| | 2 CAMPAGNES, 2 AMBIANCES • Édouard Philippe est catégorique, ce matin sur France Inter : «Aucune décision non-définitive de justice ne m'empêchera d'être candidat à la présidentielle.» Référence à l'enquête du PNF qui le vise, concernant la gestion de la Cité numérique du Havre (soupçons de détournement de fonds publics, de harcèlement moral ou encore de prise illégale d’intérêt...). Même si cela devait déboucher sur une mise en examen, l'ex-Premier ministre ne retirerait donc pas sa candidature à la présidentielle. C'est pourtant le même Philippe qui, début mars 2017, avait lâché François Fillon car ce dernier venait d'annoncer... sa volonté de rester candidat malgré sa mise en examen imminente. «La tournure que prend aujourd’hui la campagne nous paraît incompatible avec notre façon d’envisager l’engagement politique, cartonnaient plusieurs juppéistes, dont le maire du Havre, dans un communiqué annonçant qu'ils quittaient la campagne. […] Nous continuerons à nous battre pour nos idées, en appelant chacun à ses responsabilités.» Reprochant au vainqueur de la primaire d'être «revenu sur des engagements qui avaient été pris» (lui qui n'«imagin[ait pas] le Général de Gaulle mis en examen»), Philippe martelait : «J’ai besoin d’être en accord avec moi-même et je ne peux pas continuer à faire une campagne dans ces conditions.» Alors certes, l'enquête qui le vise n'est pas du même ordre que l'affaire des emplois fictifs de la famille Fillon. Mais ce qui valait sur le plan des principes il y a 10 ans ne s'applique manifestement plus. Le candidat d’aujourd’hui est-il toujours «en accord avec lui-même» ? | | Quand tu es droit dans tes bottes mais qu'elles sont un peu serrées. Photo Ian Langsdon. AFP (2026) | D'ACCOCORD • François Ruffin et les communistes aiment jouer au chat et à la souris. La semaine dernière, le député-reporter, candidat déclaré à une désormais improbable primaire de la gauche hors LFI, imaginait voir les rouges le soutenir dans son entreprise élyséenne. «Compte tenu de la ligne que l’on porte, je serais attristé qu’on ne trouve pas des convergences avec des camarades communistes pour la présidentielle», disait-il. Et les cocos sont d'accord : il peut y avoir des convergences entre eux. Mais la conclusion de la troupe de Fabien Roussel, lui aussi candidat putatif, est différente : ils pensent plutôt que c'est Ruffin qui devrait les rallier. «Il y a des choses qui bougent. Ruffin est en train de faire un pas vers nous», estime Léon Deffontaines auprès de la Tribune dimanche. Et le porte-parole du PCF d'ajouter aussitôt : «Ruffin ne pourra pas faire campagne tout seul, s'il veut rester cohérent, il devrait nous rejoindre.» | COUP DE RUSSO-FIL • On vous racontait hier le déjeuner de la ministre Annie Genevard avec le gratin de la Bollosphère, notamment le proche conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, et la propagandiste russe Xenia Fedorova. Cette présence n’a pas été du goût du Premier ministre Sébastien Lecornu qui, hier matin, a appelé sa subordonnée, nous indique Matignon, confirmant une information de France Inter. Comme son entourage l'avait fait auprès de Chez Pol hier matin, Genevard s'est défendue en expliquant qu'elle ne savait pas quels étaient les autres invités de ce déjeuner. Et c'est vrai qu'il est étonnant de croiser des gens d’extrême droite et/ou du Kremlin dans un déjeuner organisé par un milliardaire proche de l'extrême droite. | | Lecornu et Genevard. Photo Stéphane de Sakutin. AFP (2025) | TOUT EST PERMIS • Il ne risque manifestement rien, alors il ne se retient plus. L'eurodéputé LR Christophe Gomart n'a pas été viré du parti en février malgré son soutien à Éric Ciotti, l'allié du RN, aux municipales face au candidat de son camp, Christian Estrosi ; ni en avril après son appel à «l'union des droites», Ciotti annonçant par ailleurs son ralliement imminent à l'extrême droite. Une telle liberté vous décomplexe un homme, comme l'illustre cette scène rapportée par l'Express : «Lors d'un bureau politique [de LR], la sénatrice Dominique Estrosi-Sassonne épinglait ceux "qui veulent être ministre de Bardella". À voix basse, Gomart a répliqué : "C’est mieux qu’être ministre de Macron.''» Recrue star de LR lors des européennes 2024, le général et ancien patron du renseignement militaire et des forces spéciales semble donc assez tenté d'entrer dans un gouvernement frontiste. Et puisqu'il en parle, rappelons que les 6 LR ministres de Lecornu sont toujours «suspendus» du parti par Retailleau. Ce qui ne risque visiblement pas d'arriver à Gomart. | BIS REPETITA ? • Le milliardaire d'extrême droite Pierre-Édouard Stérin va-t-il repasser par la case police ? Déjà entendu en novembre dernier pour avoir séché ses convocations devant une commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée - un fait condamnable, rappelons-le -, cet exilé fiscal qui se dit «encore plus à droite que l'extrême droite sur l'immigration» est de nouveau convoqué. Par les sénateurs cette fois, rapporte le Nouvel Obs. Il est donc censé répondre le 4 juin aux questions de la commission d'enquête sur le financement des politiques publiques par des acteurs privés, sous peine de retourner faire un petit tour au commissariat. L'année dernière, l'initiateur du projet politique «Périclès» s'était dérobé à deux reprises aux questions de la chambre basse, prétextant tour à tour des problèmes d'agenda ou de sécurité. Des excuses qui avaient, c'est le moins qu'on puisse dire, modérément convaincu. | ET SINON ••• François Hollande donne rendez-vous. L'ancien Président qui rêve de le redevenir avait déjà dit qu'il se préparait. Mais, dit-il à Jean-Jacques Bourdin, il n'est «pas encore prêt». «Je serai prêt le moment où je me déclarerai», ajoute-t-il sans conditionnel, réduisant encore un peu plus le suspense sur ses intentions à peau de chagrin. Et d'estimer que «le mois de décembre est celui de la candidature». «D’ailleurs, c’est le mois décembre où j’avais annoncé que je n’étais pas candidat [en 2016]. Donc si je dois me déclarer, ce sera en décembre», annonce le député PS de Corrèze, qui prend donc date. | |
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