Spécial kākāpō

 Chère audience




Les kākāpō se sont reproduits comme jamais.


Le kākāpō, ou perroquet-hibou, est un oiseau endémique de Nouvelle-Zélande (ce qui veut dire qu'il n'existe nulle part ailleurs au monde, s'il disparaît là, il disparaît pour toujours), qui a de nombreuses particularités étonnantes :

1- c'est un perroquet nocturne

2- c'est le plus lourd perroquet au monde, avec jusqu'à 4kg à l'âge adulte pour 60cm de haut

3- c'est un oiseau qui ne vole pas, ce qui est un peu la loose pour un oiseau quand même, et surtout ce qui le rend vulnérable aux prédateurs introduits, accidentellement ou non, par l'humain sur son territoire natal : rats, hermines, furets et surtout chats

4- en conséquence, c'est un oiseau classé comme en danger critique d'extinction, le dernier stade avant qu'une espèce soit considéré comme éteinte. En 2012, lors du lancement d'un programme de sauvegarde d'urgence par la Nouvelle-Zélande, les kākāpō étaient au nombre de 126

5- afin de les sauver de l'extinction, les kākāpō survivants ont été rassemblés et regroupés sur des îles exemptes de tout prédateur, ont ils sont étroitement surveillés. Etroitement à quel point ? Et bien à titre d'exemple, en août 2022, un piège photo sur l'île Chalky détecte la présence d'une hermine mâle. Le département de la conservation va enclencher le branle-bas de combat, littéralement, mobilisant des pisteurs, des équipes cynophiles, des spécialistes de l'imagerie satellite, des hélicoptères et des bateaux de reconnaissance pendant 8 mois, jusqu'à l'abattage de l'individu (le tout pour la coquette somme d'un demi-million de dollars néo-zélandais, soit environ 250.000€)

6- comme toute espèce menacée de disparition que les humains essayent désespérément de se faire reproduire, les kākāpō ont une libido aussi délicate que le montage d'une Tour Eiffel en allumettes par jour de Mistral. Déjà, ils démarrent très tard (l'espèce vit une soixantaine d'années quand on lui fout la paix et une femelle ne commence pas à avoir de nichée avant environ 9 ans), ensuite le mâle est un gros inutile (la femelle garde les jeunes seule, couve seule, doit laisser les œufs et les poussins sans surveillance chaque nuit pour aller chercher à manger, donc sans coller un garde-forestier derrière chaque nid, c'est l'hécatombe assurée), et surtout la reproduction ne se déclenche que les années où les arbres rimus, des conifères locaux, produisent des baies de manière importante (car elles sont particulièrement nutritives et notamment riches en calcium, permettant aux femelles de fabriquer la coquilles de leurs oeufs).


Et avec tout ça, si vous vous êtes pas étouffé dans votre pop-corn (mais en même temps j'avais prévenu), vous voyez où je veux en venir. Cette année, les arbres rimus ont connu une saison fruitière incroyable. Conséquence : l'intégralité des femelles kākāpō se sont reproduites, un phénomène jamais recensé depuis le début des tentatives de protection dans les années 80. Il y a 10 jours, les équipes de conservations recensaient 240 œufs (et en attendaient encore d'autres dans les semaines à venir), et déjà 26 poussins vivants. Du fait de la longévité des individus, certaines lignées sont suivies de près pour éviter la consanguinité, et permettent d'apprécier les efforts de "super-breeder", tels Nora, 13 cycles de reproduction au compteur depuis 1983, qui est devenue cette année à la fois mère à nouveau et arrière-arrière-grand-mère, ou Rakiura, qu'il est possible de suivre cette année en direct (ici https://www.doc.govt.nz/our-work/kakapo-recovery/what-we-do/kakapo-cam-live-from-the-nest/).


Les équipes scientifiques, et les tribus natives, gardiennes des îles où les oiseaux sont désormais protégés, espèrent que suffisamment de poussins survivront cette année pour amener l'espèce à franchir la barre symbolique des 300 individus vivants, alors qu'ils n'étaient plus que 51 en 1995. Un succès long, difficile et coûteux, mais la marque d'une réelle volonté politique et sociétale, et de la collaboration réussie entre scientifiques, tribus natives et pouvoirs publics.


Longue vie au kākāpō 


Crédit illustration : Brent Stephenson

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