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CHEZ POL 20 MAI

 


#Sprint #Chevaliers #Valises #Omerta #Rasoir
Chez Pol n°1724 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 20 mai et c'est le bon jour pour dérailler.

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J'ai dit une connerie ? Photo Cha Gonzalez. Libération (2025)

FAIT MAISON Attal se rêve en Chirac face à Édouard Balladur Philippe

AU COMPTOIR Nouveau sujet de discorde inattendu pour le PS, le silence gênant du gouvernement sur l'ingérence israélienne, et Mélenchon promet de démanteler les groupes de presse des milliardaires

PASSION ARCHIVES LFI rattrapée par son soutien au Premier ministre homophobe du Sénégal

LE CHIFFRE À LA CON 37

YOUPOL L'«Arabe» de Ruffin répond à Ruffin

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Banque de France : le candidat de Macron face aux vents contraires de l'Assemblée

L'ADDITION Jouons avec les cadeaux

UN ÉDOUARD PEUT EN CACHER UN AUTRE • Comment dire des horreurs sur Édouard Philippe sans en avoir l’air ? Gabriel Attal et ses troupes ont trouvé un angle d’attaque en clamant leur amour pour Jacques Chirac, version 1995. «Il partait de loin au départ mais a su déjouer tous les pronostics en parlant au cœur des Français», s’attendrit Attal dans la Tribune Dimanche, confessant «regarde[r] beaucoup» sa campagne de l’époque. Depuis plusieurs semaines, les proches du patron de Renaissance, qui devrait déclarer sa candidature en fin de semaine dans l’Aveyron, tentent de vendre un remake dans lequel il reprendrait le rôle de Chirac le challenger face à un Premier ministre favori des sondages, un brin psychorigide et pas doué pour le contact avec les Français. Un certain Édouard… Balladur. «Il était plus haut dans les sondages, c’était plus facile pour les cadres et les barons du RPR et de l’UDF de rester à l’abri chez lui, alors que Chirac dialoguait avec les Français», se souvient un proche d’Attal. «Ça se retrouve aujourd’hui, sous-titre une députée attaliste. Il y a d’un côté une démarche installée, dans le confort, presque dans l’autosatisfaction, et une autre qui n’est pas installée, qui ne dit pas "je suis", mais "je fais".» 

Et le camp Attal de jouer au jeu des sept différences

. Philippe a déclaré sa candidature dans une interview au Point en septembre 2024 ? Lui le fera «auprès des Français» dans un déplacement de terrain dans un département rural. 

. Philippe temporise sur le dévoilement de son programme «massif» et donne rendez-vous à ses soutiens lors d’un meeting parisien le 5 juillet ? Attal accélère et tiendra une grande réunion publique le 30 mai dans la capitale. 

. «Il y a un côté "je n’ai pas besoin de faire campagne" chez Philippe, alors que Gabriel est à fond et prend des risques», juge un proche du député des Hauts-de-Seine. 

. Lequel est engagé dans un sprint pour arracher d’ici à février 2027 le statut de candidat naturel dont jouit encore Philippe. J.-B. D.

Édouard². Photo Denis Meyer. Hans Lucas via AFP (2019)

PHILIPPE PAYE SA TOURNÉE • Amateur de bière, comme Chirac, le maire du Havre est-il vraiment en voie de balladurisation«Ça ne correspond pas à la réalité, rétorque le trésorier d’Horizons, François Goulard. Philippe construit sa campagne depuis 5 ans avec ses tournées en province, en parlant à la presse régionale et en voyant beaucoup de monde. Il accumule les contacts. Chirac faisait ses campagnes comme ça. C’est du travail de fond, pas uniquement quelques apparitions médiatiques.» Ouch. Qu’on l’accuse de «privilégier la communication au fond» est justement la critique qui «fait le plus mal» à Attal, s’épanchait-il dans le Point le mois dernier. J.-B. D.

ÉLECTION / RÉACTION • La multipropriété est un fléau. Dans le foot comme dans les médias. Après avoir porté une proposition de loi transpartisane contre ce phénomène dans le monde du ballon rond via le député Éric Coquerel, LFI lorgne désormais un autre terrain de jeu : la concentration des médias. Selon France Info et France Inter, si Jean-Luc Mélenchon posait ses valises à l'Élysée, l'une de ses premières mesures consisterait à démanteler les grands groupes de presse privés. Le comment, notamment au niveau légal, fait encore débat chez les insoumis, mais la cible, elle, est claire : les milliardaires. Bernard Arnault, proprio des Échos et du Parisien, et surtout Vincent Bolloré, patron de Canal+ et des médias du groupe Lagardère (Europe 1 et le JDD), sont dans le viseur insoumis, en guerre plus globale contre les médias traditionnels.

Jean-Luc Mélenchon. Photo Miguel Medina. AFP (2026)

SILENCE COUPABLE • Puisqu'on parle de LFI, difficile de ne pas évoquer ce matin le silence poli des autorités françaises concernant une campagne de désinformation menée contre les insoumis durant les municipales. En enquêtant sur BlackCore, l’entité débusquée par les autorités françaises derrière cette opération d’ingérence, Libé et Haaretz ont mis au jour des outils en développement pour des campagnes d’influence en ligne et sont remontés à deux entreprises basées en Israël. Mais comme l'écrit le Canard enchaîné ce matin, le rapport de Viginium - l'entité chargée de repérer les intox numériques étrangères - sur le sujet a été largement caviardé. D'après l'hebdo, le président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, Christian Charpy, a exigé que des pans entiers du rapport soient supprimés pour ne pas être utilisés par LFI à des fins politiques. «Quelle honte !, a réagi Mélenchon. Pourquoi cette omerta ? Qui protègent-ils ? Le gouvernement se tait, complice par son silence d'agissements contre la démocratie et l'intérêt national.» Également visé, le candidat défait à Toulouse, François Piquemal, réclame ce matin l'annulation de l'élection de son adversaire, l'ex-LR Jean-Luc Moudenc.

COMBIEN DE DIVISIONS ? • Existe-t-il un seul sujet au monde sur lequel tous les socialistes peuvent tomber d'accord ? On ne dirait pas, tant ils se tombent plus souvent sur la tronche qu'autre chose. Figurez-vous que les parlementaires roses n'arrivent même pas à être alignés sur le fait d'approuver ou non la nomination, voulue par Emmanuel Macron, de son ex-secrétaire général de l'Élysée, Emmanuel Moulin, à la tête de la Banque de France. Moulin passe en audition devant les commissions des Finances du Sénat puis de l'Assemblée ce matin. Les deux instances voteront ensuite pour ou contre sa candidature et il faut trois cinquièmes de contre pour le bloquer, soit 72 voix sur 121, sachant qu'il y a a priori 58 élus hostiles à Moulin. Mais si la gauche à l'Assemblée devrait rejeter le candidat de Macron comme un seul homme (les députés PS ayant annoncé hier leur vote contre), ce ne sera peut-être pas le cas au Sénat. Nul autre que le président socialiste de la «comFi» de la chambre haute, Claude Raynal, pourrait ainsi faire défaut. Son vote «sera fixé à l’issue de l’audition [...] mais ne saurait être un vote contre», dévoile son entourage à TF1. Déjà 1 voix PS de perdue sur les 7 que comptent les roses au palais du Luxembourg. Et ce n'est semble-t-il pas à droite qu'on trouvera de preux chevaliers assez fous pour se battre contre Moulin. Il y a un an déjà, c’est un terrible cortège d’indifférence parlementaire - y compris chez LR - qui avait accompagné sa nomination à l’Élysée, malgré son implication dans le dérapage des finances publiques en tant que dircab de Bruno Le Maire à Bercy puis de Gabriel Attal à Matignon.

Claude Raynal. Photo Bastien Ohier. Hans Lucas via AFP (2026)

DREAM TEAM • Se hâter lentement, telle semble être la marque de fabrique de Bernard Cazeneuve. 3 ans après le lancement de son parti La Convention, l'ancien Premier ministre de François Hollande a enfin structuré sa petite écurie présidentielle, dans l'espoir de jouer un rôle en 2027. Si possible le premier. L'Opinion a dévoilé le casting de cette armée mexicaine composée plutôt de seconds rôles que de têtes d'affiche. Au comité politique, on retrouve le big boss du PRG Guillaume Lacroix, l'ancien socialiste reconverti en ministre macroniste François Rebsamen, les ex-PS Michel Destot et Marie-Annick Barthe, ou encore l'ancienne macroniste et porte-parole d'En Commun Cécile Rilhac. Le mouvement revendique par ailleurs une force de frappe parlementaire impressionnante de 10 députés et 8 sénateurs. Et La Convention s'est enfin dotée de porte-parole : 8 au total, dont l'ancienne macroniste Stella Dupont, l'ex-rose David Habib ou l'ex-député Liot redevenu maire de Nogent-le-Rotrou, Harold Huwart. De quoi faire trembler dans l'écurie rivale de Raphaël Glucksmann. Ou pas.

EST-CE QUE TU BOSSES POUR LES VACANCES ? • Les sénateurs ne sont pas les seuls à avoir coché le 14 juillet dans leur agenda comme date pour partir en vacances (ou en campagne pour les sénatoriales). Les députés aussi ont envie de lever le pied au cœur de l'été. Alors que le gouvernement rêve de prolonger une éventuelle session extraordinaire au-delà de la fête nationale, l'Assemblée semble elle aussi avoir en tête cette échéance de mi-juillet pour baisser le rideau. C'est ce qu'on comprend ce matin à l'écoute de Yaël Braun-Pivet sur France Inter. La présidente de la chambre basse a livré le calendrier de la loi sur la fin de vie, dont le parcours parlementaire ressemble à un feuilleton sans fin. «Nous aurons un examen avant la fin du mois de juin et un vote qui devrait intervenir début juillet», assure celle qui veut se «battre» pour que ce texte aboutisse enfin. Et d'ajouter : «Il sera adopté à l'Assemblée de façon définitive avant la trêve estivale, donc avant le 14 juillet.» 

Jean-Luc Mélenchon et Ousmane SonkoPhoto Seyllou. AFP (2024)

Et ce qui devait arriver arriva

Interpellé mi-février, un ingénieur français est écroué au Sénégal. Son crime ? Avoir eu des relations homosexuelles dans un pays qui a décidé de faire la chasse aux LGBT+. La loi sénégalaise punit désormais les relations homos de 5 à 10 ans de prison et personne ne peut être surpris : en durcissant la législation, le Premier ministre Ousmane Sonko a tenu une promesse de son camp durant la dernière présidentielle, en 2024, sur la «criminalisation des actes contre nature». Face à la détention d'un Français, la tentation est pourtant grande de s'élever. «L’homosexualité n'est pas un crime, a ainsi protesté hier l'eurodéputée LFI Manon Aubry. [...] Je veux exprimer mon profond désaccord avec cette persécution et ma solidarité totale avec les personnes victimes de cette homophobie. Tout mon soutien au ressortissant français arrêté. La France doit agir pour sa libération et accorder l’asile aux réfugiés sénégalais qui le demandent.»

Mais LFI est-elle réellement en position de critiquer ? Le mouvement de gauche a soutenu le camp de Sonko, dont l'homophobie n'était pas cachée. En mai 2024, quelques semaines après l'accession au pouvoir de son parti, le Pastef, il remerciait LFI pour son soutien «constant, sans arrière-pensée, au nom de la défense de la liberté, des valeurs que nous partageons, de la démocratie». Mélenchon avait fustigé la dissolution du Pastef en 2023 par l'ancien pouvoir en place. Et un an plus tard, il avait salué la nomination de Sonko au poste de Premier ministre : «Qui aime le Sénégal démocratique, comme les insoumis, lui souhaite plein succès.»

Le mouvement mélenchoniste n'a cependant jamais cautionné la politique homophobe de Sonko. En mai 2024, au cours d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre sénégalais, Mélenchon avait tenu sa position sur les droits des LGBT+, défendant la possibilité du mariage homosexuel en vigueur en France. «Je suis hétérosexuel mais j'ai considéré que cette liberté d'amour devait être ouverte à tous ceux qui voulaient en bénéficier. Et c'est pourquoi je vous le dis, les yeux dans les yeux, que j'assume ma position politique. Je ne chercherais pas à vous l'imposer», avait-il lancé aux côtés de Sonko, rappelant qu'en France, ce sont «les pires réactionnaires et les pires racistes qui se sont opposés à cette disposition légale». Fortement hué par la foule après avoir imaginé qu'un jour, le Sénégal pourrait peut-être choisir cette même voie de la tolérance, Mélenchon avait conclu : «Vous ferez bien comme vous voulez et nous aussi.» 

L'«Arabe» de Ruffin répond à Ruffin

C'était peut-être une bonne idée au départ, cette BD plutôt qu'un énième livre rasoir pour accompagner la candidature pré-présidentielle de François Ruffin. Mais elle paraît beaucoup moins bonne depuis la parution du fameux ouvrage, Picardie Splendor, qui s'accompagne de nombreuses accusations de racisme, néo-colonialisme et paternalisme contre Ruffin et sa posture de «sauveur blanc». Notamment à cause de la scène du train bloqué où le «député-reporter» dénoue la situation d'une passagère noire refusant de payer une verbalisation émise par deux policiers car elle s’estime en règle. Alors que les esprits s’échauffent, le Picard, grand seigneur, se propose de payer l’amende de 11€ et demande à un autre passager, maghrébin et ayant pris la défense de la femme, de «respecter la police». Plus tard, un Ruffin bombant le torse toise cet homme penaud qui s'excuse de s'être «un peu énervé» et félicite l'élu d'être «intervenu». Une scène dans laquelle Ruffin lui-même dit à Libé «ne pas se reconnaître». Celui qui revendique avec humour être «l'Arabe de la BD de Ruffin» donne d'ailleurs une version assez différente des événements. 

«On n'avait pas besoin de lui»

Auprès de Mizane, qui se présente comme «un site de réflexion, d’information, d’analyse et d’éclairage consacré à l’islam et au monde musulman», un certain Félix (qui précise n'être «pas maghrébin» mais «Français de souche» [sic]) explique que si Ruffin est intervenu une fois la scène bien entamée, c'est surtout parce qu'il avait l'air «pressé» que le train reparte. Le député aurait bien proposé de payer l'amende mais en aurait été incapable, du fait d'un oubli de code de carte bleue. Félix aurait alors payé lui-même, avant que Ruffin ne lui propose de le rembourser par chèque - un détail qui «n'est pas raconté dans la BD», regrette-t-il. «Je passe pour le mec qui s'énerve, qui ensuite le remercie d'être intervenu, alors que jamais de la vie je ne l'ai remercié, assure-t-il. [...] Dans la BD, on a l'impression que c'est lui qui règle la situation. Alors il est intervenu, mais pas du tout face à une situation qui pouvait le choquer, mais parce qu'il avait envie de repartir. […] Dans la BD, je suis juste en train de m'énerver puis de m'excuser alors qu'on a discuté ensuite, on a discuté un peu de politique. C'était beaucoup plus complexe que ce qu'il raconte, c'est une caricature.» Et Félix de contester l'idée d'un conflit opposant «les Arabes et les noirs [à] la police blanche» miraculeusement solutionné par «un politique blanc» et surtout la «position de bon politique qui règle le problème et de citoyens lambda qui savent pas faire». «On n'avait pas besoin de lui, en fait», dit-il encore, s'interrogeant : «Pourquoi il me représente comme ça, quel est l'intérêt de me représenter comme ça ?» Contacté ce matin par Chez Pol pour réagir à cette version, l'entourage de Ruffin ne nous a pas répondu.

• Parlement, matinée Passer un sale quart d’heure face aux commissions des finances de l’Assemblée et du Sénat ? Emmanuel Moulin a l’habitude. L’éphémère secrétaire général de l’Élysée a eu son lot d’auditions musclées sur le dérapage des finances publiques. Sauf que ce matin, députés (11h) et sénateurs (9h) tiennent entre leurs mains l’avenir de l’ex-directeur du Trésor. S’ils sont plus de trois cinquièmes à voter contre, le candidat de Macron pour remplacer François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France sera barré, en vertu de l’article 13 de la Constitution.

• Paris, 14h Quelle présidente pour la 3e chambre de la République ? Les 175 membres du Conseil économique, social et environnemental (Cese) vont élire pour la première fois une femme à la tête de l'institution, la militante associative Claire Thoury ou l'entrepreneure Dominique Carlac'h. Les deux candidates s'exprimeront à l'ouverture de la séance plénière, avant un vote à bulletins secrets.

• Et aussi Après les sénateurs, les députés examinent la réforme pour élargir dans l'urgence le corps électoral des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, à moins de 6 semaines du scrutin ; après avoir présidé un conseil des ministres dans la matinée, Macron s'entretient à 20h avec James Marape, Premier ministre de Papouasie-Nouvelle-Guinée ; Retailleau arrive en Ukraine ; Attal poursuit son déplacement alsacien à Strasbourg avec une nouvelle «nuit de la Nouvelle République» ; et Ruffin fait à Valenciennes sa 2e réunion publique façon entretien d'embauche.

On termine avec notre jeu du jour. Qu'a offert la Première ministre du Québec, Christine Fréchette, à Macron ?

• Une statuette de castor
• Un portrait de Jacques Cartier
• Une bouteille édition limitée de sirop d'érable
• Un manuscrit de la recette originale de la poutine
• Un exemplaire dédicacé de l'autobiographie de Céline Dion
• Un maillot de l'équipe de hockey des Canadiens de Montréal

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


Eh oui !

La Première ministre canadienne a bien offert un maillot des Canadiens de Montréal à Macron, floqué au nom du joueur français Alexadre Texier.

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Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, Bruno Le Maire a bien dit avoir «l'intention de déclarer» ses impôts avant cet été. Et non pas sa flamme à la littérature, même si c'est vrai que l'actualité manque cruellement de paragraphes sur des «renflements bruns».

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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