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🟨🟧 L'Art de la reddition
Trump promettait la reddition sans condition de l’Iran. Il négocie une sortie et cherche à maquiller cette défaite stratégique en victoire médiatique, pour convaincre l’Amérique qu’il a gagné.
PHILIPPE CORBÉ
MAI 25, 2026
∙ ABONNÉ PAYANT
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Hi everyone, c’est Zeitgeist en ce Memorial Day, la date officieuse du début de l’été pour les Américains. Il durera jusqu’à Labor Day, début septembre.
Outre l’Iran, je vais aussi vous parler d’un étrange paradoxe américain. Jamais les consommateurs n’ont été aussi pessimistes depuis le début des années 1950. Pourtant, la Bourse atteint des records. Pourquoi les Américains broient du noir alors même que l’économie continue d’afficher une santé insolente ?
Et puis une rencontre presque irréelle. Hunter Biden et Candace Owens, deux des personnages les plus détestés d’Amérique, le fils de l’ancien président et l’influenceuse complotiste MAGA, se retrouvent face à face pendant près de deux heures pour un podcast et découvrent qu’ils ont finalement beaucoup plus en commun qu’ils ne l’imaginaient.
Enfin, une chanson absurde sur Porto Rico envahit TikTok, les plages, les voitures et les playlists de l’été américain. Son auteur ne sait jouer d’aucun instrument. Son interprète n’existe pas. C’est peut-être le premier tube de l’été créé par une intelligence artificielle.
Mais d’abord l’Iran. Bon, on ne va pas tourner autour du pot.
Malgré les allers-retours du président Trump ces dernières heures.
Samedi, il clamait sur les réseaux que les États-Unis et l’Iran avaient “largement négocié” un protocole d’accord portant sur la “PAIX”.
Dimanche, changement de ton. Il explique avoir demandé à ses négociateurs de “ne pas se précipiter vers un accord”.
Et il poste une image de bombe.
“MERCI DE VOTRE ATTENTION À CETTE QUESTION !”
La machine Fox News peine à suivre. Elle doit maintenant vanter un accord qui contredit ce qu’elle répète depuis trois mois.
Cette nuit, Tomi Lahren, l’une des commentatrices les plus trumpistes de la chaîne, s’en prenait ainsi aux démocrates :
“Voir les démocrates défiler sur toutes les émissions politiques du dimanche pour dénigrer un accord qu’ils n’ont même pas vu me paraît ridicule. Ils sapent l’autorité du président Trump et sa capacité à négocier. C’est cela qui me frustre profondément.”
“Si vous vous souciez réellement du peuple américain, du prix de l’essence et de notre armée, alors vous devriez vous taire, prier pour la paix et souhaiter le succès de ces négociations. Mais ils en sont tout simplement incapables.”
Bon mais ne nous laissons pas étourdir par ces tours de prestidigitateur.
On pouvait deviner ce scénario depuis plus d’un mois. Le film se déroule désormais sous nos yeux.
Trump a perdu sa guerre contre l’Iran.
Près de trois mois de guerre, des milliards de dollars engloutis et des quantités considérables d’armes ont été gâchées, dans une démonstration de force qui devait changer l’équilibre du Moyen-Orient, Et maintenant l’homme le plus puissant du monde semble revenir vers une version à peine maquillée de l’accord nucléaire obtenu par son prédécesseur en 2015, qu’il avait lui-même déchiré en 2018.
L’Amérique sort de l’épreuve plus affaiblie. L’Iran dans une position stratégique plus favorable.
C’est ce qu’on appelle une défaite.
Il y a deux mois, Donald Trump exigeait la “REDDITION SANS CONDITION” de l’Iran. Il promettait une victoire totale, spectaculaire, indiscutable, le genre de victoire pour laquelle il pourrait abuser des superlatifs.
Aujourd’hui, il négocie une sortie. La moins humiliante possible. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a repoussé la conclusion d’un accord.
Il s’est levé ce dimanche matin avec toutes les télévisions qui reprenaient la critique de Mike Pompeo, son ancien Secrétaire d’État et ancien patron de la CIA pendant son premier mandat.
“L’accord actuellement envisagé avec l’Iran semble tout droit sorti du manuel (de l’administration Obama) : payer les Gardiens de la révolution pour qu’ils développent un programme d’armes de destruction massive et terrorisent le monde.
Cela n’a absolument rien d’“America First”.
La marche à suivre est pourtant simple : rouvrir ce fichu détroit. Couper l’accès de l’Iran à l’argent. Détruire suffisamment de capacités militaires iraniennes pour qu’il ne puisse plus menacer nos alliés dans la région.
Cela aurait dû être fait depuis longtemps. Allons-y.”
Ce message de Pompeo a déclenché cette réponse subtile de Steven Cheung, le directeur de la communication de la Maison Blanche :
“Mike Pompeo n’a aucune putain d’idée de ce dont il parle.
Il devrait fermer sa gueule d’idiot et laisser les professionnels faire le vrai travail.
Il n’est au courant de rien de ce qui se passe, alors comment pourrait-il savoir quoi que ce soit ?”
Ambiance.
Dans la foulée Trump parle au téléphone à un journaliste de ABC :
“Ce ne seront que de bonnes nouvelles. Je ne fais pas de mauvais deals.”
Et il écrit la même chose sur son réseau :
“Je ne fais pas de mauvais deals.”
Il cherche quelle histoire il va pouvoir raconter aux Américains.
Il recule parce qu'il a compris que les marchés, ses alliés, ses électeurs et même une partie de son camp ne suivraient pas indéfiniment. Il fait ce qu’il a toujours fait. Il veut changer de récit.
Vous allez croire que je cherche à vendre mon livre Armes de distraction massive, paru en janvier, mais c’est bien l’objet de cet ouvrage.
La défaite sera donc maquillée en victoire, comme le lui a enseigné son mentor Roy Cohn. Il dira que l’Iran a cédé. Que le détroit rouvre. Que les mollahs ont eu peur. Que personne n’avait jamais obtenu un accord aussi formidable.
Surtout il ne faut pas laisser s’installer l’idée que le grand maître de L’Art du Deal, le titre du livre qui l’a rendu célèbre il y a quatre décennies, peut être caricaturé comme dans cette image aperçue sur les réseaux ces dernières heures :
“L’Art de la Reddition : comment capituler tout en prétendant avoir gagné.”
Trump avait promis la reddition sans condition. Il se retrouve à discuter les conditions.
Il avait promis de briser l’Iran. Il négocie avec Téhéran.
Il voulait prouver que la force brute suffisait. Il découvre que la force sans stratégie finit par produire exactement ce qu’elle voulait empêcher. Une Amérique moins crainte.
Trump voulait imposer sa puissance. Il cherche désormais une porte de sortie.
Dans The Atlantic, l’éditorialiste conservateur David Frum, ancienne plume de George W. Bush, résume ce fiasco. Selon lui Trump “a commencé la guerre du 28 février pour des raisons de personnalité, pas de stratégie” et il est en train de la perdre “pour les mêmes raisons de personnalité”.
C’est ça le cœur de cette histoire.
Cette guerre n’a jamais été pensée comme une stratégie cohérente.
Cette guerre a été conçue comme une démonstration. Un spectacle.
Frum ajoute :
“Les vieilles méthodes de Trump vont désormais être mises au service d’une nouvelle mission : tenter de convaincre les Américains et le reste du monde que la guerre qu’il a perdue est en réalité une immense victoire.
La plus grande de toutes.
Une victoire tellement énorme qu’on aurait du mal à y croire.”
Je vous raconte.
Trump a perdu la guerre. Pas forcément parce que l’armée américaine a été battue sur le champ de bataille. Mais parce que la guerre, en politique étrangère, ne se juge pas seulement au nombre de frappes, de bombes larguées ou de sites endommagés. Elle se juge aussi à l’écart entre les objectifs proclamés et le résultat obtenu.
Et, là, dans ce cas, cet écart est immense.
Trump voulait empêcher définitivement l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Or, de ce qu’on sait à ce stade, rien ne garantit que les négociations en discussion règlent les questions de l’avenir de l’enrichissement d’uranium, du sort du stock d’uranium enrichi, des sanctions, des avoirs iraniens gelés ou du programme balistique.
Donc l’accord pourrait être moins strict pour les Iraniens que celui signé sous la présidence Obama en 2015, que Trump avait déchiqueté en 2018.
Et avant la guerre, le détroit d’Ormuz n’était pas bloqué.
Voici Trump obligé de céder du terrain sur le nucléaire pour espérer rouvrir le détroit d’Ormuz et rétablir la liberté de navigation. L’Iran affirme toujours vouloir conserver un droit de contrôle (qu’il n’avait pas auparavant).
On sait pourquoi Trump est entré en guerre.
Il voulait prouver qu’il était plus fort que ses prédécesseurs, qu’Obama, que Biden, plus fort que tous ceux qui, depuis Jimmy Carter, depuis l’humiliation de la prise d’otages à l’ambassade américaine, avaient refusé de déclencher une guerre majeure contre le régime iranien.
Associated Press
Mais il a découvert ce que ses prédécesseurs savaient. L’Iran est un piège géopolitique. On peut frapper. On peut détruire. Mais on ne peut pas facilement transformer ces frappes en victoire politique.
Robert Kagan, toujours dans The Atlantic, va plus loin encore. Pour lui, parler de défaite est un euphémisme. Le véritable mot, écrit-il, c’est bien “surrender”, reddition.
Voici sa thèse.
Si l’Iran sort de cette guerre avec un rôle renforcé dans le détroit d’Ormuz, avec une capacité à négocier directement avec les pays dépendants du pétrole du Golfe, avec des sanctions affaiblies et avec son régime toujours en place, alors les frappes américaines auront produit l’inverse de l’effet recherché.
Elles auront renforcé Téhéran.
C’est là que la défaite de Trump devient plus profonde qu’un simple revers militaire et diplomatique.
Il a confondu intimidation et puissance. Il a cru que la rhétorique pouvait remplacer la stratégie.
Il a pensé qu’un président américain pouvait entrer dans une guerre comme on entre dans une négociation immobilière vantée dans L’Art du Deal. En hurlant très fort au début, puis en déclarant victoire au moment où l’on accepte un compromis médiocre.
Mais l’Iran n’est pas un promoteur de Palm Beach. C’est un régime brutal, patient, idéologique, rompu à l’art de survivre aux sanctions, aux frappes, aux humiliations et aux présidents américains.
Trump a aussi perdu parce qu’il n’a jamais su expliquer cette guerre aux Américains.
Un chef de guerre doit élargir sa base. Il doit convaincre au-delà de son camp. Il doit expliquer les coûts, les risques, les sacrifices. Trump, lui, ne sait parler qu’au peuple MAGA. Il commande, il menace, il insulte, il proclame. Mais il ne persuade pas.
David Frum le formule ainsi :
“La méthode de gouvernement de Trump est le commandement. Il ne peut pas travailler au-delà des lignes partisanes, et il ne peut pas parler à une partie de la nation américaine au-delà de sa base MAGA.”
C’est une limite fondamentale.
La guerre doit s’appuyer sur une nation. Trump n’a qu’un public.
Alors, comment va-t-il détourner l’attention ?
Trump sait être créatif quand il s’agit de nous distraire de l’essentiel.
Il se démène ces dernières heures sur les réseaux, en postant par exemple un mème avec des adversaires politiques de l’administration Obama en tenue de prisonniers. Il écrit “Barack Hussein Obama”, et reprend les codes d’une série à succès des années 70.
The Brady Bunch devient “The Shady bunch”, une bande de gens douteux.
Laissez un commentaire.
Les Américains refusent d’être heureux
C’est le titre d’un article du Wall Street Journal :
“La Bourse n’a jamais été aussi florissante alors que les Américains ne se sont jamais sentis aussi mal.”
Le grand journal conservateur pointe un paradoxe américain.
Vendredi, l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan (qui fait référence) est tombé à son plus bas niveau depuis le début de l’enquête… en 1952 !
Plus bas qu’au moment de la flambée inflationniste des années 1970. Plus bas qu’au plus fort de la crise financière de 2008. Plus bas même qu’en juin 2022, lorsque l’inflation atteignait son plus haut niveau depuis des décennies.
Wall Street Journal
Le même jour, pourtant, le marché boursier célébrait exactement l’inverse.
Le S&P 500 enregistrait sa huitième semaine consécutive de hausse tandis que le Dow Jones atteignait un nouveau record historique pour le deuxième jour d’affilée.
Jamais ou presque les Américains n’ont semblé aussi pessimistes alors que Wall Street paraît aussi euphorique. Mais ce paradoxe que décortique le Wall Street Journal dépasse la Bourse.
Wall Street Journal
Je vous parle souvent ici dans Zeitgeist de la colère de beaucoup d’Américains face à l’économie, qui pourrait nourrir une large défaite des républicains aux élections de mi-mandat si l’on en croit les sondages. La guerre au Moyen-Orient n’a fait qu’alimenter cette colère, y compris chez des électeurs de Trump en 2024 qui avaient été convaincus par sa promesse de faire baisser les prix.
Pourtant, si l’on y regarde de plus près, les États-Unis traversent l’une des périodes économiques les plus solides de leur histoire moderne. L’inflation, qui avait explosé après la pandémie, a largement reculé. Le chômage reste faible. Les salaires ont progressé. Les marchés financiers battent des records. Biden a laissé à Trump une économie que le monde entier enviait, avait titré The Economist en fin de campagne.
Depuis le retour de Trump au pouvoir, l’économie a encaissé une guerre commerciale, une guerre au Moyen-Orient, un resserrement monétaire brutal sans qu’une récession ne s’abatte, comme le prédisaient certains.
Et pourtant les Américains n’ont jamais semblé aussi déprimés.
J’ai lu ces derniers jours un article passionnant dans The Atlantic (oui, je vous cite encore The Atlantic qui, 169 ans après sa création, reste l’un des magazines les plus riches d’Amérique) dont j’ai décidé de faire mon 📚Food for Thought de ce numéro. Annie Lowrey s’intéresse à ce qu’elle appelle désormais non plus une “vibecession” mais une “permacession”.
Pendant des années, les économistes ont utilisé le mot vibecession pour décrire ce phénomène étrange. Une économie qui va relativement bien mais des consommateurs persuadés qu’elle va mal.
Aujourd’hui, écrit-elle, les Américains se montrent plus pessimistes qu’au moment de la crise financière et de la Grande Récession de 2008, plus pessimistes que lors du choc inflationniste des années 1970, plus pessimistes même qu’au début du Covid en 2020.
Elle résume ainsi le paradoxe :
“Les Américains expriment l’un des pessimismes économiques les plus profonds, les plus larges et les plus persistants jamais enregistrés. Ils le font alors même que pratiquement tous ceux qui veulent un emploi en ont un et que la Bourse est en plein essor.
Les choses ne sont pas parfaites et les gens ont de nombreuses raisons d’être déçus. Mais je n’arrivais pas à trouver une explication cohérente au fait qu’ils soient aussi déprimés face à une économie aussi bonne.”
On pourrait se dire (et je l’ai souvent écrit ici dans Zeitgeist pour décrire l’impopularité de Biden puis de Trump) que les statistiques économiques ne racontent pas toute l’histoire. Les ménages souffrent du coût du logement, de la santé, de la garde d’enfants ou de l’enseignement supérieur. Les inégalités restent considérables.
Mais l’auteure finit par se demander si le problème ne se situe pas ailleurs.
“Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi les Américains avaient raison, j’ai commencé à essayer de comprendre pourquoi ils avaient tort.
Nous ne devrions plus appeler cela une vibecession. Les humeurs sont temporaires, et ce phénomène ne disparaît pas. C’est une permacession.
Les gens ont cessé de croire que l’économie pouvait être bonne et ont perdu la capacité d’admettre qu’ils vont eux-mêmes bien.”
C’est ce qu’elle décrit elle-même comme une vérité “impopulaire” et même “offensante”.
“Cette économie améliore de manière significative le niveau de vie de la majorité des familles américaines à tous les niveaux de revenus. Cette économie est sacrément bonne.”
96 % des Américains qui veulent travailler ont un emploi.
Le revenu disponible réel atteint un record historique.
Les salaires des travailleurs les plus modestes ont progressé plus vite que ceux des plus aisés ces dernières années.
Les ménages dépensent davantage que jamais pour les voyages, les restaurants, les voitures, les vêtements, les animaux domestiques ou les services liés au bien-être.
Même l’explosion des paris sportifs devient sous sa plume un indicateur inattendu de prospérité :
“Une partie de la raison pour laquelle les paris sportifs sur application ont explosé est que les types ont suffisamment d’argent pour se permettre des paris stupides.”
Vu de l’étranger, le contraste est encore plus saisissant.
“La classe moyenne américaine est plus riche que celle de n’importe quelle grande économie européenne. Si la France et le Royaume-Uni étaient des États américains, ils figureraient parmi les plus pauvres de l’Union.”
Petite précision de ma part. Le PIB par habitant de l’État le plus pauvre, le Mississippi, est désormais plus élevé que ceux du Royaume-Uni et de la France.
Alors pourquoi cette morosité ?
Évidemment, les inégalités restent immenses (et plus importantes qu’en Europe). Le coût du logement étrangle de nombreux ménages. Les dépenses de santé, de garde d’enfants ou d’études supérieures progressent plus vite que l’inflation.
Mais Lowrey pense qu’il y a quelque chose de plus profond.
Elle cite les travaux de l’économiste Sam Peltzman, de l’université de Chicago, qui observe ce qu’il appelle un véritable “crash du bonheur”.
“Un effondrement soudain, brutal et sans précédent dans l’histoire récente du sentiment de bonheur déclaré par les Américains.”
Pendant cinquante ans, les Américains étaient beaucoup plus nombreux à se déclarer “très heureux” que “peu heureux”. Puis l’écart s’est brutalement effondré.
Au même moment, la confiance envers pratiquement toutes les institutions a commencé à disparaître. Le pouvoir politique, l’administration, les universités, les médias, les entreprises, l’armée, la science, la religion.
Et puis il y a Internet.
C’est la partie la plus intéressante de cette thèse développée dans The Atlantic.
“En quelques décennies, nous sommes passés de la comparaison avec nos voisins à la comparaison avec nos amis sur Facebook, puis à l’absorption permanente d’un flux de vidéos courtes hyperémotionnelles, hyperconsuméristes, parfois douteuses sur le plan factuel et extrêmement polarisantes, produites par des logiciels conçus pour maximiser notre attention.”
Lowrey raconte avoir effectué une recherche sur TikTok concernant l’emploi et l’économie.
Elle ne tombe pas sur des statistiques expliquant que le chômage reste faible ou que la génération Z démarre sa vie financière dans une situation souvent meilleure que celle des millennials au même âge.
Elle tombe sur des vidéos qui racontent que l’intelligence artificielle va détruire tous les emplois, des publicités frauduleuses et un flot continu de contenus anxiogènes.
Parce que l’anxiété génère davantage d’engagement.
Sa conclusion est la plus inquiétante :
“Si les améliorations mesurables de l’économie ont peu d’effet sur le sentiment mesuré des citoyens, alors un mécanisme fondamental de rétroaction entre les bonnes politiques et la perception publique est cassé.”
Autrement dit, la véritable crise américaine n’est peut-être pas économique.
C’est une crise de confiance, de perception et, tout simplement, de bonheur.
Laissez un commentaire.
Les ennemis de mes ennemis
Ce sont deux des personnages les plus détestés d’Amérique. Quelle idée de les rassembler pour un podcast ?
Oui, il existe peu de personnages plus détestés que Hunter Biden dans l’imaginaire de la droite américaine. Pendant des années, il a été présenté comme tout ce qui n’allait pas dans l’Amérique des élites. Le fils privilégié d’un président, un homme rongé par les addictions, soupçonné d’avoir profité de son nom de famille pour faire de l’argent afin de financer son train de vie d’accro au sexe et à la drogue, et devenu malgré lui le héros involontaire de milliers d’heures de Fox News et d’autres émissions sur des radios conservatrices.
Il existe également peu de personnages plus détestés que Candace Owens dans une grande partie de l’Amérique de gauche. La sinistre influenceuse, spécialiste des provocations virales, longtemps star du mouvement MAGA avant de tomber en disgrâce auprès du président et d’une partie de son camp, a passé des années à prospérer grâce à sa capacité à scandaliser ses adversaires et parfois même ses alliés.
C’est pourquoi la scène qui s’est déroulée la semaine dernière à Nashville a quelque chose d’irréel.
Hunter Biden, fils de l’ancien président, s’est assis dans le studio de Candace Owens pour un entretien de près de deux heures. La femme qui l’avait traité de “crackhead”, de crackeux, pendant des années, qui avait diffusé les images les plus humiliantes de sa descente aux enfers et qui avait participé à la gigantesque machine médiatique construite autour de son ordinateur portable, de ses addictions et de ses scandales, lui fait désormais face dans une conversation presque intime.
À mesure que l’entretien avance, quelque chose d’encore plus inattendu se produit. Owens s’excuse. Biden semble ému. Les deux échangent sur leur foi, leurs familles et la brutalité de la vie publique.
On se pince !
À un moment, Hunter Biden explique que les attaques permanentes dont il a fait l’objet lui avaient donné le sentiment d’avoir été déshabillé, couvert de goudron et de plumes, puis exposé au milieu de la place du village pour que tout le monde puisse se moquer de lui. À un autre, Candace Owens reconnaît qu’elle a contribué à cette humiliation collective et lui dit simplement :
“Je suis désolée.”
Difficile d’imaginer une scène plus improbable.
Ce qui rend cette rencontre étonnante (et la raison pour laquelle je vous en parle aujourd’hui dans Zeitgeist), ce n’est pas tant ce qu’ils se sont dit que ce qu’elle révèle de l’évolution du paysage médiatique et politique américain.
Car si Hunter Biden et Candace Owens ont pu passer deux heures à se découvrir des affinités, c’est d’abord parce qu’ils occupent désormais une position étonnamment similaire dans leurs univers respectifs.
The Atlantic
Hunter Biden reste l’un des personnages les plus détestés de la droite américaine. Mais il est également devenu une figure embarrassante pour une partie de son propre camp. Depuis la défaite démocrate de 2024, beaucoup lui reprochent d’avoir encouragé son père à rester dans la course présidentielle alors que les signes de son affaiblissement devenaient de plus en plus visibles. Beaucoup, côté démocrate, aimeraient simplement qu’il disparaisse de l’espace public.
Candace Owens a connu une trajectoire parallèle. Pendant des années, elle a été l’une des voix les plus influentes du conservatisme trash sur les réseaux. Puis sont venues les ruptures, les polémiques, les accusations d’antisémitisme, les croisades conspirationnistes autour de Brigitte Macron ou de la mort de Charlie Kirk, et finalement la rupture avec une partie de l’écosystème MAGA. Le mois dernier encore, Donald Trump la qualifiait de femme “vraiment stupide” et “dérangée mentalement”.
Les deux se retrouvent donc aujourd’hui dans un territoire politique commun, celui des personnalités devenues trop controversées pour être accueillies par leur propre camp.
C’est ce qui m’a sauté aux oreilles en écoutant cette conversation. Cette proximité. Les sujets de désaccord semblaient moins importants que les ressentiments communs. Hunter Biden dénonce les élites démocrates de Washington qui, selon lui, ont abandonné son père. Owens raconte sa rupture avec l’establishment conservateur. Tous deux expriment une méfiance envers les médias et les institutions politiques.
Ce spectacle est curieux, mais révélateur de l’époque. Les partis politiques perdent leur capacité à structurer entièrement l’identité de leurs électeurs. Une autre tribu émerge, composée d’influenceurs, de célébrités politiques, de podcasteurs, de personnalités ostracisées et de professionnels de la controverse qui vivent moins de leurs convictions idéologiques que de leur opposition permanente à ce qu’ils appellent “le système”.
@candaceoshow
Hunter Biden on "D.C. Elites" and "The Epstein Class" #Candace
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Dans ces espaces sombres, les frontières entre gauche et droite deviennent secondaires. Ce qui compte davantage, c’est la capacité à se présenter comme un dissident, un exclu ou une victime des élites. Hunter Biden et Candace Owens profitent de cette même économie de l’attention, même s’ils y sont arrivés par des chemins radicalement différents.
Lorsque ces deux personnages peu recommandables parlent de leur rapport aux médias, à la célébrité, aux institutions ou aux campagnes de dénigrement dont ils estiment avoir été victimes (pauvres chatons…), ils parlent exactement le même langage.
C’est ce qui rend cette rencontre si révélatrice.
Hunter Biden et Candace Owens se sont trouvés parce qu’ils ont découvert qu’ils occupent un peu la même place dans le récit américain. Celle de personnages sulfureux, rejetés par beaucoup, intrigants pour d’autres, et convaincus que tout le monde est ligué contre eux.
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Le tube de l’été généré par IA ?
Et si c’était le tube de l’été ? Depuis quelques semaines, une chanson me trotte dans la tête. Elle revient sans cesse sur mon fil TikTok.
@saxboybilly18
The Puerto Rico Song, a song about Puerto Rico including San Juan and Caguas #puertorico #sanjuan #caguas #puertorico🇵🇷 #sunomusic lyrics: me 🎶: @Suno
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Et je ne suis pas le seul.
De nombreux internautes (au départ des familles portoricaines, et maintenant bien au delà) la reprennent pour des vidéos de vacances, des premières sorties sur la plage, des trajets en voiture, des soirées entre amis et toutes ces petites scènes de vie qui défilent sur TikTok.
@nycgaydad
How can we not take the whitest song ever made for Puerto Rico and not choreograph it in the cheesiest fun way possible! #sanjuan #firsttimeinsanjuan #firsttimeinpuerto
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@xplodedmusic
The #puertoricosong @Sarah Hyland edition 😎 @saxboybilly18 #newmusicalert #viralsound #viraltrend #firsttimeinsanjuan
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@asantheproducer
First time in San Juan🎸 @saxboybilly18 #asantheproducer #musicproducer #puertoricosong #firsttimeinsanjuan #guitarsolo
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J’ai même vu des musiciens de talent la reprendre dans des vidéos, comme Charlie Puth (qui a chanté l’hymne national au dernier Super Bowl) ou le chanteur de country Luke Combs (qui avait repris Fast Car avec Tracy Chapman aux Grammys il y a deux ou trois ans).
@charlieputh
…
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@lukecombs
What we’re actually doing backstage before the show…
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Une équipe de baseball a même créé une chorégraphie dessus.
@dongoyo_tv
🔥 ¡MEGA VIRAL LA CANCIÓN "FIRST TIME IN SAN JUAN" DEDICADA A PR Y HECHA CON INTELIGENCIA ARTICIFIAL! 🇵🇷 Si la canción de Puerto Rico se te repite una y otra vez en la cabeza, no eres el único. El usuario de TikTok @saxboybilly18 se ha vuelto viral gracias a sus «videos de comedia explorando el mundo», en los que utiliza diferentes canciones creadas para ciudades de todo el planeta. En su perfil señala que utiliza la aplicación de generación musical por IA Suno para escribir las letras. Esta pegadiza melodía ha sido utilizada en muchísimos videos en TikTok, e incluso los Savannah Bananas han creado coreografías de baile al ritmo de este tema. Like 👍 Comenta 💬 Comparte 🗣 #dongoyotv #puertorico #DonGoyonews #ElCorresponsaldelpueblo #bochinchenews
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Le refrain est d’une simplicité presque ridicule.
“First time in San Juan, mi hijo. Capital of Puerto Rico…”
“Première fois à San Juan, mon gars. Capitale de Porto Rico…”
Puis viennent quelques observations touristiques à propos d’un voyage sur l’île américaine de Porto Rico. Il est question d’une excursion en bus vers la ville de Caguas, de machines à sous dans une gare routière, etc
Rien qui ne ressemble au matériau habituel d’un refrain à succès.
Et pourtant la chanson est partout. Au point que la matinale d’ABC s’est demandé il y a quelques jours si elle n’allait pas devenir le tube de l’été aux États-Unis.
@gma
“The Puerto Rico Song” has taken the internet by storm, with celebrities and fans posting videos lip-syncing to the track as attention turns to the surprising source behind the hit. #puertoricosong #viral #puertorico #ai #music
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L’histoire serait déjà amusante, mais le plus étonnant n’est pas là.
Cette chanson n’a jamais été composée par un musicien. Elle a été créée par une intelligence artificielle.
Ou plus exactement par une étrange collaboration entre un ancien humoriste de Pittsburgh et un logiciel appelé Suno.
L’homme derrière ce phénomène s’appelle Bill Stiteler. Son parcours n’a rien de celui d’une star de la pop. Pendant plusieurs années, il a tenté de faire carrière dans le stand-up à New York (en réalité, selon son propre récit, il a passé près de neuf ans essentiellement à boire). Fin 2023, il retourne vivre chez son père à Pittsburgh, la grande ville industrielle de Pennsylvanie, et essaye de rebâtir sa vie.
Ce nouveau départ prend une forme inattendue. Il achète un abonnement pour assister aux matchs de baseball des Pirates de Pittsburgh et commence à publier des vidéos sur TikTok. Puis il suit l’équipe dans ses déplacements à travers le pays. Rapidement, il découvre que les internautes qui s’abonnent à son compte s’intéressent moins au baseball qu’à ses vidéos sur les villes. Oh ce ne sont pas des destinations de rêve que les influenceurs exhibent sur Instagram.
Des villes ordinaires. Des villes industrielles. Des endroits que les guides touristiques mentionnent à peine.
Alors, pour accompagner ses vidéos, Stiteler pense à créer de petites chansons ridicules.
Il ne connaît rien à la musique, mais il découvre Suno, l’une des applications d’intelligence artificielle qui créent des chansons à la demande. Il suffit d’écrire les paroles, de décrire le type de chanson souhaité, et le logiciel compose instantanément la musique, les arrangements et même la voix.
Stiteler ne joue d’aucun instrument. Il se contente d’écrire de petits textes humoristiques. La machine se charge du reste.
Pendant des mois, il produit ainsi des chansons sur des villes peu spectaculaires, Omaha (Nebraska), Madison (Wisconsin), Ames (Iowa), et d’autres villes sans relief. Quelques milliers de personnes regardent ses vidéos. Rien de plus.
@saxboybilly18
The Omaha Song, a song about Omaha, Nebraska USA🇺🇸lyrics: me 🎶: suno #omaha #nebraska #nebraskatok #midwest #huskers
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@saxboybilly18
The Madison Song, a song about Madison Wisconsin 🇺🇸. Lyrics: me 🎶: suno #madison #madisonwi #wisconsin #midwest #wisco
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@saxboybilly18
The Ames Iowa Song, a song about Ames Iowa USA #ames #iowa #amesiowa #isu #iowastate lyrics: me 🎶: suno
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Puis arrive Porto Rico.
Au printemps, Stiteler se rend à San Juan. Comme à son habitude, il filme autant les détails banals que les paysages spectaculaires, les transports en commun, les épiceries, les rues, les gares routières.
De retour chez lui, il écrit quelques lignes.
“Didn’t want to do just tourist stuff / So I took the bus to Caguas.”
“Je ne voulais pas me contenter des attractions touristiques, alors j’ai pris le bus pour Caguas.”
Puis il les envoie à Suno.
Qui pond la chanson devenue virale.
Elle ressemble à quelque chose que notre cerveau connaît déjà. Une mélodie optimiste. Des harmonies familières. Une énergie légère. Une progression d’accords ultra efficaces, un rythme rassurant, une mélodie immédiatement mémorisable. On dirait un générique de sitcom des années 1980.
Exactement le genre de musique que vous allez peiner à sortir de votre tête.
Comme si l’intelligence artificielle avait analysé des décennies de pop commerciale pour en extraire le refrain que vous allez fredonner tout l’été, presque contre votre gré.
C’est exactement ce qui m’est arrivé.
Thank you and goodbye, mi hijo.
PhC
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Natacha ANDRÉ
6h
Bonjour Philippe, l’analyse inverse fait-elle partie de l’article ? Pourquoi, malgré tout ce qui se passe, l’économie et la bourse sont-elles si positives ? Trump aurait-il fait quelque chose de bien ? La question, aussi douloureuse soit elle, est en droit d’être posée. Bonne journée
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🟨🟧 L'Art de la reddition
Trump promettait la reddition sans condition de l’Iran. Il négocie une sortie et cherche à maquiller cette défaite stratégique en victoire médiatique, pour convaincre l’Amérique qu’il a gagné.
PHILIPPE CORBÉ
MAI 25, 2026
∙ ABONNÉ PAYANT
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Hi everyone, c’est Zeitgeist en ce Memorial Day, la date officieuse du début de l’été pour les Américains. Il durera jusqu’à Labor Day, début septembre.
Outre l’Iran, je vais aussi vous parler d’un étrange paradoxe américain. Jamais les consommateurs n’ont été aussi pessimistes depuis le début des années 1950. Pourtant, la Bourse atteint des records. Pourquoi les Américains broient du noir alors même que l’économie continue d’afficher une santé insolente ?
Et puis une rencontre presque irréelle. Hunter Biden et Candace Owens, deux des personnages les plus détestés d’Amérique, le fils de l’ancien président et l’influenceuse complotiste MAGA, se retrouvent face à face pendant près de deux heures pour un podcast et découvrent qu’ils ont finalement beaucoup plus en commun qu’ils ne l’imaginaient.
Enfin, une chanson absurde sur Porto Rico envahit TikTok, les plages, les voitures et les playlists de l’été américain. Son auteur ne sait jouer d’aucun instrument. Son interprète n’existe pas. C’est peut-être le premier tube de l’été créé par une intelligence artificielle.
Mais d’abord l’Iran. Bon, on ne va pas tourner autour du pot.
Malgré les allers-retours du président Trump ces dernières heures.
Samedi, il clamait sur les réseaux que les États-Unis et l’Iran avaient “largement négocié” un protocole d’accord portant sur la “PAIX”.
Dimanche, changement de ton. Il explique avoir demandé à ses négociateurs de “ne pas se précipiter vers un accord”.
Et il poste une image de bombe.
“MERCI DE VOTRE ATTENTION À CETTE QUESTION !”
La machine Fox News peine à suivre. Elle doit maintenant vanter un accord qui contredit ce qu’elle répète depuis trois mois.
Cette nuit, Tomi Lahren, l’une des commentatrices les plus trumpistes de la chaîne, s’en prenait ainsi aux démocrates :
“Voir les démocrates défiler sur toutes les émissions politiques du dimanche pour dénigrer un accord qu’ils n’ont même pas vu me paraît ridicule. Ils sapent l’autorité du président Trump et sa capacité à négocier. C’est cela qui me frustre profondément.”
“Si vous vous souciez réellement du peuple américain, du prix de l’essence et de notre armée, alors vous devriez vous taire, prier pour la paix et souhaiter le succès de ces négociations. Mais ils en sont tout simplement incapables.”
Bon mais ne nous laissons pas étourdir par ces tours de prestidigitateur.
On pouvait deviner ce scénario depuis plus d’un mois. Le film se déroule désormais sous nos yeux.
Trump a perdu sa guerre contre l’Iran.
Près de trois mois de guerre, des milliards de dollars engloutis et des quantités considérables d’armes ont été gâchées, dans une démonstration de force qui devait changer l’équilibre du Moyen-Orient, Et maintenant l’homme le plus puissant du monde semble revenir vers une version à peine maquillée de l’accord nucléaire obtenu par son prédécesseur en 2015, qu’il avait lui-même déchiré en 2018.
L’Amérique sort de l’épreuve plus affaiblie. L’Iran dans une position stratégique plus favorable.
C’est ce qu’on appelle une défaite.
Il y a deux mois, Donald Trump exigeait la “REDDITION SANS CONDITION” de l’Iran. Il promettait une victoire totale, spectaculaire, indiscutable, le genre de victoire pour laquelle il pourrait abuser des superlatifs.
Aujourd’hui, il négocie une sortie. La moins humiliante possible. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a repoussé la conclusion d’un accord.
Il s’est levé ce dimanche matin avec toutes les télévisions qui reprenaient la critique de Mike Pompeo, son ancien Secrétaire d’État et ancien patron de la CIA pendant son premier mandat.
“L’accord actuellement envisagé avec l’Iran semble tout droit sorti du manuel (de l’administration Obama) : payer les Gardiens de la révolution pour qu’ils développent un programme d’armes de destruction massive et terrorisent le monde.
Cela n’a absolument rien d’“America First”.
La marche à suivre est pourtant simple : rouvrir ce fichu détroit. Couper l’accès de l’Iran à l’argent. Détruire suffisamment de capacités militaires iraniennes pour qu’il ne puisse plus menacer nos alliés dans la région.
Cela aurait dû être fait depuis longtemps. Allons-y.”
Ce message de Pompeo a déclenché cette réponse subtile de Steven Cheung, le directeur de la communication de la Maison Blanche :
“Mike Pompeo n’a aucune putain d’idée de ce dont il parle.
Il devrait fermer sa gueule d’idiot et laisser les professionnels faire le vrai travail.
Il n’est au courant de rien de ce qui se passe, alors comment pourrait-il savoir quoi que ce soit ?”
Ambiance.
Dans la foulée Trump parle au téléphone à un journaliste de ABC :
“Ce ne seront que de bonnes nouvelles. Je ne fais pas de mauvais deals.”
Et il écrit la même chose sur son réseau :
“Je ne fais pas de mauvais deals.”
Il cherche quelle histoire il va pouvoir raconter aux Américains.
Il recule parce qu'il a compris que les marchés, ses alliés, ses électeurs et même une partie de son camp ne suivraient pas indéfiniment. Il fait ce qu’il a toujours fait. Il veut changer de récit.
Vous allez croire que je cherche à vendre mon livre Armes de distraction massive, paru en janvier, mais c’est bien l’objet de cet ouvrage.
La défaite sera donc maquillée en victoire, comme le lui a enseigné son mentor Roy Cohn. Il dira que l’Iran a cédé. Que le détroit rouvre. Que les mollahs ont eu peur. Que personne n’avait jamais obtenu un accord aussi formidable.
Surtout il ne faut pas laisser s’installer l’idée que le grand maître de L’Art du Deal, le titre du livre qui l’a rendu célèbre il y a quatre décennies, peut être caricaturé comme dans cette image aperçue sur les réseaux ces dernières heures :
“L’Art de la Reddition : comment capituler tout en prétendant avoir gagné.”
Trump avait promis la reddition sans condition. Il se retrouve à discuter les conditions.
Il avait promis de briser l’Iran. Il négocie avec Téhéran.
Il voulait prouver que la force brute suffisait. Il découvre que la force sans stratégie finit par produire exactement ce qu’elle voulait empêcher. Une Amérique moins crainte.
Trump voulait imposer sa puissance. Il cherche désormais une porte de sortie.
Dans The Atlantic, l’éditorialiste conservateur David Frum, ancienne plume de George W. Bush, résume ce fiasco. Selon lui Trump “a commencé la guerre du 28 février pour des raisons de personnalité, pas de stratégie” et il est en train de la perdre “pour les mêmes raisons de personnalité”.
C’est ça le cœur de cette histoire.
Cette guerre n’a jamais été pensée comme une stratégie cohérente.
Cette guerre a été conçue comme une démonstration. Un spectacle.
Frum ajoute :
“Les vieilles méthodes de Trump vont désormais être mises au service d’une nouvelle mission : tenter de convaincre les Américains et le reste du monde que la guerre qu’il a perdue est en réalité une immense victoire.
La plus grande de toutes.
Une victoire tellement énorme qu’on aurait du mal à y croire.”
Je vous raconte.
Trump a perdu la guerre. Pas forcément parce que l’armée américaine a été battue sur le champ de bataille. Mais parce que la guerre, en politique étrangère, ne se juge pas seulement au nombre de frappes, de bombes larguées ou de sites endommagés. Elle se juge aussi à l’écart entre les objectifs proclamés et le résultat obtenu.
Et, là, dans ce cas, cet écart est immense.
Trump voulait empêcher définitivement l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Or, de ce qu’on sait à ce stade, rien ne garantit que les négociations en discussion règlent les questions de l’avenir de l’enrichissement d’uranium, du sort du stock d’uranium enrichi, des sanctions, des avoirs iraniens gelés ou du programme balistique.
Donc l’accord pourrait être moins strict pour les Iraniens que celui signé sous la présidence Obama en 2015, que Trump avait déchiqueté en 2018.
Et avant la guerre, le détroit d’Ormuz n’était pas bloqué.
Voici Trump obligé de céder du terrain sur le nucléaire pour espérer rouvrir le détroit d’Ormuz et rétablir la liberté de navigation. L’Iran affirme toujours vouloir conserver un droit de contrôle (qu’il n’avait pas auparavant).
On sait pourquoi Trump est entré en guerre.
Il voulait prouver qu’il était plus fort que ses prédécesseurs, qu’Obama, que Biden, plus fort que tous ceux qui, depuis Jimmy Carter, depuis l’humiliation de la prise d’otages à l’ambassade américaine, avaient refusé de déclencher une guerre majeure contre le régime iranien.
Associated Press
Mais il a découvert ce que ses prédécesseurs savaient. L’Iran est un piège géopolitique. On peut frapper. On peut détruire. Mais on ne peut pas facilement transformer ces frappes en victoire politique.
Robert Kagan, toujours dans The Atlantic, va plus loin encore. Pour lui, parler de défaite est un euphémisme. Le véritable mot, écrit-il, c’est bien “surrender”, reddition.
Voici sa thèse.
Si l’Iran sort de cette guerre avec un rôle renforcé dans le détroit d’Ormuz, avec une capacité à négocier directement avec les pays dépendants du pétrole du Golfe, avec des sanctions affaiblies et avec son régime toujours en place, alors les frappes américaines auront produit l’inverse de l’effet recherché.
Elles auront renforcé Téhéran.
C’est là que la défaite de Trump devient plus profonde qu’un simple revers militaire et diplomatique.
Il a confondu intimidation et puissance. Il a cru que la rhétorique pouvait remplacer la stratégie.
Il a pensé qu’un président américain pouvait entrer dans une guerre comme on entre dans une négociation immobilière vantée dans L’Art du Deal. En hurlant très fort au début, puis en déclarant victoire au moment où l’on accepte un compromis médiocre.
Mais l’Iran n’est pas un promoteur de Palm Beach. C’est un régime brutal, patient, idéologique, rompu à l’art de survivre aux sanctions, aux frappes, aux humiliations et aux présidents américains.
Trump a aussi perdu parce qu’il n’a jamais su expliquer cette guerre aux Américains.
Un chef de guerre doit élargir sa base. Il doit convaincre au-delà de son camp. Il doit expliquer les coûts, les risques, les sacrifices. Trump, lui, ne sait parler qu’au peuple MAGA. Il commande, il menace, il insulte, il proclame. Mais il ne persuade pas.
David Frum le formule ainsi :
“La méthode de gouvernement de Trump est le commandement. Il ne peut pas travailler au-delà des lignes partisanes, et il ne peut pas parler à une partie de la nation américaine au-delà de sa base MAGA.”
C’est une limite fondamentale.
La guerre doit s’appuyer sur une nation. Trump n’a qu’un public.
Alors, comment va-t-il détourner l’attention ?
Trump sait être créatif quand il s’agit de nous distraire de l’essentiel.
Il se démène ces dernières heures sur les réseaux, en postant par exemple un mème avec des adversaires politiques de l’administration Obama en tenue de prisonniers. Il écrit “Barack Hussein Obama”, et reprend les codes d’une série à succès des années 70.
The Brady Bunch devient “The Shady bunch”, une bande de gens douteux.
Laissez un commentaire.
Les Américains refusent d’être heureux
C’est le titre d’un article du Wall Street Journal :
“La Bourse n’a jamais été aussi florissante alors que les Américains ne se sont jamais sentis aussi mal.”
Le grand journal conservateur pointe un paradoxe américain.
Vendredi, l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan (qui fait référence) est tombé à son plus bas niveau depuis le début de l’enquête… en 1952 !
Plus bas qu’au moment de la flambée inflationniste des années 1970. Plus bas qu’au plus fort de la crise financière de 2008. Plus bas même qu’en juin 2022, lorsque l’inflation atteignait son plus haut niveau depuis des décennies.
Wall Street Journal
Le même jour, pourtant, le marché boursier célébrait exactement l’inverse.
Le S&P 500 enregistrait sa huitième semaine consécutive de hausse tandis que le Dow Jones atteignait un nouveau record historique pour le deuxième jour d’affilée.
Jamais ou presque les Américains n’ont semblé aussi pessimistes alors que Wall Street paraît aussi euphorique. Mais ce paradoxe que décortique le Wall Street Journal dépasse la Bourse.
Wall Street Journal
Je vous parle souvent ici dans Zeitgeist de la colère de beaucoup d’Américains face à l’économie, qui pourrait nourrir une large défaite des républicains aux élections de mi-mandat si l’on en croit les sondages. La guerre au Moyen-Orient n’a fait qu’alimenter cette colère, y compris chez des électeurs de Trump en 2024 qui avaient été convaincus par sa promesse de faire baisser les prix.
Pourtant, si l’on y regarde de plus près, les États-Unis traversent l’une des périodes économiques les plus solides de leur histoire moderne. L’inflation, qui avait explosé après la pandémie, a largement reculé. Le chômage reste faible. Les salaires ont progressé. Les marchés financiers battent des records. Biden a laissé à Trump une économie que le monde entier enviait, avait titré The Economist en fin de campagne.
Depuis le retour de Trump au pouvoir, l’économie a encaissé une guerre commerciale, une guerre au Moyen-Orient, un resserrement monétaire brutal sans qu’une récession ne s’abatte, comme le prédisaient certains.
Et pourtant les Américains n’ont jamais semblé aussi déprimés.
J’ai lu ces derniers jours un article passionnant dans The Atlantic (oui, je vous cite encore The Atlantic qui, 169 ans après sa création, reste l’un des magazines les plus riches d’Amérique) dont j’ai décidé de faire mon 📚Food for Thought de ce numéro. Annie Lowrey s’intéresse à ce qu’elle appelle désormais non plus une “vibecession” mais une “permacession”.
Pendant des années, les économistes ont utilisé le mot vibecession pour décrire ce phénomène étrange. Une économie qui va relativement bien mais des consommateurs persuadés qu’elle va mal.
Aujourd’hui, écrit-elle, les Américains se montrent plus pessimistes qu’au moment de la crise financière et de la Grande Récession de 2008, plus pessimistes que lors du choc inflationniste des années 1970, plus pessimistes même qu’au début du Covid en 2020.
Elle résume ainsi le paradoxe :
“Les Américains expriment l’un des pessimismes économiques les plus profonds, les plus larges et les plus persistants jamais enregistrés. Ils le font alors même que pratiquement tous ceux qui veulent un emploi en ont un et que la Bourse est en plein essor.
Les choses ne sont pas parfaites et les gens ont de nombreuses raisons d’être déçus. Mais je n’arrivais pas à trouver une explication cohérente au fait qu’ils soient aussi déprimés face à une économie aussi bonne.”
On pourrait se dire (et je l’ai souvent écrit ici dans Zeitgeist pour décrire l’impopularité de Biden puis de Trump) que les statistiques économiques ne racontent pas toute l’histoire. Les ménages souffrent du coût du logement, de la santé, de la garde d’enfants ou de l’enseignement supérieur. Les inégalités restent considérables.
Mais l’auteure finit par se demander si le problème ne se situe pas ailleurs.
“Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi les Américains avaient raison, j’ai commencé à essayer de comprendre pourquoi ils avaient tort.
Nous ne devrions plus appeler cela une vibecession. Les humeurs sont temporaires, et ce phénomène ne disparaît pas. C’est une permacession.
Les gens ont cessé de croire que l’économie pouvait être bonne et ont perdu la capacité d’admettre qu’ils vont eux-mêmes bien.”
C’est ce qu’elle décrit elle-même comme une vérité “impopulaire” et même “offensante”.
“Cette économie améliore de manière significative le niveau de vie de la majorité des familles américaines à tous les niveaux de revenus. Cette économie est sacrément bonne.”
96 % des Américains qui veulent travailler ont un emploi.
Le revenu disponible réel atteint un record historique.
Les salaires des travailleurs les plus modestes ont progressé plus vite que ceux des plus aisés ces dernières années.
Les ménages dépensent davantage que jamais pour les voyages, les restaurants, les voitures, les vêtements, les animaux domestiques ou les services liés au bien-être.
Même l’explosion des paris sportifs devient sous sa plume un indicateur inattendu de prospérité :
“Une partie de la raison pour laquelle les paris sportifs sur application ont explosé est que les types ont suffisamment d’argent pour se permettre des paris stupides.”
Vu de l’étranger, le contraste est encore plus saisissant.
“La classe moyenne américaine est plus riche que celle de n’importe quelle grande économie européenne. Si la France et le Royaume-Uni étaient des États américains, ils figureraient parmi les plus pauvres de l’Union.”
Petite précision de ma part. Le PIB par habitant de l’État le plus pauvre, le Mississippi, est désormais plus élevé que ceux du Royaume-Uni et de la France.
Alors pourquoi cette morosité ?
Évidemment, les inégalités restent immenses (et plus importantes qu’en Europe). Le coût du logement étrangle de nombreux ménages. Les dépenses de santé, de garde d’enfants ou d’études supérieures progressent plus vite que l’inflation.
Mais Lowrey pense qu’il y a quelque chose de plus profond.
Elle cite les travaux de l’économiste Sam Peltzman, de l’université de Chicago, qui observe ce qu’il appelle un véritable “crash du bonheur”.
“Un effondrement soudain, brutal et sans précédent dans l’histoire récente du sentiment de bonheur déclaré par les Américains.”
Pendant cinquante ans, les Américains étaient beaucoup plus nombreux à se déclarer “très heureux” que “peu heureux”. Puis l’écart s’est brutalement effondré.
Au même moment, la confiance envers pratiquement toutes les institutions a commencé à disparaître. Le pouvoir politique, l’administration, les universités, les médias, les entreprises, l’armée, la science, la religion.
Et puis il y a Internet.
C’est la partie la plus intéressante de cette thèse développée dans The Atlantic.
“En quelques décennies, nous sommes passés de la comparaison avec nos voisins à la comparaison avec nos amis sur Facebook, puis à l’absorption permanente d’un flux de vidéos courtes hyperémotionnelles, hyperconsuméristes, parfois douteuses sur le plan factuel et extrêmement polarisantes, produites par des logiciels conçus pour maximiser notre attention.”
Lowrey raconte avoir effectué une recherche sur TikTok concernant l’emploi et l’économie.
Elle ne tombe pas sur des statistiques expliquant que le chômage reste faible ou que la génération Z démarre sa vie financière dans une situation souvent meilleure que celle des millennials au même âge.
Elle tombe sur des vidéos qui racontent que l’intelligence artificielle va détruire tous les emplois, des publicités frauduleuses et un flot continu de contenus anxiogènes.
Parce que l’anxiété génère davantage d’engagement.
Sa conclusion est la plus inquiétante :
“Si les améliorations mesurables de l’économie ont peu d’effet sur le sentiment mesuré des citoyens, alors un mécanisme fondamental de rétroaction entre les bonnes politiques et la perception publique est cassé.”
Autrement dit, la véritable crise américaine n’est peut-être pas économique.
C’est une crise de confiance, de perception et, tout simplement, de bonheur.
Laissez un commentaire.
Les ennemis de mes ennemis
Ce sont deux des personnages les plus détestés d’Amérique. Quelle idée de les rassembler pour un podcast ?
Oui, il existe peu de personnages plus détestés que Hunter Biden dans l’imaginaire de la droite américaine. Pendant des années, il a été présenté comme tout ce qui n’allait pas dans l’Amérique des élites. Le fils privilégié d’un président, un homme rongé par les addictions, soupçonné d’avoir profité de son nom de famille pour faire de l’argent afin de financer son train de vie d’accro au sexe et à la drogue, et devenu malgré lui le héros involontaire de milliers d’heures de Fox News et d’autres émissions sur des radios conservatrices.
Il existe également peu de personnages plus détestés que Candace Owens dans une grande partie de l’Amérique de gauche. La sinistre influenceuse, spécialiste des provocations virales, longtemps star du mouvement MAGA avant de tomber en disgrâce auprès du président et d’une partie de son camp, a passé des années à prospérer grâce à sa capacité à scandaliser ses adversaires et parfois même ses alliés.
C’est pourquoi la scène qui s’est déroulée la semaine dernière à Nashville a quelque chose d’irréel.
Hunter Biden, fils de l’ancien président, s’est assis dans le studio de Candace Owens pour un entretien de près de deux heures. La femme qui l’avait traité de “crackhead”, de crackeux, pendant des années, qui avait diffusé les images les plus humiliantes de sa descente aux enfers et qui avait participé à la gigantesque machine médiatique construite autour de son ordinateur portable, de ses addictions et de ses scandales, lui fait désormais face dans une conversation presque intime.
À mesure que l’entretien avance, quelque chose d’encore plus inattendu se produit. Owens s’excuse. Biden semble ému. Les deux échangent sur leur foi, leurs familles et la brutalité de la vie publique.
On se pince !
À un moment, Hunter Biden explique que les attaques permanentes dont il a fait l’objet lui avaient donné le sentiment d’avoir été déshabillé, couvert de goudron et de plumes, puis exposé au milieu de la place du village pour que tout le monde puisse se moquer de lui. À un autre, Candace Owens reconnaît qu’elle a contribué à cette humiliation collective et lui dit simplement :
“Je suis désolée.”
Difficile d’imaginer une scène plus improbable.
Ce qui rend cette rencontre étonnante (et la raison pour laquelle je vous en parle aujourd’hui dans Zeitgeist), ce n’est pas tant ce qu’ils se sont dit que ce qu’elle révèle de l’évolution du paysage médiatique et politique américain.
Car si Hunter Biden et Candace Owens ont pu passer deux heures à se découvrir des affinités, c’est d’abord parce qu’ils occupent désormais une position étonnamment similaire dans leurs univers respectifs.
The Atlantic
Hunter Biden reste l’un des personnages les plus détestés de la droite américaine. Mais il est également devenu une figure embarrassante pour une partie de son propre camp. Depuis la défaite démocrate de 2024, beaucoup lui reprochent d’avoir encouragé son père à rester dans la course présidentielle alors que les signes de son affaiblissement devenaient de plus en plus visibles. Beaucoup, côté démocrate, aimeraient simplement qu’il disparaisse de l’espace public.
Candace Owens a connu une trajectoire parallèle. Pendant des années, elle a été l’une des voix les plus influentes du conservatisme trash sur les réseaux. Puis sont venues les ruptures, les polémiques, les accusations d’antisémitisme, les croisades conspirationnistes autour de Brigitte Macron ou de la mort de Charlie Kirk, et finalement la rupture avec une partie de l’écosystème MAGA. Le mois dernier encore, Donald Trump la qualifiait de femme “vraiment stupide” et “dérangée mentalement”.
Les deux se retrouvent donc aujourd’hui dans un territoire politique commun, celui des personnalités devenues trop controversées pour être accueillies par leur propre camp.
C’est ce qui m’a sauté aux oreilles en écoutant cette conversation. Cette proximité. Les sujets de désaccord semblaient moins importants que les ressentiments communs. Hunter Biden dénonce les élites démocrates de Washington qui, selon lui, ont abandonné son père. Owens raconte sa rupture avec l’establishment conservateur. Tous deux expriment une méfiance envers les médias et les institutions politiques.
Ce spectacle est curieux, mais révélateur de l’époque. Les partis politiques perdent leur capacité à structurer entièrement l’identité de leurs électeurs. Une autre tribu émerge, composée d’influenceurs, de célébrités politiques, de podcasteurs, de personnalités ostracisées et de professionnels de la controverse qui vivent moins de leurs convictions idéologiques que de leur opposition permanente à ce qu’ils appellent “le système”.
@candaceoshow
Hunter Biden on "D.C. Elites" and "The Epstein Class" #Candace
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Dans ces espaces sombres, les frontières entre gauche et droite deviennent secondaires. Ce qui compte davantage, c’est la capacité à se présenter comme un dissident, un exclu ou une victime des élites. Hunter Biden et Candace Owens profitent de cette même économie de l’attention, même s’ils y sont arrivés par des chemins radicalement différents.
Lorsque ces deux personnages peu recommandables parlent de leur rapport aux médias, à la célébrité, aux institutions ou aux campagnes de dénigrement dont ils estiment avoir été victimes (pauvres chatons…), ils parlent exactement le même langage.
C’est ce qui rend cette rencontre si révélatrice.
Hunter Biden et Candace Owens se sont trouvés parce qu’ils ont découvert qu’ils occupent un peu la même place dans le récit américain. Celle de personnages sulfureux, rejetés par beaucoup, intrigants pour d’autres, et convaincus que tout le monde est ligué contre eux.
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Le tube de l’été généré par IA ?
Et si c’était le tube de l’été ? Depuis quelques semaines, une chanson me trotte dans la tête. Elle revient sans cesse sur mon fil TikTok.
@saxboybilly18
The Puerto Rico Song, a song about Puerto Rico including San Juan and Caguas #puertorico #sanjuan #caguas #puertorico🇵🇷 #sunomusic lyrics: me 🎶: @Suno
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Et je ne suis pas le seul.
De nombreux internautes (au départ des familles portoricaines, et maintenant bien au delà) la reprennent pour des vidéos de vacances, des premières sorties sur la plage, des trajets en voiture, des soirées entre amis et toutes ces petites scènes de vie qui défilent sur TikTok.
@nycgaydad
How can we not take the whitest song ever made for Puerto Rico and not choreograph it in the cheesiest fun way possible! #sanjuan #firsttimeinsanjuan #firsttimeinpuerto
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@xplodedmusic
The #puertoricosong @Sarah Hyland edition 😎 @saxboybilly18 #newmusicalert #viralsound #viraltrend #firsttimeinsanjuan
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@asantheproducer
First time in San Juan🎸 @saxboybilly18 #asantheproducer #musicproducer #puertoricosong #firsttimeinsanjuan #guitarsolo
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J’ai même vu des musiciens de talent la reprendre dans des vidéos, comme Charlie Puth (qui a chanté l’hymne national au dernier Super Bowl) ou le chanteur de country Luke Combs (qui avait repris Fast Car avec Tracy Chapman aux Grammys il y a deux ou trois ans).
@charlieputh
…
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@lukecombs
What we’re actually doing backstage before the show…
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Une équipe de baseball a même créé une chorégraphie dessus.
@dongoyo_tv
🔥 ¡MEGA VIRAL LA CANCIÓN "FIRST TIME IN SAN JUAN" DEDICADA A PR Y HECHA CON INTELIGENCIA ARTICIFIAL! 🇵🇷 Si la canción de Puerto Rico se te repite una y otra vez en la cabeza, no eres el único. El usuario de TikTok @saxboybilly18 se ha vuelto viral gracias a sus «videos de comedia explorando el mundo», en los que utiliza diferentes canciones creadas para ciudades de todo el planeta. En su perfil señala que utiliza la aplicación de generación musical por IA Suno para escribir las letras. Esta pegadiza melodía ha sido utilizada en muchísimos videos en TikTok, e incluso los Savannah Bananas han creado coreografías de baile al ritmo de este tema. Like 👍 Comenta 💬 Comparte 🗣 #dongoyotv #puertorico #DonGoyonews #ElCorresponsaldelpueblo #bochinchenews
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Le refrain est d’une simplicité presque ridicule.
“First time in San Juan, mi hijo. Capital of Puerto Rico…”
“Première fois à San Juan, mon gars. Capitale de Porto Rico…”
Puis viennent quelques observations touristiques à propos d’un voyage sur l’île américaine de Porto Rico. Il est question d’une excursion en bus vers la ville de Caguas, de machines à sous dans une gare routière, etc
Rien qui ne ressemble au matériau habituel d’un refrain à succès.
Et pourtant la chanson est partout. Au point que la matinale d’ABC s’est demandé il y a quelques jours si elle n’allait pas devenir le tube de l’été aux États-Unis.
@gma
“The Puerto Rico Song” has taken the internet by storm, with celebrities and fans posting videos lip-syncing to the track as attention turns to the surprising source behind the hit. #puertoricosong #viral #puertorico #ai #music
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L’histoire serait déjà amusante, mais le plus étonnant n’est pas là.
Cette chanson n’a jamais été composée par un musicien. Elle a été créée par une intelligence artificielle.
Ou plus exactement par une étrange collaboration entre un ancien humoriste de Pittsburgh et un logiciel appelé Suno.
L’homme derrière ce phénomène s’appelle Bill Stiteler. Son parcours n’a rien de celui d’une star de la pop. Pendant plusieurs années, il a tenté de faire carrière dans le stand-up à New York (en réalité, selon son propre récit, il a passé près de neuf ans essentiellement à boire). Fin 2023, il retourne vivre chez son père à Pittsburgh, la grande ville industrielle de Pennsylvanie, et essaye de rebâtir sa vie.
Ce nouveau départ prend une forme inattendue. Il achète un abonnement pour assister aux matchs de baseball des Pirates de Pittsburgh et commence à publier des vidéos sur TikTok. Puis il suit l’équipe dans ses déplacements à travers le pays. Rapidement, il découvre que les internautes qui s’abonnent à son compte s’intéressent moins au baseball qu’à ses vidéos sur les villes. Oh ce ne sont pas des destinations de rêve que les influenceurs exhibent sur Instagram.
Des villes ordinaires. Des villes industrielles. Des endroits que les guides touristiques mentionnent à peine.
Alors, pour accompagner ses vidéos, Stiteler pense à créer de petites chansons ridicules.
Il ne connaît rien à la musique, mais il découvre Suno, l’une des applications d’intelligence artificielle qui créent des chansons à la demande. Il suffit d’écrire les paroles, de décrire le type de chanson souhaité, et le logiciel compose instantanément la musique, les arrangements et même la voix.
Stiteler ne joue d’aucun instrument. Il se contente d’écrire de petits textes humoristiques. La machine se charge du reste.
Pendant des mois, il produit ainsi des chansons sur des villes peu spectaculaires, Omaha (Nebraska), Madison (Wisconsin), Ames (Iowa), et d’autres villes sans relief. Quelques milliers de personnes regardent ses vidéos. Rien de plus.
@saxboybilly18
The Omaha Song, a song about Omaha, Nebraska USA🇺🇸lyrics: me 🎶: suno #omaha #nebraska #nebraskatok #midwest #huskers
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@saxboybilly18
The Madison Song, a song about Madison Wisconsin 🇺🇸. Lyrics: me 🎶: suno #madison #madisonwi #wisconsin #midwest #wisco
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@saxboybilly18
The Ames Iowa Song, a song about Ames Iowa USA #ames #iowa #amesiowa #isu #iowastate lyrics: me 🎶: suno
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Puis arrive Porto Rico.
Au printemps, Stiteler se rend à San Juan. Comme à son habitude, il filme autant les détails banals que les paysages spectaculaires, les transports en commun, les épiceries, les rues, les gares routières.
De retour chez lui, il écrit quelques lignes.
“Didn’t want to do just tourist stuff / So I took the bus to Caguas.”
“Je ne voulais pas me contenter des attractions touristiques, alors j’ai pris le bus pour Caguas.”
Puis il les envoie à Suno.
Qui pond la chanson devenue virale.
Elle ressemble à quelque chose que notre cerveau connaît déjà. Une mélodie optimiste. Des harmonies familières. Une énergie légère. Une progression d’accords ultra efficaces, un rythme rassurant, une mélodie immédiatement mémorisable. On dirait un générique de sitcom des années 1980.
Exactement le genre de musique que vous allez peiner à sortir de votre tête.
Comme si l’intelligence artificielle avait analysé des décennies de pop commerciale pour en extraire le refrain que vous allez fredonner tout l’été, presque contre votre gré.
C’est exactement ce qui m’est arrivé.
Thank you and goodbye, mi hijo.
PhC
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Discussion à propos de ce post
Natacha ANDRÉ
6h
Bonjour Philippe, l’analyse inverse fait-elle partie de l’article ? Pourquoi, malgré tout ce qui se passe, l’économie et la bourse sont-elles si positives ? Trump aurait-il fait quelque chose de bien ? La question, aussi douloureuse soit elle, est en droit d’être posée. Bonne journée
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