
Trump foire sa foire
Sur le National Mall, la grande kermesse patriotique du 250e anniversaire devait unir l’Amérique. Elle révèle surtout les limites du show Trump, entre pannes et allées désertes.
Hi everyone !
Dans Zeitgeist également, ce lundi matin, l’un des favoris de la future primaire démocrate pour la Maison Blanche, victime d’une fausse dénonciation. Pete Buttigieg et son mari ont été séparés de leurs enfants de quatre ans pendant vingt-quatre heures. Une ligne rouge franchie : “Ne touchez pas aux enfants.”
Puis la purge au Pentagone, avec le départ forcé du général Christopher Donahue. Les forces armées semblent désormais triées selon la loyauté politique.
Je vous raconterai aussi comment le secrétaire à la Défense a redécouvert les microbes après une épidémie de grippe dans une base militaire du Texas. Il venait de supprimer la vaccination obligatoire, par idéologie. Le réel, parfois, a de l’humour.
Et une enquête détaillée sur le suicide de Jeffrey Epstein. Certains imaginent une conspiration. Ça ressemble surtout à une faillite institutionnelle.
D’abord, il faut que je vous raconte les contorsions acrobatiques de Fox News tout le week-end.
La chaîne avait installé un plateau délocalisé depuis la Great American State Fair sur le Mall de Washington. Je vous en parlais dans le dernier Zeitgeist, c’est une sorte d’Exposition universelle voulue par le président Trump. Une grande kermesse patriotique pour le 250e anniversaire de l’indépendance américaine.
Il rêvait d’un National Mall transformé en vitrine de l’Amérique éternelle, et d’une foule entre le Capitole et le Washington Monument, venue profiter de la grande roue, des pavillons des États et de toutes les animations, rodéo, concerts, stands fédéraux, drapeaux, fanfares, avions militaires, sermons, burgers, mythologie, et lui au centre, forcément lui.
Mais cette Great American State Fair n’a pas été emportée par la foule.
Les présentateurs avaient beau s’enthousiasmer (“Nous avons des milliers de personnes venues célébrer cet anniversaire !”), saluer cet événement “qui rencontre un immense succès”, les plans larges montraient obstinément qu’il n’y avait que (très) peu de monde. Des allées vides, de grandes pelouses intactes entre les pavillons blancs. Au mieux, des foules clairsemées (alerte litote).
L’un d’entre eux s’est senti obligé de dire à l’antenne :
“Parfois, les images ne racontent vraiment pas toute l’histoire. Si vous regardez derrière nous, il y a quelques centaines de personnes, mais quand vous avancez par ici, vous vous retrouvez au milieu d’un flot de gens.”
Même la porte-parole de la Maison Blanche ne pouvait masquer la tranquillité des lieux lors de sa visite en famille.
Des chanteurs seuls sous une tente vide.
Même ce bassin monté pour des baptêmes express était délaissé.
Certes, la capitale fédérale est un peu une terre de mission pour le trumpisme, mais la Maison Blanche espérait que des touristes viendraient spécialement à Washington pour l’occasion.
Le résultat ressemble plutôt à une foire commerciale mal climatisée.
Et le manque de monde n’était même pas le problème le plus embarrassant.
Je dois vous parler de la vache baptisée Melania et du reste.
Sur le papier, c’était magnifique.
Une “modern-day World’s Fair”, disait l’organisation Freedom 250, créée par la Maison Blanche pour célébrer le semiquincentennial, ce mot impossible à prononcer qui désigne les 250 ans de l’Amérique. Cinquante États, des territoires, des agences fédérales, des expositions, des traditions, des innovations, une célébration de “la plus grande nation sur Terre”. L’Amérique résumée en 16 jours, de 10 heures du matin à 9 heures du soir, un peu plus tard le week-end, avec le National Mall comme décor.
Mais dès l’ouverture, la grande machine patriotique a eu quelques hoquets. Des États ont décliné l’invitation. Le Connecticut, l’Illinois, le Kentucky, l’Oregon, Rhode Island, le Vermont, l’État de Washington, plusieurs ont refusé d’envoyer une délégation officielle, souvent pour des raisons de coûts, parfois parce que l’événement sentait trop fort la récupération partisane. Dans leurs pavillons, on a donc installé deux chaises, des photos murales, parfois une plante. Genre salle d’attente chez le dentiste.
Le Maine s’est contenté d’un décor de homards et d’un stand genre office du tourisme.
Ce n’est pas tout. Il y eut les coupures de courant. La grande roue de 110 pieds, attraction phare, s’est arrêtée pendant des heures à cause d’un générateur défaillant. En plein été washingtonien, la glace a fondu. Certains stands de nourriture ont dû interrompre leur service. Le stand de Virginie-Occidentale a fermé à cause d’un problème de climatisation.
La Caroline du Nord, représentée par des sponsors privés après le refus de l’État, s’est retrouvée avec des images de drapeau confédéré dans son pavillon (le drapeau des Sudistes de la guerre de Sécession). Elles ont été retirées après protestation du gouverneur démocrate Josh Stein et d’un sponsor, une marque locale de cornichons, qui a annoncé son retrait.
Dans les pavillons, l’Amérique apparaît par d’étranges éclats. Un hologramme d’Abraham Lincoln. Une voiture NASCAR. Du rodéo. Un stand de gaufres Waffle House. Des costumes de Pères fondateurs. Des visiteurs qui signent une fausse Déclaration d’indépendance. Une vache nommée Melania, amenée par une jeune membre des Future Farmers of America, parce que, disait-elle, la couleur des cheveux correspondait.
Partout, la foire revenait à Trump. Un portrait brillant du président. Des tracts de l’organisation de Charlie Kirk. Un stand consacré à Truth Social. Un modèle réduit de son projet d’arc de triomphe de 250 pieds, recouvert de vinyle agrafé sur une structure en bois, déjà en train de gondoler. On aurait dit une maquette de grandeur impériale construite pour une kermesse paroissiale.
La Great American State Fair devait raconter une nation immense, diverse, vivante, contradictoire. Elle raconte surtout l’Amérique trumpienne.
Même lorsqu’il s’agit d’organiser une fête nationale, une célébration qui devrait appartenir à tout le monde, tout finit par revenir à lui.
🟨🟧 “Ne touchez pas aux enfants”
Si vous êtes des lecteurs réguliers de Zeitgeist, le nom de Pete Buttigieg vous est familier. L’ancien secrétaire aux Transports du président Biden s’était distingué lors de la campagne des primaires de 2020.
Il est l’un des démocrates les plus visibles du pays, l’un de ceux qui pourraient incarner la relève en 2028. Un sondage publié fin mai le plaçait même en tête d’une primaire démocrate hypothétique, avec 18 %, devant le gouverneur de Californie Gavin Newsom, à 16 %.
Buttigieg a connu les attaques politiques, les menaces de mort, les campagnes de dénigrement, la guerre en Afghanistan. Il a été officier de l’US Navy, maire, candidat à la Maison Blanche, puis il est devenu le premier membre du cabinet ouvertement homosexuel. Il a été insulté, moqué, ciblé, parfois caricaturé en technocrate trop propret, parfois attaqué pour ce qu’il est : un homme homosexuel, marié à un homme, père de deux enfants.
Mais cette fois, dit-il, c’était différent.
Dans un long texte publié sur Substack, intitulé A Terrible Thing Happened to My Family, Pete Buttigieg raconte ce qui est arrivé à sa famille dans le Michigan, où il vit avec son mari, Chasten, et leurs jumeaux de quatre ans, Penelope et Gus.
“Quelqu’un a décidé de s’en prendre à notre famille cette semaine. Je suis furieux, et je veux raconter ce qui s’est passé.”
Un policier de la Michigan State Police et une travailleuse des services de protection de l’enfance se sont présentés à leur domicile. Une dénonciation anonyme venait d’être déposée auprès de Child Protective Services. Le signalement accusait Buttigieg de représenter un danger pour ses enfants. Les autorités ont appliqué la procédure. Les enfants ont dû être entendus séparément, dans des entretiens médico-légaux, sans leurs parents. En attendant ces entretiens, Buttigieg ne pouvait pas rester seul avec eux. Les jumeaux ont passé la nuit chez leurs grands-parents, raconte-t-il :
“Les vingt-quatre heures avant leur retour comptent parmi les plus sombres de ma vie.”
La police du Michigan a confirmé qu’elle avait reçu un signalement anonyme, que la police et les services de protection de l’enfance avaient répondu, puis qu’ils avaient déterminé que le signalement était faux. Une porte-parole de la Michigan State Police a ajouté que les fausses dénonciations sont dangereuses : elles détournent policiers et travailleurs sociaux des vraies urgences, des vrais enfants vulnérables, des vraies familles en danger.
Mais l’affaire Buttigieg dit quelque chose de plus large. Elle marque une nouvelle étape dans la brutalisation de la vie politique américaine.
Depuis plusieurs années, les États-Unis connaissent la multiplication du “swatting”. De faux appels d’urgence destinés à provoquer l’intervention de policiers armés au domicile d’une personnalité politique, d’un juge, d’un journaliste, d’un élu local, d’un militant. Le but n’est pas seulement de faire peur. C’est d’envahir l’espace intime. De transformer une adresse privée en scène de crise. De faire entrer l’État, les armes, les gyrophares, la panique, dans le salon.
Buttigieg décrit ce qui lui est arrivé comme une variante encore plus perverse. C’était non pas un faux appel aux forces d’intervention, mais un faux signalement aux services de protection de l’enfance.
Le détail de l’accusation est à la fois grotesque et glaçant. Selon Buttigieg, un appel anonyme affirmait qu’une femme aurait rencontré l’ancien secrétaire aux Transports plusieurs années plus tôt, lors d’une conférence en Alabama. Elle aurait alors prétendu qu’il lui avait avoué des crimes violents “indicibles”. Le dénonciateur estimait donc que ses enfants pouvaient encore être en danger. Buttigieg a répondu qu’il n’avait jamais mis les pieds dans la ville où cette rencontre aurait prétendument eu lieu. Selon lui, l’officier de police lui a indiqué qu’il pensait que l’affaire était liée à son engagement politique. Buttigieg est un homme politique de premier plan, une cible régulière du camp Trump, et l’un des démocrates les plus visibles sur Fox News, où il se montre souvent très efficace.
Mais le mal était fait.
Tout laisse penser que l’objectif d’un tel geste était de faire trembler une famille. De priver un père de ses enfants pendant une nuit. D’obliger deux enfants de quatre ans à répondre à des adultes inconnus dans une procédure officielle. De faire entrer dans leur enfance une menace dont ils ne comprennent rien.
“Je ne saurais décrire le mélange de rage et de tristesse que je ressens à l’idée que quelqu’un ait entraîné nos enfants là-dedans. Ils ont quatre ans. Quatre ans. Ils ne savent pas ce qu’est un démocrate ou un républicain, et cela ne les intéresse pas.”
Qu’est-ce qui a pu tourner si mal en Amérique pour qu’on puisse ainsi attaquer un adversaire de la sorte ? On peut critiquer son bilan. On peut contester ses idées. On peut même, c’est la liberté d’expression garantie par la Constitution, l’insulter en public et le menacer en ligne. Mais il existait encore une frontière implicite. On ne s’en prend pas aux enfants.
Buttigieg le formule ainsi. “Ne touchez pas aux enfants de quelqu’un.”
“Maintenant, notre famille doit gérer les conséquences. Je m’inquiète des effets invisibles que cela a pu avoir sur nos enfants, sur Chasten et moi, et sur le reste de notre famille. Même si l’accusation était absurdement et manifestement fausse, et qu’elle a été rapidement rejetée par les forces de l’ordre, je continue de m’inquiéter du mal qu’elle a causé. Chasten et moi nous demandons qui d’autre pourrait tenter ce genre de chose, contre nous ou contre d’autres. Et, au niveau le plus fondamental, je me demande comment quelqu’un, même dans le monde d’aujourd’hui, peut ne pas respecter ce principe absolument essentiel : quoi que vous pensiez de quelqu’un en politique, vous laissez ses enfants en dehors de ça.”
Cette affaire survient à un moment particulier. Pete Buttigieg n’a pas annoncé sa candidature, mais comme je vous l’avais raconté dans Zeitgeist, il se prépare et envoie quelques messages à ceux qui espèrent qu’il se présente.
Buttigieg souligne que l’incident s’est produit peu après la publication de photos familiales pour la Fête des Pères, et pendant le mois des fiertés, pendant lequel les LGBTQ sont plus visibles. Ce n’est pas anodin. Buttigieg et son époux ont déjà été pris pour cible parce qu’ils incarnent une famille américaine que la droite culturelle la plus dure refuse encore de regarder comme ordinaire. Deux pères, deux enfants, une maison dans le Michigan, des photos de famille, des couches, des maladies infantiles, des grands-parents, la vie.
Buttigieg dit qu’il cherchera, si possible, à engager des poursuites civiles ou pénales contre la personne à l’origine du signalement. Pas seulement pour lui, écrit-il, mais pour tracer une ligne.
Il faut rappeler qu’il en existe encore.
🟨🟧 La purge au Pentagone
Pete Hegseth n’a pas seulement pris le contrôle du Pentagone. L’ancien animateur de Fox News devenu secrétaire à la Défense (pardon, à la Guerre) est en train de choisir les visages, et peut-être les consciences, qui auront le droit d’y survivre.
La dernière victime s’appelle Christopher Donahue. Général quatre étoiles. Vétéran de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie. Dernier soldat américain à quitter Kaboul, le 30 août 2021, dans cette image verte, granuleuse, prise en vision nocturne, où l’on voit une silhouette monter dans le dernier C-17 américain. Depuis décembre 2024, Donahue commandait les forces de l’armée américaine en Europe et en Afrique. Il avait contribué à adapter l’armée américaine aux leçons de la guerre en Ukraine : les drones, les données, l’artillerie, les réseaux, la vitesse. Bref, la guerre moderne.
Et pourtant, il s’en va.
Officiellement, son départ s’inscrit dans une grande cure d’amaigrissement. Il faut moins de généraux, moins d’amiraux, moins d’étoiles, davantage de soldats. “Moins de généraux, plus de GIs”, répète Hegseth. Le commandement de l’armée américaine en Europe et en Afrique doit être rétrogradé de quatre à trois étoiles. Donahue, lui, n’a pas reçu d’autre poste correspondant à son rang. Il doit donc quitter son commandement le 2 juillet, puis partir à la retraite.
Mais personne ne croit vraiment que l’affaire soit seulement administrative.
Car Donahue n’est pas un bureaucrate en uniforme. C’est précisément le genre d’officier que Hegseth prétend vouloir célébrer. Un combattant, un homme des opérations spéciales, un chef respecté, un soldat de terrain.
L’amiral William McRaven, ancien patron des opérations spéciales américaines et architecte du raid contre Ben Laden, le décrit dans The Atlantic comme l’un des officiers les plus brillants qu’il connaisse. “Le meilleur soldat dans l’US Army aujourd’hui”, a écrit l’ancien général Ben Hodges. Même certains républicains ont tiqué.
Le sénateur républicain Thom Tillis dénonce une “erreur évitable” et un Pentagone mené par une sorte de bravade de “bro-culture”, une culture de mecs, plutôt que par la retenue et la gravité nécessaires.
Alors pourquoi lui ?
Il y a d’abord Kaboul. Donahue était le commandant de la 82e Airborne quand ses soldats ont été envoyés en urgence à l’aéroport de la capitale afghane, après l’effondrement du gouvernement soutenu par Washington et l’arrivée des talibans. Il n’a pas décidé du retrait. Il n’a pas conçu la stratégie. Il est arrivé quand tout brûlait déjà. Ses défenseurs disent que lui reprocher la débâcle afghane revient à blâmer les pompiers d’être arrivés pour un incendie.
Mais dans la mythologie trumpiste, il faut des coupables. Et Donahue, parce qu’il apparaît sur la photo du dernier départ, est devenu une cible commode. Le Pentagone de Hegseth prépare d’ailleurs une nouvelle enquête sur le retrait d’Afghanistan. Pour l’administration Trump, Kaboul reste une blessure utile. Elle permet de juger les officiers non seulement sur ce qu’ils ont fait, mais sur ce qu’ils symbolisent.
Il y a ensuite la guerre culturelle, obsession de Hegseth (je vais y revenir plus bas). L’ancien officier de la Garde nationale a fait carrière, avant le Pentagone, sur Fox News, en dénonçant une armée affaiblie par la diversité, les règles d’engagement, le “woke”, la bureaucratie et les élites. Il promet de restaurer “l’éthique du guerrier”. Mais le paradoxe est cruel. Au nom du “guerrier”, il écarte certains des officiers les plus aguerris de l’armée américaine.
Donahue avait eu cette phrase, en 2023, à propos des accusations de “wokisme” dans l’armée.
“Il n’y a pas de woke ici.”
Juste des soldats, des missions, de la préparation au prochain combat. Rien ne prouve que cette phrase l’ait condamné. Mais elle dit quelque chose du malentendu. Pour Hegseth, le bon officier n’est peut-être pas seulement celui qui sait combattre. C’est celui qui sait parler la langue politique du moment.
C’est là que l’affaire devient plus inquiétante.
Le Wall Street Journal a décrit un processus de sélection informel autour de Hegseth, avec un petit cercle de conseillers qui évaluent les officiers selon des critères parfois subjectifs, notamment leur loyauté envers le président et leur association avec les politiques de diversité des présidences précédentes. Des promotions ont été bloquées. Des officiers noirs et des femmes ont été retirés de listes d’avancement. Des généraux ont été poussés dehors. L’ancien chef d’état-major de l’armée, Randy George, a été écarté. Le général David Hodne aussi. James Mingus, Lisa Franchetti, C. Q. Brown, d’autres encore. La liste s’allonge.
À chaque fois, le même brouillard, peu d’explications, peu de justification publique, beaucoup de signaux politiques.
C’est dans ce vide que prospèrent les hypothèses les plus sombres. Seth Abramson, auteur gonzo qui flirte parfois avec le conspirationnisme, a résumé la peur en un scénario extrême. Hegseth serait en train d’éliminer ou de bloquer les officiers qui refuseraient de participer à un “auto-coup” pro-Trump en 2028. Autrement dit, un coup d’État, un coup de force intérieur, mené depuis le pouvoir, avec une hiérarchie militaire purgée de ses résistances. Un remake de l’assaut contre le Capitole, mais mieux organisé, cette fois. Pour conserver le pouvoir en cas de défaite.
Il n’y a, à ce stade, aucune preuve d’un tel plan.
Mais ce qui est documenté suffit déjà à inquiéter. La question n’est pas de savoir si Hegseth prépare secrètement un scénario de roman noir pour 2028. La question est de savoir ce qui arrive à une armée démocratique quand ses chefs comprennent que leur carrière dépend moins de leur jugement militaire que de leur compatibilité politique.
C’est l’alerte lancée par McRaven. Pendant toute sa carrière, écrit-il, il n’a jamais hésité à donner son meilleur avis militaire, même quand cet avis contredisait la position du président ou du secrétaire à la Défense. C’était son devoir. C’était aussi ce que les responsables civils attendaient de lui. Une franchise brutale, pour éviter les mauvaises décisions. Si les généraux commencent à se censurer par peur d’être mis à la retraite, le risque d’erreur militaire augmente.
Voilà le vrai sujet. Hegseth veut installer la peur.
Pas la peur des ennemis de l’Amérique. La peur à l’intérieur du système. La peur de déplaire. La peur d’être associé à la mauvaise administration, à la mauvaise photo, à la mauvaise phrase, au mauvais réseau, à la mauvaise idée. La peur de dire non.
Dans une démocratie, l’armée obéit au pouvoir civil. C’est un principe fondamental. Le président et le secrétaire à la Défense ont le droit de limoger des officiers. Lincoln a renvoyé McClellan. Truman a renvoyé MacArthur. Bob Gates a limogé les chefs de l’Air Force après des défaillances dans la mission nucléaire. Mais chacun avait expliqué pourquoi.
Hegseth, lui, tranche, bloque, rétrograde, pousse dehors, sans toujours expliquer. Il dit vouloir une armée plus méritocratique. Ses critiques voient une armée plus partisane.
Le départ de Donahue est donc plus qu’un mouvement de personnel. C’est un test. Si même un général comme lui, combattant, respecté, innovateur, décoré, peut être écarté sans explication claire, alors le message envoyé à tous les autres est limpide. L’excellence ne suffit plus.
Il faut aussi être sûr de ne pas déplaire au prince. C’est très inquiétant.
Bon, j’ai une autre histoire de Pentagone à vous raconter.
🟨🟧 Le Pentagone redécouvre les microbes
Il y a des moments où la réalité a le mauvais goût d’interrompre une guerre culturelle. Même quand elle est menée par un chevalier qui se réfère souvent aux croisades comme Pete Hegseth.
Au printemps, le patron du Pentagone a voulu transformer le vaccin contre la grippe en symbole politique. Un de plus. Après le Covid, après les masques, après les injonctions de santé publique devenues marqueurs d’identité, le secrétaire à la Défense (pardon, à la Guerre) de Donald Trump avait décidé, fin avril, de mettre fin à l’obligation vaccinale contre la grippe dans les forces armées américaines. Le vaccin annuel, obligatoire depuis des décennies pour les militaires, devenait facultatif.
Hegseth avait présenté cela comme une victoire de la liberté individuelle. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il avait dénoncé une obligation vaccinale “trop large et irrationnelle”. Il avait parlé d’“autonomie médicale”, de liberté religieuse, de conscience, de corps qui n’appartient pas à l’État.
“Votre corps, votre foi, vos convictions ne se négocient pas.”
Ça sonne bien sur Fox News, où Hegseth s’était distingué il y a quelques années en avouant qu’il “ne s’est pas lavé les mains depuis dix ans” et que “les microbes n’existent pas vraiment”, puisqu’on ne peut pas les voir à l’œil nu.
À l’époque (c’était avant le Covid), cela avait fait rire ses coprésentateurs. C’était moins drôle ces dernières semaines dans un dortoir de recrues à Lackland Air Force Base, au Texas.
Car deux mois plus tard, le Pentagone fait marche arrière. Les camps d’entraînement de toutes les armées américaines vont de nouveau rendre le vaccin contre la grippe obligatoire pour les recrues. Ce changement de pied soudain intervient alors qu’une épidémie de grippe frappe depuis plusieurs semaines le camp d’entraînement de l’US Air Force à Lackland, près de San Antonio. Près de 300 personnes ont été contaminées. Selon un élu local, 275 cas ont été confirmés.
Le Pentagone veut faire croire que le retour de l’obligation vaccinale n’aurait pas de lien direct avec l’épidémie. Le calendrier serait une coïncidence.
C’est peut-être vrai. Mais quelle coïncidence merveilleusement pédagogique.
Lackland est précisément le genre d’endroit où l’idéologie anti-mandat rencontre le mur du réel. La base accueille environ 700 nouvelles recrues par semaine. Elles dorment dans de grands dortoirs ouverts, se douchent ensemble, s’entraînent ensemble, vivent en groupe, sous stress, avec peu de sommeil, pendant des semaines. Un laboratoire parfait pour la transmission d’un virus respiratoire. Dans ce contexte, la vaccination n’est pas une coquetterie bureaucratique. C’est juste une mesure de bon sens.
Une source citée par Associated Press affirme qu’une fois le vaccin devenu optionnel, seulement 40 % des nouvelles recrues passant par Lackland ont choisi de se faire vacciner. Avant la décision de Hegseth, les recrues étaient vaccinées massivement, pratiquement automatiquement. Le changement a donc produit exactement ce qu’un épidémiologiste aurait pu prédire. Quelle surprise : dans un milieu clos, dense, fatigué, non immunisé, le virus circule.
Cette épidémie n’est pas particulièrement inquiétante. La grippe circule surtout à l’automne et en hiver, mais elle ne disparaît pas l’été. Des foyers peuvent apparaître au printemps ou pendant les mois chauds, notamment dans les bases militaires, les bateaux de croisière, ou tous les lieux où beaucoup de gens vivent enfermés ensemble.
Mais pour éviter les flambées de grippe, il est nécessaire de vacciner dans les environnements collectifs de ce type.
C’est bien pour cela que le Pentagone le faisait depuis des lustres.
Car c’est l’autre absurdité de l’histoire. L’armée américaine n’a pas découvert les vaccins avec le wokisme. Les programmes de vaccination militaire remontent à George Washington, qui avait ordonné l’inoculation de l’armée continentale contre la variole en 1777. Le vaccin contre la grippe a été imposé pour la première fois aux militaires américains en 1945, au moment où l’armée craignait les ravages de la maladie et même son possible usage comme arme biologique. L’obligation a été brièvement levée en 1949, puis rétablie dans les années 1950. Elle faisait partie du décor militaire depuis lors.
Jusqu’à Hegseth.
Ce que le secrétaire à la Défense a voulu faire, c’est importer dans l’armée le prêchi-prêcha post-Covid du mouvement MAGA. Toute règle est une oppression, l’obligation est une trahison, le refus devient un acte de foi. Il a même relié sa décision aux militaires renvoyés pour avoir refusé le vaccin contre le Covid sous l’administration Biden. Plus de 8 000 militaires avaient été exclus. L’administration Trump a ensuite ouvert la voie à leur réintégration. Hegseth a voulu en faire une promesse réparatrice. Plus jamais l’armée ne forcera ses “combattants” à choisir entre leur conscience et leur pays.
Mais l’armée n’est pas un campus libertarien. Elle repose par définition sur la contrainte, la discipline, la chaîne de commandement, l’acceptation de règles collectives. On ne demande pas à une recrue si elle préfère se lever à 5 heures du matin. On ne lui demande pas si son corps, sa foi et ses convictions sont d’accord avec les pompes, les inspections ou les vaccins nécessaires au fonctionnement du groupe.
Le Pentagone le sait. C’est pour cela que des exceptions avaient été accordées à l’Army, à la Navy, à l’Air Force, mais aussi à la NSA (la National Security Agency). L’Army et la Navy ont également demandé à pouvoir imposer le vaccin à des groupes larges comme des militaires déployés à l’étranger, les personnels de santé, ou les personnels de crèche. Le nouveau langage officiel parle désormais de “capacité opérationnelle”, de protection des populations à risque.
Bref, le Pentagone reconnaît que la liberté individuelle, c’est très bien. Jusqu’au moment où elle cloue au lit des centaines de recrues.
Si je vous parle de cette histoire aujourd’hui dans Zeitgeist, c’est que c’est toute l’histoire de l’Amérique trumpienne en miniature. Une règle ancienne, imparfaite peut-être, mais fondée sur l’expérience, devient soudain le symbole d’un État tyrannique. On la supprime au nom du bon sens. Puis le réel vous rattrape. Le virus ne lit pas Truth Social et ne regarde pas Fox News. Il ne respecte ni les convictions religieuses, ni les éléments de langage, ni les guerres culturelles.
Il circule.
🟨🟧 Epstein, ou le trou noir américain
Pour mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist, j’ai choisi la une du New York Times Magazine de ce week-end.
Une enquête vertigineuse sur la mort de Jeffrey Epstein dans une cellule du Metropolitan Correctional Center, au sud de Manhattan.
Sept ans plus tard, son décès continue de fonctionner comme une machine à soupçon.
Pour une partie de l’Amérique, il ne s’est pas suicidé. Il a été réduit au silence parce qu’il gênait des puissants. Pour une autre, il s’est tué dans une prison incapable de faire ce qu’elle devait faire. Entre les deux, il y a une enquête qui raconte moins un mystère qu’une faillite.
Et c’est peut-être cela, le plus troublant.
Le complot rassure, d’une certaine manière. Il donne une architecture au chaos. Il suppose un plan, des commanditaires, des exécutants, une logique.
L’enquête du NYT raconte plutôt une succession d’erreurs, de négligences, de lâchetés administratives, de fatigue humaine, de caméras défectueuses, de formulaires mensongers, de cellules mal surveillées, de personnels sous-payés, d’alertes ignorées.
Non pas une conspiration, mais une institution tellement abîmée qu’elle finit par produire exactement le résultat que personne ne voulait officiellement voir arriver.
Tout commence le 6 juillet 2019, sur le petit aéroport de Teterboro, dans le New Jersey. Epstein revient de Paris. Dans son téléphone, il prépare la suite, un voyage dans son île privée des Caraïbes, une interview documentaire avec Steve Bannon. Les agents du FBI et de la police de New York l’attendent discrètement, pour ne pas l’alerter.
Quand l’avion se pose, Epstein est arrêté. Il a juste le temps d’envoyer un dernier message à Bannon. “Tout est annulé.”
Le dîner, le documentaire, l’île, l’impunité, l’existence entière, tout est annulé.
Dans la voiture qui le conduit à Manhattan, Epstein demande si l’affaire concerne le trafic sexuel, si elle concerne des mineures. Oui. Il comprend alors que le vieux dossier de Floride, celui dont il avait cru sortir avec treize mois de prison et un arrangement scandaleusement favorable, vient de ressusciter sous une forme beaucoup plus dangereuse. Cette fois, il risque jusqu’à quarante-cinq ans. À son arrivée en détention, il comprend la gravité de ce qui l’attend.
C’est là que l’enquête du New York Times Magazine devient autre chose qu’un récit judiciaire. C’est une plongée dans la chute d’un homme qui avait longtemps vécu comme si les règles ordinaires n’étaient pas faites pour lui. Quelques heures plus tôt, Epstein était encore dans son monde entre jets privés, îles, carnets d’adresses, anciens présidents, milliardaires, conseillers politiques, jeunes avocates autour de lui, richesse dont l’origine restait brumeuse. Le soir même, il devient un numéro de détenu, le 76318-054.
Le Times montre très bien cette inversion. Epstein n’entre pas dans une prison hypercontrôlée, mais dans une ruine. Le Metropolitan Correctional Center est décrit comme un bâtiment surpeuplé, dysfonctionnel, glacé l’été, étouffant l’hiver, miné par les heures supplémentaires, les postes vacants, les trafics internes et l’épuisement. Une prison que l’administration fédérale fermera finalement en 2021. Epstein, l’un des détenus les plus célèbres et les plus vulnérables du pays, n’y est pas immédiatement traité comme tel.
Il passe d’abord par la population générale, où des détenus le reconnaissent. L’un d’eux tente de l’intimider. Puis il est placé dans une unité spéciale, censée protéger mais qui ressemble surtout à une punition. 23 heures par jour en cellule. Un bruit permanent. L’isolement. La brutalité carcérale. Dans ce monde-là, la “protection” consiste à enfermer un homme fragile avec Nicholas Tartaglione, ancien policier accusé de quatre meurtres.
Quand Epstein lui demande pourquoi il est là, Tartaglione répond qu’il a été condamné pour plusieurs homicides. Epstein se précipite contre la porte et appelle les gardiens.
C’est presque une scène de roman noir, sauf que tout est administratif. Chaque décision a sa logique, et l’ensemble produit l’absurde. Les responsables pensent qu’un détenu accusé de crimes graves a moins intérêt à agresser son codétenu. Les psychologues se disent qu’un compagnon de cellule réduit le risque suicidaire. Les gardiens se disent que ce détenu richissime, entouré d’avocats, peut leur causer des problèmes s’ils ne cèdent pas à ses demandes. Chacun raisonne à son niveau. Personne ne voit le désastre entier.
Ce qui m’a particulièrement intéressé dans cette enquête, c’est qu’elle documente précisément l’état mental d’Epstein. Selon le Times, les nouveaux documents et témoignages dessinent un schéma beaucoup plus net que ce que l’on savait. Epstein envisageait bien la mort. Après le refus de sa libération sous caution, il aurait demandé à Tartaglione comment fabriquer un nœud coulant. Plusieurs témoins racontent des préparatifs. Ses notes manuscrites, retrouvées ou rendues publiques tardivement, ne dessinent pas un homme combatif, mais un homme qui se défait.
L’une d’elles porte ce titre énorme, théâtral, presque grotesque.
“J’ACCUSE.”
“Le 22 juillet, quatre jours après le rejet de sa demande de libération sous caution, il écrivit en grosses lettres, en haut d’une feuille de papier : “J’ACCUSE.” C’était apparemment une référence à la lettre publique publiée par Émile Zola en 1898, dans laquelle l’écrivain dénonçait l’État français pour les poursuites biaisées engagées contre le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif accusé de trahison avant d’être finalement innocenté.”
Puis vient, sur le reste de la page, une sorte de diatribe fragmentaire.
“Me/Too -Jewish-Rich-Politics”
“Believe the victim = Believe the accuser - CRAZY!”
Autrement dit, “Croire la victime = croire l’accusateur - FOLIE !”
Epstein mélange Dreyfus, MeToo, l’argent, les accusations, la judéité, la politique. Il se voit en victime d’un système, ce qui serait presque risible si cette mécanique de déni ne disait pas aussi quelque chose de lui. Même au fond du trou, Epstein continue d’organiser le récit autour de lui-même.
Dans une autre note, il résume l’avenir en quelques mots terribles. “ONLY PAIN.” Seulement de la douleur. Pour lui ou pour les autres ? C’est l’inverse absolu du milliardaire insaisissable, du maître des carnets d’adresses, du manipulateur entouré d’avocats. C’est un homme dont l’horizon s’est refermé.
Mais le Times raconte aussi ses tentatives de marchandage. Epstein cherche ce qu’il pourrait offrir aux procureurs, en échange d’une relative clémence. Il revient notamment au président Trump, qu’il connaît depuis longtemps. Il note des choses. Il essaie de produire de la matière. Mais ce qu’il trouve semble maigre, déjà connu, sans vraie valeur judiciaire. Là encore, scène presque shakespearienne. L’homme qui a fréquenté tant de puissants fouille sa mémoire pour acheter du temps, et ne trouve rien d’assez précieux.
La nuit du 23 juillet, il est retrouvé inconscient, avec un tissu orange autour du cou. Tentative de suicide ? Agression ? Mise en scène ? Le doute commence là. Epstein donne plusieurs versions contradictoires. Tartaglione affirme l’avoir sauvé. Surtout, une note qui ressemble à une lettre d’adieu existe, mais n’est pas transmise à l’administration pénitentiaire (elle est réapparue récemment, je vous l’avais raconté dans Zeitgeist).
Elle reste alors dans l’orbite des avocats de Tartaglione. Les psychologues ne la voient pas. Les enquêteurs non plus, pendant des années. Encore une fois, le scandale n’est pas seulement ce que l’on ne sait pas. C’est ce que le système aurait pu savoir et n’a pas su.
Après cet épisode, Epstein est placé sous observation, puis renvoyé dans l’unité. Son nouveau codétenu, Efrain Reyes, comprend vite qu’il ne va pas bien. Il lui dit de ne rien faire pendant qu’ils partagent la cellule. Il remarque ses gestes, ses angoisses, ses phrases. Epstein lui dit qu’il ne reverra jamais la liberté, que la prison n’est pas une vie. Le 9 août, Reyes est transféré. Avant de partir, il prévient un membre du personnel :
“Il ne va pas bien.”
Tout le monde savait qu’Epstein ne devait pas être seul. La psychologue avait ordonné qu’il soit toujours placé avec un autre détenu. Les agents savaient que Reyes partait. Plusieurs personnes remarquent l’absence de nouveau codétenu. Mais personne ne règle le problème. Le même jour, des documents particulièrement accablants liés à l’une des proies, Virginia Giuffre, sont rendus publics. Epstein voit ses avocats, plus brièvement que d’habitude. Le soir, il obtient un appel non surveillé. Il dit vouloir appeler sa mère, morte depuis quinze ans. En réalité, il appelle sa compagne.
Puis il retourne dans sa cellule. Elle est vide.
La suite tient dans une série de défaillances si énormes qu’elles nourriront forcément les soupçons. Les gardiens de nuit, Tova Noel et Michael Thomas, ne font pas les rondes obligatoires. Ils falsifient les registres. Les caméras fonctionnent mal. Certaines filment en direct mais n’enregistrent pas. Une forme orange apparaît brièvement dans l’image, assez floue pour devenir une énigme. Des draps interdits s’accumulent dans la cellule. Des bandes de tissu, des nœuds, des objets qui auraient dû être catalogués avec soin sont mal identifiés ou détruits.
Quand le corps est retrouvé, Thomas comprend immédiatement la catastrophe :
“On a merdé.”
L’Amérique aussi.
Car l’affaire Epstein est devenue l’un des grands miroirs brisés du pays. Elle mélange tout ce que l’époque adore et redoute. L’argent venu d’on ne sait où, le sexe, les mineures, les élites, les présidents, les îles privées, les banques, les services secrets fantasmés, les caméras qui tombent en panne au pire moment, les puissants qui échappent à la justice, puis la mort qui efface le procès.
L’enquête du Times ne ferme pas toutes les questions. Elle reconnaît que certaines resteront probablement sans réponse. Mais elle rend une conclusion beaucoup plus forte qu’un simple circulez, il n’y a rien à voir. Elle dit qu’il y a énormément à voir. Simplement, ce que l’on voit ressemble davantage à l’Amérique réelle qu’à une Amérique de fiction.
Une prison en ruine. Des agents épuisés. Des formulaires bidonnés. Une administration incapable. Des alertes ignorées. Des avocats qui protègent leur client plutôt que la vérité complète. Des enquêteurs qui arrivent trop tard dans une cellule où tant de gens sont déjà passés. Des médecins légistes qui ne peuvent pas tout dire avec certitude. Des images floues. Des trous. Des silences.
C’est précisément dans ces trous que prospère le soupçon.
Et peut-être est-ce cela, le vrai sujet Epstein. Pas seulement la mort d’un criminel sexuel milliardaire. Mais l’érosion de la confiance dans la capacité des institutions à produire une vérité acceptable. Quand les puissants semblent trop souvent protégés, quand les prisons sont trop souvent indignes, quand les caméras ne marchent pas, quand les dossiers sont incomplets, quand les réponses arrivent sept ans plus tard, alors la théorie du complot devient, pour beaucoup, non pas une fantaisie, mais une forme de revanche narrative.
Le Times propose une autre lecture. Epstein n’a peut-être pas été assassiné par une main invisible. Il a été livré à lui-même par un système visible, défaillant, documenté, terriblement humain.
C’est moins spectaculaire. Mais c’est plus inquiétant.
Thank you and goodbye.
PhC

























































Il paraît judicieux de parler de victimes plutôt que de proies , ce langage étant celui des agresseurs...
Le NYT avait fait une enquête approfondie sur les vidéos de la nuit où Epstein est mort. Il évoquait les “trous” et “montages” laissant supposer que peut être il y aurait eu meurtre.