Ce bonbon qui fait mal à Yadan
Par Sy. C.
«Vous n’avez pas la ref, comme disent les jeunes», nous a balancé mercredi la sénatrice PS Laurence Rossignol quand on lui demandait le sous-titre de ses accusations portées contre l’eurodéputée Rima Hassan. Un peu plus tôt, l’ancienne ministre de François Hollande avait chargé l’insoumise de propagande pro-Hamas. Elle répondait à une communication de la députée LFI Gabrielle Cathala qui, avec le député Thomas Portes et Rima Hassan, ont visité, lundi, la maison d’arrêt du Val-d’Oise. Ils y ont rencontré notamment Ali, un prisonnier palestinien mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste. Cette opération a été médiatisée mercredi sur X avec quatre photos, dont une représentant un bonbon. Et tout part de cette sucrerie. La sénatrice PS Rossignol comme la députée affiliée EPR Caroline Yadan y ont vu un message de soutien au Hamas.
Petit détail qui n’en est pas un : Yadan est à l’origine d’une proposition de loi visant à élargir le délit d’apologie du terrorisme pour sanctionner les «provocations implicites» à des actes terroristes. Vous voyez où on veut en venir ? Cette «PPL» a finalement été abandonnée. Mais de l’aveu même de son autrice, la photo du bonbon offert par le prisonnier palestinien aux élus venus le visiter aurait pu tomber sous le coup de la loi. «Possible», nous a-t-elle lâché, reconnaissant toutefois que cela aurait forcément été à l’appréciation des juges.
Car pour Yadan, comme pour Rossignol, la distribution de bonbons est un «dog whistle», autrement dit un message apparemment anodin pour le grand public mais au sens politique ou idéologique parfaitement compréhensible pour le groupe cible auquel il s’adresse. Pourquoi ? «Après le 7 Octobre, de Ramallah à Beyrouth, de Damas à Bagdad ou Le Caire, des distributions de bonbons ont été organisées, accompagnées de danses», résume Yadan. «La distribution de bonbons est une coutume dans le monde arabe pour célébrer un événement heureux, notamment politique, poursuit Rossignol. Je ne sais pas si Cathala en est consciente mais Rima Hassan connaît ça.»
«Racisme anti-Palestinien»
Cette dernière est affligée. Elle raconte que le sachet de bonbons était dans la cellule des codétenus, dont Ali, avant leur visite. «Il a voulu nous remercier de notre visite en nous disant "je n’ai pas grand-chose à offrir" et il nous a fait circuler le sachet entre nous», détaille l'eurodéputée. Elle ajoute : «Cette suspicion qui pèse en permanence dans tous les gestes anodins et quotidiens de Palestiniens, c’est précisément un des ressorts du racisme anti-Palestinien.» La députée Cathala se dit elle aussi «consternée» par cette polémique née «d'un geste de gentillesse simple» et dénonce «des polémiques montées de toutes pièces par Mmes Rossignol et Yadan». «Le "code-bonbon" qu’elles ont inventé est sidérant», ajoute-t-elle.
De fait, des bonbons ont bien été distribués par le passé pour célébrer des victoires ou des attentats commis contre l’Occident. Une enquête du Middle East Eyes sur les femmes étrangères de Daesh évoquait cette coutume. On a vu les mêmes célébrations en 2015 après le crash de l’avion de la compagnie russe Metrojet, ou en 2016, après l’attentat de Bruxelles. Mais de là à voir dans la photo diffusée par la députée Cathala une célébration du Hamas, il y a un certain gap que Yadan et Rossignol ont allégrement franchi. «Ce qui est encourageant, souligne Cathala, c’est qu’aucun macroniste n’a relayé ça cette fois. Et j’ai croisé des collègues socialistes qui, auprès de moi, se désolidarisent de Rossignol.» Alors, «dog whistle» ou procès d’intention ? C’est bien là tout le problème : en fonction de l’émetteur et du récepteur, le message n’a pas la même saveur.
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