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CHEZ POL 26 MAI

 


#Acide #Cœur #Bisounours #Suspense #Sincérité
Chez Pol n°1727 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 26 mai et c'est le bon jour pour être survolté.

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Quand on t'a pas mis au courant. Photo Ludovic Marin. AFP (2020)

AU COMPTOIR L'étrange réf' de Glucksmann à «la France aux Français» ; Attal et Philippe ne partiront pas en vacances campagne ensemble ; et bientôt le candidat que personne n'attendait

YOUPOL La triple bafouille d'Attal sur sa réforme fétiche

PASSION ARCHIVES #MeToo : Philippe a fait sa mue

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Où Macron trouve-t-il toute cette énergie ?

L'ADDITION Jouons avec les rassemblements

TABLE TA GUEULE À LA RÉCRÉ • La question pourrait se poser à l'approche de l'été, mais non : Gabriel Attal et Édouard Philippe ne partiront pas en vacances ensemble. Reste à savoir s'ils seront capables de partir en campagne ensemble si l'un doit finalement se ranger derrière l'autre pour 2027. La tonalité très acide de leurs récents échanges à distance n'est pas rassurante à ce sujet, malgré un «comité de liaison» de leurs proches censé garantir un pacte de non-agression. «J’ai mon style, je suis sérieux. Je ne vais pas monter sur la table pour faire le malin», persiflait le maire du Havre dans le Parisien vendredi, jour de l'officialisation de la candidature du patron de Renaissance. Lequel répond sur France Inter ce matin dans une tirade très préparée : «Je vous confirme, je suis déjà monté sur une table. J'étais Premier ministre, on était en pleine crise agricole et je suis allé à Carbonne, sur l'A64 où vous aviez 400 agriculteurs qui bloquaient l'autoroute [remember, ndlr]. Je suis monté sur la table pour leur parler et d'ailleurs, ils ont débloqué ce péage après que je sois monté sur la table pour échanger avec eux. Donc moi je vais vous dire : oui, il faut parfois savoir monter sur la table et c'est ma personnalité. Moi, je vais au contact, je me dérobe pas, je cherche plutôt à régler les problèmes, je comprends que ce soit pas la personnalité de tout le monde...» Et Attal d'enfoncer, confirmant que ce n'est «manifestement» pas celle de son prédécesseur à Matignon, qui appréciera donc de savoir qu'il ne se préoccupe pas beaucoup de «régler les problèmes». Allez, bonne semaine, on n'est que mardi.

Selon les nouvelles règles de la Fifa, cette action est sanctionnable de deux cartons rouges. Photo Thomas Samson. AFP (2025)

AVEC DES YEUX DE BITCHE • Mais cette animosité dans le propos public d'Attal n'est rien à côté des innombrables perfidies que ses proches balancent dans la presse au sujet de Philippe depuis des jours, globalement pour le repeindre en Balladur ou Juppé 2.0 : un favori chiant et trop prudent, qui finira par s'effondrer. Tout cela n'empêche évidemment pas le chef des députés Renaissance de jouer les bons garçons et de prétendre ne pas vouloir alimenter la chronique des petites phrases. Interrogé sur ce qui le différencie du Havrais pour un électeur macroniste de 2017, juste après sa saillie dont on vient de parler, Attal répond donc la bouche en cœur : «Je vois bien le petit jeu de certains, qui cherchent à nous opposer en permanence, à nous faire parler de l'un, de l'autre. Je rentrerai pas là-dedans.» Nooooon, ce n'est vraiment pas le style de la maison...

CAPTAIN OBVIOUS • Pas exactement l'ambiance idéale pour, in fine, se retrouver derrière le meilleur d'entre eux. Élisabeth Borne, qui a claqué la porte de la direction de Renaissance en protestation contre l'activisme d'Attal, ne croit pas une seconde à une campagne de bisounours entre les deux figures du «bloc central». «Je ne crois pas à une compétition apaisée», lâche l'ex-Première ministre sur France Info, regrettant de voir toute cette énergie «dépensée» à se bastonner. «Il ne faut pas se tromper de combat», ajoute-t-elle, estimant que le rassemblement devrait primer face au «risque» d'un second tour RN-LFI. Un conseil de sagesse que, visiblement, personne dans son camp n'est pressé de suivre.

Elisabeth Borne actuellement. Source : Giphy

PLUS ILS SONT DE FOUS, PLUS ON RIT • Si vous trouviez qu'il y a déjà beaucoup trop d'ambitieux voulant conquérir l'Élysée, sachez qu'un nouveau parti vient de se positionner. Selon les infos du streamer politique Hugo Couturier, Equinoxe, petit mouvement écolo-centriste, prévoit lui aussi d'aligner son candidat pour la course à la présidentielle. Mais il faudra encore patienter jusqu'à début juin pour découvrir l'identité de celui ou celle qui portera les couleurs de ce parti pro-nucléaire, inspiré par le médiatique ingénieur Jean-Marc Jancovici. Insoutenable suspense. En attendant, un sacré parcours du combattant se dresse devant le futur prétendant puisqu'il lui faudra trouver les 500 signatures de maires indispensables pour figurer sur la ligne de départ. Pas une mince affaire pour un mouvement qui revendique pas moins de 7 maires. Le plus dur ne fait que commencer.

FAF AUX FRANÇAIS • «Glucksmann cherche sa gauche», peut-on lire en une de Libé ce matin. Il la cherche mais il ne la trouve pas, visiblement. «Je vous parle depuis la gauche, depuis cette croyance ferme que la politique transforme le monde et change la vie», martèle-t-il dans son livre Nous avons encore envie. Et quand on a besoin de rappeler sans cesse que l'on parle depuis la gauche, c'est que l'idée n'est pas naturelle. Les mots suivants de Glucksmann n'arrangent rien : «Je ne parle pas ici de la gauche à la gauche, mais de la France aux Français.» Hmmm cette «France aux Français», qu'elle sonne étrangement. Ce slogan était le sous-titre du journal antisémite du début du XXe siècle la Libre Parole. Il était aussi le slogan de mouvements antisémites comme l'Œuvre française. Il fut encore repris par le FN sauce Jean-Marie Le Pen, dans les années 80-90. Mais Glucksmann n'invente rien en reprenant cette formule. Attal l'avait fait avant lui. En mars, il jugeait urgent «que nous nous remettions à parler de la France aux Français». Alors évidemment, aucun des deux n'adhère aux thèses fumistes de ces mouvements mais ils tentent de se réapproprier cette expression. Et par là même, de parler à l'électorat parti à l'extrême droite. 

Attal a la réforme qui flanche

On pointe assez régulièrement les revirements et contradictions de certains politiques pour devoir, à l'inverse, reconnaître quand d'autres ont de la suite dans les idées. Mais cela tourne parfois à l'obsession. Dans le cas d'Attal, il en est une majeure : réduire les droits au chômage pour réaliser des économies et rendre «incitatif» le retour au travail, ce qui a pourtant déjà été fait en 2021, 2023 et 2025 - avec des effets sur l'emploi qui restent à démontrer. Après l'officialisation très authentique de sa candidature vendredi en Aveyron puis au JT de TF1 samedi, l'ex-Premier ministre était sur Brut dimanche pour une longue interview. Au cours de laquelle il a donc indiqué vouloir encore réduire la durée d'indemnisation chômage, pour «se mett[r]e à peu près au niveau de la moyenne des pays européens sur la durée d'indemnisation, le nombre de mois qu'il faut avoir travaillé pour pouvoir avoir le chômage». L'occasion d'un premier baffouillage : «C'est pas une question de raboter... Oui, c'est … Oui 'fin c'est aussi incitatif pour reprendre un travail, c'est non pas supprimer l'assurance chômage [on est rassurés, ndlr] mais se mettre dans la moyenne des pays européens.» Mais quelle est-elle donc, cette fameuse moyenne ? Yeux froncés, le patron de Renaissance répond à côté : «Non mais ce que j'avais proposé, moi, c'était autour de 18 mois d'indemnisation, par exemple.» Oui, ce sont même les règles... actuellement en vigueur, lui fait alors remarquer le journaliste. Ajoutons que cela date du décret qu'Attal lui-même avait pris en pleine campagne législative post-dissolution, en 2024, et appliqué progressivement à partir de début 2025. Nouveau bafouillage de compétition du candidat à l'Élysée : «Non non, j'avais proposé de... Ou alors j'avais proposé de passer... Bref.» Oui, passons à autre chose, d'accord ? Eh bien non, le journaliste en face insiste gentiment : «Parce qu'on était à 24 mois avant et maintenant on est passés à 18.» Troisième et dernier bafouillage d'Attal : «Ouais c'est ça et en fait on va faire une nouvelle proposition sur le sujet, j'ai plus en tête exactement - ça date d'il y a 2 ans ce que j'avais proposé dans ma réforme.» Alors soyons honnêtes : nous aussi, on s'y perd allègrement. Mais quand on veut réformer quelque chose, en général on sait exactement comment, combien, quand, etc. D'ailleurs, la dernière proposition du député des Hauts-de-Seine en la matière ne date pas d'il y a 2 ans (ça, c'est la réforme qu'il a impulsée depuis Matignon), mais de septembre dernier : dans leur proposition de 5e réforme de l'assurance chômage en 8 ans (!), les députés macronistes dont il est le chef voulaient alors rendre «nécessaire d’avoir travaillé 8 mois sur les 20 derniers mois, contre 6 mois sur les 24 derniers, pour bénéficier d’une indemnisation» et réduire «la durée maximale d’indemnisation de 18 à 15 mois». Mais peut-être que s'il ne s'obstinait pas à tout durcir tous les 6 mois, Attal le saurait.

Les temps ont changé, demain tout ira mieux, tu verras. Photo Philippe Lopez. AFP (2018)

On peut ignorer une fois une personne

Que représentent 8 ans à l'échelle d'une société ? Pas grand-chose et pourtant, que de chemin parcouru depuis cette formidable année où Chez Pol naissait et la France remportait sa 2e étoile, notamment sur le traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles. Il suffit d'écouter Philippe pour s'en convaincre. Samedi, sur le plateau de C à vous, celui qui ambitionne de devenir Président à la place du Président a évoqué l'affaire Patrick Bruel, accusé par des dizaines de femmes de viols et d'agressions sexuelles.

Le maire du Havre a été clair : «Quand quelqu'un dit qu'elle est victime, on l'écoute. Quand 30 personnes disent qu'elles ont été victimes, on les écoute avec autant d'attention que la première mais ça crée quelque chose. On ne peut pas faire comme si ça n'existait pas.» Philippe est même allé plus loin en expliquant que, personnellement, il n'irait pas à un concert de Bruel «à cause de ça»«Ça me gênerait d'y aller», a-t-il encore ajouté avant de se lancer, tout de même, dans une défense de la présomption d'innocence.  

«Rumeurs»

Voilà qui change. Car si Philippe serait désormais gêné d'aller à un concert de Bruel parce qu'il est accusé de viol, il n'était pas du tout gêné pour faire de Nicolas Hulot son ministre de l'Écologie alors même qu'il était accusé de viol. En février de l'an de grâce 2018, l'hebdomadaire Ebdo avait révélé que l'ex-animateur avait fait l’objet en 2008 d’une plainte pour un viol commis en 1997. La plainte avait été classée sans suite pour cause de prescription.

À l'époque, Matignon qu'occupait Philippe y était allé de son communiqué de soutien et avait défendu le ministre, qui avait anticipé les révélations d'Ebdo en s'exprimant sur BFMTV. «Hulot s'est exprimé avec sincérité et émotion sur les rumeurs dont il est l'objet depuis plusieurs jours, écrivait Matignon. Ses explications ont été claires, précises, et nous n'avons aucune raison de douter de sa parole. Comme il l'a rappelé, la justice s'est prononcée. Le Premier ministre a adressé à Hulot un message de soutien dans cette épreuve qui l'affecte, lui et sa famille.»  

On parlait alors de «rumeurs», on défendait l'accusé, on ignorait la victime. La multiplication des affaires, la libération de la parole des victimes ont modifié la donne. Les temps ont (un peu) changé, on dirait.

• Élysée, 11h Mais où trouve-t-il toute cette énergie ? Un mois après la publication d'un plan d'électrification des usages par le gouvernement, Macron reçoit «l'équipe de France de l'électrification». Soit l'ensemble des acteurs de la filière, du géant EDF aux plombiers-chauffagistes de quartier.

• Télé, 20h Glucksmann entame une séquence pour convaincre à l'occasion de la sortie, jeudi, de son livre. L'eurodéputé commence par une interview à la grand-messe incontournable qu'est le 20h de TF1. Et non sur France 2...

• Et aussi Philippe se rend pour la 3e fois à Kyiv, malgré l'appel russe à quitter la capitale ukrainienne, pour assister au sommet international des villes et des régions ; les députés reprennent l'examen du projet de loi sur l'assurance chômage, rejeté en première lecture ; et les sénateurs votent solennellement sur le projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité des concitoyens, de son petit nom loi Ripost.

On termine avec notre jeu du jour. À quel événement Édouard Philippe a-t-il participé vendredi dernier à Saint-Ouen ?

• Un rassemblement de boxeurs
• Un rassemblement de chauves
• Un rassemblement anti-Master Poulet
•  Un rassemblement de fans d'Alain Juppé
•  Un rassemblement de la diaspora havraise
• Un rassemblement de gens prénommés Édouard

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


Absolument !

Vendredi, Philippe a bien participé à un rassemblement d'Edouard, comme l'a rapporté le Parisien.

 Pour retrouver les articles de Chez Pol, c'est juste ici 
 
 


Et enfin, les résultats de notre jeu de vendredi. En effet, le ministre de l'Économie Roland Lescure a remercié EDF parce qu'il a une R5 électrique. Et non parce qu'il s'inquiète du réchauffement climatique.

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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