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CHEZ POL 29 MAI

 


#Sparadrap #Mercure #Goulag #Sucrerie #Frères
Chez Pol n°1730 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 29 mai et c'est le bon jour pour être méchant avec les méchants.

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Bad cop / bad cop. Photo Magali Cohen. Hans Lucas via AFP (2026)

FAIT MAISON La référence bien antisémite d'une élue RN

AU COMPTOIR Même Tondelier commence à acter la mort de la primaire de la gauche ; Barrot n'est pas content que Fedorova soit venue mais elle peut rester ; et ça se réchauffe un peu entre Faure et Glucksmann 

LE MOT «Noûs»

VOST Les élues Yadan et Rossignol voient dans la distribution de bonbons à des élus LFI un soutien caché au Hamas

LE CHIFFRE 38,6%

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Lecornu et Darmanin font la police

L'ADDITION Jouons avec les sanctions

LE NATUREL REVIENT AU GALOP • Le RN a beau faire tous les efforts du monde pour décoller le sparadrap de l'antisémitisme qu'il se traîne depuis des années (des ex-SS fondateurs du FN aux condamnations répétées de Jean-Marie Le Pen), le parti d'extrême droite est régulièrement rattrapé par la réalité. Il ne faut pas creuser bien profond pour trouver des références antisémites dans ses troupes. On l'a vu avec certains députés (dont un ancien gérant de librairie négationniste) ou nombre de candidats aux municipales. En voici un nouvel exemple, venu de Nogent-le-Rotrou, en Eure-et-Loir. La cheffe de file frontiste dans la ville, Christelle Courtin, a publié le 13 mai, au nom du groupe Union pour Nogent, un texte s'attaquant au maire Harold Huwart, qualifié de «petit dictateur». Le communiqué s'ouvre sur cette citation : «Léon Daudet disait : le maire républicain est un tyran de village élu par la sottise et gouvernant par la peur.» «Leur dernier texte, tout en nuances, met en valeur Léon Daudet. À part ça, pas de référence antisémite à l'extrême droite…», fustige l'édile auprès de Chez Pol. Car ce Daudet - à ne pas confondre avec Alphonse -, était un antidreyfusard acharné, figure de l'Action française, auteur antisémite et membre de la Fédération nationale antijuive d'Édouard Drumont. Une référence tellement embarrassante que Courtin a fini par supprimer sa publication Facebook en début de semaine. Le couac a même choqué jusqu'à ses ex-colistiers non élus, LR ou UDR, qui ont tenu à s'en désolidariser. Dans une lettre au maire que nous avons pu consulter, 23 des 29 membres de la liste soutenue par le RN écrivent : «Nous vous informons de notre décision de nous retirer de la liste électorale Union pour Nogent. [...] Nous sommes en profond désaccord avec la communication de certains, effectuée au nom du groupe en utilisant des termes que nous considérons comme totalement inappropriés.» «Pas de déclaration», a sobrement répondu Courtin à l'Écho républicain. Huwart, lui, y voit surtout «la fin de l'union des droites à Nogent-le-Rotrou»S.T.

Léon Daudet. Photo Archives Snark. Photo12 via AFP (1919)

RIP • Les opposants à la primaire de la gauche ne sont pas les seuls à acter la mort plus que probable de ce projet. Même Marine Tondelier, pourtant sa plus fervente partisane, se rend à l'évidence. La patronne des écolos a récemment «reconnu qu'[elle] n’aurait pas lieu, faute de combattants», rapportait le Point la semaine dernière. Et ce matin, l'Opinion évoque une visio devant une centaine de cadres et militants mercredi soir, lors de laquelle la cheffe verte a admis : «La primaire est vraiment en difficulté, on ne va pas se mentir.» La présidente des députés écolos, Cyrielle Chatelain, tranche aussi selon le quotidien : «Si fin juin, comme Olivier Faure s’y était engagé, il n’y a pas de vote des adhérents [PS], il n’y a plus de primaire.» La direction travaille même à une candidature autonome de Tondelier à la présidentielle, la trésorière des verts Samia Lakehal ayant carrément, lors de cette visio et toujours selon l'Opinion, évoqué un budget de «petite campagne», «autour de 500 000 et 2 millions €». Ça se précise.

2027, comme le nombre de candidats à la présidentielle ? Photo Xavier Galiana. AFP (2026)

PEUT-ÊTRE UN DÉTAIL POUR VOUS • Si le doute quant à la tenue d'une primaire grimpe autant que le mercure ces derniers jours, ceux qui y croient y croient dur comme fer. Et s'organisent comme si de rien n'était, le scrutin d'octobre fermement ancré dans leur agenda. Ainsi le mouvement animateur de cette primaire, Front populaire 2027, s'est officiellement doté d'une association de financement, peut-on lire ce matin au Journal Officiel. Ce qui signifie concrètement que la petite boutique est désormais un parti politique à part entière, capable de financer des campagnes électorales. Peut-être que ça ne servira à rien au final. Mais tout est prêt, au cas où.

ÇA VA MIEUX • Raphaël Glucksmann tente tant bien que mal de se défaire du procès que lui font les insoumis, à savoir celui d'être un nouveau Macron, plus de droite que de gauche. C'est tout l'enjeu de son livre : trouver sa gauche, la convaincre et espérer rallier le PS à sa cause. Malgré les tensions persistantes avec Faure. Le dégel semble pourtant s'amorcer. Selon l'Express, Luc Broussy, un proche du patron des roses, a lu et apprécié Nous avons encore envie, qu'il trouve «dense, sincère» et, surtout, «clairement de gauche». Un satisfecit qui n'est pas anodin venant de l'entourage de Faure. L'hebdo rapporte même que Glucksmann et Broussy doivent se rencontrer aujourd'hui. Prélude à un rapprochement entre Faure, qui nourrit toujours, dans un petit coin de sa tête, l'espoir d'une primaire, et celui qui se décidera peut-être à sauter le pas dans trois mois ?

L'un est grand et l'autre est Faure. Photo Christophe Ena. AFP (2025)

LE GOULAG DES AUTRES • Édouard Philippe s'est interrogé, hier, sur l'autorisation de présence en France accordée à la propagandiste du Kremlin et protégée de Vincent Bolloré, Xenia Fedorova. L'ex-patronne de la chaîne poutinienne RT France, interdite dans l'UE depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, «vient parler contre le gouvernement français» et ce dans «un certain nombre de médias, dont les propriétaires sont parfois extrêmement soucieux d’expliquer que l’immigration, ça suffit», s'est étonné l'ex-Premier ministre. De fait, Fedorova a bien bénéficié en 2024 d'une prolongation pour 10 ans de son titre de séjour, alors que l'actuel ministre de la Justice, Gérald Darmanin, était à l'Intérieur. Mais le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, semble écarter toute possibilité de revenir sur ce statut accordé à celle qu'il qualifie de «propagandiste patentée». Sur France Inter, le centriste justifie ce choix par un parallèle avec le régime dictatorial russe : «Mme Fedorova n'est pas la seule à critiquer le gouvernement français, c'est ce qu'on appelle la démocratie. […] Nous avons un État de droit, il y a un certain nombre de règles, c'est ce qui fait d'ailleurs la différence entre la France, l'UE, et la Russie. On peut, dans une démocratie, proférer des mensonges sans être envoyé dans un goulag ou dans une colonie pénitentiaire. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle tant de pays de l'ex-Union soviétique veulent rejoindre l'UE et qu'aucun pays du monde ne veut rejoindre la Russie.» Est-ce à dire que Philippe aurait besoin d'un petit cours de rattrapage sur «l'État de droit» et «la démocratie» ?

Prononcez «Nousse», écrivez «Noûs». Dans la famille (nombreuse) des think tanks de la gauche française, voici le dernier né, celui du PS, avec un nom directement inspiré des philosophes de la Grèce antique : en grec ancien, le «noûs» signifie l’intelligence, l’esprit, l’intellect… «C’est un clin d’œil aux chercheurs qu’on mobilise autour de nous et aussi une référence au "nous" collectif, inclusif, pluriel»explique à Libé Julie Martinez, conseillère municipale d’opposition à Clichy-la-Garenne et l'une des deux responsables de ce nouvel «instrument» du PS dans sa, dit-elle, «reconquête intellectuelle»«Il s’agit d’un outil complémentaire pour contribuer à notre renouveau doctrinal et idéologique», abonde son camarade Gaston Laval, conseiller de Paris et qui se donne pour objectif de «répondre à la droite extrême et ses puissants relais […] sur le plan des idées». Est-ce aussi un moyen de s’inspirer de ce qu’a construit, sur leur gauche, LFI avec son institut La Boétie coprésidé par Jean-Luc Mélenchon et la députée du Val-de-Marne, Clémence Guetté ? «On n’a pas l’obsession de LFI, réfute Laval. Notre objectif est plutôt de nous créer ce qui existe chez des partis frères européens comme la fondation Friedrich Ebert pour le SPD en Allemagne ou l’institut Cervantes pour le PSOE en Espagne.» Alors qu’elle a connu quelques turbulences avec le départ de Boris Vallaud et de ses proches de la direction du PS, on pourrait aussi y voir une manière, pour le premier secrétaire Faure, d’envoyer un signe au patron des députés PS, dont la création d’un tel think tank figurait parmi les propositions de son camp lors du congrès de Nancy en 2025.

Caroline Yadan à la télé. Photo Adnan Farzat. NurPhoto via AFP (2026)

Ce bonbon qui fait mal à Yadan

Par Sy. C. 

«Vous n’avez pas la ref, comme disent les jeunes», nous a balancé mercredi la sénatrice PS Laurence Rossignol quand on lui demandait le sous-titre de ses accusations portées contre l’eurodéputée Rima Hassan. Un peu plus tôt, l’ancienne ministre de François Hollande avait chargé l’insoumise de propagande pro-Hamas. Elle répondait à une communication de la députée LFI Gabrielle Cathala qui, avec le député Thomas Portes et Rima Hassan, ont visité, lundi, la maison d’arrêt du Val-d’Oise. Ils y ont rencontré notamment Ali, un prisonnier palestinien mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste. Cette opération a été médiatisée mercredi sur X avec quatre photos, dont une représentant un bonbon. Et tout part de cette sucrerie. La sénatrice PS Rossignol comme la députée affiliée EPR Caroline Yadan y ont vu un message de soutien au Hamas.

Petit détail qui n’en est pas un : Yadan est à l’origine d’une proposition de loi visant à élargir le délit d’apologie du terrorisme pour sanctionner les «provocations implicites» à des actes terroristes. Vous voyez où on veut en venir ? Cette «PPL» a finalement été abandonnée. Mais de l’aveu même de son autrice, la photo du bonbon offert par le prisonnier palestinien aux élus venus le visiter aurait pu tomber sous le coup de la loi. «Possible», nous a-t-elle lâché, reconnaissant toutefois que cela aurait forcément été à l’appréciation des juges.

Car pour Yadan, comme pour Rossignol, la distribution de bonbons est un «dog whistle», autrement dit un message apparemment anodin pour le grand public mais au sens politique ou idéologique parfaitement compréhensible pour le groupe cible auquel il s’adresse. Pourquoi ? «Après le 7 Octobre, de Ramallah à Beyrouth, de Damas à Bagdad ou Le Caire, des distributions de bonbons ont été organisées, accompagnées de danses», résume Yadan. «La distribution de bonbons est une coutume dans le monde arabe pour célébrer un événement heureux, notamment politique, poursuit Rossignol. Je ne sais pas si Cathala en est consciente mais Rima Hassan connaît ça.»

«Racisme anti-Palestinien»

Cette dernière est affligée. Elle raconte que le sachet de bonbons était dans la cellule des codétenus, dont Ali, avant leur visite. «Il a voulu nous remercier de notre visite en nous disant "je n’ai pas grand-chose à offrir" et il nous a fait circuler le sachet entre nous», détaille l'eurodéputée. Elle ajoute : «Cette suspicion qui pèse en permanence dans tous les gestes anodins et quotidiens de Palestiniens, c’est précisément un des ressorts du racisme anti-Palestinien.» La députée Cathala se dit elle aussi «consternée» par cette polémique née «d'un geste de gentillesse simple» et dénonce «des polémiques montées de toutes pièces par Mmes Rossignol et Yadan». «Le "code-bonbon" qu’elles ont inventé est sidérant», ajoute-t-elle. 

De fait, des bonbons ont bien été distribués par le passé pour célébrer des victoires ou des attentats commis contre l’Occident. Une enquête du Middle East Eyes sur les femmes étrangères de Daesh évoquait cette coutume. On a vu les mêmes célébrations en 2015 après le crash de l’avion de la compagnie russe Metrojet, ou en 2016, après l’attentat de Bruxelles. Mais de là à voir dans la photo diffusée par la députée Cathala une célébration du Hamas, il y a un certain gap que Yadan et Rossignol ont allégrement franchi. «Ce qui est encourageant, souligne Cathala, c’est qu’aucun macroniste n’a relayé ça cette fois. Et j’ai croisé des collègues socialistes qui, auprès de moi, se désolidarisent de Rossignol.» Alors, «dog whistle» ou procès d’intention ? C’est bien là tout le problème : en fonction de l’émetteur et du récepteur, le message n’a pas la même saveur. 

On vous parle tellement de risque de conflit d’intérêts dans Chez Pol que vous pouvez avoir l'impression d'une certaine inflation de ce côté-là. Ce n'est pas qu'une impression. Le rapport d'activité de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour l'année 2025 le démontre. L'organe créé dans la foulée de l'affaire Cahuzac a contrôlé 5 795 déclarations de situation patrimoniale et d’intérêts l'an dernier, soit 13% de plus qu'en 2024, soulignait hier Public Sénat. 38,6% des responsables publics contrôlés présentaient un risque de conflit d’intérêts, poussant la HATVP à leur recommander des mesures préventives. Et ce n'est pas fini. «Nous nous apprêtons à recevoir 17 000 déclarations pour les seules municipales, alors que, avec 6 000 déclarations en 2025, nous avons poussé au maximum notre capacité de contrôle», annonçait mercredi dans le Figaro Jean Maïa, président de la HATVP. On est bien barré.

• Paris, 10h30 Lecornu préside le premier comité interministériel de lutte contre la criminalité organisée, en présence d'une dizaine de ministres, dont les ministres de l'Intérieur Laurent Nuñez et de la Justice Gérald Darmanin. En fin d'après-midi, le Premier ministre file dans son fief de l'Eure pour présider, à Évreux, une cérémonie des sapeurs-pompiers du département. Pendant ce temps, Macron se déplace dans l'Eure-et-Loir dans le cadre des «Journées Choose France».

• Et aussi ce week-end Finies les semaines à trou, bonjour les semaines à rallonge : les députés sont appelés à siéger tout le week-end pour avancer sur le projet de loi d'urgence agricole ; et samedi, Attal tient son grand meeting porte de Versailles, avancé à 14h pour cause de finale de Ligue des champions entre le PSG et Arsenal à 18h.

On termine avec notre jeu du jour. Quelle nouvelle sanction pourrait bientôt voir le jour à l'Assemblée ? 

• La privation temporaire d'accès à internet
• Le bannissement temporaire de la buvette
• L'interdiction temporaire de prendre la parole
• La suppression temporaire du smartphone en hémicycle
• Le blocage temporaire de l'accès à la salle de sport de l'Assemblée
 

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 

Absolument !

C'est en effet l'une des pistes évoquées dans l'ébauche de réforme du règlement de l'Assemblée nationale, révélée par Contexte.

 Pour retrouver les articles de Chez Pol, c'est juste ici 
 
 



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, Attal réclame désormais du RIcard quand il rencontre des agriculteurs et des élus locaux. Et non plus du Coca zéro ni une Corona, plutôt réservée au chiraquien Édouard Philippe.

Sur ce, bonne journée et excellent week-end de seulement deux jours👋. Et à lundi sur les routes de l'info.

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