🟨🟧 Elle a humilié Trump. Il veut se venger.
Donald Trump n’a jamais accepté qu’E. Jean Carroll, 82 ans, ex-journaliste à Elle, le fasse condamner pour agression sexuelle. Son ministère de la Justice ouvre une enquête pénale contre elle.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais aussi vous raconter pourquoi Megyn Kelly, ancienne star de Fox News devenue podcasteuse toute-puissante de la galaxie
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais aussi vous raconter pourquoi Megyn Kelly, ancienne star de Fox News devenue podcasteuse toute-puissante de la galaxie MAGA, charge Trump. Après avoir été un ralliement de poids lors de la dernière présidentielle, elle le démonte désormais jour après jour, morceau par morceau, sa morale, ses infidélités, son rapport aux femmes, sa corruption. Et ce qu’elle raconte dit peut-être quelque chose d’important sur l’évolution du trumpisme lui-même.
On ira aussi à la Maison Blanche, où Trump prépare un gala géant d’arts martiaux sur un ring installé sur la pelouse présidentielle pour son quatre-vingtième anniversaire. Un spectacle extravagant.
Et puis je vais vous expliquer pourquoi New York semble soudain respirer un peu plus fort depuis le retour des Knicks en finale NBA. Après des décennies de frustrations, cette équipe est devenue bien plus qu’une franchise de basket. Une sorte de rêve collectif pour la ville.
Je vous préviens. Je ne vais pas m’appesantir sur les circonvolutions de Trump sur le Moyen-Orient.
Oui, il est en train de perdre la guerre, mais il ne veut pas que ça se voie trop, alors il fait traîner les négociations pour pouvoir raconter qu’il a obtenu un meilleur deal.
Du pur Trump.
On n’est pas obligé de le croire quand il prétend, comme l’a souligné cette nuit le journal télévisé de ABC, que le contexte politique n’influencera pas sa stratégie pour mettre fin à la guerre.
Il a même ajouté :
“Je me fiche des élections de mi-mandat.”
Mouais.
Signe que le vent a tourné à Washington, Lindsey Graham, l’un des faucons qui l’ont embarqué dans cette guerre, fervent soutien d’Israël, se permet même de mettre la pression sur Netanyahu pour qu’il ne bloque pas un deal entre Trump et l’Iran :
“À nos amis en Israël. Franchement, vous le lui devez. Vous le devez à votre peuple. Vous devez au monde de faire ce qu’il vous demande de faire.”
Et visiblement, Graham a deviné qu’il faut remonter le moral de son compagnon de golf.
“Ils devraient changer le prix Nobel en prix Trump.”
Le sénateur de Caroline du Sud n’est pas le seul laudateur à avoir défilé ce mercredi soir dans l’émission de Sean Hannity sur Fox pour célébrer sa grandeur. Son directeur adjoint de cabinet Stephen Miller sait toujours trouver les mots réconfortants.
“Les Américains comprennent l’enfer dont nous avons hérité et le paradis extraordinaire que le président Trump est en train de bâtir.”
Je badine mais tout cela, c’est un peu futile.
Il y a quelque chose de plus important dont je veux vous parler.
CNN a révélé il y a quelques heures que le ministère de la Justice, désormais dirigé (par intérim) par un ancien avocat de Trump, vient d’ouvrir une enquête pénale contre E. Jean Carroll.
Son nom ne vous dit rien ? Je vais vous raconter dans un instant ma rencontre avec elle, quelques jours avant la réélection de Trump.
Mais c’est une femme dont beaucoup d’Américains (et d’Américaines) connaissent le nom depuis quelques années. Elle est louée comme une héroïne par certains, pointée du doigt comme une sorcière par d’autres, notamment les téléspectateurs de Fox News qui l’a souvent attaquée.
E. Jean Carroll est une femme de 82 ans, ancienne journaliste au Elle américain, devenue l’une des figures les plus détestées de Donald Trump après l’avoir accusé d’agression sexuelle.
Non seulement elle l’a accusé, mais elle l’a fait condamner par la justice. L’impensable. Et pas qu’une fois.
Une première fois à cinq millions de dollars pour agression sexuelle et diffamation. Puis une seconde fois à plus de 83 millions de dollars supplémentaires dans une autre affaire de diffamation, après les attaques répétées du président contre elle.
Selon le New York Times, cette enquête que vient de déclencher le ministère de la Justice cherche à déterminer si Carroll aurait menti sous serment pendant les procédures civiles qui l’opposaient au président américain.
Désir de revanche et aussi stratégie juridique, car le président tente toujours de faire annuler ces condamnations devant la Cour suprême.
La première fois que j’ai rencontré E. Jean Carroll, nous étions assis ensemble au Carnegie Hall, à New York.
Une forme de légèreté presque joyeuse. Une élégance un peu fantasque, typiquement new-yorkaise, mélange d’ironie, de sophistication et d’énergie nerveuse.
Je vous raconte.
Mon mari et moi étions venus assister à une soirée de stand-up de l’humoriste Kathy Griffin, et je m’étais retrouvé assis tout en haut de cette salle de spectacle légendaire, à droite d’E. Jean Carroll, que j’avais reconnue avec son allure folle qui me rappelait Miranda Priestly du Diable s’habille en Prada.
Griffin, qui avait appris qu’E. Jean Carroll était dans la salle, l’avait fait applaudir, une bonne partie du public debout.
Elle était la seule à avoir pu faire condamner Trump pour agression sexuelle.
Carroll répète que son combat dépasse largement son propre cas. Qu’il concerne “toutes les femmes de ce pays qui ont été rabaissées, humiliées, maintes et maintes fois.”
Trump n’a jamais vraiment accepté qu’une vieille dame ait réussi à le faire condamner.
E. Jean Carroll était encore inconnue du grand public lorsque son nom a commencé à envahir les chaînes d’information en continu en 2019. J’étais correspondant aux États-Unis et, comme beaucoup de mes confrères, je m’étais intéressé à son histoire.
Elle accusait Donald Trump de l’avoir agressée sexuellement dans une cabine d’essayage du grand magasin Bergdorf Goodman au milieu des années 1990.
Trump a immédiatement répondu comme il répond toujours. Par le mépris, l’humiliation et la destruction publique. Il a nié les faits. Il a affirmé qu’elle “n’était pas (son) genre”. Il a assuré qu’elle inventait cette histoire pour vendre des livres. Et il l’a transformée, pendant des années, en cible permanente de sa machine médiatique.
Mais cette fois, quelque chose d’inédit s’est produit.
Deux jurys différents ont donné raison à Carroll. En 2023, Trump a été reconnu responsable d’abus sexuel et de diffamation. Puis, en 2024, une autre décision l’a condamné à verser 83,3 millions de dollars supplémentaires pour l’avoir continuellement diffamée après les premiers faits. Au total, près de 90 millions de dollars de dommages et intérêts.
Pour Trump, qui vit dans une logique obsessionnelle de domination symbolique, cette humiliation judiciaire est devenue une blessure personnelle presque insupportable.
Et voilà que, désormais revenu au pouvoir, son administration lance une enquête pénale contre E. Jean Carroll elle-même.
Selon CNN et le New York Times, le ministère de la Justice a ouvert une enquête criminelle visant à déterminer si Carroll aurait menti sous serment pendant les procédures civiles contre Trump. Le cœur du dossier porte sur une question presque secondaire dans l’immense saga judiciaire qui les oppose, sur le financement de ses frais de justice.
Lors d’une déposition en 2022, Carroll avait affirmé qu’aucun tiers ne finançait sa plainte. Or, il est apparu ensuite que Reid Hoffman, le milliardaire cofondateur de LinkedIn et critique virulent de Trump, avait contribué indirectement à certains frais juridiques via une organisation basée à Chicago.
À l’époque, les avocats de Trump avaient dénoncé une dissimulation. Mais le juge fédéral Lewis Kaplan avait considéré que cela ne remettait pas en cause la crédibilité de Carroll.
Aujourd’hui, ce vieux point de procédure pourrait devenir une affaire pénale fédérale.
Comprenez bien ce qu’il se passe.
Le président des États-Unis utilise bien le ministère de la Justice pour attaquer pénalement à la femme qui l’a fait condamner.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump transforme le ministère de la Justice en instrument de représailles contre ceux qu’il considère comme ses ennemis personnels.
Dans l’affaire Carroll, la mécanique politique étrange n’est même pas subtile.
Todd Blanche, l’actuel ministre de la Justice par intérim, a dû se récuser du dossier parce qu’il avait auparavant défendu personnellement Trump dans les appels liés aux condamnations Carroll. L’enquête a finalement été confiée à Andrew Boutros, procureur fédéral à Chicago nommé par Trump.
Pourquoi Chicago alors que toute l’affaire Carroll s’est jouée à New York ? Parce que l’organisation liée à Reid Hoffman y est basée.
Le genre de détour judiciaire qui nourrit des soupçons de “forum shopping”, comme on dit aux États-Unis. C’est une pratique qui consiste à choisir le procureur ou la juridiction la plus favorable à une affaire politiquement sensible.
Pour Trump, cependant, l’enjeu dépasse probablement très largement le simple dossier judiciaire.
E. Jean Carroll représente quelque chose de beaucoup plus dangereux.
Une femme qui a résisté, gagné, et surtout humilié publiquement l’image de puissance masculine qu’il projette depuis quarante ans.
Megyn Kelly charge Trump
Et on va continuer à parler de violence sexuelle, dans l’histoire suivante que je veux vous raconter.
Un petit aveu, d’abord.
En rentrant chez moi le soir, j’écoute souvent, en podcast, le Megyn Kelly. Show. Je ne dirais pas qu’elle me détend, mais elle m’intrigue depuis longtemps.
Je vous ai déjà parlé d’elle dans Zeitgeist, dernièrement au début de la guerre contre l’Iran qu’elle comparait à la guerre contre l’Irak. Pour ceux qui ont oublié de qui il s’agit, je vous résume son profil dans les grandes lignes.
Quand Trump se lance en politique en 2015, cette ancienne avocate présente l’une des émissions de Fox News les plus regardées et les plus influentes. Elle se taille une réputation de pugnacité.
Y compris avec Trump, qui lui avait reproché d’avoir ses règles (soupirs…) après le premier débat des primaires, où elle l’avait interrogé sur son comportement et ses propos misogynes vis-à-vis des femmes.
Elle est ensuite recrutée par NBC dans la foulée de l’élection de Trump. La chaîne au paon, le logo historique de NBC, voulait montrer une ouverture vers cette Amérique loin des côtes qui avait choisi de faire un grand bras d’honneur aux élites politiques et médiatiques en votant Trump.
La greffe n’a jamais vraiment pris. L’image plus douce, plus consensuelle, a laissé plein de gens (dont moi) assez sceptiques.
Elle s’est alors mise à son compte.
Elle présente aujourd’hui un podcast vidéo très suivi sur YouTube. Loin de la télévision, elle a encore renforcé son influence et elle est aujourd’hui l’une des voix les plus écoutées de l’écosystème conservateur.
Le dernier soir de la campagne présidentielle 2024, elle a fait événement en appelant publiquement à voter pour lui, à l’occasion d’une réunion publique à ses côtés.
Après avoir été l’une de ses alliées, elle est redevenue son ennemie.
Elle n’est pas la seule. Je vous ai déjà narré dans Zeitgeist le parcours parallèle de Tucker Carlson, son ancien collègue de Fox News devenu lui aussi une voix forte sur YouTube. Mais Kelly n’a jamais vraiment frayé avec les grands complotistes sombres comme Carlson.
Cette fois, quelque chose a changé.
Ce qui me frappe en l’écoutant ces derniers temps, c’est qu’elle l’attaque depuis l’intérieur du mouvement MAGA.
Et les coups deviennent de plus en plus personnels.
J’ai déjà raconté dans Zeitgeist comment elle avait pris ses distances avec le président sur l’affaire Epstein. Puis sur son soutien inconditionnel à Israël. Puis sur la guerre contre l’Iran, au point de dénoncer ses menaces contre Téhéran comme “irresponsables” et de s’exclamer sur son podcast :
“Je suis fatiguée de ces conneries. Ne peut-il pas simplement se comporter comme un être humain normal ?”
Mais ces derniers jours, ça m’a frappé en l’écoutant. Kelly a franchi une nouvelle étape.
Elle ne critique plus seulement les décisions de Trump. Elle critique Trump.
L’homme. Le mari. Son caractère. Sa morale.
Ce qui fait d’un homme un homme.
Voici quelques phrases glanées ces dernières semaines :
“Ce n’est pas un homme moral.”
“Il est extrêmement mesquin et susceptible.”
“Dès que vous avez un désaccord de principe avec quelque chose qu’il fait, vous devenez un étranger à ses yeux.”
Puis elle en vient aux histoires intimes :
“Trump a trompé chacune de ses épouses.”
“Si vous pensez que Trump a été fidèle à Melania, très bien. Vous avez des problèmes plus graves que ceux que je peux régler ici.”
Et l’ancienne avocate ressort ensuite une accusation ancienne contre Trump :
“Au passage, Ivana, sa première épouse, l’a accusé de l’avoir violée.”
“Et au passage, Ivana, sa première épouse, l’a accusé de l’avoir violée.”
C’est vrai, même si Ivana Trump s’est ensuite rétractée sur ce point.
Megyn Kelly le précise, mais ajoute :
“Je ne sais pas si c’est vrai ou non, mais disons simplement que ce n’était manifestement pas une relation formidable.”
Le fait que cette accusation ressorte, trente-cinq ans plus tard, dans un rendez-vous influent de la galaxie conservatrice, dit quelque chose du moment.
Et ce n’est pas tout. Kelly le charge aussi sur la corruption, à propos de l’accord passé avec le ministère de la Justice que je vous ai raconté dans un précédent Zeitgeist :
“Je ne m’attendais pas à ce que la corruption soit aussi généralisée qu’elle l’est devenue.”
“Les conflits d’intérêts, la manière dont il remplit ses poches et celles de sa famille. C’est sidérant.”
“Je n’ai jamais vu une famille s’enrichir autant grâce à la présidence.”
Là, pour le public américain, c’est beaucoup plus explosif que les critiques sur l’Iran.
Parce que Kelly ne remet plus en cause une politique. Elle remet en cause la légitimité morale du personnage.
Et c’est précisément ce qui est intéressant.
Car Megyn Kelly n’est pas passée à gauche. Oh non, il suffit de l’écouter. Elle demeure une voix conservatrice, moderne dans le ton et la forme, mais très tradi sur le fond.
Elle parle à une audience largement conservatrice, républicaine, souvent favorable à Trump.
C’est ce qui rend son évolution spectaculaire. Et révélatrice.
Les critiques de Megyn Kelly ne nous apprennent pas seulement quelque chose sur elle.
Elles nous apprennent quelque chose sur Trump.
Pendant dix ans, le président a prospéré grâce à un mécanisme assez simple dans son camp, qui, au départ en 2015, ne l’a pas accueilli comme un sauveur, loin de là. Pendant plus de dix ans, dans la galaxie conservatrice, si vous vouliez avoir du succès, et donc de l’argent, cela rapportait davantage d’être associé à lui plutôt que d’être contre lui.
Aujourd’hui, dans certaines parties de l’écosystème conservateur, l’équation commence à changer.
Il y a désormais deux catégories de commentateurs de droite.
Les loyalistes élogieux, comme Sean Hannity et d’autres figures de Fox, ont besoin de rester proches du président pour conserver leur influence, et faire prospérer leur fortune. Hannity est payé plus de 30 millions de dollars par an.
Les opportunistes critiques, comme Tucker Carlson ou Megyn Kelly, ont bâti des marques personnelles suffisamment puissantes pour pouvoir s’affranchir de Trump lorsque cela sert leurs intérêts.
Ils n’ont pas besoin de lui.
Et parfois, ils ont même intérêt à s’en distinguer. C’est ce qui se passe avec Kelly aujourd’hui. Sans remettre en cause sa sincérité, elle doit voir dans ses données YouTube qu’elle déclenche plus d’engagement, et donc plus de revenus, quand elle critique Trump que quand elle le défend.
Megyn Kelly n’est plus une présentatrice de télévision, vedette d’une chaîne dont les dirigeants ont décidé de promouvoir Trump.
Elle est devenue une entrepreneuse de l’attention.
Son podcast vit de l’audience, de l’engagement et de la fidélité de sa communauté.
Or une partie importante du public conservateur est aujourd’hui frustrée par plusieurs sujets, Epstein, l’Iran, les promesses non tenues, l’inflation et d’autres choses encore. La corruption que souligne Kelly, aussi.
Elle capte ce mécontentement. Comme Tucker Carlson avant elle.
Ils ont compris qu’il existe désormais un marché pour la critique de Trump à droite.
Et c’est pour cela que je voulais vous raconter cela.
La Maison Blanche dans la cage
Pendant près de deux siècles et demi, les présidents américains ont utilisé la pelouse sud de la Maison Blanche pour accueillir des chefs d’État, des cérémonies militaires ou, à l’occasion, quelques distractions plus légères.
Dwight Eisenhower y travaillait son putting de golf. John Kennedy y jouait au football avec ses enfants. George H. W. Bush y organisait des parties de fers à cheval.
Donald Trump a d’autres projets.
Ces derniers mois, le paysage qui entoure la résidence présidentielle ressemble à un chantier géant. Les travaux de la gigantesque salle de bal voulue par le président progressent à un rythme soutenu. Et ces derniers jours, à quelques dizaines de mètres de là, un autre projet prend forme, avec des engins de construction qui montent une immense structure métallique sur la pelouse.
C’est l’installation d’un octogone géant destiné à accueillir un gala de l’UFC, la plus grande organisation de combats de MMA, présidée par un vieil ami du président, Dana White.
Alors qu’une partie du pays s’inquiète de l’inflation persistante et du coût de la guerre avec l’Iran, à cinq mois des élections de mi-mandat, Trump transforme la Maison Blanche en décor de spectacle.
Ce sera le 14 juin. Pourquoi ce jour-là ? Alors c’est le jour du drapeau américain, qui n’a jamais été particulièrement célébré. C’est aussi le jour du 251e anniversaire de l’US Army, qui ne donnait pas lieu à des commémorations au-delà des cercles militaires jusqu’à ce que le président Trump, l’an passé, organise une parade militaire inspirée de ses souvenirs du 14 juillet 2017 sur les Champs-Élysées.
Ah oui, détail qui n’a échappé à personne ! Le 14 juin, c’est aussi le jour du quatre-vingtième anniversaire du président.
Et pour son anniversaire, Donald Trump accueillera sur la pelouse sud ce qui sera le premier événement sportif professionnel jamais organisé dans l’histoire de la Maison Blanche.
Quatre mille spectateurs assisteront aux combats depuis les gradins installés autour de la cage. Des dizaines de milliers d’autres regarderont les écrans géants disposés sur l’Ellipse voisine, en dehors de l’enceinte de la résidence présidentielle. Là même où Trump avait prononcé son discours avant l’assaut contre le Capitole.
Les meilleurs combattants de MMA défileront dans un décor conçu pour mettre en valeur la façade blanche de la Maison Blanche, comme si elle faisait partie du spectacle. Dana White promet déjà un événement unique. Trump, lui, parle du plus grand spectacle sur Terre.
Il exagère à peine. Vraiment. Car ce spectacle rêvé par l’homme le plus puissant du monde est une clé pour comprendre Donald Trump.
Ce qu’il aime, ce qu’il admire.
Et surtout la manière dont il exerce le pouvoir.
La passion de Trump pour les sports de combat ne date pas de son entrée en politique. Elle remonte à l’époque où il cherchait encore sa place dans le panthéon américain des célébrités.
À la fin des années 1980, lorsqu’il tente de faire d’Atlantic City la rivale de Las Vegas, il découvre rapidement que rien n’attire davantage les caméras qu’un combat de boxe. En 1988, il débourse une somme record pour accueillir le duel entre Mike Tyson et Michael Spinks au Trump Plaza. Son épouse confie alors à une journaliste qu’il y a ce soir-là “une odeur de sang dans l’air.”
Trump avait vu les choses en grand. Pour attirer les célébrités dans la station balnéaire du New Jersey, il avait envoyé une flotte d’hélicoptères chercher les invités, parmi lesquels Paul Simon, Warren Beatty, Billy Crystal, Rob Reiner et Jack Nicholson. Une fois sur place, la réception VIP organisée avant le combat tourna rapidement à la cohue. Sous les projecteurs des caméras, dans une mêlée de journalistes, de photographes et de gardes du corps, Trump fendit lui-même la foule pour rejoindre la table des stars.
La scène ressemblait moins à un événement sportif qu’à un avant-goût de la politique version Trump. Un mélange de célébrité, de spectacle et de chaos savamment orchestré, où l’attention était la véritable monnaie d’échange.
Lorsque l’UFC apparaît quelques années plus tard, Trump est immédiatement fasciné. À l’époque, l’organisation ressemble davantage à une attraction foraine qu’à un sport reconnu. Les règles sont rudimentaires. Les commissions sportives refusent souvent d’autoriser les combats. Le sénateur républicain John McCain dénonce ce qu’il appelle du “human cockfighting”, du combat de coqs humain. Les grandes salles ferment leurs portes.
Trump, lui, ouvre les siennes.
Son casino d’Atlantic City, le Trump Taj Mahal, accueille plusieurs événements à un moment où peu de promoteurs acceptent encore d’être associés à ce spectacle jugé trop violent. Dana White n’a jamais oublié ce soutien. Des décennies plus tard, il continue d’expliquer que Donald Trump fut l’un des seuls hommes influents à croire au potentiel de l’UFC lorsque personne n’en voulait.
C’est une vieille amitié. Dana White a parlé sur la scène de la dernière convention républicaine en 2024. On l’aperçoit souvent à la Maison Blanche.
Et je vous recommande l’entretien stupéfiant que Dana White vient d’accorder il y a quelques jours à David Remnick, le directeur du New Yorker.
“Vous voulez parler d’un combattant ? Ce type est un combattant, l’un des êtres humains les plus résistants que j’aie jamais rencontrés de ma vie.”
“Une grande partie du récit qu’ils fabriquent sur lui, sur ce qu’il est comme personne, est répugnante. Et absolument, totalement fausse.”
“Ce n’est pas un raciste. Ce n’est pas un fasciste. Il aime ce pays.”
L’équipe du président est truffée de visages du catch. Steven Cheung, son directeur de la communication, a fait ses armes comme porte-parole de la ligue. Sa ministre de l’Éducation, Linda McMahon, est une actionnaire historique du catch américain.
Cette opération va aussi transformer la pelouse de la Maison Blanche en aspirateur à cash. L’UFC prend en charge les 30 à 60 millions de dollars de production. Mais certains packages VIP sont vendus 1,5 million de dollars. Pour ce prix-là, les multimillionnaires s’achètent une entrée à la pesée officielle au Lincoln Memorial, des accès VIP au ministère de la Justice et un concert privé. Les liaisons dangereuses entre l’appareil d’État et l’argent de l’influence n’ont jamais été aussi limpides.
Trump n’aime pas seulement l’UFC et son vieil ami Dana White. Il semble voir le monde à travers les catégories qu’elle met en scène. Des vainqueurs et des vaincus. Des dominants et des dominés. Des affrontements personnels plutôt que des débats abstraits. Une lutte permanente où la faiblesse est un défaut moral et où la force constitue une vertu en soi.
Ces dernières années, l’UFC est devenue le refuge culturel naturel du trumpisme. Les mêmes jeunes hommes y cherchent des modèles de virilité. Dans les bons comme dans les mauvais moments politiques, Trump retourne toujours au bord de la cage.
Après l’assaut contre le Capitole. Après ses inculpations. Après ses condamnations judiciaires. Après sa réélection.
Toujours la même scène. Toujours les mêmes applaudissements. Toujours cette foule qui l’accueille comme une rock star.
La politique américaine est devenue si polarisée qu’il existe peu d’endroits où un ancien président peut encore entrer sous les acclamations unanimes de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les galas de l’UFC font partie de ces sanctuaires.
Et Trump le sait.
C’est peut-être même pour cela que ce combat à la Maison Blanche ressemble moins à une extravagance qu’à l’aboutissement logique de toute une trajectoire.
Pendant une décennie, Trump a transformé la politique en divertissement.
Aujourd’hui, il transforme le lieu le plus symbolique du pouvoir américain en arène.
Dézoom
Je vous ressors à cette occasion un essai lu il y a quelques mois dans The Atlantic, la grande journaliste sportive Sally Jenkins décortique ce qu’elle appelle la “MAGA-fication” du sport américain. C’est mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist.
Pour elle, ce spectacle à la Maison Blanche montre que Trump ne cherche pas seulement à séduire l’électorat des jeunes hommes de la Gen Z nourris aux algorithmes de la manosphère. Il veut se présenter comme le “Ultimate Fighter”, un combattant en chef qui frappe sous la ceinture et qui reculera devant peu de choses pour contraindre ses adversaires à se soumettre.
“Certains s’attribuent le courage des autres. Donald Trump, lui, s’approprie leur virilité.”
Selon elle, le président s’identifie aux hommes de l’octogone parce qu’il gouverne de la même manière.
“La MAGA-isation du sport représente un degré supplémentaire de brutalité. Il ne s’agit pas seulement d’influencer les électeurs. L’objectif est aussi d’affaiblir notre sens collectif des limites, cette adhésion commune à certaines règles du jeu que le sport est justement censé enseigner. George H. W. Bush utilisait la pelouse sud de la Maison Blanche pour jouer aux fers à cheval. Trump, lui, veut y organiser un sport de combat où l’on fait couler le sang.”
“Les combattants de cage ne déstabilisent pas seulement leurs adversaires par la méfiance et l’anxiété, en laissant planer la question de ce qu’ils seront capables de faire ensuite à mains nues. Ils imposent aussi un dilemme. Faut-il abandonner ses anciennes pratiques et entrer dans l’arène selon leurs règles ? Ou rester fidèle à ses principes, au risque de se faire déchiqueter ? Comment riposter sans se perdre soi-même, sans renoncer à son honneur, à sa propre idée de ce que l’on veut être dans le combat ?”
“Trump comprend mieux que presque tous les responsables politiques de l’époque récente comment transformer un affrontement en bagarre générale. Et il sait qu’une fois couverts de sang, les perdants n’intéressent plus grand monde lorsqu’ils se plaignent que les règles ont été bafouées. La force primitive de l’UFC vient précisément de là : offrir au public l’ivresse d’une transgression, la possibilité de vivre par procuration un coup de pied au menton.”
“Trump l’a parfaitement compris. Il a exploité ce ressort avec une remarquable efficacité, en jouant sur la peur américaine de se retrouver du côté des vaincus et en convainquant une partie du public d’accepter des démonstrations de force toujours plus brutales, dès lors qu’elles semblent nécessaires pour gagner.”
Go New York Go !
Et je vais encore vous parler de sport.
Vous avez peut-être suivi les exploits du Frenchy Wemby, Victor Wembanyama, qui brille avec les Spurs et espère se qualifier pour la finale NBA, même si pour l’instant les Oklahoma City Thunder mènent 3-2 dans les play-offs. Prochain match la nuit prochaine.
Mais il faut que je vous raconte pourquoi je suis bien plus enthousiaste par la qualification des Knicks.
Il faut probablement vivre ou avoir vécu à New York pour comprendre ce qui est en train de se passer.
New York avait besoin que les Knicks soient en finale. Les New-Yorkais méritent de rêver avec les Knicks.
Quelque chose a changé dans l’humeur de la ville depuis qu’ils ont validé leur qualification pour la finale NBA, une première depuis 1999
.Vous avez chopé cette référence à la chanson de Prince en une du New York Post ?
1999, la dernière finale.
1973, la dernière victoire.
C’est plus vieux que la dernière victoire française à l’Eurovision, c’est dire.
L’enthousiasme est beaucoup plus profond qu’une simple victoire sportive. On a vu Whoopi Goldberg arriver sur le plateau de The View sur ABC avec un balai pour célébrer la victoire contre les Cleveland Cavaliers, qui ont été balayés.
Et ils font même la une du New Yorker qui sera dans quelques jours dans les kiosques.
Des milliers de supporters ont envahi les abords de Madison Square Garden, le temple des Knicks. La ville la plus vibrante d’Amérique (du monde si vous voulez mon avis) vibre encore plus fort que d’habitude.
Si vous ne vous intéressez pas de près à la NBA (et je ne suis qu’un spectateur occasionnel) vous vous dites peut-être que j’en fais des tonnes.
Non, je vous assure. Et cet élan dépasse de loin le basket.
L’intensité de cette émotion peut sembler disproportionnée. Après tout, New York possède des équipes plus titrées et plus victorieuses. Les Yankees ont empilé les trophées pendant des décennies. Les Giants ont remporté plusieurs Super Bowls. Même les médiocres mais sympathiques Mets ont atteint une finale plus récemment que les Knicks.
Oui mais les Knicks occupent une place à part dans l’imaginaire new-yorkais. Ils ne sont pas simplement une équipe de basket. Ils sont devenus au fil du temps une sorte de métaphore de la ville elle-même. Brillante, chaotique, excessivement sûre d’elle, parfois un peu grande gueule, régulièrement décevante, mais toujours convaincue que son prochain grand moment est sur le point d’arriver.
Le Madison Square Garden n’est pas seulement une salle de sport. C’est une cathédrale civique construite au-dessus de Penn Station, au cœur du vacarme de Manhattan. Les célébrités s’y montrent comme elles se montrent au Met Gala. Taylor Swift et Travis Kelce y étaient encore il y a quelques jours.
Et depuis des décennies, un homme semble y occuper un siège presque aussi permanent qu’un vitrail dans cette basilique des Knicks. Impossible d’écrire sur les Knicks sans parler de Spike Lee.
Pendant plus de trente ans, le réalisateur a vécu toutes les humiliations de l’équipe depuis son fauteuil au bord du terrain. Les espoirs brisés. Les saisons médiocres. Les dirigeants incompétents. Les recrutements ratés. Les promesses jamais tenues.
Spike Lee est devenu une sorte de conscience collective des supporters, le témoin obstiné d’une attente qui semblait ne jamais devoir finir.
Car l’histoire des Knicks est moins une histoire de succès qu’une histoire de frustration.
Leur dernier titre remonte à 1973. Richard Nixon était encore président. Le World Trade Center venait d’ouvrir ses portes. Des générations entières de New-Yorkais ont grandi sans jamais voir leur équipe championne.
À certains moments, les Knicks semblaient même condamnés à devenir un monument à leur propre nostalgie.
L’équipe est un feuilleton permanent pour les tabloïds de la ville, qui savent être cruels. Les entraîneurs défilent. Les stars repartent. Les supporters continuent pourtant de remplir la salle. À New York, une équipe perpétuellement aussi mauvaise pendant des décennies peut rester au centre de la conversation.
Mais ce retour intervient aussi à un moment particulier de l’histoire de la ville.
Depuis la pandémie, New York a traversé une série de secousses qui ont laissé des traces profondes. Les bureaux se sont vidés. Des dizaines de milliers d’habitants sont partis vers la Floride, le Texas ou le New Jersey. Les loyers ont atteint des niveaux vertigineux. Une bonne partie de la classe moyenne se demande si elle a encore sa place dans cette ville folle qui parfois rend fou.
Pendant ce temps, Brooklyn s’est affirmé. Les cafés, les galeries, les start-up, les nouveaux riches de la tech ont déplacé une partie du centre de gravité symbolique de New York de l’autre côté de l’East River. Ces dernières années, certains ont même imaginé que les Brooklyn Nets pourraient devenir l’équipe de cœur de New York, plutôt que les Knicks implantés à Manhattan.
Ils se sont trompés.
Les Nets ont eu des superstars. Ils n’ont jamais supplanté les Knicks dans le cœur de New York.
Parce que les Knicks appartiennent à quelque chose de plus ancien et de plus profond que le simple sport. Ils appartiennent à l’idée que les New-Yorkais se font d’eux-mêmes.
Dans une ville où tout semble désormais segmenté par les revenus, les quartiers, les origines et les algorithmes, les occasions de partager une expérience véritablement collective sont devenues plus rares. Les habitants ne regardent plus les mêmes chaînes. Ils ne lisent plus les mêmes journaux. Ils n’habitent souvent plus les mêmes univers culturels.
Pourtant, lorsque les Knicks se mettent à gagner, quelque chose de presque archaïque réapparaît. Les traders de Wall Street, les étudiants de Columbia, les chauffeurs de taxi du Queens, les avocats de l’Upper West Side se retrouvent soudain absorbés par la même histoire. Même les touristes de Times Square sentent qu’il se passe quelque chose.
C’est ce qui rend ce moment si particulier.
Les Knicks ne résoudront ni la crise du logement, ni les inégalités, ni les embouteillages, ni les loyers délirants qui poussent chaque année davantage de familles à partir. Ils ne feront pas disparaître les fractures politiques ou sociales qui traversent la ville.
Mais pendant quelques semaines au moins, ils offrent à New York un rêve.
Et quand tout ou presque semble conçu pour nous enfermer dans des communautés de plus en plus petites, des flux personnalisés et des réalités parallèles, il y a quelque chose de profondément réconfortant à voir huit millions de personnes vibrer pour leur équipe et leur ville.
Après plus d’un quart de siècle d’attente, les Knicks offrent à New York une finale.
Après plus d’un demi-siècle d’attente, les Knicks vont peut-être offrir à New York le titre NBA.
Et les Knicks rassemblent même les ennemis de Washington.
Hakeem Jeffries, représentant de New York, chef de la minorité démocrate à la Chambre et probable futur Speaker si l’on en croit les sondages, a posé avec une casquette des Knicks.
Et il y a quelques heures, Donald Trump a annoncé qu’il avait été invité à assister à l’un des matchs.
Comme le dit l’hymne des Knicks qui résonne à chaque match au Madison Square Garden :
“Go New York Go !”
Thank you and goodbye.
PhC

















































L’information de M.Kelly indépendante est donc purement et simplement formatée par le marketing. C’est raide mais sans doute incontournable. Ce que vous écrivez est aussi fonction de ce que votre public aime ou vous assumez les danger de votre pouvoir d’influence et oseriez aller à contre courant de la tendance des stats? Patrick W.
Résumé époustouflant! Merci!