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CHEZ POL 6 MAI ¯\_(ツ)_/¯


 Bonjour, nous sommes le 6 mai et c'est le bon jour pour prendre le large.


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C'est pas la mer qui prend Borne... Photo Miguel Medina. AFP (2023)



#Manettes #Empereur #Génie #Sardou #Béat
Chez Pol n°1717 - Réservé aux abonnés Libé







FAIT MAISON Vallaud veut se castagner avec les libéraux

AU COMPTOIR Borne dit leurs quatre vérités à Attal et Macron ; lui Président, Ruffin promet de «fermer» CNEWS ; et l'hommage à Taubira qu'on n'attendait plus

VOST IA pas moyen

YOUPOL Le Déat-ba de la diabolisation de Mélenchon

BO BO BONUS French camp-camp

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Mission impossible pour Lecornu

L'ADDITION Jouons avec Bardella

HIER SOIR, CHEZ BORIS, C'ÉTAIT SOIRÉE ÉCO • Hier, les Power rangers de l'union de la gauche, François Ruffin, Marine Tondelier, Clémentine Autain et Olivier Faure, étaient sur la scène de la Bellevilloise pour célébrer les 90 ans de la victoire législative du Front populaire et vanter une candidature d'union (et présenter les «8 priorités communes» du Front populaire 2027). Mais au même moment, Boris Vallaud était lui à la télé. Sur LCI précisément. Pas pour une simple interview mais pour un débat avec le journaliste éco François Lenglet«Il a consacré deux de ses chroniques pour démolir la démarchandisation de Boris, et sans avoir lu le livre. Donc Boris lui a écrit et on a décidé de faire un débat», nous explique-t-on dans l'entourage du patron des députés PS, anti-primaire et pris en tenaille entre les partisans d'un tel scrutin d'un côté, et les insoumis lancés dans la candidature de Jean-Luc Mélenchon de l'autre. Vallaud, lui, continue de tracer son sillon et d'exploiter à fond les manettes son concept de démarchandisation, entre livre et débats. D'autres devraient d'ailleurs arriver. «Boris va continuer à porter son idée dans la bataille culturelle publique face à nos vrais adversaires pendant que d'autres continueront de parler de processus et de popol, cingle-t-on encore, visant tout à la fois la direction fauriste du PS et les écolos. C'était le but sur le terrain à Dunkerque [où Vallaud s'est rendu avec Yannick Jadot et le député Place publique pro-Glucksmann Aurélien Rousseau, ndlr] avec Construire 2027, c'est le but aussi des débats sur la démarchandisation avec les libéraux.» S.T.

Contre-soirée chez Boris. Capture d'écran LCI

ET BORNE CONTINUATION • Ce sera sans elle. Élisabeth Borne ne veut visiblement rien cautionner du couronnement de la désignation de Gabriel Attal comme empereur candidat à la présidentielle. L'ancienne Première ministre annonce donc, ce matin sur France Inter, «démissionner» de ses fonctions dirigeantes à Renaissance, dont elle reste simple «simple adhérente». Borne présidait le Conseil national (sorte de «Parlement») du parti présidentiel, qui doit entériner la semaine prochaine la candidature d’Attal, et était membre du bureau exécutif dont elle se «met en retrait», sachant qu’elle avait déjà tendance à y briller par son absence. Et ce sont bien le patron de l’écurie présidentielle, ses idées et sa méthode qui la poussent à claquer la porte : «Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne qui n'est pas forcément débattue au sein de Renaissance. [...] Je suis convaincue qu'on peut protéger les Français sans remettre en cause la Constitution, dans le respect de l'État de droit. [...] Je ne supporte pas quand on met en cause le Conseil constitutionnel, qu'on peut dire que la Constitution est un carcan.» Adversaire résolue de son successeur à Matignon depuis leur affrontement pour la présidence du parti qu’elle a perdu, Borne semble donc abandonner la lutte interne et se veut «se consacrer» à propre parti, Bâtissons ensemble, elle qui sort aussi un nouveau livre demain (Réveillons-nous !). Un ouvrage très «programmatique», comme le qualifie Paris Match qui en publie les bonnes feuilles.

Elle était déjà debout et elle se casse. Photo Behrouz MEhri. AFP (2025)

CHARLES, AU SECOURS • Après avoir salement rhabillé Attal pour le printemps, Borne avait aussi quelques cartouches en réserve pour Emmanuel Macron, qu'elle ne peut manifestement plus saquer non plus. Fustigeant dans son bouquin une «pratique du pouvoir inadaptée», la députée du Calvados confirme sur Inter qu'elle ne «parlai[t] pas du Premier ministre dans cette critique» - l'auto-critique n'étant manifestement pas à l'ordre du jour pour madame 49.3. Alors qu'elle propose l’instauration d’un septennat non-renouvelable et que le Premier ministre «préside le conseil des ministres», Borne assène : «Il faut qu'on retrouve un Président tel que son rôle est défini dans la Constitution de 1958.» Ou comment dire que Macron dévoie ses pouvoirs et ses fonctions. «Je suis contre un pouvoir solitaire et un peu vertical, je pense qu'il faut respecter les corps intermédiaires, dialoguer avec les collectivités, donner toute leur place aux partenaires sociaux», égrène-t-elle ensuite dans un sévère inventaire des quinquennats Macron, assumant cette «critique de méthode».

C'EST MORAL MAIS EST-CE LÉGAL ? • C'est la degringolada pour CNEWS. L’antenne du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré a perdu une bonne partie de son audience ces derniers mois et rétrograde à la 3e place des chaînes d'info. Pas de quoi émouvoir ou faire pleurer François Ruffin. Au contraire, même. «Je sens comme un espèce de reflux, oui, de l’extrême droite qui en Europe est battue en Hongrie. Un reflux aussi, et je dis ça comme une bonne nouvelle, quand je découvre que CNEWS n’est plus en tête des chaînes d’info, mais que depuis un an CNEWS recule, que c’est maintenant passé derrière BFM et LCI», s'est réjoui le candidat à la présidentielle hier, lors du meeting unitaire de la gauche hors LFI. Et le député-reporter d'assurer que, lui Président, CNEWS sera rayé de la carte : «Ça n’est pas encore inscrit à notre programme mais je pense que ça va de soi, c’est une évidence, pour nous CNEWS sera fermée.» Ce qu'il a confirmé sur X : «La chaîne de la haine et du racisme recule : nous la fermerons !» Comment et selon quelles prérogatives ? Ah, ce n'est pas précisé...

François Ruffin. Photo Xavier Galiana. AFP (2026)

SOYEZ FIERS D'ÊTRE DES AMATEURS • La politique est un métier sérieux mais ouvert à tout le monde, y compris aux moins érudits. Les exemples pullulent côté RN où, telle cette dame faisant ses courses avant le confinement de 2020, le parti semble prendre n'importe quoi pour remplir ces listes à chaque élection. Cela aboutit à des situations ubuesques comme celle du député lepéniste Aurélien Dutremble. Déjà conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté en plus de son poste à l'Assemblée, Dutremble a été élu en mars dernier aux municipales. Mais la loi interdisant à un parlementaire de cumuler deux mandats locaux, ce génie a voulu démissionner de son mandat municipal. Sauf que non non, la loi interdit aussi de démissionner, en cas de cumul, du dernier mandat gagné. Dutremble, qui conteste le résultat de l'élection municipale qu'il a perdue, devra donc quitter la région une fois son recours jugé. Une situation semblable s'était déjà présentée en Côte d'Or en avril avec un autre député RN, René Lioret, et on vous en avait d'ailleurs parlé dans Chez Pol. «Je ne m’étais pas renseigné avant, je pensais que ça ne concernait que les mandats avec des responsabilités comme les adjoints», avait réagi ce dernier auprès du Bien Public. ¯\_(ツ)_/¯ 

MIEUX VAUT TARD... • Si personne n’a jamais entendu Bruno Retailleau chantonner le Temps des colonies de Sardou, l’actuel patron des LR glorifiait en 2023 les «belles heures» de la colonisation (en même temps que ses «heures noires») et fustigeait la «repentance perpétuelle» qui «affaiblit» selon lui la France. Chez LR, tous ne sont pas alignés avec cette vieille vision partagée à l’extrême droite, chantre de l’Algérie française. Invité ce matin de la chaîne Outre-mer la 1ere, le député (LR) Philippe Gosselin a plaidé pour «reconnaître le passé dont on est comptable d’une certaine façon, sans faire non plus d’anachronisme». «Il y a des choses qui, dans le passé, sont de toute façon inacceptables avec le regard d’aujourd’hui», estime le député de la Manche. Spécialiste à droite des dossiers ultra-marins, Gosselin a rendu hommage au passage à… Christiane Taubira. Avec l’ex-députée de Guyane, «j’ai compris que même si l’esclavage était une histoire ancienne, elle façonne encore aujourd’hui les esprits», confesse-t-il. Un hommage qu’on n’attendait vraiment pas, de la part de celui qui fut l’un des plus virulents opposants au mariage pour tous. Le 21 mai 2001, la loi portée par Taubira reconnaissait la traite négrière transatlantique et l’esclavage comme crime contre l’humanité était promulguée. 5 ans plus tard, Jacques Chirac avait fixé au 10 mai le jour souvenir de l'esclavage - «ce crime du cœur et de l’esprit», avait dit Chirac, ajoutant : «L'esclavage a nourri le racisme.» Le temps d’une autre droite.

IA pas moyen

L'IA juge sévèrement notre rapport à l'IA.

Par E.B.

Révolution en cours, l'IA sera forcément centrale dans la campagne présidentielle qui arrive, comme elle l'a déjà été aux municipales. Toutes les écuries s'y préparent et se dotent d'équipes dédiées, notamment pour la com'. Mais si cette semaine augure de la qualité des usages politiques à venir de l'IA, préparez-vous car on est mal barrés. 

Hier, on s'apercevait ainsi que le député ciottiste Charles Alloncle avait eu recours à ChatGPT pour (a minima) trouver des sources à inclure dans son si qualificatif rapport de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public : l'adresse URL d'un article de presse comprend la partie indiquant qu'il a été trouvé via une recherche ChatGPT, comme l'a repéré cet internaute. Deux remarques : 1) on peut trouver ce type de source par soi-même et 2) on peut enlever à la main la partie du lien stipulant «source=chatgpt[.]com»... Lundi, c'est un visuel de la mairie LR de Clermont-Ferrand pour la fête de la musique qui faisait la joie des internets et de l'opposition de gauche : faute d'orthographe, humaine à 4 doigts et mauvaise cathédrale figuraient sur l'affiche à l'imagerie d'une pauvreté confondante. Il y a quelques jours, LR nous gratifiait aussi d'un indigent visuel IA pour un meeting de Bruno Retailleau, et Renaissance devait piteusement retirer ses faux avis dithyrambiques de stars sur le livre d'Attal. On se souvient encore des bien mal inspirées vidéo historiques du gouvernement... Et ce n'est que le début.

Réalité artificielle

Et comme souvent, l'extrême droite est précurseur en matière de pratiques numériques douteuses. Outre Alloncle donc, Sarah Knafo s'était illustrée par un recours démesuré à l'IA durant sa campagne pour la mairie de Paris : pour sa com' (avec des visuels avant-après truffés d'absurdités) mais aussi pour ses propositions concrètes, comme ces mythiques réverbères anti-agression faisant fuir les méchants. Rien de surprenant, donc, à voir Samuel Lafont, directeur de la stratégie numérique de Reconquête, faire dans le Parisien l'éloge de ce recours totalement décomplexé à l'IA : «Pour utiliser une scène d'agression dans une vidéo, moi, je ne filme pas si ça se passe dans la rue. L'IA permet de reproduire ce type de violence comme on peut considérer statistiquement qu'elle se déroule.» Ou comment fabriquer une ~réalité~ qui convient à ses idées plutôt que de baser ses constats et propositions sur le réel.

Le Déat-ba de la diabolisation

On ignore évidemment sur quoi débouchera la prochaine présidentielle mais une chose paraît acquise : la 2de Guerre mondiale devrait être un thème transversal de cette future campagne [voir aussi Bo bo bonus ⬇️]. Le fait que le ou la candidate d'un parti fondé par d'anciens SS soit en mesure de l'emporter n'y est sans doute pas étranger mais, bizarrement, ce n'est pas sur l'extrême droite que se concentrent les références à ces heures sombres. En témoignent les attaques ciblant Mélenchon et ses ouailles lundi à l'Assemblée, alors que les députés discutaient du projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030. Par deux fois, le leader insoumis a été comparé à Marcel Déat, ancien ministre du Travail sous Vichy. L'une des particularités de ce collabo zélé est qu'il vient de la SFIO. Il est donc parfait pour attaquer la gauche. Jean-Louis Thiériot, rapporteur LR de la commission de la défense nationale et des forces armées, a tonné le premier sur ce thème. «L’hypothèse centrale est celle d’une confrontation avec la Russie, a-t-il lancé avant de viser indirectement le RN et LFI. Bien sûr, il y a ceux qui ne veulent pas y croire. Ceux qui, avant 2022, disaient que Vladimir Poutine n’attaquerait pas ; ceux qui, par sympathie idéologique, refusent de voir la vraie nature du poutinisme ; ceux qui, comme Marcel Déat en 1939, ne veulent pas "mourir pour Dantzig", alors que le Donbass rappelle furieusement les Sudètes.» Puis ce fut au tour du député EPR François Cormier-Bouligeon. L'élu du Cher s'étonnait que les insoumis défendent une motion de rejet contre l’actualisation de la loi de programmation militaire, un jour après l'annonce de candidature de Mélenchon à l'Élysée. «Ce faisant, vous ne lui bâtissez pas une stature de présidentiable, a-t-il jugé. Vous confortez sa place peu enviable de personnalité politique la plus détestée des Français, digne ou plutôt indigne héritier d’un Marcel Déat.» Au cas où on ne l'aurait pas compris, certains ont donc décidé de nazifier Mélenchon et ses troupes. Les amoureux d'ironie apprécieront le geste, Déat ayant tout de même créé en 1941 un parti qui s'appelait… le Rassemblement national populaire.

French camp-camp

Si vous vous posez la question, la réponse est oui. Oui, elle va être trèèèèèèèèèèèès longue, cette campagne présidentielle.

• Paris, 17h Après avoir participé au conseil des ministres ce matin, Sébastien Lecornu tente de mettre de l'ordre dans le camp présidentiel, en recevant à Matignon les députés de feu «le socle commun», de LR aux macronistes. On lui souhaite bon courage.

• Assemblée, 18h30 Les députés Erwan Balanant (MoDem), Jérémie Iordanoff (écolo), Guillaume Gouffier Valente (Renaissance) et Marie Récalde (PS) organisent un colloque sur la proportionnelle. Avec en guest stars François Hollande, Borne et Marc Fesneau.

• Et aussi Édouard Philippe est en campagne à Toulouse chez son «ami» Jean-Luc Moudenc ; et Jean-Luc Mélenchon tient sa 3e conférence de presse face aux «nouveaux médias» (17h).

On termine avec notre jeu du jour. Pour le socialiste Pierre Jouvet, Jordan Bardella est «un mauvais candidat» car c'est «___» ?

• «Un peintre»
• «Un fumiste»
• «Une quiche»
• «Un amateur»
• «Une illusion»
• «Une baudruche»

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


Eh oui !

«Je pense que Jordan Bardella est un mauvais candidat, c’est une baudruche politique. Une élection présidentielle, ce n’est pas simplement une accumulation de vidéos sur TikTok», a lancé Jouvet sur Public Sénat.

 Pour retrouver les articles de Chez Pol, c'est juste ici 
 
 



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. C'est bien Jean-Luc Mélenchon qui, en débarquant au Sénat, a dit : «Je suis pourri d’ambition.» Et non Lecornu.

Sur ce, bonne journée👋. Et à demain sur les routes de l'info.

 

Chez Pol a été concoctée par 
Etienne Baldit, Sylvain Chazot et Sébastien Tronche
Avec la participation de Victor Boiteau


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