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Trump sonne l'alarme patriotique contre le "communisme"Panique (surjouée) de Trump, Fox News & co après un tremblement de terre politique au sein du parti démocrate. "Il faut les écraser. Ces gens veulent nous faire du mal !”
Hi everyone, c’est Zeitgeist ! Le président a lancé officiellement cette nuit les célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance. Un discours en plein air à Washington pour inaugurer la Great American State Fair, une grande foire patriotique avec grande roue, “une Exposition universelle des temps modernes, célébrant les peuples, les traditions, les innovations et l’esprit qui font de l’Amérique la plus grande nation de la planète”, avec “des pavillons territoriaux célébrant les 56 États et territoires, des expositions thématiques, des spectacles, des expériences interactives et des attractions classiques de foire”. Le tout ponctué par un ballet aérien d’avions militaires. Et des pas de danse sur Y.M.C.A. par l’orchestre militaire des Marines. Excitation palpable sur Fox News, avec ces deux présentateurs, Kayleigh McEnany, ancienne porte-parole de Trump à la Maison Blanche, et Jesse Watters.
De fait, ça ressemblait à un meeting d’auto-célébration, moins du 250e anniversaire de l’indépendance que de lui-même. Un discours de campagne.
Ce n’est pas fait, loin de là.
Bigre. Même Fox News a un peu de mal à croire à l’emphase du président, et même si la paix au Moyen-Orient est annoncée “pour la première fois depuis 3000 ans”, même si le président tient “le plus grand meeting qu’il ait jamais fait”, Fox préfère sonner l’alarme contre… le “communisme”. Oui, oui, “Les cocos ne veulent pas célébrer l’Amérique”, s’inquiète le bandeau de Fox News. “Vous croyez qu’ils vont rester tranquillement assis à ne rien faire ?” s’inquiète Jesse Watters.
Le même Watters avait déjà alerté un peu plus tôt sur l’antenne.
Le président avait déjà sonné l’alarme la nuit précédente, dans ce message envoyé à 2 h 38 du matin, heure de Washington.
Puis au Sénat à la mi-journée.
Puis dans le Bureau ovale dans l’après-midi.
Sic.
Diantre, qu’est-ce qui explique ainsi cette panique soudaine contre une menace intérieure ? Quelle est cette menace immédiate qui vient perturber la joie patriotique des célébrations de l’anniversaire de la première puissance du monde ? Oui, comme l’écrit Fox News en bandeau, il y a bien eu un “tremblement de terre” 24 heures plus tôt à New York. Je vous raconte. Mardi se tenaient les primaires à New York pour déterminer les candidats démocrates aux élections de novembre. Et le grand gagnant n’était même pas sur le bulletin de vote. C’est le maire de New York Zohran Mamdani. Il ne demandait rien pour lui-même, du moins pas officiellement. Il n’avait pas de siège à conquérir, pas de mandat à sauver, pas de slogan personnel à tester. Il est passé d’une soirée électorale à l’autre, de Brooklyn à Manhattan, puis jusqu’au nord de la ville, accueilli comme une rock star politique par des militants qui avaient l’impression d’assister non pas à une victoire locale, mais bien à un “tremblement de terre”. Et ils n’avaient pas totalement tort puisque les secousses ont été ressenties jusqu’à la Maison Blanche et sur l’antenne de Fox News, à fond depuis lors. Oui, il y a bien un “Mamdani momentum”, un élan Mamdani. Zohran Mamdani, maire de New York depuis à peine quelques mois, vient de réussir ce que peu d’élus américains savent faire. Il a réussi à transformer sa propre élection en mouvement. Un peu plus de six mois après avoir stupéfié l’establishment démocrate en remportant la mairie de la plus grande ville du pays, il a voulu prouver qu’il n’était pas un accident, pas un phénomène TikTok, pas seulement un visage sympathique porté par une campagne habile. “C’est un type charmant, un beau gosse”, s’est encore extasié le président dans le Bureau ovale, alors même qu’il dénonçait la menace communiste incarnée, selon lui, par les candidats soutenus par Mamdani. Non, Mamdani a aussi pris des risques. Il a défié des sortants, contrarié des alliés, humilié les vieux ânes du Parti démocrate, l’âne étant le symbole du parti. Et il a gagné partout où il avait décidé de jouer. Les trois candidats qu’il soutenait dans les primaires démocrates new-yorkaises ont remporté leur course. Brad Lander a battu le sortant Dan Goldman dans une circo de Manhattan et Brooklyn. Claire Valdez, élue démocrate-socialiste encore peu connue, a défait Antonio Reynoso, le président du borough de Brooklyn, bref une sorte de maire d’arrondissement de Brooklyn, pourtant soutenu par une grande partie de l’appareil démocrate. Et Darializa Avila Chevalier, militante de gauche, doctorante, figure issue des mobilisations pro-palestiniennes, a réussi l’exploit le plus spectaculaire. Elle a battu Adriano Espaillat, poids lourd démocrate, président du Congressional Hispanic Caucus, un élu installé, soutenu par les syndicats, les réseaux latinos et le leader démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, pourtant bien parti pour devenir président de la Chambre après les élections de novembre, et donc troisième personnage de l’État. Deux sortants battus. Un héritier désigné écarté. Des syndicats débordés. Des élus locaux pris de vitesse. Les comités de financement démocrates ont été incapables d’éteindre l’incendie. Et au centre de la photo, Mamdani, 34 ans, sourire de premier de classe devenu chef de bande, qui répète que sa victoire à la mairie n’était pas la fin d’un mouvement, mais le début. Ce qui s’est passé à New York ne se résume pas à un bouleversement idéologique. C’est aussi une leçon d’organisation. Pendant des années, l’establishment démocrate a cru que l’argent des donateurs, les soutiens des barons et les vieux réseaux syndicaux suffiraient. Mamdani et l’organisation des Democratic Socialists of America ont quadrillé le terrain, avec des volontaires partout, qui frappaient aux portes, engageaient la conversation. Tant de jeunes militants prêts à passer leurs soirées à convaincre des électeurs. Le message envoyé par ces primaires dépasse New York. Il dit quelque chose de plus large sur le Parti démocrate face à Trump. Depuis le retour de Trump au pouvoir, une partie de l’électorat démocrate est exaspérée par la mollesse des dirigeants démocrates raisonnables, compétents, polis, capables de dénoncer le président dans les règles de l’art sans jamais vraiment s’affronter à lui frontalement. Elle veut des élus qui donnent le sentiment de comprendre la colère sociale, la crise du logement, la vie trop chère, la peur de déclassement, mais aussi la rage morale provoquée, au-delà des cercles pro-palestiniens traditionnels, par le soutien américain à Israël et par l’engrenage qui a mené les États-Unis dans la guerre contre l’Iran. Toute une partie de la base démocrate ne veut plus de gestionnaires de la défaite face à Trump. Elle veut des gens qui se battent. C’est là que Mamdani est habile. Quand il parle, beaucoup d’électeurs n’ont pas l’impression d’entendre un pur discours idéologique. Il parle d’abord du coût de la vie. Du logement. Des crèches. Des transports. Des salaires. D’une ville devenue impossible pour ceux qui la font vivre. Il a compris que le mot “socialisme”, longtemps toxique dans la politique américaine, devient moins effrayant quand il s’incarne dans une promesse très concrète. Rendre la vie moins chère. Son pari tient dans cette intuition simple. Les démocrates ne battront pas Trump en expliquant qu’ils sont moins dangereux que lui. Ils le battront en montrant qu’ils peuvent améliorer la vie des gens. Concrètement. Et pourtant, est-ce vraiment une bonne nouvelle pour le Parti démocrate ? Ou n’est-ce pas plutôt un “cauchemar”, comme le titre un éditorial du Washington Post ? Le mot est excessif, mais la question est réelle. New York n’est pas l’Amérique. Oh non ! C’est d’ailleurs cela qui fait que New York est New York. Les circonscriptions où les candidats de Mamdani ont gagné leurs primaires sont très à gauche, très urbaines, souvent jeunes, souvent gentrifiées, et plusieurs d’entre elles sont de toute façon acquises aux démocrates en novembre. Ce qui gagne à Brooklyn ne gagne pas forcément dans le Michigan rural, en Pennsylvanie, en Arizona ou dans les circonscriptions des banlieues pavillonnaires des États modérés qui décideront de la majorité à la Chambre. C’est le dilemme démocrate. L’énergie est à gauche. Les bénévoles sont à gauche. Les jeunes sont à gauche. Une partie de la colère morale est à gauche. Mais les sièges décisifs se trouvent souvent au centre, ou du moins dans des territoires où les républicains n’attendent qu’une chose. Transformer le visage le plus radical du Parti démocrate en épouvantail national. C’est ce que Trump, Fox & co font depuis mardi soir. Les républicains savent très bien faire cela. Ils l’ont fait avec les appels à “définancer la police” en 2020. Avec Gaza en 2024. Ils le feront en 2026 avec les cris pour “abolir ICE”, la police de l’immigration. Ils n’auront même pas besoin que ces positions soient celles des démocrates modérés. Il leur suffira de dire, voilà le vrai visage du parti. C’est pourquoi Mamdani est à la fois une chance et un risque. Une chance, parce qu’il rappelle aux démocrates qu’on ne reconstruit pas un parti avec des dîners de donateurs millionnaires et des slogans prudents. Une chance, parce qu’il remet au centre la question du coût de la vie, celle qui a permis à Trump de gagner en 2024. Combien ça coûte de se loger, de manger, de vivre sa vie ? Qui profite du système ? Pourquoi travailler ne suffit-il plus ? Une chance, enfin, parce qu’il montre qu’un message clair, incarné, populaire, peut encore percer le mur du bruit permanent pour toucher des électeurs qui se tiennent éloignés du débat politique. Comme Trump a su le faire à droite depuis plus de dix ans. Mais un risque, parce que la pureté militante peut devenir un boulet. Prenez par exemple la colère contre Israël, centrale dans ces primaires locales à New York, mais moins forte ailleurs. Un risque, parce que le Parti démocrate doit reprendre des sièges dans des endroits où les mots de Mamdani n’enthousiasment pas la base démocrate. Comment faire cohabiter Brooklyn et les banlieues de Pennsylvanie, les jeunes militants pro-palestiniens et les électeurs juifs inquiets, les syndicats traditionnels et les nouveaux activistes, les démocrates de Manhattan et ceux de l’Iowa ? Alors, Mamdani est-il une si bonne nouvelle pour les démocrates face à Trump ? Oui, s’ils comprennent la leçon sans recopier mécaniquement le modèle. Non, s’ils décident que New York est l’Amérique entière. La vraie leçon de Mamdani n’est pas que tous les démocrates doivent reprendre ses mots. Elle est à la fois plus simple et plus complexe. Les électeurs ne veulent plus d’un parti qui leur explique pourquoi le changement est compliqué. Ils veulent un parti qui leur donne le sentiment qu’il se bat vraiment. Contre Trump, cela peut être une force considérable. À condition de ne pas confondre le souffle d’un mouvement avec une carte électorale nationale. Mamdani a gagné New York parce qu’il a compris son moment, sa ville, sa génération. Le Parti démocrate, lui, doit maintenant comprendre autre chose, comment donner envie. Et il en est (très) loin. Zoom Au passage, voici ce à quoi ressemblait la pub locale de Mamdani avec les trois candidats qu’il soutenait. Évidemment, dans le contexte de la victoire historique des Knicks en finale NBA dont je vous parle ici depuis des semaines. Dézoom Je vous en avais parlé dans un précédent Zeitgeist. Toujours à New York, dans une autre circonscription, celle du cœur de Manhattan, le petit-fils de JFK a échoué à être désigné candidat dans cette circonscription imbattable pour les démocrates. Il a à peine rassemblé plus de 10 000 voix, et a fini troisième alors qu’il était en tête des sondages il y a encore quelques semaines. Il a terminé son discours de défaite en tordant bizarrement une citation de son grand-père.
Et il a “levé le poing en quittant la scène”, raconte le New York Times. Sa mère, Caroline, avait aussi échoué à se faire désigner sénatrice par le parti en 2008. Du rouge à lèvres sur un cochonJe vais vous (re)parler de l’Iran, mais avec un angle de politique intérieure qui m’intrigue, au sein du Parti républicain. La guerre de succession au président Trump n’a pas encore été déclarée, et le vice-président Vance et le secrétaire d’État Rubio n’excluent pas de s’allier dans un même ticket. Il y a une scène savoureuse que racontent Maggie Haberman et Jonathan Swan dans Regime Change, le livre événement dont je vous ai déjà parlé dans Zeitgeist, qui vient d’être publié, une enquête sur les 18 premiers mois depuis la réélection de Trump, et que je suis en train de lire. Les deux journalistes racontent un dîner à la Maison Blanche entre Rupert Murdoch et Donald Trump. Leurs rapports sont parfois orageux, mais ce soir-là, les deux hommes, qui se connaissent depuis près d’un demi-siècle (c’est Roy Cohn qui les a présentés lorsque Murdoch a voulu racheter le New York Post dans les années 70, je l’ai raconté dans mon livre sur le mentor de Trump), parlent politique comme deux vieux camarades qui refont le monde. Trump demande à Murdoch lequel il préfère, entre Vance et Rubio.
C’est l’une des choses à suivre dans les 18 mois qui viennent. Lequel, de Vance ou Rubio, Trump va-t-il encourager pour lui succéder à la tête du parti, s’il encourage vraiment l’un d’entre eux et prépare sa succession sans rancœur ? Je reviens à l’Iran après ce préalable. Il y a, dans la diplomatie trumpienne, une règle simple. Quand la lumière est belle, Donald Trump se place au centre de la scène. Quand elle devient crue, incertaine, dangereuse, il n’est jamais très loin, mais rarement seul dans le cadre. Quelqu’un d’autre peut toujours porter le dossier, expliquer les contradictions, absorber les critiques, répondre aux questions techniques, puis, si tout tourne mal, découvrir qu’il servait depuis le début de fusible. Ces dernières semaines, ce quelqu’un s’appelle JD Vance. Le vice-président des États-Unis vit un moment étrange. Il vient de publier un livre sur sa conversion au catholicisme, un de ces récits mi-confession, mi-programme politique, où les ambitieux prétendent parler de leur âme pendant que tout Washington compte déjà leurs délégués pour 2028. Le timing était idéal. Il devait faire le tour des plateaux télé. De Fox News, comme je vous l’ai raconté ici la semaine dernière, mais aussi de la matinale de CBS, de The View, le talk-show au ton généralement anti-Trump de ABC, du podcast de Megyn Kelly, très influente dans le camp conservateur. Vance pouvait se présenter comme l’héritier intellectuel du trumpisme, l’homme qui donnerait une doctrine à ce qui fut longtemps un instinct, le candidat capable de parler à la base MAGA, aux milliardaires de la tech, aux électeurs fatigués des guerres lointaines et aux conservateurs en quête de récit moral. Au lieu de cela, il s’est retrouvé à vendre l’accord iranien. Et pas n’importe quel accord. Ce protocole fragile, intérimaire, incomplet, qui met fin à une guerre commencée quatre mois plus tôt dans la fureur des missiles et des grandes déclarations, mais qui renvoie à plus tard les questions les plus explosives. L’avenir du programme nucléaire iranien ? Plus tard. Le sort de l’uranium enrichi ? Plus tard. Les garanties précises ? Plus tard. Vance est donc devenu le visage d’un exercice politique particulièrement délicat. Maquiller un compromis en triomphe, une retraite en victoire. Comme on dit en anglais américain, j’adore cette expression, mettre du rouge à lèvres sur un cochon. Car Vance n’a pas seulement à convaincre l’opinion américaine que Trump a obtenu quelque chose. Il doit convaincre le camp républicain que Trump n’a pas capitulé devant Téhéran. Et c’est là que le piège se referme. Les électeurs trumpistes les plus isolationnistes ne sont pas mécontents de voir la fin d’une guerre qu’ils n’aimaient pas. Mais les faucons républicains, les soutiens pro-Israël, les anciens du parti de Bush et de Reagan, les sénateurs qui avaient applaudi les frappes de février, regardent le texte avec horreur. Ils y voient un remake de l’accord iranien d’Obama, mais sans Obama, et encore plus cauchemardesque. Ils reprochent à l’administration d’avoir rendu à l’Iran un peu d’oxygène économique, ouvert la voie à un fonds de reconstruction, accepté une paix sans démantèlement visible du programme nucléaire, et montré que l’arme du détroit d’Ormuz peut être tranchante pour l’économie mondiale. Merci Donald. Oh, cette colère ne vise pas toujours Trump directement. C’est l’une des étrangetés du trumpisme. Le chef peut être innocenté de ses propres décisions. S’il frappe l’Iran, il est Churchill. S’il signe avec l’Iran, il est encore Churchill. Mais pour ça, il faut coller le sparadrap du blâme sur quelqu’un d’autre. Et depuis quelques jours, on dirait qu’il essaie de le coller à JD Vance. Trump lui-même a aidé à installer cette idée, en plaisantant sur le fait qu’il pourrait blâmer son vice-président si l’accord échoue. Vance a répondu que le président plaisantait, comme il le fait souvent. Peut-être. Mais chez Trump, la plaisanterie est rarement seulement une plaisanterie. Elle prépare une sortie de secours. Elle plante une graine dans l’esprit de son public. Si l’accord réussit, Trump aura signé la paix à Versailles, sous les dorures françaises, dans un décor assez majestueux pour accueillir son ego. Si l’accord s’effondre, Vance aura été l’homme des détails, des interviews, des explications, des contradictions, des apparitions sur toutes les chaînes. De l’occasion ratée. C’est là que l’ombre de Marco Rubio devient intéressante. Rubio, théoriquement, est le secrétaire d’État. Dans un pouvoir classique, c’est lui qui devrait être le visage d’une négociation internationale de cette ampleur. Mais le pouvoir Trump n’est pas un pouvoir classique. Il fonctionne comme une cour, comme une émission, comme une succession de tests de loyauté et de scènes d’exposition. Rubio n’a pas disparu du dossier iranien. Il reste dans le jeu, parle aux alliés, rassure les pays du Golfe, appartient au cercle des décideurs. Mais il n’est pas celui qui vend l’accord aux téléspectateurs républicains. Il n’est pas celui dont le nom est attaché au protocole sur les bandeaux de Fox News. Il n’est pas celui que les critiques peuvent transformer en symbole d’une supposée naïveté diplomatique. C’est une position idéale. Assez près du pouvoir pour apparaître compétent, assez loin du brasier pour ne pas sentir la fumée. Merci Donald. Bon, je ne voudrais pas vous laisser croire qu’il faut voir dans cette distance un complot. Je serais bien imprudent d’écrire que Trump a délibérément choisi Vance pour le fragiliser et favoriser Rubio. Ce serait de la pure spéculation. Mais si on regarde les choses de façon factuelle, Vance s’expose, Rubio se préserve. Alors que Vance est l’isolationniste, quand Rubio est plus interventionniste, ou en tout cas plus proche des positions classiques du Parti républicain ces dernières décennies, l’héritier du reaganisme face au bloc communiste et du bushisme néoconservateur. Cela tombe au plus mauvais moment pour le vice-président. Depuis des mois, Trump entretient publiquement l’ambiguïté entre ses deux héritiers possibles. Il dit aimer Vance. Il dit aimer Rubio. Il imagine les deux sur un même ticket en 2028, sans préciser qui serait en haut. Il les observe, les compare, les laisse coexister dans cette antichambre du pouvoir où chacun doit faire semblant de ne pas vouloir ce que tout le monde sait qu’il veut. La scène avec Murdoch montre bien le petit jeu qui semble amuser le président. Le match Vance-Rubio n’est donc pas encore une primaire. C’est une audition. Vance incarne la nouvelle droite, plus populiste, plus anti-interventionniste, liée à la Silicon Valley trumpisée et aux réseaux de donateurs qui voient en lui une suite possible au mouvement MAGA. Rubio incarne autre chose, le républicain professionnel, l’ancien faucon de politique étrangère devenu ministre discipliné de Trump, le visage rassurant pour Wall Street, les grands donateurs, les conservateurs qui veulent du trumpisme sans les palpitations à chaque message sur Truth Social et autres tremblements de terre quotidiens. L’Iran est donc leur premier grand test. Si la paix tient, Vance pourra dire qu’il a obtenu ce que des présidents plus expérimentés n’avaient jamais su arracher, une sortie de guerre sans effondrement régional, une baisse des prix de l’essence, un Iran ramené, au moins provisoirement, dans un cadre diplomatique. Il aura alors transformé un piège en tremplin. Mais si l’accord échoue, s’il apparaît comme un marché de dupes, s’il donne à l’Iran du temps, de l’argent et une victoire symbolique (ce qui semble à ce stade le scénario le plus probable) Vance découvrira la brutalité de la succession trumpienne. Dans ce royaume, l’héritier présumé n’est jamais vraiment couronné. Il est exposé, humilié parfois, maintenu dans une dépendance permanente au regard du souverain. Rubio, lui, peut attendre. Il n’a pas besoin d’attaquer Vance. Il lui suffit de rester légèrement en retrait, impeccable, patient, disponible. Dans le trumpisme, c’est parfois la meilleure stratégie. Ne pas prendre le premier rôle tant qu’on ne connaît pas la fin du film. |
Le mariage de l’année
L’Amérique n’a pas de famille royale, mais elle a une princesse de la pop, Taylor Swift. Ca revient parfois au même, avec beaucoup moins de protocole officiel. Depuis que Taylor Swift et Travis Kelce ont annoncé leurs fiançailles en août dernier, leur mariage est devenu l’un de ces événements dont personne ne connaît vraiment les détails, mais que tout le monde commente. Une cérémonie ? Une réception ? Un concert privé ? Probablement un peu tout cela à la fois.
Ce que l’on sait, d’abord, c’est qu’un événement mystérieux se prépare autour du Madison Square Garden, à New York, le 3 juillet. Le temple des Knicks, où le couple est venu vibrer au bord du terrain pendant les finales NBA.
On a appris ces dernières heures qu’un permis a été déposé pour fermer des rues autour de l’arène du 2 juillet à la mi-journée du 4 juillet. L’entreprise Winick Productions, spécialisée dans les grands événements, a demandé l’autorisation d’installer une tente ou un auvent à l’extérieur du Garden, en plein cœur de Manhattan, au-dessus de la grande gare de Penn Station. Ça va être simple, encore, cette histoire, pour les banlieusards du New Jersey qui viennent travailler dans Midtown…
Plusieurs sources citées par la presse locale affirment que le lieu se prépare à accueillir les festivités du mariage. La mairie de New York a confirmé qu’un permis avait bien été déposé. Les représentants de Taylor Swift, eux, n’ont pas confirmé. Évidemment. Une partie du spectacle consiste précisément à ne rien dire.
Pendant des mois, les rumeurs avaient envoyé le couple ailleurs. Dans la maison de Taylor Swift à Rhode Island. Ou sur une île privée. Le mariage de l’année avait déjà commencé comme une chasse au trésor swiftienne, avec des indices, des fausses pistes, des théories, des gens qui connaissaient quelqu’un dont la mère connaissait un fleuriste. Puis New York est devenu le centre de gravité.
À première vue, Madison Square Garden ressemble à l’endroit le moins romantique du monde pour se marier. C’est une arène de 20 000 places, au-dessus de la gare, et tous les travaux récents ne changent pas le fait que c’est toujours un peu le bordel à Penn Station, une arène associée aux Knicks (Go Knicks, go !), à Billy Joel, qui y tient régulièrement des concerts (I’m in a New York State of Mind).
Je vous ai raconté ici quelques souvenirs perso au Garden, du dernier grand meeting de Trump en 2024 à la semaine où j’y ai vu à la fois le pape et Madonna à quelques jours d’écart. C’est ça, le Garden. À première vue, quelle étrange idée de s’y marier.
Et pourtant, quand on y pense, c’est malin. Pour deux personnes aussi célèbres, un château, une plage ou un jardin privé sont moins contrôlables. Le Garden est fermé, sécurisé, sans fenêtres, doté d’entrées discrètes, capable d’absorber des foules, des camions, des équipes techniques, des célébrités, des paparazzis et, surtout, des fans massés dehors sans perturber ce qui se passe à l’intérieur.
Autrement dit, Madison Square Garden pourrait devenir une île privée au milieu de Midtown. Avec climatisation, backstage, rampes d’accès et capacité de production digne d’une tournée mondiale. Vanity Fair l’écrivait il y a quelques jours. Avec assez d’argent, assez de drapés, assez de décorateurs et assez de volonté, n’importe quel lieu peut devenir romantique. Et si quelqu’un sait transformer une immense salle en monde parallèle, c’est bien Taylor Swift. L’Eras Tour, la tournée mondiale la plus lucrative de l’histoire, qui a fait d’elle une milliardaire, a déjà prouvé qu’elle pouvait changer un stade en cathédrale pop. Pourquoi pas une arène en salle de mariage ?
Le calendrier ajoute au vertige. Le 3 juillet tombe à la veille d’un week-end déjà démentiel à New York. La ville se prépare aux festivités du 4 juillet, cette année encore plus importantes avec les 250 ans des États-Unis. Des navires doivent affluer dans le port pour une grande célébration maritime. La Coupe du monde attire déjà des visiteurs internationaux. Et maintenant, au milieu de tout cela, possiblement, le mariage Swift-Kelce ! La cheffe de la police a prévenu que l’addition de ces événements représentait une pression historique sur la ville. Son patron, le maire Mamdani, lui, a choisi la version optimiste et dit que New York est habituée aux grands événements.
Mais que se passera-t-il vraiment le 3 juillet ? Le New York Post a écrit que le couple pourrait se marier lors d’une cérémonie plus intime avant la grande fête du Madison Square Garden. Le Garden serait alors moins l’autel que le théâtre. Pas forcément le moment des vœux, mais celui de la célébration. TMZ a évoqué une scène construite spécialement pour l’événement. Le permis municipal mentionne plutôt 500 à 999 personnes. À ce niveau, la différence relève presque du détail.
Ce mariage fascine parce qu’il rassemble deux Amériques qui adorent se regarder elles-mêmes. La chanson et le football, les stades et les salles de concert, les Swifties et la NFL, la sentimentalité millimétrée et le spectacle total. Taylor Swift a passé sa carrière à transformer sa vie privée en mythologie contrôlée. Travis Kelce, lui, a apporté à cette mythologie l’énergie très américaine du grand gars sympathique.
Ils réactivent la légende populaire des lycées, la cheerleader et le quarterback. La pompom girl et le capitaine de l’équipe de foot.
Thank you and goodbye.
PhC
























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