« Je suis toute seule, il est en peignoir. Il ferme la porte à clé. »


« La langue d’un homme de 33 ans dans la bouche d’une fille de 15 ans, c’était choquant. Il me dégoûtait. »


« Je me revois dans son lit, allongée sur le côté, en train de me faire sod*ser. Je ne suis pas dans mon corps. »


« J’ouvre les yeux, il est en train de me remettre et de me reboutonner mon pantalon sur son lit, et il me dit : “Bon, allez, il est l’heure, je te ramène !” Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, je suis incapable de réagir. »


Esthéticiennes, masseuses, kinés, stagiaires, figurantes, bénévoles, hôtesses, assistantes, mannequins débutantes, adolescentes : Patrick Bruel est accusé d’avoir agressé des dizaines de femmes.


« Patrick Bruel s’en prend à des femmes qui sont souvent subordonnées. Il s’est attaqué à moi parce que j’étais une débutante, pas connue. » C’est une des femmes qui parle, et tout est dit. C’est la description d’une méthode.


Depuis, certaines ont fait carrière. C’est le cas de Flavie Flament, devenue depuis une animatrice célèbre. Mais il aura fallu trente ans pour qu’elles arrivent à en parler, et surtout pour qu’elles soient prises au sérieux.


Le décor, lui, était toujours le même : loges, chambres d’hôtel, cabines de massage, domiciles. Elle est seule, elle est là pour bosser, et c’est lui qui décide quand ça commence et quand ça finit. 


L’asymétrie, ce n’est pas un détail : c’est l’outil. L’agression n’est pas un dérapage, c’est un acte pensé et conscient par lequel il affirme son pouvoir.


« Mais tu es qui ? Personne ne te croira. Tu n’es rien. » Il l’a dit, aussi franchement que ça, à plusieurs de ses victimes. Il sait ce qu’il a fait, mais il a conscience que son pouvoir lui permet tout. Et il y prend plaisir.


« Tu te souviens ? » C’est aussi ce qu’il a murmuré à Flavie Flament, au détour d’un couloir à TF1, plus de 20 ans après l’avoir violée. Il n’avait pas oublié. Et il voulait que sa victime non plus.


Ce que cette sombre affaire met au grand jour, c’est aussi l’inaction de la justice. Pendant des années, des femmes ont porté plainte. Pendant des années, ces plaintes ont été classées sans suite.


En 2019, cinq masseuses portent plainte. Le chanteur conteste tout. En décembre 2020 : classement sans suite, « pas d’éléments ». Une plainte pour tentative de viol est déposée en 2020 : elle aussi, classée. En 2021, une autre plainte est déposée : classée en 2022. Encore.

Pendant que les plaignantes payaient, lui prospérait. 


Pour ses victimes : frais d’avocat, burn-out, démission, thérapie, harcèlement par les fans. 


Pour Patrick Bruel : concert des Enfoirés tous les ans, Fête de la musique sur France 2, relayeur de la flamme olympique, hommage à Manouchian au Panthéon, son hôtel-spa de luxe, sa série sur TF1, sa tournée des 35 ans. 


Le « coût social » de la parole, ce n’est pas une métaphore. Et c’est les victimes qui le paient.


Plusieurs plaintes sont aujourd’hui rouvertes suite aux dizaines de nouveaux témoignages. C’est au fond un révélateur de l’impunité qui règne : sans la notoriété aujourd’hui acquise par certaines de ses victimes, Patrick Bruel profiterait d’une pleine quiétude.

Voilà donc ce qu’on a en face de nous. Une justice qui classe vite. Des institutions qui chaperonnent au lieu de sanctionner. Des femmes choisies parce qu’elles ne peuvent pas répliquer. Et un homme qui, pendant trente ans, a continué.



Les violences sexuelles, ce n’est pas une affaire de mœurs. C’est une mécanique de pouvoir et de classe. Et tant qu’on ne le dit pas comme ça, on ne s’en sortira pas.

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