🟨🟧 “I love the inflation”
Trump bombarde (à nouveau) l’Iran pour imposer la paix, tandis que les prix s’envolent ("j'aime l'inflation" clame-t-il) et que Fox News doute. Mais jusqu’où peut aller l’Art du deal ?
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
De nouvelles révélations sur l’affaire Epstein, dans un livre explosif qui raconte la panique du camp Trump. Les coulisses des réunions secrètes, le coup de sang du président contre
“I love the inflation”
Trump bombarde (à nouveau) l’Iran pour imposer la paix, tandis que les prix s’envolent ("j'aime l'inflation" clame-t-il) et que Fox News doute. Mais jusqu’où peut aller l’Art du deal ?
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
De nouvelles révélations sur l’affaire Epstein, dans un livre explosif qui raconte la panique du camp Trump. Les coulisses des réunions secrètes, le coup de sang du président contre Murdoch, des conseillers qui se déchirent. Et le vice-président Vance qui veut publier tout le dossier Epstein, y compris les détails les plus scandaleux.
Je vais aussi vous expliquer comment les républicains viennent de mettre 70 milliards dans le coffre-fort d’ICE, la police de l’immigration. 70 milliards de dollars ! Victoire de Trump. Les démocrates auront les mains liées, même s’ils prennent la Chambre.
Puis une histoire d’espionnage, dans une petite ville de Californie, où l’ancienne maire vient de reconnaître qu’elle œuvrait en sous-main comme agente du gouvernement chinois.
Et je vous raconterai la bromance entre Donald Trump et Gianni Infantino, le patron de la FIFA devenu courtisan en chef du président américain.
Avant tout cela, vive les Knicks ! Incroyable comeback cette nuit dans le quatrième match de la finale NBA au Madison Square Garden, ils ont remonté 29 points ! Ils ne sont plus qu’à une victoire du triomphe. Ce serait leur premier championnat depuis 1973.
Chalamet n’en peut plus.
Et Tay-tay-tay Taylor Swift non plus.
Au passage regardez cette une anti-Spurs, anti-Wemby et un peu anti-française du New York Post hier.
“WANTED
Pour crimes contre les Knicks”
Le Post s’indigne qu’un geste du joueur français de San Antonio n’ait pas été sanctionné lors du match précédent.
“Même le procureur Bragg doux-avec-le-crime l’aurait jugé coupable”.
Mais d’abord, à quoi joue Trump ?
Deuxième nuit de bombardements sur l’Iran. Les frappes ont visé des défenses aériennes, des radars et des centres de commandement de drones dans le sud du pays.
Il reprend la guerre… pour mieux (espérer) y mettre fin ?
Le président américain veut pousser Téhéran à signer un accord.
Mais à force de vouloir faire monter la pression, il prend aussi le risque de faire monter la guerre.
Donald Trump reproche aux Iraniens de le faire tourner en bourrique pendant les négociations et a décidé qu’il fallait désormais les contraindre à céder.
Il tentait d’être habile pour obtenir un accord. Mais son Art du deal ressemble désormais de plus en plus à une épreuve de force militaire.
Que va-t-il se passer si les Iraniens ne signent pas l’accord proposé par les négociateurs américains ? C’est ce que lui a demandé cette nuit le correspondant de Fox News à Tel-Aviv, Trey Yingst, auquel le président parle régulièrement.
“We’ll bomb the shit out of them.”
En français, ça donnerait quelque chose comme :
“On va leur bombarder la gueule comme des merdes.”
À quoi joue Trump ?
C’est aussi la question que se posent même les trumpistes les plus zélés de Fox News.
Prenons mardi soir.
À 17 heures, The Five, l’émission la plus regardée de Fox News. Greg Gutfeld compare la guerre à Survivor, la téléréalité de survie qui a inspiré Koh-Lanta.
“J’ai l’impression d’être dans l’émission Survivor, où ça n’en finit jamais. On en est à quelle saison, maintenant ? (…)
On commence simplement à traiter ça comme un bruit de fond. Et ce n’est vraiment pas une bonne chose.”
19 heures, même chaîne, l’émission de Laura Ingraham.
“On ne cesse de nous répéter que leur armée est détruite. Mais si elle est détruite, comment peuvent-ils continuer à nous frapper ?”
Jesse Watters, coprésentateur de The Five et de l’émission de 20 heures.
“Le président ne cesse de dire que nous sommes très proches d’un accord avec l’Iran, que ce n’est plus qu’une question de jours. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Cela fait très longtemps qu’on nous répète la même chose. (…) Les prix de l’essence sont très élevés.”
Le lendemain matin, sur la chaîne financière Fox Business, le bandeau claque quand tombent les chiffres mensuels de l’inflation.
Un bond.
“4,2 % sur un an (…) Ça monte d’un mois sur l’autre. Ce chiffre annuel global est le plus élevé que nous ayons observé depuis avril 2023 (…)
Je peux vous dire que l’indice de l’énergie a, lui aussi, de nouveau bondi sur un mois.”
L’inflation grimpe plus vite que les salaires. Le pétrole et le gaz flambent, et donc le coût des transports, des livraisons et, par ricochet, de nombreux produits, y compris alimentaires.
Ce qui percute sa promesse principale de 2024. Faire baisser le prix des “groceries”. Les courses.
Quand, quelques heures plus tard, il est interrogé à ce sujet dans le Bureau ovale, il fait une réponse stupéfiante.
Reporter : “Les derniers chiffres de l’inflation publiés ce matin vous inquiètent-ils ?”
Donald Trump : “Non, j’adore ça. Les chiffres étaient excellents. Vous savez ce que j’aime vraiment ?
J’aime l’inflation.
Vous savez pourquoi ? Parce que dès que cette guerre sera terminée… Maintenant, je peux le dire. Vous savez que nous avons retiré des millions de barils de pétrole ? Personne ne le sait. Vous savez qui ne le savait pas ? L’Iran, jusqu’à maintenant.”
Personne ne comprend vraiment de quoi il parle, sinon de promettre une nouvelle fois que l’inflation va bientôt reculer, dès que le conflit avec l’Iran sera terminé.
“Elle va chuter comme une pierre.”
La phrase “I love the inflation” s’est retrouvée dans les journaux télévisés, comme celui d’ABC, le plus regardé.
4,2 %, titre celui de NBC, en gros et en rouge.
Et celui de CBS complétait, en pointant les mauvais chiffres à Wall Street :
“Une journée difficile pour les plans d’épargne-retraite.”
Sans blague, beaucoup de salariés américains ont leur retraite indexée sur les marchés.
Car tout cela, évidemment, oriente les marchés à la baisse ces derniers jours.
Mais l’actualité la plus frappante des dernières heures, ce n’est pas cela.
Ce sont de nouvelles révélations dans l’affaire Epstein.
Elles donnent la mesure de la panique à la Maison Blanche sur les liens entre le président et son ancien ami.
Comment le fantôme d’Epstein plane sur la Situation Room.
Je vous raconte.
On apprend que la Situation Room de la Maison Blanche, celle où les présidents américains suivent les opérations militaires, les prises d’otages et les crises nucléaires, est devenue l’été dernier une salle de gestion de crise consacrée à Jeffrey Epstein.
C’est l’une des révélations centrales de Regime Change, le livre très attendu de Maggie Haberman et Jonathan Swan, deux des meilleurs journalistes du New York Times, qui suivent Trump depuis son entrée en politique. Il sort dans une dizaine de jours.
Le New York Times en publie de larges extraits.
Voici ceux qui m’ont le plus intrigué. C’est mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist.
Je vous avais déjà parlé du livre dans Zeitgeist au début du printemps, quand ils avaient révélé comment Netanyahu avait entraîné Trump dans la guerre contre l’Iran.
On savait que l’affaire Epstein avait percuté la première année de la présidence Trump, et je vous l’ai largement raconté ici, dans Zeitgeist, depuis un an.
Mais leur récit montre que l’affaire Epstein a paralysé la Maison Blanche bien davantage qu’on ne le devinait. Les plus hauts responsables de l’administration, dont le vice-président JD Vance, la directrice de cabinet Susie Wiles, le directeur du FBI Kash Patel et le numéro deux du ministère de la Justice (devenu depuis numéro un), l’ancien avocat de Trump Todd Blanche, se sont réunis à plusieurs reprises pour décider comment contenir la colère provoquée par le refus de publier l’ensemble des dossiers.
Dans la Situation Room.
“Le bunker sécurisé où sont discutées et prises les décisions concernant les affaires classifiées et les crises les plus graves de sécurité nationale. C’est là que le président Barack Obama, entouré du vice-président Joe Biden, de la secrétaire d’État Hillary Clinton et de son équipe de sécurité nationale, avait suivi en 2011 le raid qui s’était achevé par la mort d’Oussama ben Laden.”
La scène se passe le 17 juillet dernier.
“Dix jours plus tôt, le ministère de la Justice et le FBI avaient publié conjointement une note affirmant sans détour que leur examen n’avait permis de découvrir aucune ‘liste de clients’ composée d’hommes puissants auxquels Jeffrey Epstein, le célèbre pédophile, aurait procuré des jeunes filles mineures et de jeunes femmes. Le document était censé mettre un terme à des années de spéculations et à la campagne de pression réclamant la publication de l’énorme quantité de documents détenus par le ministère. Il produisit exactement l’effet inverse, déclenchant une réaction particulièrement violente au sein de la base MAGA.”
Oui, je vous l’ai souvent écrit ici, dans Zeitgeist, depuis plus d’un an.
Le problème ne vient pas des démocrates ou de la presse. Il vient du cœur même de la coalition MAGA. Pendant des années, des figures trumpistes ont entretenu l’idée que les dossiers Epstein révéleraient une conspiration impliquant les élites américaines. Une fois Trump revenu au pouvoir, sa base attendait donc des révélations. Elle a surtout découvert que le président voulait que l’affaire disparaisse.
Selon Haberman et Swan, Trump ne supportait pas qu’on lui parle d’Epstein. Il s’emportait contre ceux qui abordaient le sujet et obligeait ses conseillers à chercher des solutions sans lui.
“Le Wall Street Journal préparait un article dommageable sur les relations entre Trump et Epstein. Les efforts désespérés du président pour empêcher sa publication avaient échoué. Son équipe devait désormais parvenir à une position commune afin de faire face au tourbillon d’attention qui ne cessait de s’amplifier. Il leur fallait accomplir un geste de transparence pour apaiser une base de plus en plus furieuse, tout en faisant croire que le président comprenait les inquiétudes de ses partisans. Ce qui posait en soi un problème, puisqu’il était évident que ce n’était pas le cas.
Le vice-président JD Vance prit place en bout de table, dans la salle de conférence John F. Kennedy du complexe de la Situation Room.
‘C’est un énorme problème’, déclara-t-il au groupe.”
Trump appelle Rupert Murdoch, le propriétaire du grand journal conservateur, pour tenter d’empêcher sa publication. Il a hurlé sur la directrice du journal en lui disant qu’elle devait “détester l’Amérique” (elle est britannique, c’est l’ancienne patronne du Sunday Times).
Pendant ce temps, son entourage se fracturait. JD Vance jugeait la crise suffisamment grave pour réclamer la publication de tous les dossiers, y compris des accusations non vérifiées concernant Trump.
“Aux yeux des autres personnes présentes, le vice-président semblait paniqué par la manière dont le sujet Epstein était déjà en train de diviser la coalition MAGA. Certains hauts responsables avaient le sentiment que Vance avait adhéré aux théories les plus sombres sur Epstein et sur l’existence d’une cabale de prédateurs dissimulée au sein de la classe dirigeante américaine. Wiles dira plus tard à plusieurs personnes que le vice-président s’était révélé être un important adepte des théories du complot.”
Le vice-président estimait que le Congrès finirait de toute façon par contraindre la Maison Blanche à les rendre publics, c’est ce qui s’est passé, et qu’il valait mieux apparaître comme transparent. Il a même imaginé que son ami Tucker Carlson, alors grand prédicateur MAGA sur YouTube avant qu’il ne rompe avec le président sur la guerre contre l’Iran, puisse interviewer Ghislaine Maxwell en prison, dans l’espoir qu’elle innocente publiquement le président.
Au ministère de la Justice, ambiance règlement de comptes. Dan Bongino, alors numéro deux du FBI, avant que l’ancien commentateur de Fox News ne quitte son poste pour reprendre son podcast, plus lucratif, aurait accusé la ministre Pam Bondi d’avoir tout gâché. Les responsables s’accusaient mutuellement de fuites, de mensonges et de trahisons.
Le livre est donc explosif pour deux raisons. D’abord parce qu’il révèle le chaos, les disputes et la panique dissimulés derrière la façade de contrôle de la Maison Blanche, qu’on apercevait fissurée, mais pas fracturée. Ensuite parce qu’il montre la limite du pouvoir de Trump. Il peut intimider son parti, retourner l’appareil fédéral contre ses adversaires, déplacer chaque jour l’attention vers un nouveau scandale.
Mais il n’a jamais réussi à imposer le silence sur Epstein.
🟨🟧 Le coffre-fort d’ICE
70 milliards de dollars. Bam !
Mardi, la Chambre des représentants a adopté, de justesse, un gros paquet de près de 70 milliards de dollars pour financer ICE, la police de l’immigration, ainsi que les services de police aux frontières, dont la Border Patrol, jusqu’à la fin du second mandat de Donald Trump.
Le vote a été serré, 214 voix contre 212. Mais c’est une victoire pour le camp Trump, à quelques mois des élections de mi-mandat. Même avec une majorité étroite qui risque de s’effondrer en novembre, les républicains donnent au président les moyens financiers de tenir l’une de ses promesses les plus emblématiques.
Trump a les moyens qu’il réclame pour durcir encore la lutte contre l’immigration illégale.
Normalement, le Congrès finance les agences fédérales année après année. Cette fois, les républicains ont utilisé une procédure spéciale. Je ne vais pas entrer dans les méandres des règles du Congrès qui leur ont permis de contourner le seuil des 60 voix au Sénat et de passer sans les démocrates.
Bon, ce qui m’intéresse ce matin dans Zeitgeist, c’est le résultat. La police de l’immigration ne dépendra plus des négociations budgétaires annuelles pour le reste du mandat de Trump. Même si, et c’est fort probable, les démocrates reprennent la Chambre après les midterms de novembre.
Leur capacité à utiliser le budget pour imposer des garde-fous sera beaucoup plus limitée. Franche victoire, car on peut se souvenir de la manière dont, lors du premier mandat, les démocrates avaient empêché Trump de financer son mur à la frontière.
Cette fois, le président a les moyens de sa politique.
Le détail des chiffres est impressionnant.
ICE va recevoir 38 milliards de dollars pour recruter, payer, former et équiper ses agents. La police aux frontières, la Border Patrol, recevra 22 milliards. Cinq milliards iront aux technologies de sécurité frontalière et de contrôle, y compris l’intelligence artificielle. Trois cent cinquante millions seront consacrés à l’application de la loi migratoire dans des localités qui ne coopèrent pas avec ICE.
Une machine de guerre. Et désormais une caisse de guerre, jusqu’à la fin du mandat.
Le vote met fin à plusieurs mois de blocage. Les démocrates refusaient de financer ICE et la Border Patrol après la mort de deux citoyens américains lors d’opérations au Minnesota en janvier. Je vous l’avais largement raconté dans Zeitgeist.
Ils exigeaient des caméras-piétons, des mandats judiciaires pour entrer dans les domiciles, une identification claire des agents, une formation renforcée, un encadrement des opérations près des écoles. Les républicains ont refusé. Ils ont tenu bon. Le Congrès a fini par financer le reste du Department of Homeland Security, la TSA, qui assure les contrôles dans les aéroports, les garde-côtes, la FEMA, qui organise les secours en cas de situations d’urgence comme les catastrophes naturelles, et le Secret Service, mais avait laissé de côté ICE et la Border Patrol.
Les républicains ont réglé le problème à leur manière. Ils ont refusé de négocier. Et ça a marché.
Le texte adopté ne contient pas les réformes demandées par les démocrates. Pas de nouveaux garde-fous substantiels. Pour Hakeem Jeffries, le chef de la minorité démocrate et probable futur président de la Chambre, les républicains offrent à ICE un “chèque en blanc” de 70 milliards.
Ce blanc-seing a fait tiquer une républicaine au Sénat, la seule à voter contre. La sénatrice de l’Alaska Lisa Murkowski, qui fait remarquer que financer des agences sur trois ans réduit la capacité du Congrès à contrôler la politique migratoire.
Mais Trump s’en moque. La grande victoire de Trump, ce n’est pas seulement cet argent. C’est le temps. Et c’est peut-être le point le plus important avant les midterms.
Si les démocrates gagnent, comme tout le monde l’anticipe déjà, ils ne pourront pas faire grand-chose avec ICE. Leur principal levier, l’arme budgétaire, vient d’être neutralisé.
Grâce à Trump, ICE n’a pas seulement obtenu un budget. Mais une sorte d’immunité politique jusqu’à la fin de son mandat.
🟨🟧 Maire américaine, espionne chinoise
Imaginez une histoire d’espionnage qui commence dans une chambre d’hôtel de Vienne, un parking souterrain de Washington ou un restaurant feutré de Kuala Lumpur.
Et jetez ce fantasme jamesbondien à la poubelle.
Celle-ci est moins smoking-Martini-Aston Martin et commence dans une petite ville de la banlieue de Los Angeles. Cossue, ok.
Arcadia, dans la vallée de San Gabriel, connue pour ses écoles excellentes, ses pelouses parfaites, ses nouveaux riches qui bâtissent des maisons somptueuses sur les emplacements de ranchs plus modestes. À Arcadia, il n’y a pas grand-chose de romanesque. À part peut-être le surnom, le “Chinese Beverly Hills”.
Quand elle devient maire, en février, Eileen Wang prononce un discours qui, a posteriori, sonne comme une scène de film. Elle raconte son parcours, depuis un “petit village de montagne” en Chine jusqu’à l’Amérique. Elle insiste sur la loyauté envers le pays qui l’a accueillie.
“Comme Américains, et surtout comme élus, notre loyauté doit toujours être claire, envers ce pays, sa Constitution, ses habitants, et personne d’autre.”
Eileen Wang vient de plaider coupable pour avoir agi comme “agente” du gouvernement chinois. L’espionne démissionne dans la foulée de son poste de maire.
Elle risque jusqu’à dix ans de prison.
Mais que pouvait bien vouloir Pékin à la maire d’une petite ville californienne ?
Eileen Wang n’est pas une figure de Washington. Elle n’est pas sénatrice. Elle n’est pas diplomate. Elle n’a pas accès aux secrets militaires américains. Elle est élue dans une petite ville où les sujets explosifs liés à la Chine n’occupent pas vraiment les échanges à l’ordre du jour du conseil municipal.
Et pourtant, selon les procureurs, Wang faisait partie d’une opération plus large de Pékin pour influencer la démocratie américaine et cultiver des relais politiques susceptibles, un jour, de servir à un niveau supérieur.
C’est ce qui m’intrigue dans cette histoire.
Wang est née en Chine en 1969, fille de deux médecins. Elle arrive aux États-Unis en 1995. Elle s’installe plus tard à Arcadia, attirée par les écoles réputées pour ses deux fils. Elle n’appartient pas, semble-t-il, à la vague des très riches Chinois qui ont transformé Arcadia à partir des années 2000. Elle dirige avec son mari de l’époque un programme de soutien scolaire, Little Stanford Academy. Elle travaille aussi comme agente immobilière. Elle est propriétaire d’un café. Elle participe à la vie locale, à la chambre de commerce, au Rotary Club.
Puis, en 2018, elle fonde l’American Southwest Chamber of Commerce, une organisation censée promouvoir les liens économiques et culturels entre les États-Unis et la Chine. Lors de la cérémonie de lancement, les drapeaux américain et chinois sont placés côte à côte. On chante les deux hymnes. En anglais, Wang parle d’intégration des immigrants chinois dans la société américaine. En mandarin, le discours prend une autre couleur. Elle évoque la “grande renaissance” de la Chine et la “réunification pacifique” de la patrie, deux formules qui résonnent directement avec le vocabulaire politique de Xi Jinping, notamment sur Taïwan.
C’est à ce moment qu’apparaît l’homme qui donne à l’affaire sa dimension de roman noir. Yaoning Sun, connu sous le nom de Mike Sun. En Californie du Sud, il est identifié comme un acteur des échanges culturels entre les États-Unis et la Chine. Il repère Eileen Wang et devient, selon les versions, son petit ami, son fiancé, puis, lorsque les ennuis judiciaires approchent, seulement son ex-petit ami.
Autour de 2020, Wang et Sun lancent U.S. News Center, un site en chinois destiné à la communauté sino-américaine locale. Le site est un mélange un peu confus d’informations sur la géopolitique, la défense, les marchés financiers, mais aussi le cinéma. Wang, en plaidant coupable, a reconnu qu’elle exécutait aussi des directives de responsables chinois, en publiant des articles favorables à Pékin.
La propagande est parfois grossière. Le site reprend par exemple la défense par la Chine de sa répression contre les Ouïghours. Il publie aussi des transcriptions de conférences de presse du ministère chinois des Affaires étrangères et des documents politiques du Parti communiste chinois. En août 2021, des responsables complimentent Wang pour un article qu’elle dit avoir été vu plus de 15 000 fois. Elle répond “Merci, leader.”
Pendant ce temps, Wang s’ancre dans la politique locale. En 2022, elle se présente au conseil municipal d’Arcadia. Elle s’inscrit d’abord comme républicaine, puis devient démocrate. Elle fait campagne sur la sécurité et les sans-abri. Elle lève plus de 119 000 dollars, ce qui est beaucoup pour ce type de scrutin. Mike Sun est son trésorier de campagne. Lorsqu’elle prête serment en décembre 2022, elle le remercie publiquement.
Le lendemain de cette prestation de serment, selon les documents judiciaires, Wang et Sun rencontrent un homme, John Chen, Il sera condamné en 2024 à vingt mois de prison pour avoir agi comme agent d’un gouvernement étranger. C’est illégal, évidemment.
Dans un rapport, Sun présente Wang comme une “nouvelle étoile politique”. Il liste les responsables américains avec lesquels elle serait “familière”. Avec d’autres, il revendique auprès de responsables chinois une part du mérite dans sa victoire électorale. Selon le Times, les documents judiciaires ne permettent pas de savoir exactement ce que Wang savait de tout cela. Dans un message de février 2023, Chen dit à Sun :
“Je pense que nous ne devrions pas le lui faire savoir pour l’instant.”
La version de Wang, à travers ses avocats, est donc celle d’une femme tombée amoureuse du mauvais homme. Pas le cerveau de l’influence chinoise, mais une marionnette. Ses avocats insistent sur le fait que l’essentiel des faits a eu lieu avant son élection au conseil municipal et avant son accession au poste de maire. Ils ont plaidé que ce qu’elle avait fait n’était pas en soi un acte “néfaste” et ne relevait pas de l’espionnage.
Mais cette affaire montre que la Chine ne recrute pas seulement des espions aux allures de James Bond. Elle peut aussi s’appuyer sur des sites communautaires, des chambres de commerce, des banquets, des élus locaux, des relations sentimentales, des ambitions sociales et des promesses d’ascension.
Wang assiste à l’illumination du sapin de Noël. Elle soutient des programmes pour les anciens combattants. Mais en décembre 2024, les procureurs fédéraux inculpent Mike Sun. Il plaide coupable d’avoir agi comme agent illégal d’un gouvernement étranger. Il est condamné en février à quarante-huit mois de prison. Wang tente de prendre ses distances. Lors d’une réunion du conseil municipal, elle nie que Sun ait jamais été son fiancé. Il n’est plus qu’un “ex-boyfriend”.
Quelques mois plus tard, elle plaide coupable.
Cette “nouvelle étoile politique” n’a peut-être jamais vraiment brillé. Mais c’est peut-être cela, le plus étonnant. L’affaire Wang, ce n’est pas une grande opération d’espionnage. Mais une petite histoire qui montre que l’influence étrangère ne passe pas seulement par les secrets d’État, mais par les réseaux infimes et parfois intimes, les loyautés floues, les petites ambitions et les grands empires.
Combien y a-t-il de Wang qui opèrent ainsi pour le compte de Pékin dans la vie quotidienne des petites villes d’Amérique ?
🟨🟧 Infantino, le courtisan de Trump
Le bureau se trouve au dix-septième étage de la Trump Tower, à New York. Depuis un an, la FIFA y loue des locaux… qui sont restés presque entièrement vides. Le loyer est versé à l’entreprise familiale de Donald Trump.
Cette étrange adresse résume assez bien la relation entre le président américain et Gianni Infantino, le patron de la FIFA. Depuis plusieurs années, le dirigeant du football mondial couvre Trump d’éloges, de trophées, de médailles et d’attentions. Il se rend à Mar-a-Lago, fréquente son club de golf de Miami, assiste à la première du documentaire consacré à Melania Trump et apparaît dans des événements diplomatiques qui n’ont parfois qu’un rapport très lointain avec le ballon rond.
L’empereur du football mondial sait qu’il doit flatter le président pour assurer le succès de la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Infantino sait qu’il serait impossible d’organiser un tel tournoi sans entretenir une relation étroite avec le président du principal pays hôte.
Il connaît la méthode la plus efficace avec Trump.
Flatter, offrir, remercier. Puis recommencer.
Les deux hommes se rencontrent pour la première fois dans le Bureau ovale en 2018, peu après l’attribution du Mondial à l’Amérique du Nord. Infantino remet à Trump un maillot à son nom et des cartons d’arbitre. Les deux hommes plaisantent sur la possibilité de brandir un carton rouge contre les journalistes.
En 2019, alors que le président traverse sa première procédure de destitution, le patron de la FIFA le couvre de compliments. À Davos, devant les grands patrons de la planète, il plaisante sur le fait que Trump et lui sont peut-être les deux personnes les plus importantes de la salle. Il assiste ensuite à la signature des accords d’Abraham à la Maison Blanche, puis rencontre le ministre de la Justice chargé des enquêtes sur la corruption au sein de la FIFA.
L’arrivée de Joe Biden refroidit brusquement cette idylle. La Maison Blanche démocrate garde ses distances avec une organisation encore marquée par les scandales. Infantino n’obtient aucun rendez-vous dans le Bureau ovale. Même ses tentatives pour rencontrer officiellement le secrétaire d’État Antony Blinken pendant le Mondial au Qatar échouent.
Le retour de Trump est donc vécu comme une délivrance. Quelques jours avant son investiture, Infantino se rend à Mar-a-Lago. Il obtient une place bien visible derrière le président pendant la cérémonie et publie un message qui ressemble à un slogan de campagne :
“Ensemble, nous rendrons sa grandeur non seulement à l’Amérique, mais au monde entier.”
Depuis, il est partout. Dans le Bureau ovale, lors de visites d’État, à un gala de l’UFC, au sommet de Trump sur Gaza en Égypte, au dîner organisé pour le prince héritier saoudien MbS. Trump l’appelle “le roi du football”. Infantino affirme se sentir “chez lui” à la Maison Blanche.
Il finit même par inventer un prix pour son ami.
Après que le Nobel de la paix a échappé à Trump, Infantino annonce la création d’un FIFA Peace Prize. Les principaux responsables de l’organisation sont prévenus sans connaître les critères de sélection ni le fonctionnement du jury. Certains savent immédiatement qui sera le premier lauréat.
En décembre dernier, pendant le tirage au sort du Mondial, Infantino passe une médaille autour du cou de Trump et lui remet un trophée. La cérémonie, initialement prévue à Las Vegas, a été déplacée au Kennedy Center de Washington, l’un des symboles de la reprise en main culturelle du pays par Trump. Andrea Bocelli chante. Les Village People interprètent Y.M.C.A., l’hymne officieux des meetings trumpistes.
Bon, quelques mois plus tard, le prix semble un peu daté. Trump a lancé une guerre contre l’Iran, dont il ne sait se dépêtrer. Au sein de la FIFA, ça grince.
Infantino persiste. Il semble penser qu’il a besoin d’amadouer Trump pour que l’Iran puisse participer au tournoi sans encombre et pour que la police de l’immigration ne multiplie pas les descentes autour des stades.
Mais un arbitre somalien a été refoulé à son arrivée à Miami. Il pensait que son visa était valide.
Des journalistes africains n’ont pas obtenu l’autorisation d’entrer aux États-Unis. Des membres de plusieurs délégations ont rencontré des difficultés. Quatre pays qualifiés, Haïti, l’Iran, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, sont concernés par des interdictions de voyage totales ou partielles. La sélection iranienne a déplacé son camp d’entraînement au Mexique.
Pendant des mois, Infantino avait promis que “le monde serait le bienvenu en Amérique”. Il explique désormais que la FIFA ne décide pas qui peut pénétrer sur le territoire américain.
L’ancien patron de la FIFA, Sepp Blatter, résume peut-être le mieux la situation :
“Infantino pense qu’il dirige la relation. Mais personne ne peut diriger Trump.”
Et le président ne se rendra ni au match d’ouverture, certes, c’est au Mexique, ni au premier match de la sélection américaine.
Thank you and goodbye.
PhC








































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