Accéder au contenu principal

CHEZ POL 28 MAI

 







#Orbite #Champignon #Star #Gratin #Licorne
Chez Pol n°1729 - Réservé aux abonnés Libé











Bonjour, nous sommes le 28 mai et c'est le bon jour pour jouer au chat et à la souris.

image

Tom & Jerry. Photo Amaury Cornu. Hans Lucas (2025)

FAIT MAISON Glucksmann cherche ses députés à gauche et Retailleau cherche les siens à droite

AU COMPTOIR Philippe fait une Fillon, Ruffin et Roussel se reniflent, Lecornu passe un savon coup de fil à Genevard et Hollande prépare déjà Noël

PASSION ARCHIVES Les réfs bien à droite de Glucksmann

LE CHIFFRE 3

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI L'abrogation du «Code noir» à l'Assemblée

L'ADDITION Jouons avec les demandes

ALLEZ VIENS • Le 20h de TF1 mardi, la matinale de France Inter hier matin puis Quotidien le soir, la sortie de son livre aujourd'hui… Ça y est, Raphaël Glucksmann est bel et bien entré en campagne présidentielle. Ah non, pardon, on nous dit dans l'oreillette qu'il se décidera d'ici 3 mois. Pourtant, tout l'attirail de la mise en orbite est là. Avec un meeting le 13 juin aux Docks d'Aubervilliers pour clôturer la séquence. Une étape cruciale pour l'eurodéputé qui ne devra pas se planter. Avec deux écueils : remplir la salle de militants enthousiastes et ne pas afficher une tribune peuplée de la seule petite poignée d'élus Place publique. C'est le député ex-macroniste Sacha Houlié qui a été chargé de jouer l'agent recruteur. Première mission : faire venir des députés PS avec qui il siège en apparenté. Les invitations sont «en cours», nous dit-il, assurant avoir «déjà des réponses positives» sans vouloir communiquer sur leur nombre «avant le meeting». Hier, un député rose, pas le premier fan de Glucksmann, nous confiait malicieusement n'avoir pas encore reçu de coup de fil : «Il a dû perdre mon numéro et je ne dois pas être le seul.» Le patron du groupe, Boris Vallaud, sera quant à lui - officiellement - en circo. S.T.

Chouette, cette fleur n'est pas une rose ! Photo Lou Benoist. AFP (2026)

L'OUVERTURE JUSQU'AUX SOCDEM • Mais si la troupe rose est la cible principale, elle n'est pas la seule du camp Glucksmann. Les membres de la Convention, la petite boutique de Bernard Cazeneuve, autre ambitieux de la galaxie sociale-démocrate, «sont ou seront invités dans les jours qui viennent»«Nous avons par exemple convié notre ami Loïg Chesnais-Girard [le président de la région Bretagne, ndlr] qui malheureusement est pour l’heure retenu en Bretagne auprès des agriculteurs», précise encore Houlié. Patron du PRG et porte-parole de la Convention, Guillaume Lacroix se dit ouvert au déplacement, par réciprocité : «Cazeneuve avait invité Glucksmann lors de sa grande réunion à Cergy, lequel était venu. Je vous confirme notre absence totale de sectarisme.» Et ce n'est pas tout. Houlié tente aussi le coup du côté de certains «parlementaires et élus écologistes». Mais pas tous donc. Les «réalos», comme Yannick Jadot (qui a lancé l'initiative Construire 2027 avec Glucksmann et Vallaud), sont les plus à même de constituer des renforts. «Nous n’allons peut-être pas inviter M. Ruffin ou Mme Autain, qui le prendraient certainement comme une provocation», reconnaît Houlié. Quant aux membres du «bloc central», ils ne sont pas sur la liste. Histoire de ne pas donner plus de grain à moudre à ceux qui voient en Glucksmann un nouveau Macron. S.T.

FRANCOCIDE • Bruno Retailleau aurait-il senti le besoin d'appuyer sur le champignon ? On ne peut pas dire que sa candidature à la présidentielle ait franchement décollé depuis son officialisation en février. Et ses concurrents de feu le «socle commun» - Édouard Philippe et surtout Gabriel Attal - sont tous deux dans une phase d'accélération. Alors le président de LR ne veut pas se laisser distancer au pied de la première grosse difficulté. Hier à la mi-journée, le Vendéen avait réuni tous les parlementaires LR (nationaux et européens) au siège du parti pour une séance de «mobilisation» des troupes - au sein desquelles il n'a pas que des groupies, loin de là - et un discours «assez offensif» visant à les pousser à se mettre en mode campagne. «C'est une élection historique, au moins aussi importante que celle de 1965», leur a-t-il mis la pression, selon un participant. Référence à la première élection présidentielle au suffrage universel direct et à la réélection de De Gaulle après la fin de la guerre d'Algérie. Rien que ça. Mais ça ne s'arrête pas là. Retailleau a aussi averti les élus de son camp que rester sur le banc de touche «serait un crime contre la France». Car, a-t-il poursuivi, «on s'engage en politique pour modifier le destin de son pays et nous sommes à un moment historique : soit on laisse la France s'effondrer définitivement, soit on la relève et c'est maintenant que ça se joue». L'entourage de l'ex-ministre de l'Intérieur confirme le désir de ce dernier «que tout le monde s'engage dans cette bataille parce que le pays va mal». Retailleau visait-il alors implicitement certains élus qui s'échapperaient trop ou ne le soutiendraient pas assez à son goût ? «Non, pas particulièrement», démine ce proche. Pour s'assurer de leur motivation, le boss a quand même enjoint les siens à créer des comités locaux chargés d'organiser un événement par mois dans chaque département, dans les fédérations LR. Au risque, donc, d'être accusé de faire partie de l'anti-France. E.B.

Soutenez-moi ou j'fais un malheur. Photo Tetiana Dzhafarova. AFP (2026)

2 CAMPAGNES, 2 AMBIANCES • Édouard Philippe est catégorique, ce matin sur France Inter : «Aucune décision non-définitive de justice ne m'empêchera d'être candidat à la présidentielle.» Référence à l'enquête du PNF qui le vise, concernant la gestion de la Cité numérique du Havre (soupçons de détournement de fonds publics, de harcèlement moral ou encore de prise illégale d’intérêt...). Même si cela devait déboucher sur une mise en examen, l'ex-Premier ministre ne retirerait donc pas sa candidature à la présidentielle. C'est pourtant le même Philippe qui, début mars 2017, avait lâché François Fillon car ce dernier venait d'annoncer... sa volonté de rester candidat malgré sa mise en examen imminente. «La tournure que prend aujourd’hui la campagne nous paraît incompatible avec notre façon d’envisager l’engagement politique, cartonnaient plusieurs juppéistes, dont le maire du Havre, dans un communiqué annonçant qu'ils quittaient la campagne. […] Nous continuerons à nous battre pour nos idées, en appelant chacun à ses responsabilités.» Reprochant au vainqueur de la primaire d'être «revenu sur des engagements qui avaient été pris» (lui qui n'«imagin[ait pas] le Général de Gaulle mis en examen»), Philippe martelait : «J’ai besoin d’être en accord avec moi-même et je ne peux pas continuer à faire une campagne dans ces conditions.» Alors certes, l'enquête qui le vise n'est pas du même ordre que l'affaire des emplois fictifs de la famille Fillon. Mais ce qui valait sur le plan des principes il y a 10 ans ne s'applique manifestement plus. Le candidat d’aujourd’hui est-il toujours «en accord avec lui-même» ?

Quand tu es droit dans tes bottes mais qu'elles sont un peu serrées. Photo Ian Langsdon. AFP (2026)

D'ACCOCORD • François Ruffin et les communistes aiment jouer au chat et à la souris. La semaine dernière, le député-reporter, candidat déclaré à une désormais improbable primaire de la gauche hors LFI, imaginait voir les rouges le soutenir dans son entreprise élyséenne. «Compte tenu de la ligne que l’on porte, je serais attristé qu’on ne trouve pas des convergences avec des camarades communistes pour la présidentielle», disait-il. Et les cocos sont d'accord : il peut y avoir des convergences entre eux. Mais la conclusion de la troupe de Fabien Roussel, lui aussi candidat putatif, est différente : ils pensent plutôt que c'est Ruffin qui devrait les rallier. «Il y a des choses qui bougent. Ruffin est en train de faire un pas vers nous», estime Léon Deffontaines auprès de la Tribune dimanche. Et le porte-parole du PCF d'ajouter aussitôt : «Ruffin ne pourra pas faire campagne tout seul, s'il veut rester cohérent, il devrait nous rejoindre.»

COUP DE RUSSO-FIL • On vous racontait hier le déjeuner de la ministre Annie Genevard avec le gratin de la Bollosphère, notamment le proche conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, et la propagandiste russe Xenia Fedorova. Cette présence n’a pas été du goût du Premier ministre Sébastien Lecornu qui, hier matin, a appelé sa subordonnée, nous indique Matignon, confirmant une information de France Inter. Comme son entourage l'avait fait auprès de Chez Pol hier matin, Genevard s'est défendue en expliquant qu'elle ne savait pas quels étaient les autres invités de ce déjeuner. Et c'est vrai qu'il est étonnant de croiser des gens d’extrême droite et/ou du Kremlin dans un déjeuner organisé par un milliardaire proche de l'extrême droite.

Lecornu et Genevard. Photo Stéphane de Sakutin. AFP (2025)

TOUT EST PERMIS • Il ne risque manifestement rien, alors il ne se retient plus. L'eurodéputé LR Christophe Gomart n'a pas été viré du parti en février malgré son soutien à Éric Ciotti, l'allié du RN, aux municipales face au candidat de son camp, Christian Estrosi ; ni en avril après son appel à «l'union des droites», Ciotti annonçant par ailleurs son ralliement imminent à l'extrême droite. Une telle liberté vous décomplexe un homme, comme l'illustre cette scène rapportée par l'Express : «Lors d'un bureau politique [de LR], la sénatrice Dominique Estrosi-Sassonne épinglait ceux "qui veulent être ministre de Bardella". À voix basse, Gomart a répliqué : "C’est mieux qu’être ministre de Macron.''» Recrue star de LR lors des européennes 2024, le général et ancien patron du renseignement militaire et des forces spéciales semble donc assez tenté d'entrer dans un gouvernement frontiste. Et puisqu'il en parle, rappelons que les 6 LR ministres de Lecornu sont toujours «suspendus» du parti par Retailleau. Ce qui ne risque visiblement pas d'arriver à Gomart.

BIS REPETITA ? • Le milliardaire d'extrême droite Pierre-Édouard Stérin va-t-il repasser par la case police ? Déjà entendu en novembre dernier pour avoir séché ses convocations devant une commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée - un fait condamnable, rappelons-le -, cet exilé fiscal qui se dit «encore plus à droite que l'extrême droite sur l'immigration» est de nouveau convoqué. Par les sénateurs cette fois, rapporte le Nouvel Obs. Il est donc censé répondre le 4 juin aux questions de la commission d'enquête sur le financement des politiques publiques par des acteurs privés, sous peine de retourner faire un petit tour au commissariat. L'année dernière, l'initiateur du projet politique «Périclès» s'était dérobé à deux reprises aux questions de la chambre basse, prétextant tour à tour des problèmes d'agenda ou de sécurité. Des excuses qui avaient, c'est le moins qu'on puisse dire, modérément convaincu. 

ET SINON ••• François Hollande donne rendez-vous. L'ancien Président qui rêve de le redevenir avait déjà dit qu'il se préparait. Mais, dit-il à Jean-Jacques Bourdin, il n'est «pas encore prêt». «Je serai prêt le moment où je me déclarerai», ajoute-t-il sans conditionnel, réduisant encore un peu plus le suspense sur ses intentions à peau de chagrin. Et d'estimer que «le mois de décembre est celui de la candidature». «D’ailleurs, c’est le mois décembre où j’avais annoncé que je n’étais pas candidat [en 2016]. Donc si je dois me déclarer, ce sera en décembre», annonce le député PS de Corrèze, qui prend donc date.

Les réfs bien à droites de Glucksmann

Glucksmann cherche sa gauche, essaye de lui parler dans son livre mais, dans sa séquence médiatique de la semaine, s'exprime plutôt comme la droite. Voire même l'extrême droite. Dans un montage vidéo particulièrement cruel, notre confrère Nabil Touati a retrouvé ceux qui semblent avoir inspiré les éléments de langage du leader de Place publique, répétés sur tous les plateaux et relayés sur ses réseaux sociaux. Le plan com' était pourtant bien préparé. Ainsi Glucksmann dit-il que les Français ont «envie d'avoir envie», référence au titre de son livre Nous avons encore envie. En 2007, c'est un certain Nicolas Sarkozy, que soutenait à l'époque le jeune Raphaël, qui parlait déjà de «l'envie d'avoir envie». À moins qu'ils ne soient simplement tous les deux fans de Johnny et aient voulu lui rendre hommage. On peut leur accorder le bénéfice du doute.

Ensuite, la petite phrase de Glucksmann sur l'envie, encore, «qu'on arrête de baisser les yeux face aux dealers» trouve des échos pour le moins embarrassants. Chez Marine Le Pen en 2017 : «Baisser les yeux devant un regard menaçant.» Chez Éric Zemmour en 2022 : «Baisser les yeux devant les racailles.» Ou encore Valérie Pécresse, toujours en 2022 : «Je ne veux plus qu'aucun Français ne baisse les yeux.»  Enfin, une autre punchline de l'eurodéputé a largement interpellé à gauche. «J'ai envie de me battre pour que la France redevienne la France», a lâché Glucksmann sur le plateau de TF1. Déjà estampillée Sarkozy, la formule se retrouve aussi dans la bouche de Zemmour lors de la dernière présidentielle : «Choisissez le candidat qui vous dit : "Je veux que la France redevienne la France."» Le RN, lui, préfère marteler qu'il veut que «la France reste la France». Nuance. Mais dans tous les cas, Glucksmann est en mauvaise compagnie.

Et c'est reparti comme en 40 ? Le patronat a, semble-t-il, choisi son camp. Le RN multiplie les prises de contact auprès des dirigeants économiques et, d'après l'Express, peu refusent. «Sur plus d’une centaine d’entreprises approchées par les représentants du parti de Le Pen et Jordan Bardella, seules 3, dont Mistral AI, n’ont pas donné suite», écrit ainsi l'hebdo dans ses indiscrets de la semaine. Dommage pour l'extrême droite. L'entreprise française spécialisée dans l'intelligence artificielle, figure de proue de la French tech, est une licorne, autrement dit, une entreprise affichant une valorisation de plus d'un milliard de dollars. Mistral AI est fortement soutenu par le pouvoir en place, qui cajole ce fleuron français. En début d'année, la société a même noué en début d’année un partenariat avec le ministère des Armées. C'est une jolie fable, ça, la licorne qui résiste au chant des siRN.

• Assemblée, jusqu'à minuit Et c'est au tour du groupe hétéroclite Liot d'avoir sa niche parlementaire et la maîtrise de l'ordre du jour de la chambre basse. Avec notamment au programme l'abrogation du «Code noir» et l'ensemble des textes ayant réglementé l'esclavage dans les colonies françaises, jamais formellement abrogés après 1848.

• Matignon, 16h15 Vous l'avez sûrement remarqué mais on suffoque un peu. Au point que Lecornu va présider une réunion interministérielle sur le sujet de la canicule, «pour faire le point sur la préparation des services de l’État» face à cet épisode de chaleur exceptionnel pour un mois de mai. 

• Et aussi Retailleau présente son plan logement pour la présidentielle ; Villepin continue sa pré-campagne à la Rochelle ; Yaël Braun-Pivet tient une réunion publique dans sa circo avec Claire Thoury, la nouvelle présidente du CESE ; et le Conseil constitutionnel rend sa décision concernant l'élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie.

On termine avec notre jeu du jour. Que réclame Attal quand il rencontre des agriculteurs ou des élus locaux ?

• Du vin
• Du Ricard
• Une Corona
• Des bonbons
• Du Coca zéro
• De l'eau gazeuse

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


C'est vrai !

C'est ce qu'on apprend dans cet article de Libé.


Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, Élisabeth Borne a bien vendu 300 exemplaires de son livre, Réveillons-nous. Et non 3 millions.

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

Commentaires