire par «Je te suis», tirée d'un poème de Peter Handke. Et non «Alles hat ein Ende, nur die Wurst hat zwei» («Tout a une fin, seule la saucisse en a deux»). 

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info

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