Canicule : les premiers morts... et la crainte d'une crise sanitaire
La France suffoque au début d’une semaine de canicule historique.
89 départements sont placés en vigilance, dont 49 en rouge aujourd’hui, particulièrement dans l’Ouest. Le gouvernement a réuni une nouvelle cellule de crise pour faire face aux fortes chaleurs : 9 Français sur 10 sont concernés par une vigilance et 35 millions de Français par une vigilance rouge. Dix personnes sont mortes noyées hier, a fait savoir la Sécurité civile. La canicule provoque un bond de « 30 % à 40 % » du nombre d’appels au 15 et de « 10 % à 20 % » des passages aux urgences qui, pour l’instant, « tiennent », a indiqué ce lundi un représentant des urgentistes, craignant une aggravation dans les prochains jours.
Nombre d’écoles se transforment en bouilloires thermiques. Près d’un millier d’établissements ferment leurs portes ; d’autres aménagent leurs horaires, demandent aux parents qui le peuvent de garder les enfants à la maison ou d’amener des ventilateurs dans les classes. Le système D prédomine un peu partout, comme à Amplepuis, dans le Rhône, où, dans de nombreuses écoles dépourvues de protections extérieures fonctionnelles, des couvertures de survie ont été fixées directement sur les façades.
Pendant que les températures augmentent et persistent autour des 40 °C, le thermomètre politique s’affole lui aussi. Accusé d’impréparation lors du précédent épisode caniculaire historique de la fin mai, le gouvernement multiplie depuis les prises de parole et les mesures d’urgence, comme l’interdiction de consommer de l’alcool sur la voie publique lors de la Fête de la musique dans les 35 départements placés en vigilance rouge. Mais la France apparaît globalement structurellement mal préparée à ces canicules intenses, durables et appelées à se répéter. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal, candidat déclaré à la présidentielle de 2027, a ainsi reconnu que, pendant les mandats macronistes, si des efforts avaient été fournis pour réduire les émissions industrielles ou repenser les mobilités, l’État « n’a pas été assez loin, assez vite » sur le volet de l’adaptation. L’ancienne ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a fustigé la politique du « stop-and-go » énergétique, exhortant le pouvoir à stopper les reculs politiques. Et la ministre de la Transition écologique actuelle, Monique Barbut, a admis que la réponse du gouvernement n’était « pas à la hauteur » pour l’adaptation de la France aux événements climatiques exceptionnels comme la canicule. Le Fonds vert, destiné à la transition des collectivités, est passé de 2,5 milliards d’euros à seulement 850 millions d’euros.
Une chute dénoncée par Marine Tondelier, la patronne des Écologistes, qui déplore un budget « divisé par quatre en deux ans » et un plan d’adaptation « très en retard et très loin d’être financé ». Son parti a lancé une pétition pour réclamer la mise en place d’un congé climatique de cinq jours maximum par an afin de protéger notamment les travailleurs particulièrement exposés à la canicule. Cette proposition s’inspire du modèle espagnol qui, en novembre 2024, a adopté le principe d’un congé payé de quatre jours pour éviter les déplacements en cas d’alerte météorologique. Marine Tondelier a également estimé que la climatisation ne devait être « ni un tabou ni une réponse à tout », en réponse à la volonté de Marine Le Pen de mettre en place un « plan massif » de climatisation.
Le pays n’est pas prêt à affronter l’avenir climatique, c’est ce que disent également une majorité de scientifiques. Mais ces derniers, ainsi que les météorologues, sont de plus en plus la cible de critiques, d’attaques et de menaces sur les réseaux sociaux.
Ainsi, dans une publication postée le dimanche 15 juin sur X, le présentateur météo Guillaume Séchet mettait en garde contre les risques de canicule en France durant cette semaine de fortes chaleurs. Ciblé par des comptes climatosceptiques, il a finalement été contraint de supprimer sa publication. « Les gens m’ont accusé de catastrophisme, m’ont traité de nazi et d’autres termes violents. C’est allé très loin », a-t-il raconté au journal Le Parisien.
Alors, comment vit-on dans un pays à 40 degrés ?
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