Festival de Cannes 2026

 

A quel prix ?

Festival de Cannes 2026 : le palmarès rêvé de «Libé»

Après quinze jours sur la Croisette, nos critiques ont attribué leurs propres trophées et récompenses, de la palme d’or à la palme dort, du prix du scénario au prix du resto.

«Notre Salut», «l’Inconnue» et «Paper Tiger».
«Notre Salut», «l’Inconnue» et «Paper Tiger».

Ce samedi 23 mai, au cours de la cérémonie de clôture diffusée sur France 2 à partir de 18 h 40, le jury présidé par Park Chan-wook révélera son palmarès. Tout le monde se demande quel film recevra la palme d’or à l’issue d’une compétition fort hétéroclite. De son côté, la team Libé n’est pas dans le secret des dieux mais a évidemment ses favoris. Voici une idée de notre palmarès idéal, celui qu’on voudrait voir solder cette 79e édition si ça ne tenait qu’à nous… Comme on trouvait qu’il n’y avait pas assez de récompenses, on en a inventé des nouvelles. Générosité.

Palme d’or



(Kidam & Michigan films)

«Notre Salut» d’Emmanuel Marre

Au neuvième jour de la compétition cannoise, phénomène extrêmement rare, on a vu le premier long métrage solo du cinéaste français (qu’il convient plutôt de voir comme son deuxième, après Rien à foutre cosigné avec Julie Lecoustre) mettre toute notre équipe critique d’accord, foudroyée par l’évidence d’un chef-d’œuvre d’audace qui rebattait toutes les cartes. Inspirée d’un aïeul d’Emmanuel Marre, la trajectoire d’un antihéros fonctionnaire sous Vichy (immense Swann Arlaud), s’enfonçant dans la compromission, offre un regard moderne jamais vu sur la collaboration.

Grand Prix




(Pathé Films)

«L’Inconnue» d’Arthur Harari

Cinq ans après le sublime Onoda, le co-auteur d’Anatomie d’une chute a déjoué tous les attendus avec ce film fantastique kafkaïen, nous entraînant par tous les stades de l’angoisse avant de nous recracher sonnés, ivres de son vertige existentiel. Fabuleux tous les deux, Léa Seydoux et Niels Schneider s’exposent au défi d’incarner le personnage de l’autre dans un trip à travers l’épouvante de ne plus s’appartenir. «Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous», disait Kafka, un film aussi.

Prix de la mise en scène




(The Veterans)

«Paper Tiger» de James Gray

Si souvent sélectionné, jamais primé, l’Américain James Gray retente sa chance ou sa mouise cette fois encore avec un film qui est comme le concentré de son art tenebroso de la mise en scène à travers l’histoire d’une famille bien sous tout rapport soudainement disloquée par un contrat mafieux. Gray n’a pas son équivalent pour faire coulisser ensemble et comme au ralenti les actions fatidiques où plus rien ne sera comme avant et l’ample mélancolie des liens indéfectibles (chez lui et ici encore, les frères et les pères sous le regard accablé puis fantomatique de l’épouse et mère).

Prix du jury




(Mubi)

«Hope» de Na Hong-jin

Qu’est venu faire en compétition cet actioner maboule de deux heures quarante, course-poursuite entre des humains et des aliens mutuellement engrainés par la violence ? Le jury de la Libé Team, qui n’en a pas fini de débattre sur le fond thématique de l’affaire (l’altérité ? l’origine du mal ? la joie de jurer comme un charretier ?) a eu moins de mal à se mettre d’accord sur sa folie furieuse communicative à tout le moins, dont on espère qu’elle donnera le la du cinéma d’action mondial pour les dix ans à venir.

Prix d’interprétation féminine





(Haut et Court)

Yana Radeva dans «l’Aventure rêvée»

Evidemment que Léa Seydoux, décidément cent coudées au-dessus de tout le monde, éblouissait dans ses deux films en compète, Gentle Monster et surtout l’Inconnue, où elle se montre capable de l’impossible. Mais c’est à l’actrice bulgare Yana Radeva, chez Valeska Grisebach, qu’on donnerait, mieux que d’interprétation, le prix du meilleur personnage féminin : l’archéologue Veska, que les hommes disent «virile» (ils n’y connaissent rien), qui, de retour dans son village contrôlé par la mafia, y trouve de vieilles connaissances et l’occasion imprévue de dire ses quatre vérités au passé. Yana Radeva est géologue et vend des cosmétiques naturels et des produits ­agricoles à Sofia. C’est son premier rôle au ­cinéma.

Prix d’interprétation masculine




(Le Pacte)

Javier Bardem dans «l’Etre aimé»

Quand avait-on vu le natif des Canaries (révélé en Espagne avant de partir conquérir Hollywood) aussi bon, aussi viscéral, aussi dingue pour la dernière fois ? Jamais, et l’Etre aimé, dans lequel il interprète un cinéaste super-auteur qui tente de renouer avec son pays et sa fille abandonnée est comme la confirmation d’une évidence, qu’il n’y a pas de hasard à devenir doublement un géant dans deux terres très éloignées de cinéma.

Prix du scénario

«Soudain» de Ryusuke Hamaguchi

Comme souvent chez le Japonais, la surprise toque deux fois à la porte (de notre tête). Au début de Soudain, face à l’étrange surréalisme de la mise en scène, déplacée pour la première fois en France, et dont il semble ne pas complètement maîtriser les rouages. Puis vers la fin, une fois révélés le jeu et les règles du film dans leur totalité, les fils raccordés, la dernière tuile posée sur le toit de cette cathédrale humaniste et politique qui ne pèse pas plus qu’une plume. Hamaguchi le magicien.

Caméra d’or du premier film

«La Gradiva» de Marine Atlan

Dans un premier long réussi, la cinéaste et cheffe op filme librement les intimes rapports de force, entre charme et pouvoir, d’un groupe d’adolescents découvrant les ruines de Pompéi en voyage scolaire. Rencontrée pour un portrait, elle se décrit comme «éparpillée», «observatrice» et «volontaire», son film a été l’une des plus heureuses découvertes de ce Festival.

Ex æquo : «9 Temples vers le ciel» de Sompot Chidgasornpongse

Le film thaïlandais est réalisé par un ex-assistant d’Apichatpong Weerasethakul (qui produit ces 9 Temples d’ailleurs), dont il partage la limpidité d’images comme lavées à neuf et rafraîchies. L’on reste médusé par la grâce de l’ensemble, sa manière d’embrasser ses grandes idées, des liens familiaux jusqu’au sens de la vie, avec une profondeur, l’air de rien.

L’hétéro palm (straight but not dead)

«Fjord» de Cristian Mungiu

Dans une édition de la compétition où la communauté LGBTQ + n’a jamais été aussi présente et parce qu’il n’y a pas de raison d’invisibiliser les hommes et les femmes qui assurent notre salut démographique, levons haut notre verre d’eau-de-vie de prune de Transylvanie à la famille nombreuse et traditionnelle du Fjord de Cristian Mungiu, qu’aucune instance woke, tel le gouvernement de Norvège, ne saurait dévier de sa mission de perpétuation des valeurs cardinales du Christ notre sauveur.

Prix de la fête mémorable

Celle de «l’Inconnue» d’Arthur Harari

Partie pour fêter la présentation du film d’Arthur Harari, la team Libé s’est vue mourir dans le ravin plusieurs fois, kidnappée dans un bus fendant la nuit vers une destination secrète (la mystérieuse «Maison Kafka») pendant près d’une heure, avant d’être recrachée devant des pompes funèbres non loin de Grasse. Au bout de ce périple de toutes les angoisses, l’apaisement est venu d’une délirante affiche de performeurs live, d’Abel Ferrara himself au groupe de punk rap Train fantôme, dans un domaine sous les étoiles très bien achalandé en crêpiers et petits chats. On n’avait encore jamais vu de pogo antifa à Cannes, c’est chose faite.

Palme du retour de flamme (trophée en forme de boomerang plaqué toc)

Maxime Saada face à la pétition Zapper Bolloré

Au tout début du Festival, Libération a publié une tribune de 600 signataires dénonçant l’emprise de Bolloré sur le septième art. Si l’on est honnête, le taux de reprise de la parution nous semblait un peu faible, la chose était brièvement mentionnée dans la revue de presse de France Inter et il en était fait mention dans les jours qui ont suivi plutôt sous forme de contre-feu comme dans le Monde sous la plume de Nicole Vulser le 15 mai : «La fronde anti-Bolloré dans le cinéma a du mal à mobiliser les foules.»

C’était sans compter sans le coup de main impromptu de Maxime Saada, PDG de Canal +, indiquant à un parterre de producteurs que ceux qui avaient signé la tribune ne seraient plus jamais financés par la chaîne. De la pétition à liste noire en moins d’une semaine, un électrochoc pour le secteur. Résultat des courses, la pétition a vu bondir son nombre de signataires qui depuis recrute à l’international, avec du Ken Loach, de Javier Bardem ou Yórgos Lánthimos dedans, sur fond de recadrage du boss de Canal par la ministre de la Culture, Catherine Pégard, et d’ironie d’Alain Chabat évoquant un «coup de pression à deux balles».

Palme d’honneur de l’éclipse totale

Barbra Streisand

L’actrice et chanteuse octogénaire américaine devait recevoir une palme d’honneur comme Peter Jackson et John Travolta mais finalement elle a décidé de ne pas tenter le voyage, envoyant un message : «Sur les conseils de mes médecins, alors que je poursuis ma convalescence après une blessure au genou, je ne peux malheureusement pas rejoindre le Festival de Cannes cette année.»

Plus drôles, les photos de Jacob Elordi, acteur australien qui devait être membre du jury cette année et s’est fait porter pâle, officiellement parce qu’il s’est cassé le pied. Mais de récentes images de paparazzis publiées par le site people TMZ le montrent en train de siroter du rosé avec Kendall Jenner sur une plage d’Hawaï. Un autre délire que de voir un film allemand ou roumain en smoking à l’heure de l’apéro.

Grand prix de la critique NRV

Rosemary du site The Dissidents

On l’adore, elle dézingue tout dans le tableau de la critique chinoise, distribuant généreusement claques et zéros à tout ce que ce pauvre Thierry Frémaux est allé récolter aux quatre coins du monde en visionnant 5 900 films par jour. Rosemary du site The Dissidents, basé entre la Chine continentale, Hongkong et la diaspora sinophone, a un sacré tempérament qui bat à plate couture le vénérable porte-flingue réac du Figaro, Eric Neuhoff (de l’Académie française). Rosemary a collé du bad sur la Vie d’une femme, Fatherland, Gentle Monster, Sheep in the Box, Moulin, Minotaure, Notre Salut et du poor (pas terrible) sur Histoires parallèles, Garance, Fjord, The Man I Love… Au prix du billet d’avion, ça fait cher l’engouement au compte-goutte mais respect total !

La palme dort

«Quelques jours à Nagi» de Koji Fukada

Le ronflement sous embargo, vous connaissez ? C’est un must cannois, la cinéphilie en PLS, le critique en coma dépassé, la narcolepsie des images où le spectateur bascule dès la première séquence et se réveille au générique de fin. Certains films semblent vraiment nous tendre un oreiller et une couette comme Quelques jours à Nagi de Koji Fukada avec ses personnages en pull couleur taupe et ses discussions existentielles autour d’un pétrissage de terre glaise. Heureusement, c’était le premier jour.

Prix du karaoké





Tom Sturridge et Rami Malek dans « The Man I Love ».

«The Man I Love» d’Ira Sachs

Hormis les anachronismes géniaux de Notre Salut (Popcorn et Live is Life à Vichy) ou les retrouvailles d’Almodóvar avec la voix de Chavela Vargas dans Autofiction, peu de moments musicaux d’ampleur cette année dans les films de la compétition. Sauf chez Ira Sachs : dans The Man I Love, tout le monde chante, partout, tout le temps, en vivant, en mourant, surtout Rami Malek, du standard du titre dans un bar pédé new-yorkais au bouleversant What Have They Done to My Song, Ma.

Prix du meilleur restaurant définitivement fermé

La Salsa Rossa

Les vrais savent. La Salsa Rossa, street food napolitaine place du marché Forville, abritait chaque année le «festival de carbs», notre compétition parallèle à nous. Pâtes aglio e olio d’anthologie, torta della nonna réconfortante, ciao ! La nouvelle est tombée dès le premier jour sous forme de grand trou dans le mur où logeait la minuscule cuisine. Adieu vieux frère, adieu dernier restaurant de la ville où on pouvait manger de la nourriture de qualité pour pas très cher et adieu au petit loulou de Poméranie Dolce. Il s’agissait encore en 2025 du plus cool rendez-vous de la cinéphilie alternative et roborative. En fin de festival, on peut le dire : ils n’ont pas été remplacés.







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Jeu

Le jeu est simple : on vous donne un extrait d'une critique ciné parue dans Libération l'année dernière à l'occasion du festival de Cannes, à vous de retrouver de quel film il s'agit !

Il n’empêche que le projet demeure jusqu’au bout de ses cent trente-cinq minutes terriblement évasif et indécis. Quelque chose déconne sérieusement dans cette suite de séquences hyperstylisées, du film noir à saxophone au cauchemar disloqué.

13 jours, 13 nuits

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