Hantavirus : les trois scénarios possibles d’évolution de l’épidémie dans les semaines à venir

Les experts restent pour l’instant optimistes, en raison des propriétés particulières du virus. L’épidémiologiste Simon Cauchemez nous aide à explorer les trois grandes trajectoires envisageables.
Un peu plus de trois semaines après l’apparition des premiers cas d’infection au hantavirus à bord du navire de croisière «MV Hondius», l’ensemble des passagers ont été rapatriés et renvoyés dans leurs pays d’origine. L’épidémie n’est plus cantonnée au navire, mais disséminée à travers le monde. A ce jour, trois personnes sont décédées et huit autres personnes auraient été infectées (six cas ont été confirmés par des tests PCR). Toutes étaient initialement à bord du bateau.
On compte au total près d’une centaine de personnes ayant été en contact avec un cas dans le monde. Il s’agit de l’équipage et des anciens passagers de la croisière, ainsi que des personnes qui ont croisé la femme du patient zéro après son débarquement sur l’île de Sainte-Hélène. Toutes sont prises en charge selon des règles sanitaires différentes suivant les pays, allant d’un confinement strict à l’hôpital pour tous les cas contacts en France ou en Espagne à de simples mesures d’auto-isolement dans d’autres pays, comme aux États-Unis ou seuls les passagers du bateau ont été placés en quarantaine.
Le temps d’incubation de la maladie (soit la durée qui sépare l’infection des premiers symptômes), estimé entre deux et six semaines, laisse encore plusieurs scénarios ouverts pour les jours à venir. En un peu plus de trois semaines, nous sommes déjà arrivés à la troisième génération de malades. Le temps de “reproduction” de l’épidémie est donc estimé à une dizaine de jours. « Une des difficultés de la situation actuelle est que la longue durée d’incubation fait qu’il nous faudra sans doute plusieurs semaines pour savoir dans lequel des trois scénarios nous nous situons », explique Simon Cauchemez, épidémiologiste et modélisateur à l’Institut Pasteur.
Scénario numéro 1 : le nombre de cas évolue à la marge et reste principalement limité aux contacts des cas
« C’est le scénario le plus optimiste mais également le plus crédible », juge Simon Cauchemez. «Le virus a causé quelques épidémies par le passé, mais toutes sont restées circonscrites à quelques dizaines de cas. Le taux de transmission du virus est vraisemblablement assez faible.» Certaines études ont pu suggérer un nombre de reproductions légèrement supérieur à 2 (chaque infecté contaminant deux personnes en moyenne, NDLR), «mais elles portaient sur des épisodes très intenses, avec sans doute des biais liés au contexte, continue l’expert. Sans quoi les flambées observées auparavant auraient été bien plus importantes. L’engagement important des autorités de santé en France et à l’étranger pour identifier et isoler rapidement les cas et leurs contacts rend ce scénario d’autant plus crédible. »
Si le virus n’a pas muté pour devenir plus contagieux, ce que rien dans les analyses génétiques effectuées jusqu’à présent ne laisse supposer, il n’y a pas de raison que des cas apparaissent en dehors des chaînes de contamination déjà identifiées. À condition évidemment que le suivi et le traçage des patients soient effectués correctement. Dans ce scénario, le nombre de cas resterait faible. Quelques personnes parmi les contacts de ces cas déjà identifiés pourraient éventuellement développer des symptômes et être mises à l’isolement à leur tour. Mais l’épidémie devrait être maîtrisée, et l’on ne devrait plus compter de malades dans quelques mois, le temps que la dernière génération de patients guérisse.
Scénario numéro 2 : des cas continuent à apparaître, mais l’épidémie reste sous contrôle
« Même si des moyens importants ont été mis en œuvre pour contrôler les cas, les voyages en avion, les transferts, ont pu générer des contaminations qui sont passées sous les radars», juge Simon Cauchemez. Les États-Unis ont, par exemple, mis en place de simples mesures d’auto-isolement pour une partie des cas contacts. Rien n’empêche donc, en pratique, une personne porteuse du virus sans le savoir de sortir de chez elle ou de fréquenter d’autres individus qui pourraient tomber malades à leur tour.
En présumant encore une fois que les caractéristiques du virus restent conformes à ce que les épisodes de transmission documentés nous ont appris, ces éventuels clusters devraient s’avérer relativement faciles à contrôler et on peut espérer que l’épidémie reste cantonnée à quelques foyers très localisés. « Même si le potentiel de diffusion reste limité pour ce virus, il s’agit bien entendu de situations qu’on veut éviter autant que possible, », souligne l’épidémiologiste. « C’est une hypothèse d’entre-deux qui reste assez crédible. Si le risque épidémique reste faible, les moyens nécessaires pour la contrôler sont déjà très importants. D’où l’enjeu de la stopper le plus vite possible en restant très vigilant dans le suivi et l’isolement des cas contacts. »
Autre argument qui incite à l’optimisme, de manière paradoxale et un peu macabre : la forte létalité du virus limite le risque d’une propagation silencieuse. « L’apparition d’un éventuel cluster s’accompagnerait d’un nombre de morts inhabituel, ce qui permettrait de repérer ces foyers et de mettre en place des mesures d’isolement », assure le scientifique. Il est ainsi peu probable que le virus circule largement en Argentine en dehors du foyer lié à la croisière. Cela aurait eu du mal à passer inaperçu.
Scénario numéro 3 : l’épidémie qui continue à s’étendre de façon plus importante avant d’être finalement contrôlée, à l’instar du Sras
« À moins d’une mutation qui modifierait profondément la contagiosité du virus, ce scénario reste peu probable, juge Simon Cauchemez. On ne sait pas encore si le virus se transmet avant l’apparition des premiers symptômes, mais il semble présenter un pic de contagiosité au moment où les symptômes surviennent. Dans ces conditions, des mesures d’isolement rapides autour des cas devraient suffire à casser les chaînes de transmission. De plus, pour provoquer une épidémie importante comme celle du Sras, il faudrait un taux de contagiosité initial nettement plus élevé que ce que l’on observe pour l’instant avec ce hantavirus. La réactivité importante des autorités de santé en France et à l’étranger joue également contre ce scénario. »
Pour l’instant, les analyses génétiques effectuées confirment que le virus qui circule est très proche, voire similaire, à ceux qui ont causé les épisodes épidémiques précédents. L’apparition, dans les prochains jours, de cas hors des chaînes de contamination connues signifierait-elle pour autant que l’on entre dans un scénario de ce type ? « Pas nécessairement», estime Simon Cauchemez. «Il peut toujours y avoir des contaminations qui passent sous les radars. Cette épidémie constitue un exercice grandeur nature pour nos systèmes de surveillance. La réponse de l’OMS est pour le moment robuste et coordonnée : elle permet de tester notre organisation mondiale et d’identifier d’éventuels points de faiblesse, au cas où un virus plus susceptible de provoquer une pandémie apparaîtrait – ce qui n’est pas ce que l’on observe aujourd’hui avec ce hantavirus. »






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